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Full text of "Annuaire de l'Institut des Provinces et des Congrès Scientifiques"

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ANNUAIRE 



DE 



L'imTDT DES PROVINCES. 



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eu 



AI^KUAIRE 



DE 



L'INSTITUT DES PROVINCES 

ET 

DES CONGRES SCIQmrigDES. 

1858. 



TomiË ^o 



Paraît tous les aas. du Z*^''. au Ï5 février. 

•JdeeinstitiitJ^) 



PÀRIH», 



i DERACHE , RUE DU BOULOY , 7 ; 



( DENTU , PALAIS-ROYAL ; 
CAEN, A. HARDEL, RUE FROIDE, 2. 



tV?(/c> 



\y7'f. ' '■•---' /" ;~ / 



PERSONNEL I)E L'INSTITUT DES PROVINCES 

en tns^: 

Par m. de CAUMONT. 



Les membres de Tlnstitut des provinces morts en 1857 
sont au nombre da six : MM. le comte de Mérode , le 
baron d'Hombres-Firmas, le prince Ch. Bonaparte, le 
baron Chaillou des Barres, Commarmond, de Lyon, 
Bertini, de Turin. 

M. le comte Félix de Mérode, inspecteur divisionnaire 
de la Société française d'archéologie, est mort à Bruxelles, 
au commencement de l'année 1857; jamais perte n'a été 
plus douloureuse pour l'Institut des provinces et pour la 
Société française d'archéologie dont il étaii un des 
membres les plus dévoués. 

Tout le monde connaît le rôle éminent qu'avait joué, en 
Belgique, le comte Félix de Mérode dans les événements 
politiques de 1830. Cet illustre rejeton d'une des plus an- 
ciennes familles de ce pays , montra un dévouement, une 
énergie et un désintéressement qu'on ne rencontre plus 
dans les âmes de notre siècle. On sait qu'il ne voulut pas 
de la royauté que lui offraient ses compatriotes. 

Mais ce que tout le monde ne connaissait pas, 
c'était sa bonté , sa simplicité , sa franchise , son goût 
décidé pour l'étude. 

Il vint, il y a 15 ou 16 ans, dans le Calvados, 
pour y visiter les principaux édifices de nos villes et de 
nos campagnes. Depuis celte époque , il a souvent 



VI PERSONNEL DE L'iNSTITUT DES PROVINCES 

assisté aux réunions générales de la Société française 
d'archéologie et à plusieurs sessions du Congrès scien- 
tifique de France. A Nîmes, en IBM, il fut élu vice- 
président général du Congrès scientifique. Il fut encore 
appelé à cette fonction , Tannée suivante , à Reims ; la 
même année , à Lille , il avait présidé plusieurs séances 
du Congrès archéologique. En septembre i8Zi6, il faisait 
partie de notre bureau, à Autun et à Châlons, où se 
tenaient des séances générales de la Société française. 
Enfin il présidait , à Laon , le Congrès archéologique 
en 1851. 

M. le comte de Mérode correspondait fréquemment 
avec rinstitut des provinces et la Société française d'ar- 
chéologie; avant sa mort, il entretenait encore celle- 
ci des observations qu'il avait faites dans ses dernières 
excursions en France et en Allemagne. 

M. le baron d'HoMBREs-FiRMAs est mort à Alais (Gard). 
Les travaux météorologiques, paléontologiques et agri- 
>colesde M. le baron d'Hombres-Firmas sont connus dans 
tous les pays , et l'Académie des sciences l'avait , il y 
a long-temps , élu membre correspondant dans la section 
d'économie rurale. 

M. le baron d'Hombres-Firmas avait, pendant plusieurs 
années, fréquenté les Congrès scientifiques de la France, 
de l'Italie et de l'Allemagne. Nous avions, en IS^iO, étabh 
des rapports intimes avec lui dans une de ces réunions et, 
depuis lors, nous avons pu le compter au nombre de nos 
amis les plus dévoués. Sans parler des diverses réunions 
auxquelles il prit part avec nous , il rendit , en IBM , un 
grand service à l'institution des Congrès scientifiques. 
M. Lallemand , correspondant de l'Institut de France à 
Montpellier, avait effectivement demandé et obtenu pour 



EN 1857. ^ Tii 

celte ville la XIP. session du Congrès scientifique de 
France ; mais , quelques mois avant Touverture de cette 
session, il m'envoya sa démission, déclarant que tout son 
temps allait être absorbé par les soins qu'il voulait donner 
à l'amélioration de l'établissement thermal du Vernay, 
dans les Pyrénées, devenu sa propriété. M. Lallem.and 
ajoutait qu'il ne connaissait personne , à Montpellier, qui 
pût accepter la mission de le remplacer dans les prépa- 
ratifs du Congrès. 

L'embarras était grand, je pensai immédiatement à 
M. le baron d'Hombres-Firmas et à transférer la session 
à Nîmes : la proposition que je lui fis fut acceptée, et, 
quelques jours après , M. d'Hombres-Firmas venait à 
Paris , recevoir de l'Institut des provinces , convoqué 
extraordinairement, chez moi, rue Richelieu, 63, sa po- 
mination de secrétaire-général de la XIF. session. Cette 
session , convoquée par MM. d'Hombres-Firmas et de La 
Baume, fut très-satisfaisante, malgré le peu de temps qui 
restait pour la préparer; elle fut présidée par M. le comte 
de Gasparin, ancien ministre, membre de l'Institut. 

Deux ans après ( i8/i6 ), M. d'Hombres-Firmas siégeait 
au Congrès scientifique de France, à Marseille, et au Con- 
grès scientifique italien , à Gênes. 

Quand M. Dumas , ministre de l'agriculture , du 
commerce et des travaux publics, reconstitua le Conseil 
général de l'agriculture en 18Zi9, il y appela, pour repré- 
senter le département du Gard , son vieil ami , le baron 
d'Hombres-l^irmas, et nous partageâmes avec lui, pendant 
un mois, les travaux de cette session qui s'ouvrit sous la 
présidence de Sa Majesté Napoléon Hi, alors président de 
îa République. 

A partir de 1850, M. d'Hombres-Firmas parut rarement 

b 



VIII PERSONNEL DE l'INSTITUT DES PP.OVINCES' 

aux grandes réunions scientifiques, au sein desquelles il 
aimait tant à se trouver, parce que la surdité dont il était 
précédemment affecté fît des progrès qui ne lui per- 
mettaient plus d'entendre les discussions ; mais il n'en fut 
que plus laborieux dans son cabinet ; il continua de cor- 
respondre activement avec ses amis et avec les Sociétés 
savantes dont il faisait partie ; malgré son âge avancé, il a 
pu étudier et travailler jusqu'au dernier moment. 
M. d'Hombres avait été maire d'Alais et membre du 
Conseil-général du Gard ; il était , depuis plus de trente 
an s , chevalier de la Légion-d'Honneur. ! 

M. le prince Ch. Lucien Bonaparte { prince de Ca- 
nine ) , qui avait long-temps habité Rome et qui avait 
épousé sa cousine , la fille du roi d'Espagne Joseph , 
était correspondant de l'Académie des sciences de l'In- 
stitut ; le prince avait conquis ce titre par des travaux 
considérables sur l'anatomie comparée , notamment sur 
l'ornithologie. 

Nous avons , comme on le sait , fondé , en 1833 , le 
Congrès scientifique de France ; le prince de Canino 
voulut, six ans après (1839) , établir un Congrès sem- 
blable pour l'Italie , et il le convoqua à Pise. Nous avons 
dit , dans le Bulletin monumental , en quoi le Congrès 
italien différait du nôtre , quant au mécanisme et à la 
division des sections. 

Le prince assista, en I8/1I , au Congrès scientifique de 
France , à Lyon. 

On sait quel rôle le prince a joué dans la révolution 
romaine ; nous ne l'avons retrouvé qu'après son entrée 
en France. Alors, il se mit tout entier à l'étude et fut un 
des membres les plus assidus des séances hebdoma- 



EN 1857. IX 

tiaires de rAcacléinie des sciences ; il vint au Congrès 
scientifique de France, k Nancy, en 1850, et y pré- 
sida la section des sciences physiques ; il assista régu- 
lièrement aussi aux séances du Congrès des délégués 
des Sociétés savantes, à Paris. Dernièrement M. le Prince 
de Canino avait visité les collections de la Faculté de 
Caen , celles de M, Le Prêtre et celle de M. de La Fres- 
naye , à Falaise ; à cette époque , sa santé était déplo- 
rable et sa mort , arrivée en juillet 1857 , n'a étonné 
personne. 

M. le baron Chaillou-des-Barres , officier de la 
Légion-d'Honneur et grand-croix de Tordre du Mérite de 
Bavière, était né en Nivernais, dans Tannée 178/i, et avait 
long-temps occupé de hauts emplois dans l'adminis- 
tration. Il avait été, dès Tannée 1805, auditeur au Conseil 
d'État ; puis , en 1807, intendant de la Silésie; en 1809, ' 
préfet de TArdèche,et, en 1815, préfet de la Creuse. 
Rendu plus tard à la vie privée , il put se livrer à Taise à 
son goût pour les sciences et les lettres. Il publia, 
en 1821 , un Essai sur la législation des grains , œuvre 
dans laquelle sont retracées toutes les vicissitudes de la 
réglementation de cette matière , en même temps que 
sont mises en lumière les doctrines les plus irrépro- 
chables d'une saine économie politique. Un peu plus 
tard, il fit représenter , à l'Académie royale de Musique, 
Topera de Lasihénic , dont Hérold avait fait la musique , 
et qui eut vingt-cinq représentations. Il fut, en 1828, Tun 
des fondateurs d'un journal politique pour le département 
de TYonne, sous le titre de Mémorial, qui eut, pendant 
quatre ou cinq ans , un très-grand succès. Après cette 
époque, ses études se tournèrent exclusivement vers 



X PERSONNEL DE L'INSTITUT DES PROVINCES 

rhisloire et rarchéologie. Un recueil annuel, V Annuaire 
de r Yonne, qu'il contribua à créer, publia, à partir de 
1837, plusieurs notices de lui sur l'abbaye de Pontigny 
et sur quelques résidences seigneuriales de celte contrée. 
Il les a depuis réunies et publiées à part. Membre du 
Conseil général de l'Yonne, depuis 1831, il a été long- 
temps le secrétaire de cette Assemblée, il fut nommé 
membre de l'Institut des provinces, en 1851, et assista^ 
en cette qualité, à plusieurs congrès scientifiques, notam- 
ment à celui de Dijon, aux congrès archéologiques de 
Sens, Nevers et Auî^erre; et, à Paris, à plusieurs des 
congrès des délégués des Sociétés savantes. Plein de 
dévouement pour les intérêts de la science et de l'art , il 
était, depuis plusieurs années, président de la Société des 
sciences de l'Yonne , et venait d'être nommé président de 
k Société centrale d'agriculture de ce département. Il est 
mort à Paiis, le 22 août dernier, à l'âge de 73 ans (!)• 

M. A. GOMMARMOND , conservatcur du musée lapidaire 
de Lyon, chevalier de l' Aigle-Rouge de Prusse (/i*. classe) 
et de l'ordre de St. -Maurice , vient de mourir (décembre 
1857). On n'oubliera jamais le dévouement avec lequel cet 
honorable membre de Tlnstitut des provinces avait rempli 
les fonctions, importantes et difficiles, de secrétaire-général 
du Congrès scientifique de France en ISZil. Cette session 
du Congrès a été la plus nombreuse et la plus belle de 
toutes celles qui ont eu lieu depuis l'origine de l'insti- 
tution , si l'on excepte celle de Strasbourg qui a surpassé 
toutes les autres. M. Commarmond , qui portait un grand 

(1) Renseignements fournis par M. Challe, d'Auxerre, sousr 
directeur de l'Institut des provinces. 



EN 1857. Xî 

intérêt à ces réunions , auxquelles ses fonctions ne lui 
ont pas permis d'assister chaque année , a présidé la 
section d'archéologie à Strasbourg , en 18ii2 ; inspecteur 
divisionnaire de la Société française d'archéologie, il or- 
ganisa les réunions générales de cette Compagnie qui 
se tinrent, pendant deux jours, à Lyon^ en 18Zi6. 

INI, Commarmond était possesseur d'un cabinet d'anti- 
quités d'une grande valeur , que la ville de Lyon avait 
acheté, il y a quelques années. 

La collection lapidaire de Lyon s'est enrichie , sous 
M. Commarmond , d'un nombre considérable d« monu- 
ments épîgraphiques , qui appartenaient à divers parti- 
culiers et qui se trouvaient épars dans plusieurs quartiers 
de la ville ; ces conquêtes importantes sont dues , pour 
la plupart , aux actives démarches du conservateur dont 
le gouvernement fera époque dans l'histoire *de l'impor- 
tante collection de Lyon, la plus considérable de France. 

M. Commarmond avait commencé la description de 
toutes ces richesses et avait publié , il y a quelque temps, 
un magnifique volume d'épigraphie, qui a fait sensation à 
^étranger, puisque c'est à cette publication que l'auteur a 
dû la décoration de St. -Maurice et celle del'Aigle-Rouge : 
il n'était pas encore membre de la Légion-d'ITonneur, 
quoique cette distinction lui eût été promise il y a 17 ans ; 
et ce n'est pas le seul exemple que nous ayons du peu 
d'empressement que l'on met chez nous à récompenser 
les travaux scientifiques 'de la province, et de l'indiiTérence 
qu'on témoigne pour les publications qui ne sortent pas 
de Paris , lesquelles même sont appréciées à l'étranger. 

Nous ne dirons rien des autres publications de M. 
Commarmond, qui sont nombreuses et qui, presque 
toutes , ont rapport à l'archéologie et à la numismatique. 



XII PERSONNEL DE L INSTITUT DES PROVINCES. 

M. Bertini , commandeur de Tordre de St.-Maurice ^ 
officier de la Légion-d'flonneur, membre de la Chambre 
des députés de Sardaigne et ancien doyen de la Faculté de 
Médecine de Turin, est Fauteur d'un grand nombre 
d'ouvrages estimés. Il avait , depuis vingt années , assisté 
constamment aux sessions du Congrès scientifique de 
France; il en avait été élu vice-président général quatorze 
fois , et avait présidé une fois la section de Médecine. 
Chaque année , on était sûr de trouver le savant Italien 
arrivé , un des premiers , dans la ville où se tenait le 
Congrès. L'année dernière encore , il quittait La Rochelle 
pour se rendre à Bruxelles , où , trois jours après, il était 
élu vice-président général du Congrès de bienfaisance. 
Quoique M. Bertini fût d'un âge avancé { 79 ans ) , son 
excellente santé et son activité , qui ne s'était pas ralentie 
depuis vingt ans, faisaient espérer pour lui une carrière 
encore longue. Il est mort , le 23 avril , à Borge , sa ville 
natale, dans la province de Saluées, où il était allé passer 
quelques jours. 

Douze membres nouveaux ont été élus , en 1857, pai^ 
l'Institut des provinces. 



XIIÏ 



COMPOSITION DU BUREAU. 



Directeur-général : M. de Caumont ^ # C )^ , fondateur 
des Congrès scientifiques de France. 

Pour la classe des sciences, M. Eudes-Deslong- 
CHAMPS ^t doyen de la Faculté des sciences, 
à Caen, correspond*, de Tlnstitut de France. 
Secrétaires- J pour la classe des lettres, MM. Bordeaux, 
{généraux, j docteur en Droit, à Évreux ; Renault, 
inspecteur divisionnaire de PAssociation 
normande , conseiller à la Cour impériale » 
à Caen, '- .^ 

Trésorier : M. Gaugain -^ , inspecteur de l'Assodation nor- 
mande , rue de la Marine , à Caen, 

Sous- directeurs régionaux : 

MM, Le Gall ^ , conseiller ù la Cour impériale, sous-directeur 
pour le Nord-Ouest, à Rennes. 

Des Moulins, inspecteur-divisionnaire des monuments, 
sous-directeur pour la région du Sud-Ouest, à Bor- 
deaux. 

P.-M. Roux ^ C :^, membre de l'Académie, sous- 

' directeur pour la région du Sud-Est, à Marseille. 

Victor Simon ^, conseiller à la Cour impériale, sous- 
directeur pour la région du Nord-Est, à Metz. 

^HALLE J^, sous-directeur pour la région du Centre, à 
Auxerre. 



LISTE 

DES MEMBRES DE L'INSTITUT DES PROVINCES (1). 



S. M. NAPOLÉON III , Empereur des Français. 
Le comte Alexandre DE HUMBOLDT, à Berlin. 

MM. Le prince Lucien Bonaparte ^, sénateur , membre de 
plusieurs Académies. 

J. GiRARDiN ^ , correspondant de Tlustitut de France , 
à Lille. 

Le vicomte de Cdssy G ^ C ^, membre de plusieurs 
Académies, à Paris, et à Vouiily (Calvados). 

Le Grand ^, D.-M. , ancien maire de St.-Pierre-sur- 
Dives. 

Lambert , conservateur de la Bibliothèque publique de 
Bayeux. 

Baron de La Fresnaïe ^ , membre de plusieurs Acadé- 
mies, à Falaise. 

Etoc-Demazi, ancien secrétaire-général de l'Institut, au 
Mans. 

L'abbé Lottin , ancien trésorier de Tlnstitut , id. 

L'abbé Bouvet, ancien membre du Conseil, id. 

De Marseul, chef d'institution , à Laval. 

Auber, chanoine titulaire de Poitiers. 

Bouillet e^J, membre de plusieurs Sociétés savantes , 
à Clermont-Ferrand. 

Lecoq^, secrétaire-perpétuel de l'Académie, à Cler- 
mont-Ferrand. 

Léon DE La Sicotière, avocat, à Alençon. 

ÏAiLLiAR ^, conseiller à la Cour impériale de Douai. 

(1) On a suivi pour cette liste Tordre chronologique des nonainatious» 



LISTE DES MEMBRES DE L'INSTITUT DES PROVINCES. XV 
MM. Guerrier de Ddmast >g<, membre de TAcadémie, à 

Nancy. 
Bonnet ^, professeur d'agriculture, à Besançon. 
BuviGNiER ^ , membre de plusieurs Académies , à 

Verdun. 
SoïET-WiLLEMET ^, trésorier-archivislc de TAcadémie, 

à Nancy. 
Croizet ^ , curé de Neschers , près d'Issoire. 
Weiss O ^ , bibliolhécaire , correspondattU de l'Inslitut 

de France, à Besançon. 
Millet, naturaliste, président de la Société d'agriculture, 

à Angers. 
Bonnet^, D.-M. , professeur à TÉcoIe de Médecine, 

correspondant de l'Institut de France, à Lyon. 
FouRNET ^, professeur d'histoire naturelle à la Faculté 

des sciences , correspondant de l'Institut de France , à 

Lyon. 
Seringe ^, professeur de botanique à la même Faculté. 
Victor Simon 3)^, ancien secrétaire-général du Congrès, 

conseiller à la Cour impériale, à Metz. 
MouGEOT O ^y correspondant de l'Institut de France, 

à Bruyères (Vosges). 
Hepp ^, professeur à la Faculté de Droit, à Strasbourg. 
Mg'. DoNNKT O ^i cardinal-archevêque de Bordeaux. 
Mg'. Gousset O ^^ cardinal-archevêque de Reims. 
Feret, conservateur de la Bibliothèque , à Dieppe. 
Mg\ CoussEAD ■^, évêque d'Angoulême. 
De la Farelle e^, ancien représentant du Gard, à Nîmes. 
L'abbé Dksroches, curé d'Isigny (Manche). 
.De Cayrol effS, ancien député, à Corapiègne. 
BiZEUL, membre du Conseil général, à Blain (Loire- 
Inférieure). 
Drouet, inspecteur divisionnaire de la Société française 

d'archéologie, au Mans. 



MM. Marquis de Vibraye, géologue, à Cheverny, près Blois. 
DucHATELLiER , aiicicn secrétaire-général de rAssociation 

bretonne, à Ponl-1'Abbé (Finistère). 
Dr La Baume ^, conseiller à la Cour impériale, à 

Nîmes. 
Comte DE MoNTALEMBERT ^, aucien pair de France, 

inspecteur divisionnaire de la Société française d'ar- 
chéologie pour la conservation des monuments, à 

Paris. ^ 
Reidet , conservateur des Archives de la Vienne , à 

Poitiers. 
V, HucHER, membre de plusieurs Sociétés savantes, au 

Mans (Sarllie), 
Comte DE Tocqueville O :^, ancien ministre, membre 

de r Académie française, à Tocqueville (Manche). 
Tessier, membre de plusieurs Académies, à Anduse. 
Comte A. dr Gourgues, membre de plusieurs Sociétés 

savantes, à Lanquais (Dordogne). 
Valss^, directeur de l'Observatoire, correspondant de 

rinstilut de France, ù Marseille. 
^ GoGLEL )^, membre de plusieurs Académies, quai 

Schœpflin, 3, à Strasbourg. 
L'abbé Voisin, membre de plusieurs Académies, au Mans. 
Le Glay ^^i conservateur des Archives, correspondant 

de l'Académie des inscriptions , à Lille (Nord }. 
KuHLMAN >^., directour de la Monnaie, membre du 

Conseil général du commerce, à Lille (Nord). 
Hermand, membre de plusieurs Académies, de la Société 

des Antiquaires, etc., ù St. -Orner (Pas-de-Calais). 
Jourdain, chanoine de la cathédrale, à Amiens. 
L'abbé Dcval, membre de la Société française d'archéo- 
logie pour la conservation des monuments, à Amiens. 
F. Woillez, membre de plusieurs Académies, ù St.- 

Quenlin. 



DES MEMBRES DE l'iNSTITUT DES PROVINCES. XVII 

MM, Baron du Taya ^ , président de la Société d'agriculture 
des Côtes-du-Nord, à St.-Brieuc. 

Desnoyers, vicaire-général d'Orléans, inspecteur des mo- 
numents du Loiret. 

Malherbe, président de la Société d'histoire naturelle, 
à Metz, conseiller à la Cour impériale. 

Ballin ^, archiviste de l'Académie des sciences, arts et 
belles-lettres de Rouen. 

Bally ^y ancien président de l'Académie de Médecine 
à Villeneuve-le-Roy (Yonne). 

Petit ^^ proviseur du Lycée de Rennes, 

Comte DE Tristan ^, membre de plusieurs Académies, 
à Orléans. 

Comte DE Lochart ^, directeur du musée d'histoire na- 
turelle , à Orléans. 

Baye-Mouillard :^ , membre de l'Académie de Cler- 
mont, conseiller à la Cour de cassation. 

Braudet La FARGB:>g<, ancien sous-préfet, membre de 
l'Académie de Clermont. 

Petit-Lafitte, membre de l'Académie de Bordeaux. 

L'abbé Blatairou, chanoine, professeur à la Faculté de 
Théologie de Bordeaux. 

Barthélémy e^, conservateur du musée d'histoire natu- 
relle , à Marseille. 

Bertulls ^, médecin de la Marine, à Marseille, membre 
de plusieurs Académies. 

Coquand ^, ingénieur des raines, professeur de géologie, 
à Besançon. 

Castel, agent-voyer chef, à St.-Lo. 

L'abbé Devoucoux, secrétaire perpétuel de la Société aca- 
démique, et vicaire-général d'Aulun. 

NiEPCE, procureur impérial, à Brignolles ( Var). 

Baron de Contencin ^^ directeur général de l'admi- 
nistration des Cultes, à Paris. 



XVIII LISTE 

MM. Comte Olivier de Sesmaisons, ancien direcicur de PAssa- 
dation bretonne , i\ Nantes. 
CuAMPOiSEAu :^, secrétaire général de la XV*. session du 

Congrès scientifique, à Tours, 
DeSolrdeval ^, id., juge d'instruction, à Tours. 
J. DE FoNTENAï, membre de plusieurs Académies, à Autun. 
Mg', Parisis :^t évoque d'Arras, ancien représentant 

du Morbihan. 
De Glanville, inspecteur des monuments de la Seine- 
Inférieure, président de l'Académie, à Rouen. 
L'abbé Le Petit, chanoine honoraire de Bayeux, secré- 
taire-général de la Société française d'archéologie pour 
la conservation des monuments, à Tilly ( Calvados). 
E. de Bu)is, ancien repiéscnlant du Finistère» président de 
la classe d'histoire de TAssociation bretonne, àQuimper. 
L'abbé Lacurie, chanoine honoraire de La Rochelle, 
inspecteur divisionnaire des monuments historiques, à 
Saintes. 
Matheron, Ph. Oj^ , ingénieur, membre de plusieurs 

Sociétés savantes , à Marseille. 
De La Tehradk, directeur de la Société Linnccnne, à 

Bordeaux. 
De Bi'zoNMÈRE, secrétaire-général de ia XVIIK session 
du Congrès scienlifiqnc de France» membre de plusieurs 
Académies, à Orléans. 
La Crosse C ^f^^, sénateur, ancien ministre des travaux 

publics, à Paris. 
DuFAiR DE Mo^iiFORT ^ , cx-présidcnt de la Société de 

statistique des Bouches-du-Rhône, à Marseille. 
Général Rémond G ^, ancien député, membre de plu- 
sieurs Académies, près Gisors. 
GoDRLLE >J'<, membre de plusieurs Académies, conseiller 

d'État. 
MoRiÈRE, secrétaire-général de l'Association normande, 
directeur des Cours spéciaux du Lycée, à Caen. 



DES MEMBRES DE l'iNSTITUT DES PROVINCES. XIX 
MM. Lefebvre-Duruflé C ^, sénateur, inspecteur-division- 
naire de TAssociation normande , ancien ministre , à 
Pont-Authou. 
Lr Normand , ancien sous-préfet , membre de plusieurs 
Sociétés savantes, à Vire. 

Vicomte de Fallodx ^ , ancien ministre de l'Instruction 
publique, à Segré (Maine-et-Loire). 

De Kekdrel, ancien représentant d'IlIe-et-Vilaine, ancien 
élève de TÉcole des Chartes , à Rennes. 

Alp. Le Flaguais, membre des Académies de Caen et 
de Rouen, à Caen. 

L'abbé Crosnier , prolonotaire apostolique du Saint- 
Siège, vicaire-général de Nevers, inspecteur des monu- 
ments de la Nièvre , à Nevers. 

AussANT, membre de plusieurs Académies, professeur 
en Médecine, à Rennes. 

Tarot ^ , président de chambre à la Cour d'appel de 
Rennes, secret, généryî de laXVI^ session du Congrès. 

Comte Louis de Kergorlav, ancien secrétaire-général de 
l'Association bretonne, à Fossieux (Seine-et-Oise). 

A. Taslé e^, conseiller à la Cour d'appel de Rennes. 

Barré, sculpteur, lauréat de l'exposition régionale de 
l'Ouest , à Rennes. 

Baron de Girardot ej^, :^, membre de plusieurs Aca- 
démies, sous-préfet, à Nantes. 

GbÉRAKGER, ancien président de la Société académique de 
la Sarthe, au Mans. 

L. De La Motte, membre de l'Académie, inspecteur des 
établissements de bienfaisance, à Bordeaux. 

Maréchal ^, ingénieur des ponts -et -chaussées, à 
Bourges. 

Machard ^f ingénieur en chef, id. 

Bertrand ^, maire de Caen, doyen de la Faculté des 
lettres, à Caen, 



XX LISTE 

MM. Vallat , ancien recleur de l'Académie du Lot, membre 
de r Académie, à Bordeaux. 

Boucher-de-Perthes ^ , président de la Société d'émula- 
tion , à Abbeville. 

Raynal ^, avocat général près la Cour de cassation. 

De La Monneraye, président du Conseil général du 
Morbihan, à Rennes. 

PoTTiER ^, conservateur de la Bibliothèque publique 
de Rouen. 

Thévenot, chef d'escadron, secrétaire de section à la 
VI*. session du Congrès scientifique de France , à 
Clermont-Ferrand. 

Marquis de Chennevières-Pointel ^, membre de plu- 
sieurs Académies, inspecteur-général des musées de 
province, à Paris. 

GuiLLORY aîné ^, secrétaire-général de la X^ session 
du Congrès scientifique de France, président de la 
Société industrielle, à Angers. 

De Verneilh-Puirazeau, inspecteur divisionnaire de la 
Société française d'archéologie pour la conservation 
des monuments, à Nontron ( Dordogne). 

De SuRiGNY, membre de l'Académie de Mâcon, à Mâcon 
(Saône-et-Loire). 

M. Canat , président de la Société académique de 
Châlons-sur-Saône. 

Boulangé, ingénieur des ponts-et-chaussées, rue Olivier, 
' 27, à Paris. 

Comte de Mellet , inspecteur divisionnaire des monu- 
ments, membre de plusieurs Académies, ù Chaltrait 
( Marne ). 

Victor Petit , membre de plusieurs Sociétés archéo- 
logiques , à Sens (Yonne), 

Travers, professeur honoraire de littérature latine à la 
Faculté des lettres de Caen, secrétaire perpétuel de 



DES MEMBRES DE L INSTITUT DES PROVINCES. XXI 

MM. TAcadémie des sciences, arts et belles-lettres, à 
Caen. 

DuPBÉ La Maiiérie , docteur en *Droit , secrétaire de 
section à la XVI«. session du Congrès scientifique de 
France, substitut, à Caen. 

RosTAN, inspecteur des monuments historiques , maire 
de St.-Maximin (Var). 

Habdel, imprimeur de l'Institut, membre du Conseil de 
la Société française d'archéologie pour la conservation 
des monuments, à Caen. 

De Quatrefages ^ , ancien professeur d'histoire na- 
turelle à la Faculté de Toulouse, membre de l'Institut, 
à Paris. 

Pauffin, ancien magistrat, membre de plusieurs Aca- 
démies, à Paris, boulevard Beaumarchais, 6. 

Mahul ^y ancien prêfet, membre de plusieurs Sociétés 
savantes, à Carcassone. 

Marquis Eugène de Montlaur :^, membre de plusieurs 
Académies, à Moulins (Allier j. 

L'abbé Boudant, curé de Chanteile (Allier). 

Le Pklletier-Sautelet :^, docteur-médecin, à Orléans. 

Comte DE Vignebal, président du Comice agricole, à 
Ry (Orne). 

De Behague ^ , membre du Conseil général de l'agri- 
culture, à Dampierre (Loiret) ; rue des Saussayes, à 
Paris. 

Le Vot ^, bibliothécaire de la Marine, à Brest. 

L'abbé Cirot de Layillr, membre de l'Académie de 
* Bordeaux, 

Comte AcHMEt d'Héricouri :^, membre de l'Académie 
d'Arras. 

Baron de Montreuil ^, ancien député, à Gisors. 

Comte de Niewerkerke ^ C :^ , directeur-général 
des musées , à Paris. 



XXII LISTE 

MM. QuANTiN, archiviste du département de l'Yonne, membre 
de plusieurs Sociétés savantes , à Auxerre. 
D'EsPAi'LAETj président de la Société académique du 

Mans , adjoint au maire de la môme ville. 
GoMART, membre de plusieurs Académies , secrétaire du 

Comice agricole de St.-Quentin (Aisne). 
De Verubuil :^, C :>^, membre de Tlnstitut de France, 

à Paris. 
Baron James de Rotuschild C :^ , membre de plusieurs 

Académies, à Paris. 
PucARD, secrétaire de la Société archéologique de Mont- 
pellier. 
Arrondeau, inspecteur de l'Académie de Rennes, en 

résidence à Vannes, 
Du Bois ^, de la Loire-Inférieure, inspecteur-général 

de r Université. 
Comte deVaublanc ^, membre de plusieurs Académi«s, 

à Paris et à Munich (Bavière). 
Gaïot, ancien député, secrétaire de la Société d'agri- 
culture, sciences et arts de TAube, à Troyes. 
L'abbé Tridon , inspecteur des monuments de l'Aube, 

chanoine honoraire, à Troyes. 
Alluaud aîné ^, membre du Conseil général de l'agri- 
culture, président des Sociétés savantes de Limoges. 
MossELMAN , membre de plusieurs Sociétés savantes, à 

Paris, passage Sendrié. 
A. Ramb, inspecteur divisionnaire des monuments, ù 

Rennes. 
Vicomte Du Moxcel ^, membre de plusieurs Académies, 

à Caen. 
PiFïEAu, membre de plusieurs Sociétés savantes, à 

Toulouse. 
BouET, membre de plusieurs Académies, à Caen. 
Mg'. 'Rivet ^^ , évoque de Dijon , président de la XXI *. 
session du Congrès scientifique de France. 



DES MEMBRES DE L INSTITUT DES PROVINCES. XXIÏl 

MM. Henri Beaudot, secrétaire-général de la même session, pré- 
sident de la Commission archéologique de la Côte-d'Or. 

Le marquis de Saint-Seine, vice-président général de la 
même session du Congrès. 

Db La Grèze ^ , chevalier de TÉtoile-Polaire de Suède 
et de l'Ordre de Charles III d'Espagne , conseiller à la 
' Cour impériale de Pau. 

Frantin, membre de 1^ Académie de Dijon. 

Besnou >^ , pharmacien en chef de la Marine, à Cher- 
bourg. 

Le vicomte de Juillac, inspecteur divisionnaire de la 
Société française d'archéologie pour la conservation 
des monuments , à Toulouse. 

Comte DE PoNTGiBAULT, membre de plusieurs Académies, 
à Fontenay (Manche). 

Denis aîné, membre de la Société française d'archéologie 
pour la conservation des monuments, à Fonlai ne- 
Daniel (Mayenne). 

Gustave de Lorière ^, docteur en Droit , chevalier de 
l'Ordre d'Isabelle-la-Catholique, au Mans et à Paris, 
rue de l'Est , 7. 

Calemard de Lafayette, membre de plusieurs Acadé- 
mies, au Puy (Haute-Loire). 

Le Comte Georges de Solltrait :^'^^, inspecteur des 
monuments de l'Allier, membre du Conseil général de 
la Nièvre, à Lyon. 

Mabire -^j maire de NeuTchâtel, inspecteur de l'Asso- 
ciation normande , à Neufchâtel. 

Sellier :^, membre du Conseil général de la Marne , 
président de la Société d'agriculture, sciences et arts , 
de Châlons. 

Le vicomte de Genoliluag, membre de plusieurs Sociétés 
savantes, à Rennes. 

Albert de Brives ^ , secrétaire-général de la XXII*. ses- 



XXIV LISTE 

MM. sion du Congrès scientifique de France, président de 
la Société d'agriculture, sciences et arts, au Puy. 

DtMON, C ^, ancien ministre, rue de la Ferme-des- 
Mathurins , à Paris. 

De Bouis, D.-M. P. , membre de plusieurs Académies, à 
Paris. 

Baron Doyen ^, membre de plusieurs Académies, re- 
ceveur général de TAube , à Troyes. 

Comte Van der Straten Ponthoz, membre de plu- 
sieurs Académies , à Metz. 

D'Albigny de Villeneuve, secrétaire-général de la Société 
académique de St. -Etienne et inspecteur des monu- 
ments de la Loire , à St. -Etienne. 

E. DE Beau repaire, ancien élève de l'École des Chartes, à 
Avranches. 

Mg'. Landriot, évêque de La Rochelle, président général 
de la XXIII^. session du Congrès scientifique de France. 

L'abbé Person, secrétaire-général adjoint de la XXIIP. 
^ session du Congrès. 

JouviN ^, professeur de la Marine, à Rocheforl. ** 

Nau, architecte, inspecteur des monuments de Ja Loire- 
Inférieure, à Nantes. 

Valère Martin, D.-M., membre de plusieurs Académies, 
à Cavaillon (Vaucluse). 

Caillaud :^, conservateur du musée d'histoire naturelle, 
ù Nantes. 

De La Borderie, membre de plusieurs Sociétés savantes, 
ancien élève de l'École des Chartes, à Nantes. 

Semichon, membre de plusieurs Académies et du Conseil 
général de la Seine-Inférieure, à Neufchâtel. 

De Longuemar ^, membre de plusieurs Académies, an- 
cien capitaine d'état-major, à Poitiers. 

Olivier ^, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées, 
à Caen. 



DES MEMBRES DE l'iNSTITIjT DES PROVINCES. XXV 

MM. Blavier e^, ingénieur en chef des mines , à Paris. 

Campion, clief de division à la préfecture de Caen , 

membre de plusieurs Académies. 
L'abbé Jouve, chanoine, inspecteur des monuments, à 

Valence (Drôme). 
J. La Barte 4g:, membre de plusieurs Académies, à 

Paris. 
Albert Du Bots, secrétaire général de la XXIV'. session 

du Congrès scientifique de France, à Grenoble. 
Le comte de Mailly O ^:^, ancien pair de France, 

inspecteur divisionnaire des monuments. 
L'abbé Barbier de Montault, membre de plusieurs So- 
ciétés savantes, à Poitiers. 
Malthère ^, médecin en chef de hi Marine, à 

Rochefort. 
AuRiOL O ^^, ingénieur en chef des constructions 

navales, à Rochefort. 
Le baron de Chapelain de Saint-Sauveur, membre de 

plusieurs Académies , à Mende. 
PicnoN-PRÉMÊLÉ ^, maire de Séez, membre du Conseil 

général de l'Orne. 
Gaimard -2^, ingénieur en chef, directeur des mines 

en, retraite, doyen honoraire de la Faculté des 

sciences de Grenoble. 
LECiDRE ^, médecin en chef des Hospices, au Havre. 
Le Harivel-du-Rocher , sculpteur, à Paris. 
Dupuis, ancien président de la Société archéologique de 

l'Orléanais, conseiller à la Cour impériale, à Orléans. 
PiLLOT, archiviste du département de l'Isère, à Gre- 
noble. 



XXVI LISTE 



Syleabros Strangors. 



S. M. le ROI DE SAXE, président honoraire des Sociétés 
académiques de Dresde et du Congrès archéologique 
allemand. 

MM. LoPEZ, C ^, conservaleur en chef du musée, à Parme. 
Gazzera )^, secrétaire de PAcadémie , à Turin. 
Mg'. Rendu >^, évêque d'Annecy. 
Marquis Paretto , C >^, à Gênes. 
Marquis de Ridolfi , C :^, ancien ministre, à Florence. 
Pasteur Duby ^, à Genève. 
Baron de Selis-Longchamp ^, à Liège. 
Whewuel , professeur , à Cambridge. 
James Iates, à Londres. 
San-Qlintino :^i conservateur honoraire du musée, 

à Turin. 
Despines, c :^, directeur-général des mines du Piémont, 

à Turin. 
Warnkœnig ^, professeur à l'Université de Tubinge. 
Baehr ^, professeur à l'Université de Heidelberg. 
SciiADOw O )^, directeur de l'École des beaux-arts, à 

Dusseldorf. 
KtPFER )^ , professeur de physique, à St.-Péters- 

bourg. 
Krieg de Hocufelden :^, ancien directeur des forti- 
fications du grand-duché de Baden, à Baden. 
De Brinckeu, conseiller d'État, à Brunswick. 
D'Homalius-d'Hallot C >^. , correspondant de l'Institut 

de France, à Namur et à Paris, rue Mondovi , 6. 
Maravigna, professeur d'histoire naturelle, à Catane 

(Sicile). 



DES MEMBRES DE L INSTITUT DES PROVINCES. XXVII 

MM. Duc Serba di Falco :^, prince de Santo-Pielro , à Flo- 
rence ( Toscane ) et à Palerme. 
Baron de Roisin ^:^, au château de Kurens, près Trêves 

( Prusse Rhénane). 
Marquis de Santo-Angelo G :^, ministre de S. M. le Roi 

des Deux-Siciles , à Naples. 
Comte DE FuRSTEMBERG O :^, chambellan de S. M. le 

Roi de Prusse, à Stanheim, près Cologne. 
Baron de Quast >^, inspecteur-général des monuments 
historiques de Prusse, chevalier de l'Ordre deSt.-Jean 
de Jérusalem , à Berlin. 
Roulez >^ , professeur d'archéologie à l'Université de 

Gand. 
SisMONDA :^, professeur de géologie à l'Université de 

Turin, membre de l'Académie de la même ville. 
Comte DE Selmour ^, gentilhomme de la Chambre 
du roi de Sardaigne, président de l'Association agricole 
de Piémont, 
Jacquemont O :>^ ^, membre du Sénat et président de 

la Société académique de Chambéry. 
Mg^ MuLLER, évêque de Munster. 
Reicheksperger, conseiller à la Cour royale et membre 
de plusieurs Académies, à Cologne, vice-président de 
la Chambre législative de Berlin. 
Mg'. Geissel >^ , cardinal-archevêque de Cologne. 
BoTOwsKi , ancien secrétaire de l'ambassade russe , 

à Paris. 
Comte DE La Marmora G :.^, directeur de l'École de Ma- 
rine, à Gênes. 
DoNALSTON, secrétaire de l'Institut des architectes, à 

Londres. 
Le Maistre-d'Anstaing^, présidentde la Société archéo- 
logique, à Tournay, 
Quételet O ^, secrétaire perpétuel de l'Académie royale 
de Belgique, à Bruxelles. 



XXVIII LISTE 

MM. Jobard $, membre de plusieurs Académies, à Bruxelles. 

De Wilmoski, chanoine de la cathédrale de Trêves , à 
Trêves. 

Thcrman, membre de plusieurs Académies, à Porenlruy. 

Baron de Plancket, docteur en Droit , membre de plu- 
sieurs Académies, à Bruxelles. 

McRCHisoN, membre de la Société royale de Londres, 
correspondant de l'Institut de France, à Londres. 

Parker, membre de la Société des Antiquaires de 
Londres, à Oxford. 

Comte Ernest de Beust C :^, directeur- général des mines 
à Berlin. 

Baroffi ^ 5^, professeur de géométrie à TUniversité 
de Turin. 

Comte AvoYARDO de Quaregny C ?^, professeur de phy- 
sique à rUniversité de Turin. 

Comte César Balbo C :^ , député , ex-président du 
conseil des ministres, à Turin. 

CiBRARio C ^ , sénateur de Piémont , professeur de 
chimie à l'Université de Turin. 

Ragozini Roch, secrétaire perpétuel de l'Académie royale 
d'agriculture de Turin. 

Baron Joseph Manno C >^ , président du Sénat du 
royaume de Sardaigne et de la Cour d'appel de Turin, 
membre de l'Académie. 

J. Morris >^, sénateur du royaume de Sardaigne, pro- 
fesseur de botanique à l'Université de Turin. 

Professeur Cantu >^, sénateur du royaume de Sardaigne, 

à Turin. 
Le comte Joseph Teleki C ;^, membre de l'Académie 

impériale d'Autriche, à Szerach, 
Joseph Arneth, directeur du cabinet impérial des Anti- 
ques, à Vienne. 
DAVIDSON, membre de la Société géologique, à Londres. 



DES MEMBRES DE l'iNSTITUT DES PROVINCES. XXIX 

MM. D'Olfers C :^, directeur-général des musées, comman- 
deur de plusieurs ordres, à Berlin. 

Le Rév. Petit, membre de plusieurs Académies, à 
Londres. 

Thomsen g :^, directeur du cabinet des Médailles, com- 
mandeur de l'ordre de Danebroc, à Copenhague. 

Baron Stilfrid, grand-maître des cérémonies du Palais, 
commandeur de TAigle-Rouge, à Berlin. 

Namur, secrétaire-général de la Société archéologique du 
grand-duché de Luxembourg, 

Kerwinde Lettenhowe , membre de plusieurs Académies 
à Bruges. 

FoRSTER ^, professeur à l'Académie des beaux-arts de 
Vienne, président de la 26^ classe du Jury inter- 
national à l'Exposition universelle de Paris. 

Le baron de Mayenfisch >^ :>^ :^ , chambellan de S. M. 
le Roi de Prusse et de S. A. R. le Prince de Holinzoltein- 
Sigmaringen , à Sigmaringen, 

Le Roy, professeur à l'Université de Liège. 

Le docteur de Vigandt, à Westlard ( Prusse ). 

Fayder g ^ ^ ^, procureur générai, à Bruxelles. 
% Mitter-Mayer :^ :»^, professeur à l'Université de Hei- 
delberg. 

Dlcpétiaux ^, inspecteur-général des prisons, secré- 
taire-général du Congrès de bienfaisance, à Bruxelles. 

D'Otheppe de Bouvette, membre de plusieurs Acadé- 
mies, à Liège. 

Steingel O :>^, officier supérieur en retraite , à Westlard 
(Prusse). 

César Cantu , membre de plusieurs Académies, à Milan. 



CONGRES 

DES DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAYAOTES 

DES DÉPARTEMENTS, 

sous LA DIRECTION DE L'INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 



SESSION DE 1856. 



SÉANCE GÉNÉRALE D'OUVERTURE. 

(Présidence de M. de Caumont , directeur de Tlnstitut 
des provinces.) 

La séance est ouverte à 2 heures 1/2 , dans la grande 
salle de la Société d'encouragement pour l'industrie na- 
tionale. 

Sont appelés au bureau : MM. le vicomte de Cussy, dé- 
légué de la Société d'agriculture de Bayeux ; Albert de 
Brives , président de la Société du Puy ; de Mondésir , 
colonel du Génie, en retraite, délégué de l'Académie de 
Cherbourg ; Didron , ancien secrétaire du Comité des 
monuments historiques ; de Soleirol , délégué de la 
Société d'histoire naturelle de la Moselle ; le duc de 
Maillé , délégué de la Société d'agriculture du Cher ; le 
marquis de Balaincourt , délégué de la Société de 
Vaucluse. 

Secrétaires-généraux : MM. Raymond Bordeaux , 
d'Évreux; Charles Gojiart, de St. -Quentin; Ramé, de 



2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Rennes ; de Bouis , de Paris ; Sellier , de Châlons-sur- 
Marne ; Gaugain , trésorier. 

On remarque dans la salle un grand nombre de délé- 
gués des Sociétés savantes des déparlements, savoir : 

MM. 

Le comte de Courcelles , de Lille. 

Le comte François Van Der Straten , délégué de l'Aca- 
démie de Metz. 

Marchal , ingénieur des ponts-et-chaussées , délégué de 
Rouen et d'Avranches. 

De Mon désir, colonel de génie en retraite , délégué de 
la Société académique de Cherbourg. 

Le comte de Tocqueville , délégué de la Société acadé- 
mique de Cherbourg. 

Le marquis de Tanlay, délégué de la Société d'agri- 
culture de Tonnerre. 

Challes , délégué de la Société d'agriculture , sciences et 
arts d'Auxerre. 

MORTiMER Ternaux , délégué de la Société d'agriculture 
de Rélhel. 

Auguste Bernard , délégué de la Société d'agriculture , 
industrie, sciences , arts et belles-lettres de la Loire. 

Le marquis de Jessé Gharleval , délégué des Bouches- 
du-Rhône. 

Robert Beauchamp , député de la Vienne , délégué de 
Poitiers. 

INicias Gaillard, président à la Cour de cassation , délé- 
gué de la Société des Antiquaires de l'Ouest et de la 
Société académique de Poitiers. 

De Saint-Venant, ingénieur des ponts-et-chaussées en 
retraite, délégué de la Société d'agriculture de Vendôme. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 3 

RAMÉ , délégué de la Société d'archéologie de Rennes et 
de l'Association bretonne. 

Varin de Russy, délégué de l'Association normande. 

Léonce de Marguerit de Rochefort, délégué de TAsso- 
ciation normande. 

Le docteur Bally, délégué de l'Académie impériale de 
médecine. 

De Bodis, D'.-M., délégué de la Société d'horticulture 
de la Seine. 

Prillieux , délégué du Comice agricole de Vendôme. 

De Ferré des Ferris , délégué de la Société d'agricu l- 
ture de Mortain. 

De Coussemaker , délégué du Comité flamand et de la 
Société dunkerquoise. 

Le vicomte de Cussy, délégué de la Société des arts , scien- 
ces et belles-lettres de Bayeux. 

Le Grand, membre du Corps législatif, délégué de la 
Société des sciences, agriculture et arts de Lille. 

Le baron Travot , délégué de la Société d'agriculture 
d'Avranches. 

Le vicomte de Genouillac , délégué de la Société d'agri- 
culture et d'industrie et de la Société archéologique de 
Rennes. 

Mahul, ancien préfet, délégué de la Société des sciences 
et arts de Carcassonne. 

Le marquis Le Sens de Morsan , délégué de l'Asso- 
ciation normande , à Bernay. 

PiLLON , docteur-médecin , délégué de l'Association nor- 
mande, à Forges (Seine-Inférieure). 

Le vicomte de Borelli, général de division. 

Bruand d'Uzelles, délégué de la Société d'agriculture, 
sciences naturelles et arts du Doubs, 



U INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

PichonPremêlé, maire de Séez, inspecteur de T Asso- 
ciation normande. 

Le Royer , délégué de la Société industrielle d'Angers. 

Le marquis de Brias , ancien maire de Bordeaux. 

Gadebled , ancien chef de bureau au ministère de Tln- 
térieur. 

Le comte du Manoir de Juaye , délégué de la Société 
française d'archéologie. 

Le marquis de Balaincourt, délégué de la Société d'agri- 
culture et d'horticulture de Vaucluse. 

Le comte d'Esterno, membre du Conseil général de l'agri- 
culture , à Autun. 

Debacq , délégué de la Société d'agriculture, sciences et 
arts de la Marne. 

Le comte de Barrey , membre du Conseil général de 
l'Eure , délégué du Comice de VerneuiL 

Le vicomte Du Moncel, délégué de la Société des sciences 
naturelles de Cherbourg. 

Semichon , membre du Conseil général de la Seine-In- 
férieure , à Neufchâtel. 

LouART , délégué du Comice agricole de St. -Quentin. 

MossELMAN , membre de l'Institut des provinces , à 
Paris , passage Cendrié. 

Colonel Hennoque , membre du Corps législatif, délégué 
de la Société d'histoire naturelle de Metz. 

Albert DE Bure , secrétaire-général et délégué de la 
Société d'émulation de l'Allier. 

Le comte de Mellet, délégué de l'Académie de Reims 
et de la Société d'agriculture , siences et arts de 
Chalons. 

Armand Guibal, délégué de la Société littéraire et scien- 
tifique de Castres. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 5 

Maurice de Barreau , vice-président et délégué de la 

même Société. 
Lançon , conseiller général de Vaucluse , délégué de la 

Société d'agriculture de Vaucluse. 
Le baron Chaubry de Troncenor , membre du Conseil 

général et délégué de la Société d'agriculture de la 

Marne. 
Louis Paris, délégué de l'Académie de Reims. 
Thiac , membre du Conseil général et délégué de la So- 
ciété d'agriculture de la Charente. 
De Brive , membre du Conseil général et délégué de la 

Société d'agriculture du Puy. 
A. DE KoMAROFF, coloncl du corps des ingénieurs des 

voies de communication de l'empire de Russie. 
Le duc DE Maillé , délégué de la Société d'agriculture du 

Cher. 
De Vendeuvre , délégué de la Société d'agriculture . 

des sciences , arts et belles-lettres de l'Aube. 
De la Roquette , délégué de la Société de géographie. 
Mantellier, délégué de la Société archéologique de 

rOrléanais. 
Desvaux , délégué du Comice agricole de Vendôme. 
Perrot , délégué du Comice d'Orléans. 
Ernest Bertrand , juge au tribunal de la Seine , délégué 

de la Société académique de l'Aube. 
Gustave Huot , délégué de la même Société. 
Le vicomte de Bonneuil , délégué de la Société française 

d'archéologie (Seine-et-Marne). 
Soleirol, délégué de la Société d'histoire naturelle de la 

Moselle. 
Lafond de Lurcy, délégué de la Société d'études diverses 

du Havre. 



6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Oswald-Van-Den-Berghe , délégué de TAcadémie d'ar- 
chéologie de Belgique. 

Edouard Didron , délégué de la Société française d'ar- 
chéologie. 

Le vicomte de Keridec , délégué de la Société archéo- 
logique du Morbihan. 

Emile Grégoire , ingénieur des ponts-et-chaussées , dé- 
légué de la môme Société. 

Le comte d'Erceville , délégué de la Société française 
d'archéologie (Seine-et-Marne). 

Dupuis , délégué de la Société archéologique de l'Or- 
léanais. 

Chazaud , ancien représentant , délégué de la Société 
d'agriculture, belles-lettres, sciences et arts de Poitiers. 

Poriquet , délégué de l'Association normande (Orne). 

Thiollet , officier d'artillerie , à Paris. 

Carlier, délégué de la Société de sphragistique de Paris, 
de la Société dunkerquoise et du Comité flamand de 
France. 

Anisson Duperron, délégué de la Société d'agriculture 
de l'Eure. 

HOLL, délégué de la Société d'agriculture de Poitiers. 

Gosse , délégué de la Société d'histoire et d'archéologie 
de Genève. 

Le comte d'Héricourt, délégué de l'Académie d'Arras. 

Sellier, membre du Conseil général de la Marne, dé- 
légué de la Société d'agriculture , commerce , sciences 
et arts de la Marne. 
Jules Labarthe, membre de l'Institut des provinces. 
Alfred de Roissy, délégué de Société de l'histoire de 

France. 
Le comte de Boisrenaud , délégué de l'Allier. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 7 

DuvAL DE Fraville , ancien sous-préfet , délégué de 
Chaumont , à Coudes, par Chaumont ( Haute-Marne). 

Le comte d'Ernemont, membre du Conseil général et 
inspecteur de l'Association normande , à Ernemont 
(Seine-Inférieure ). 

Tailliar, délégué de la Société d'agriculture , sciences et 
arts de Douai. 

Ancelon , docteur-médecin , membre de TAcadémie de 
Nancy. 

Ferdinand David, député au Corps législatif, délégué de 
la Société de statistique des Deux-Sèvres. 

Chauvin de Lénardière , député , délégué de la Société 
de statistique des Deux-Sèvres. 

BiZEUL, membre du Conseil général et délégué de Nantes, 
à Blain. 

JuLLiOT , délégué de la Société archéologique de Sens. 

D'iLLiERS , propriétaire , délégué du Loiret , à Orléans. 

Paul Durand , délégué de Chartres. 

Le vicomte de Pomereu , délégué de la Société française 
d'archéologie (Seine-In fér ieure) . 

Chandon DE ROMONT , président du Comice agricole 
d'Épernay. 

Marins Garcin , secrétaire de la rédaction de L'ami de la 
religion, délégué des Basses-Alpes. 

Le comte de Gourcy , de la Société impériale d'agricul- 
ture de la Seine. 

Le comte de Mailly , ancien pair de France , inspecteur 
divisionnaire de la Société française d'archéologie. 

Le marquis de Godefroy de Mesnilglaise, délégué de 
la Société des Antiquaires de la Morinie. 

Fourneyron, délégué de la Société d'agriculture, in- 
dustrie, sciences, arts et belles-lettres de St. -Etienne. 



8 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Le comte de Chalon, au château de la Bavière (Sarthe). 
Le vicomte Bourbon Lignières, au château de Lignières 

(Cher). 
Le comte de Chabrillan , délégué du Comice agricole de 

4léthel. 

Le marquis de Vogue , délégué de la Société d'agriculture 

du Cher. 
Rossey , délégué de TAssociation normande ( division de 

l'Eure ). 

De Saint-Germain , député , délégué de la Société 
d'agriculture d'Avranches. 

Le marquis de Vibraye , membre de l'Institut des pro- 
vinces , délégué de Blois , à Court-Cheverny. 

Le prince Albert de Broglie , délégué de l'Association 
normande ( division de l'Eure ). 

Clément Mullet , délégué de la Société académique de 
l'Aube. 

Raymond Bordeaux, secrétaire-général du Congrès. 

Anatole de Vendeuvre , délégué de la Société acadé- 
mique de Falaise, 

HÉRON DE ViLLEFOssE , inspeclcur des monuments his- 
toriques. 

Pernot, délégué de la Société historique et archéologique 
de Langres ( Haute-Marne ). 

Le comte de Bondy , ancien pair de France , délégué de 
la Société d'agriculture de Châteauroux. 

Maurenq , délégué de la même Société. 

Le comte de Vigneral , membre de l'Institut des pro- 
vinces, délégué d'Amiens. 

D'Alvimare , inspecteur des monuments d'Eure-et- 
Loir. 
Mallet, délégué de la Société d'agriculture de Bayeux. 



CONGRES DES ACADEMIES. 9 

Vincent, délégué de la Société des Antiquaires de la 
iMorinie. 

Le comte de La Ferrière, délégué de l'Académie de 
Caen. 

De Beaucourt , délégué de la Société française d'ar- 
chéologie ( division de l'Eure). 

Charles Roland , ancien représentant , délégué de l'Aca- 
démie des sciences, arts et belles-lettres et d'agricul- 
ture de Mâcon. 

Le marquis de Verclos , député au Corps législatif , dé- 
légué de la Société d'agriculture et d'horticulture du 
Va u cluse. 

Henry de Bonnand, délégué de la Nièvre. 

Olivier , délégué de la Société d'agriculture et d'histoire 
du Vaucluse. 

GiROU DE Buzaringues , député au Corps législatif, dé- 
légué de la Société des lettres, sciences et arts de 
l'Aveyron. 

Bigant, président à la Cour impériale de Douai. 

Le comte de Seraincourt, inspecteur de l'Association 
normande. 

Pezeril , capitaine au corps du génie. 

Le comte d'Estaintot , inspecteur de l'Association nor- 
mande, délégué d'Yvetot (Seine-Inférieure). 

LÉTOT, délégué de la Société des sciences et arts de 
Bayeux. 

Le général Baron Petiet, député au Corps législatif, dé- 
légué de la IXièvre. 

Avril de la Vergnée , délégué de la Société de statistique 
de Niort. 

Le marquis de Montlaur , membre du Conseil général 
et délégué de la Société d'Agricuture de Moulins. 



10 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Parker , délégué de la Société des Antiquaires de Londres, 
à Oxford. 

Olivier de Roissy , inspecteur de TAssociation normande. 

D'OzouviLLE, délégué de la Société de l'industrie de 
Laval. 

L'abbé Brullée , délégué de la Société archéologique de 
Sens. 

Paquerée , délégué de la Société Linnéenne de Bordeaux. 

Le comte Armand de Hercé , délégué de la Mayenne , 
au château de Monguéré ( Mayenne ). 

BouRJOT DE Saint-Hylaire , professcur d'histoire natu- 
relle au lycée Gharlemagne. 

Marionneau, délégué de la Société archéologique de 
ISantes et des Sociétés savantes de Bordeaux. 

Dréolle , délégué de Libourne. 

Le marquis d'Andelare , député et délégué de la So- 
ciété d'agriculture de la llaule-Saône. 

M. de Gaumont ouvre la séance par un discours, dans 
lequel il jette un coup-d'œil rapide sur le mouvement 
académique en 1856. 

Il indique, en terminant, les modifications qui ont été 
adoptées, pour la présente session, dans l'ordre des tra- 
vaux. Chaque jour les rapports des délégués seront en- 
tendus par une section spéciale, dont M. Sellier sera le 
président, et qui se réunira k 1 heure. Mais il n'y aura 
pas d'autres séances de section, comme les années précé- 
dentes; les discussions seront portées immédiatement en 
séance générale. Celle-ci , qui s'ouvrira à 2 heures chaque 
jeur, sera divisée en deux parties : Tune consacrée aux 
sciences physiques et à l'agriculture ; l'autre consacrée à 
l'archéologie et aux beaux-arts. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 11 

M. de Caumonl indique quels sont les avantages de 
cette nouvelle combinaison. 

Ce discours , écouté avec le plus vif intérêt , est accueilli 
par d'unanimes applaudissements. 

M. le Président donne ensuite à l'Assemblée communica- 
tion de la correspondance et des délégations faites par les 
Sociétés savantes qui ont envoyé des membres au Congrès. 

Le secrétaire de S. A. I. Monseigneur le Prince Napoléon 
adresse à M. le Président du Congrès la lettre suivante : 
« Palais-Pioya) , le 13 avril 1857. 
« Monsieur le Président, 

« S. A. I. Monseigneur le Prince Napoléon me charge 
« de vous remercier , en son nom , de l'envoi que vous 
« avez bien voulu lui faire de V Annuaire de l'Institut des 
« provinces et des autres publications qui accompagnaient 
« votre lettre du 9 de ce mois. 

« Le Prince apprécie toute l'importance et l'utilité de 
« la Société que vous présidez , et il en lira le comple- 
« rendu avec beaucoup d'intérêt. Son Altesse Impériale 
« regrette vivement que ses occupations ne lui permettent 
« pas d'assister à l'une de vos séances. » 

Le Secrétaire particulier , 

HUBAINE. 

La Société d'agriculture et d'horticulture de Vaucluse 
a délégué au Congrès M. le marquis de Balai ncourt, mem- 
bre du Conseil général de Vaucluse, et MM. Olivier et de 
Vecelas. 

La Société industrielle d'Angers et du département de 
Maine-et-Loire délègue au Congrès MM. G. -A. Leroyer 
et de la Chauvin ière. 

La Société d'agriculture et des sciences naturelles du 



12 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Doubs délègue, pour la représenter, M. Bruand, d'Uzelle. 

La Société d'agriculture, commerce, sciences et arts 
du département de la Marne, délègue au Congrès MM. de 
Bacq, son secrétaire; le comte de Mellet ; Sellier , son 
ancien président, et le baron Chaubry de Troncenord. 

Le Comice de St. -Quentin délègue, pour le représen- 
ter, MM. Charles Gomart, de St. -Quentin, son secrétaire- 
généial ; Malezieux du Petit-Fresnoy ; Monnot, de Pontru, 
et Thery , de Grugier. 

La Société départementale d'agriculture et d'industrie 
de Rennes délègue M. le vicomte de Genouillac et M. 
Alfred Ramé. 

La Société impériale des sciences , de Tagriculture et 
des arts de Lille délègue M. Legrand , membre du Corps 
législatif. 

La Société impériale et académique de Cherbourg dé- 
lègue, pour la représenter au Congrès , MM. le comte de 
Tocqueville et de Mondésir. 

La Société littéraire et scientifique de Castres (Tarn) , 
délègue au Congrès : MM. Maurice de Barreau et Arnaud 
Guibal. 

La Société archéologique du Morbihan , à Vannes, dé- 
lègue : MM. de Keridec, inspecteur, pour le Morbihan, de 
la Société française pour la conservation des monuments 
historiques , et Grégoire (Emile ) ingénieur des ponts-et- 
chaussées dans le Morbihan. 

La Société Ilavraise d'études diverses délègue M. La- 
fond de Lurcq. 

La Société d'agriculture des sciences , arts et belles- 
lettres de l'Aube , délègue M. Gabriel de Vendœuvre. 

Le Comice agricole de l'arrondissement d'Orléans 
délègue M. Alex. Perrot , président de cette association. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 13 

La Société d'agriculture , sciences et arts du Puy (Haute- 
Loire) a délégué au Congrès M. Albert de Brives, son 
ancien président. 

La Société d'agriculture , arts et commerce du dépar- 
tement de la Charente délègue MM. de La Trenchade , 
docteur en médcine à Paris , et Mathieu Bodet, avocat à 
la Cour de cassation. 

Le Comice agricole de Relhel ( Ardennes ) , délègue au 
Congrès: MM. Pauffîn, son président; Reberotte-Labesse, 
vice-président ; Tisserant, trésorier ; Carré-Collet ; Sorlet- 
Sorlet ; Thiérion (Jules), membres du Bureau. 

La Société départementale d'agriculture du département 
de l'Yonne, à Auxerre, délègue M. Challe. 

Le Comice de Vendôme délègue au Congrès MM. de 
Saint-Venant, ancien professeur de l'Institut agronomique 
de Versailles, Edouard Prilleux et Gustave Desvaux. 

M. Ch. Denis , délégué du département de la Mayenne ; 
M. Georges de Soultrait, délégué de la Nièvre; M. le 
docteur deCisseville, délégué de l'Association normande; 
M. Répécaud, président de l'Académie d'Arras et délégué 
de* cette association; M. le baron Chaillou-des -Barres, 
délégué de la Société des sciences historiques naturelles 
de l'Yonne ; M. Millet , délégué du Comice horticole de 
Maine-et-Loire , à Angers ; M. d'Albigny de Villeneuve , 
délégué de St. -Etienne ; M. Le Carbonnier, délégué de 
l'Association normande , s'excusent de ne pouvoir 
prendre part aux travaux du Congrès. 

M'"^ la baronne de Montaran adresse au Congrès une 
pièce de vers , intitulée : A înes amis de Paris. 

M. de La Chauviniëre, délégué de la Société industrielle 
d'Angers, en priant le Congrès d'agréer ses excuses 
de ne pouvoir assister à la réunion à cause de la maladie 



1/i INSTITUT DES niOVINCES DE FRANCE. 

grave qui Ten empêche adresse un tableau contenant le 
résnnié comparatif du recensement de la population 
depuis 1816; il demande s'il ne serait pas à désirer qu'on 
fît du déplacement de la population Tobjet d'une question 
à traiter dans le Congrès des Sociétés savantes. 

M. le Président passe ensuite au dépouillement de nom- 
breux ouvrages, offerts au Congrès, sur lesquels M. Sellier 
est chargé de faire un rapport. Ces ouvrages sont : 

ISolice sur Char le s-Louis- Auguste Foucquct, duc de 
Belle-lsle, avec un précis historique des travaux et des 
embellissements exécutés dans la ville de Metz, de 1727 
à 1761 ; par M. F. -M. Chabert; 1 volume grand in-8'. 
Metz, 1856. 

Notes pour servir à Vhistoire de Ch 'pltat St.-ISicotas 
de ta vitle de Metz; par M. Chabert (Extrait àesAnnates 
de ta Charité ), brochure in-S**. Paris, 1856. 

DÉCOUVERTE DE CONSTRUCTIONS ET SÉPULTURES GALLO- 
ROMAINES , daUS la commune de Menneval près Bernay 
< Eure ), le 28 novembre 1856 ; par MM. Léon Métayer et 
Cardin fils (deuxième rapport) ; brochure in-Zi". 

Cartutaire et archives des communes de Cancien 
diocèse de t' arrondissement administratif de Carcas- 
sonne; par M. Mahul. Un vol m-li\ Paris. 

Bulletin de ta Société d'émulation du département 
de V Allier (sciences, arts et belles-lettres), tome V 
(octobre, novembre et décembre 1856). 

Bulletin de la Société des sciences naturelles et des 
arts de St.-Étienne ( Loire ). 1856. 

État actuel de C agriculture dans le département 
de Maine-et-Loire et de quelques moyens de lui venir 
€n aide ; par M. P,-A. Millet. Angers, 1856. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 15 

Les Chroniques de la noble ville et cité de Metz ; par 
Jean Le Châtelain ; réimprimées par M. Chabert. Metz , 
1856. 

Congrès arckéologique de France, séances générales 
tenues, en 1855, à Châlons-sur-Marne , à Aix et à Avi- 
gnon, par la Société française d'archéologie; ivol. 1856. 

Mémoires et documents publiés par la Société d'his- 
toire et d'archéologie de Genève; tome T\ Paris, I8/16. 

Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du 
département de Maine'et'Loire.XXVlV. année. Angers, 
1856. 

Le prince de Ligne ou un écrivain, grand seigneur 
à la fin du XVIIP, siècle; par M, Peetermans. Liège, 
1856. 

Journal du siège de Metz, en 1552, recueilli et pu- 
blié par M. F. -M. Chabert ; un vol. \x\-h\ Metz , 1856. 

Fables; par C. Brisson , ancien secrétaire de la mairie 
de La Rochelle , un vol. in-8^ La Rochelle , 1856. 

Mémoires de la Société Linnéenne de Normandie 
( années 185/i-55 ); X^ vol, in-/^^ Paris, 1856. 

Publication de la Société pour la recherche et la 
conservation des monuments his tonique s, àans le grand- 
duché de Luxembourg; un vol. in-Zi°. Luxembourg, 
1856. 

Les Chants du soir ; par Chéri Pauffin ; un vol. in-8*. 
Paris, 1856. 

Catalogue de la bibliothèque de r Athénée royàt,, 
(grand-duché de L«a^em6oMrgf), précédé d'une notice 
historique sur cet établissement ; par M. le professeur 
A. Namur. 1 vol. in-S**. Luxembourg, 1855. 

Mémoires de l'Académie d'Arras, tomes XXVI[\- 
XXVIIP.,-XXIX*., 3 vol. in-8". Arras, 185/|, 1855, 1857. 



16 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Bulletin agricole, publié par la Société d'agricul- 
ture du département du Pas-de-Calais. Arras, 1857. 
Chronique d'Art hais; par François Bauduin, né à Arras 
en 1520, publié par TAcadémie d'Arras; un vol. in- 
8". Arras, 1856. 

Journal de dont Gérard Robert, religieux de l'ab- 
baye de St. -Vas t d' Arras , publié par P Académie d' Arras ; 
un vol. in-S". 1852. 

Discours d'ouverture , prononcé par M. le colonel 
Répécaud, à l'Académie d'Arras, le 27 août 1855; 
brochure in-8«. Arras , avril 1857. 

Origines chrétiennes de la Gaule; supplément aux 
Lettres du 11. P. dom Paul Piolin , religieux , en réponse 
aux objections contre l'introduction du christianisme 
dans les Gaules; par M. Dozouville; brochure in-8**. Paris. 
Explication, faisant suite aux précédentes notices, 
sur l'attribution à Charlemagne de quelques types 
monétaires ; par L.-D. Costet ; brochure in-8''. Bruxel- 
les, 1857. 

Marché fait avec des maçons, pour la construction 
de certaines parties du château de Ghambord, annoté 
et publié par André Salmon ; brochure in-8°. Paris, 1856. 
Statuts de la Société impériale d'agriculture , 
industrie, sciences, arts et belles-lettres du départe- 
ment de la Loire; brochure in-8''. St.-Etienne. 

Société des monuments historiques d'Orléans ; bro- 
chure in-S". 

Discours prononcé le 5 novembre 1855, à l'audience 
solennelle de rentrée de la Gour impériale de Poitiers; 
par M. Jules de La Marsonnière ; brochure in-8**. Poi- 
tiers, 1855. 
Rapport sur les monuments historiques, présenté 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 17 

au Conseil général du département de la Marne, dans sa 
session de 1856; par M. îe baron Chaubry de Troncenord. 

Recherches sur les peintres-verriers Champenois ; 
par M. Chaubry , baron de Troncenord ; brochure in-S". 
Châlons, 1857. 

Travaux du Comice horticole de Maine-et-Loire ^ 
3^ volume, n^ Zi3 , in-S". Angers, 1857. 

Pomologie de Maine-et-Loire , li\ livraison. Angers, 
1857. 

Réflexions sur les idées philosophiques de Lamar- 
tine; par Ferd. Loise, de Tongres. Liège, 1857. 

Impressions d'un touriste dans le monde moral; 
par Alb. d'Otreppe de Bouvette (Janvier 1857 , 19^ livrai- 
son). Liège, 1857. 

Evocation^ promesse d'avenir à la Société libre 
d^ émulation de Liège; par Alb. d'Otreppe de Bouvette, 
(20^ livraison, février 1857). Liège, 1857. 

Abnégation et dévouement, hommage au Conseil 
d'administration de la Société libre d'émulation de Liège , 
par M. Alb. d'Otreppe de Bouvette (novembre 1856), 
Liège, 1856. 

Statuts et règlement de la Société alimentaire de 
St.-Quentin ( Aisne ) , in-8''. 1856. 

Procès-verbal de la séance annuelle de la Société 
alimentaire de St,-Quentin, St. -Quentin , 18 mars 1857. 

Bidletin du Comice agricole de St,-Quentin , tome 
V^ 1856 , in-8^ 

Note sur le camp romain de Vermand (Aisne), 
(extraite du Bidletin monumental) ;^dx M. Ch. Gomart, 
membre de l'Institut des provinces, in-8^. Gaen , 1856. 

Exposé d'une institution financière, par J.-A. Pichot, 
in-8''. Mars 1857. 



18 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Rapport sur la situation de la Société (V horticulture 
ae la Moselle; par M. Chabert, in-8". Metz, 1856. 

Culture du lupin à ^eurs jaunes; par M. le comte 
Conrad de Gourcy. in-8^ 

De la statistique des subsistances cl des Comices 
agricoles , tomes I et II ; par M. A. Bertin. 

lié forme agricole^ moyens de faire cesser rinférioritc 
de la France en agriculture ; par M. Bertin. 

M. le Président donne successivement lecture des dif- 
férentes questions portées au programme du Congrès de 
1857 , en invitant les membres à se faire inscrire pour 
parler sur les sujets qu'ils désirent traiter. Les membres 
se font inscrire et des jours sont désignés pour la discus- 
sion des différentes questions : 

AGRICULTURE,SGIENCES PHYSIQUES Eï NATURELLES. 

PROGRÈS DES SCIENCES PHYSIQUES EN 1856. 

M. Du Moncel n'ayant pu achever le travail qu'il avait 
projeté sur les progrès des sciences physiques en 1856 , 
donne en échange quelques détails sur les moyens de 
reproduction des œuvres graphiques. Voici le résumé de 
celte communication fait par Fauteur lui-même : 

Gravure paniconographique de M. Gillot. 

Les ressources immenses que présentent les gravures 
sur bois, pour Tintelligence des travaux scientifiques , et 
même l'agrément qu'elles procurent au lecteur quand 
elles accompagnent une œuvre littéraire , une relation de 
voyage, une description quelconque, les ont fait re- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 19 

chercher dès l'origine de la typographie, alors même 
qu'elles étaient dans un état d'imperfection notoire. Il n'y 
a pas long-temps encore, cet art, ou plutôt l'art de les 
imprimer, était dans un tel état d'enfance , que c'était 
tout au plus si on pouvait distinguer les sujets qui se 
trouvaient ainsi représentés. C'est ce dont on peut se 
convaincre , quand on se reporte aux premiers volumes 
du Musée des familles , la première publication pério- 
dique qui les ait introduites , à titre d'agrément ou d'or- 
nementation typographique. Depuis cette époque, les 
progrès des moyens typographiques, l'amélioration des 
encres d'impression , et surtout la découverte de la mise 
en train des gravures sur bois , au moyen de hausses et 
de découpures , disposées de manière à empêcher les em- 
pâtements des parties légères et fines de ces gravures, 
ont permis de donner à leurs impressions tout le brillant 
et la netteté des gravures en taille-douce. 

Dès-lors, cette branche de Fart, jusque-là peu exploitée, 
prit une telle extension que, dans un moment, il n'y 
avait pas un ouvrage littéraire ou scientifique qui ne 
voulût être illustré : tel était le nom qui fut donné alors 
aux ouvrages ainsi ornés de gravures sur bois , nom qui 
devint le titre d'un recueil important que nous connais- 
sons tous. 

Les avantages immenses que présentent les gravures en 
relief, lesquelles peuvent être faites de plusieurs ma- 
nières, comme nous le verrons plus tard, sont principa- 
lement l'économie immense qu'elles réalisent dans le 
tirage et la possibilité qu'elles donnent de les intercaler 
dans le texte d'un ouvrage ; ce dernier avantage, tout en 
donnant au livre plus de coup-d'œil, évite au lecteur le 
soin d'une recherche qui peut lui faire perdre le sens 



20 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de sa lecture. Malheureusement les gravures sur bois sont 
Irès-dispendieuses. Il faut d'abord qu'on en fasse le 
dessin directement sur le bois et qu'on le confie ensuite 
aux soins du graveur , ce qui nécessite l'intervention de 
deux artistes de talent. Les gravures de cette espèce sont 
d'ailleurs longues à exécuter et exigent des soins très- 
minutieux, quand il s'agit de dessins de précision, puis- 
qu'on ne peut employer ni la règle ni le compas. Il en 
résulte que certains genres de dessin, tels que les figures 
géométriques de machines, d'engrenages, de travaux 
d'art, etc. , ne peuvent jamais être parfaitement rendus. 
Ce n'est guère que dans les dessins pittoresques, des 
vues perspectives , des dessins ou figures à l'effet , que la 
gravure sur bois présente intrinsèquement des avan- 
tages incontestables. Il était donc à désirer qu'on pût 
trouver un procédé qui permît de vaincre ces inconvé- 
nients , et c'est précisément ce procédé qu'a découvert 
M. Gillot , dans son système de gravure paniconogra- 
phique. 

Avec ce système, toute espèce de dessin quelconque, 
pourvu qu'il puisse fournir une épreuve faite avec de 
l'encre grasse, peut donner lieu à un cliché en relief 
susceptible d'être imprimé typographiquement. Ainsi les 
lithographies au crayon ou à la plume , les gravures sur 
pierre, sur cuivre et sur acier, et même la gravure litho- 
graphique peuvent, sans aucune retouche de graveur, 
être reproduites par le moyen des presses typographiques. 
Or , si Ton considère que le dessin sur pierre n'exige pas 
un soin plus grand que celui qu'on est obligé de prendre 
pour dessiner sur le bois ; que, dans certains cas , ce soin 
est peut-être encore moins grand ; que, par ce procédé, 
la dépense des bois , qui est si considérable pour les gra- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 21 

vures un peu grandes, devient nulle avec le procédé dont 
nous parlons ; que l'on peut extraire d'une planche gra- 
vée telle ou telle figure qu'il convient et avoir par ce 
moyen, des clichés de machines parfaitement rendus avec 
toute la pureté de la gravure en taille-douce, on com, 
prendra immédiatement les avantages immenses que le 
procédé de M. Gillot met entre les mains de tous ceux 
qui ont des ouvrages à publier. 

Le principe du procédé de M. Gillot est d'une sim- 
plicité extrême ; mais l'exécution en est assez déiïcate 
et exigeait bien des recherches avant de pouvoir 
parvenir aux résultats dont nous venons de parler. 
Quelques mots suffiront pour faire comprendre ce 
principe : 

Qu'on suppose encré , avec une encre suffisamment 
grasse , le dessin lithographie , ou gravé , qu'il s'agit de 
reproduire en relief. Rien ne sera plus facile que d'en 
prendre une épreuve sur du papier à report ; et cette 
épreuve , ainsi préparée , étant appliquée avant d'être 
bien séchée sur une planche de zinc, bien poncée , bien 
polie , pourra fournir, sur ce métal , une contre-épreuve 
aussi pure que le dessin sur pierre. Pour obtenir ce 
dessin en relief, il s'agira donc de faire mordre toutes 
les parties du zinc qui n'auront pas été recouvertes par 
l'encre de la contre-épreuve. Or , c'est précisément dans 
celte opération que git toute la difficulté ; car l'encre 
d'imprimerie , par elle-même n'offre que bien peu de 
résistance à l'action des acides, et surtout d'acides assez 
énergiques pour fournir les reliefs nécessaires pour l'im- 
pression typographique. On pourrait croire qu'en ména- 
geant les morsures et en les faisant successivement, on 
pourrait, jusqu'à un certain point, résoudre cette difficulté ; 



22 INSTITUT DES PROVI^XES DE FRANCE. 

mais le problême est infiniment plus complexe, car 
le degré de ces morsures devant être différent, suivant 
les teintes du dessin il faut nécessairement mettre à 
Tabri les parties suffisamment préparées après chaque 
opération. Voici comment s'y prend M. Gillot, pour 
obtenir ce résultat : 

D'abord , pour donner plus de résistance à l'encre du 
report , il saupoudre sa planche de fleur de résine qu'il 
étend délicatement sur le dessin avec un blaireau ; après 
quoi , il place la planche dans la cuve de gutta-percha où 
doit se faire le mordançage. 

Cette cuve doit avoir une disposition particulière en 
raison du mouvement continuel qu'on est obligé de don- 
ner au liquide acidulé , pour empêcher la stagnation des 
sels formés par l'acide et le zinc,et pour qu'il puisse réagir 
d'une manière nette et uniforme sur la planche. Cette 
cuve est disposée en bascule et pivote sur deux coussinets 
fixés sur le bâtis qui la supporte. 

Le liquide acidulé qu'emploie M. Gillot n'est autre 
chose que de l'eau acidulée avec de l'acide nitrique. Ce 
liquide doit être essayé, à chaque opération , au moyen 
d'une pierre lithographique sur laquelle on en jette 
quelques gouttes. Par le dégagement , plus ou moins 
rapide, des bulles de gaz acide carbonique qui se trouvent 
alors formées, il est facile de juger du degré de force du 
liquide. 

On commence d'abord par une morsure très-légère , et 
cette morsure est destinée à attaquer seulement les pe- 
tites parties blanches qui existent dans les teintes les 
plus foncées. Pour la faire , on fait basculer successive- 
ment la cuve pendant un temps plus ou moins long, et 
on achève l'extraction des sels formés par Faction de 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 23 

Tacide au moyen d'un blaireau. Ordinairement celte pre- 
mière morsure exige un quart d'heure environ. Quand on 
a jugé la morsure de ces parties claires des teintes fon- 
cées suffisantes , on retire la planche de la cuve , on l'es- 
suie, puis on la sèche et on la place au-dessus d'un gril 
échauffé en-dessous, au moyen de poussier de charbon en- 
flammé , qu'on a soin de répartir également sous de la 
cendre chaude. Sous l'influence de cet échauflement , la 
légère couche de résine répandue sur le dessin se fond 
doucement, ainsi que l'encre, et se divise dans toutes les 
petites cavités formées par cette première morsure. Toute- 
fois, comme cette couche n'est un peu épaisse que sur les 
noirs vifs et les teintes très-foncées, ce premier échautîe- 
ment ne bouche que les petites fentes claires qui se trou- 
vent au milieu de ces teintes. Aussitôt que cet effet est 
produit , la planche est retirée de dessus le gril et re- 
froidie à l'air libre; après quoi, on l'encre fortement avec 
le rouleau lithographique , comme si on devait en tirer 
une épreuve. On recommence ensuite à la saupoudrer de 
fleur de soufre pour la mettre en état de subir une nou- 
velle préparation. 

Cette nouvelle préparation doit attaquer les teintes 
un peu moins foncées du dessin , et en conséquence elle 
doit être un peu plus énergique. L'opération d'ailleurs se 
conduit exactement comme la première fois ; seulement 
le degré d'échaufî*ement de la plaque, quand elle est placée 
sur le gril, doit être un peu plus élevé; et, comme le des- 
sin lui-même est plus chargé d'encre et de résine , la 
fusion de la couche s'étend davantage , ce qui bouche des 
cavités ménagées dans la première opération. 

Après avoir de nouveau encré le dessin et l'avoir sau- 
poudré pour la troisième fois de fleur de résine , on 



2ft INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

commence la troisième morsure qui provoque un nouvel 
échauffement de la plaque , puis une nouvelle fusion de 
la couche protectrice , et on recommence de la môme 
manière quatre , cinq , six , sept morsures , jusqu'à ce 
que le dessin ne présente plus qu'une masse noire 
uniforme sans distinction de demi-teintes (1). Alors 
on prépare la planche avec de l'eau acidulée très-forte- 
ment ( 1 partie d'acide sur 12 d'eau ) qui creuse défini- 
tivement les parties complètement blanches. Cette der- 
nière préparation se fait toute seule et dure trois quarts 
d'heure. 

Quand les blancs occupent sur le dessin une surface 
un peu large, on les recouvre de gomme-laque liquide , 
avant la première opération , afin de maintenir davan- 
tage la force de l'acide et de donner du soutien au 
rouleau lithographique, lorsqu'on encre la planche après 
chaque morsure. On découpe ensuite ces parties à la 
scie, avant que d'appliquer sur bois la plaque de zinc qui 
est devenue un cliché. 

Maintenant on comprendra quel soin il faut apporter à 
l'action du mordant pour que toutes les lignes délicates, les 
teintes faibles et les parties fines d'un dessin soient suffi- 
samment ménagées , et c'est en cela surtout que ÏM. Gillot 
a fait preuve d'une habileté rare qui éloignera de lui d'ici 
à long-temps les contrefacteurs. 

Aujourd'hui , le système de gravure paniconographi- 
que n'est plus à l'état de simple innovation , il constitue 
une véritable branche d'industrie à laquelle ont recours 

(i) Celétatde la planche est le résultat des fusions successi- 
ves de la couche d'encre et de résine qui a rempli successivement 
toutes les cavités laissées par les parties blanches du dessin. 



CONGRÈS DES ACADEMIES. 25^ 

plusieurs publications françaises et anglaises, entre autres 
le Diogènc, le Journal amusant, la Revue anglo- 
française , etc. , etc. Mais une cliose curieuse à consta- 
ter , c'est que c'est en Angleterre que ce procédé est le 
plus connu et le plus recherché. Dans l'origine , M. Gillot 
n'a reçu aucun encouragement , et l'on peut reconnaître 
en cela, une fois de plus , la triste prévention qui existe 
en France contre les inventeurs et qui fait que la plupart 
des inventions françaises sont obligées d'aller demander 
à l'étranger leur brevet de vitahté. 

Les avantages de la paniconographie que nous avons 
énumérés ne sont pas les seuls. On peut , par son moyen, 
obtenir des planches avec des corrections ou des additions 
que l'on ne voudrait pas faire intervenir dans la planche- 
mère. Bien plus , on a pu faire revivre des gravures dont 
les planches étaient usées en refoulant celles-ci et en en- 
graissant convenablement l'épreuve de report. D'un autre 
côté , on a pu reproduire les types de la chromo-litho- 
graphie , de manière à reproduire typographiquement 
des dessins coloriés. M. Desjardins, qui est parvenu à 
reproduire, à s'y méprendre , les aquarelles et les dessins 
des artistes en renom , compte bien tirer parti de la 
paniconographie pour rendre son procédé moins dispen- 
dieux , et en faire profiter le public. 

Enfin , il n'est pas jusqu'à la reproduction des auto- 
graphes, des modèles d'écriture et des cartes géogra- 
phiques qui ne puissent profiter avantageusement de cet 
art nouveau. 

Système de gravure élcetrîqtie de M. SaïffîiOBi. 

Le procédé de M. Salmon, de Chartres, s'applique prin- 
cipalement à la reproduction des dessins, des gravures cl 

2 



26 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

des photographies ; il est assez simple pour que toute 
personne, complètement étrangère à Fart du dessin et de 
la gravure , puisse le mettre à exécution. 

Pour la reproduction des dessins, il faut, autant que pos- 
sible, que ces dessins soient faits sur du papier préparé à 
la gélatine et au blanc de zinc avec un crayon de zinc. Cette 
manière de dessiner, d'ailleurs, ne présente pas plus 
de difficulté que le dessin à la mine de plomb ordinaire. 

Ces précautions ayant été une fois prises, on expose la 
feuille dessinée à la vapeur d'iode , absolument comme 
quand on iodure une plaque daguerrienne , et, afin d'éga- 
liser le dégagement des vapeurs d'iode, on mêle à 
cette substance de la magnésie. Sous l'influence de 
cette vaporisation, les particules de zinc, qui sont laissées 
par le crayon sur le papier préparé , forment un iodure 
de zinc, de sorte que le dessin, de noir qu'il était, passe 
au rouge. Immédiatement après cette préparation , on 
applique la feuille sur une planche de cuivre jaune, et 
on la soumet, au moyen d'une presse lithographique , 
à une pression très-rapide qui fixe l'iodure de zinc sur le 
cuivre. Toutefois, le dessin n'est pas dans cet état visible 
sur la planche du cuivre, et , pour le faire apparaître, il 
est nécessaire de frotter celte planche avec un tampon 
de coton légèrement imprégné de mercure ; il faut 
même que cette opération suive immédiatement et le 
plus rapidement possible l'impression du dessin sur 
la planche, afin que l'iodure de zinc ne s'évapore pas. 
Après cette opération , le dessin apparaît en blanc sur 
un fond jaune. Alors , avec un rouleau d'impression li- 
thographique imprégné d'encre typographique , on re- 
couvre de noir toute la planche de cuivre, et il n'y a que 
les parties qui ont été recouvertes de mercure qui ne 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 27 

prennent pas l'encre. Après que cette couche d'encre a 
été séchée, et que le mercure recouvrant le cuivre a été 
enlevé, au moyen d'une simple évaporation ou d'un lavage 
au nitrate d'argent ou à l'acide nitrique, la planche est 
soumise à l'action électrique , en servant d'électrode so- 
luble à un bain de sulfate de cuivre traversé par un 
courant. Pour cela, il suffît que cette planche soit attachée 
au pôle positif de la piîe qui doit agir sur le bain de sulfate 
de cuivre. 11 arrive alors que les portions dénudées de 
la planche se trouvent attaquées et se creusent sous 
l'influence du courant, tandis que les autres parties se 
trouvent ménagées par l'enveloppe isolante dont elles 
sont recouvertes. 

On pourrait , avec ce procédé , se passer de l'action 
électrique en faisant mordre la planche avec de l'eau- 
forte, comme pour les gravures ordinaires. 

Le même procédé peut être employé pour la repro- 
duction des gravures ; seulement , on est obligé de gé- 
latiniser le papier sur lequel elles sont imprimées, ce 
que l'on fait facilement en l'imprégnant par derrière de 
gélatine très-claire. Comme l'encre grasse est facilement 
attaquée par l'iode , les traits de la gravure se trouvent 
exactement dans le même cas que les traits laissés par le 
crayon de zinc, et le reste de l'opération se conduit 
comme nous l'avons expliqué précédemment. 

^M lieu de faire creuser le dessin par l'action de la pile, 
on pourrait, par le même moyen, mais en intervertissant 
la disposition des pôles de la pile et en prenant un bain 
convenable, faire déposer sur les parties dénudées de la 
planche de cuivre une légère couche de fer. Alors, après 
avoir enlevé l'encre grasse dont celte planche est recou- 
verte et avoir imprégné de mercure toutes les parties 



Î28 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

non recouvertes de fer, ce qui est facile puisque le mer- 
cure n'attaque pas ce dernier métal , on peut imprimer le 
dessin à la manière des lithographies, puisque alors 
Tencre ne s'attache qu'aux parties ferrées de la planche. 

Pour la reproduction des photographies, le procédé 
est un peu plus compliqué. Il faut d'abord prendre un 
positif de ces photographies sur verre, et polir la plaque 
de cuivre destinée à recevoir la gravure comme une vé- 
ritable plaque daguerrienne . On iodure cette plaque 
comme s'il s'agissait de faire une épreuve au daguerréo- 
type, puis on place au-dessus le positif, et on expose le 
tout à une lumière assez vive. Au bout du temps qu'on , 
a jugé nécessaire pour l'opération , et qui est, en général, 
assez long , on frotte de mercure la plaque de cuivre . 
Alors, les parties attaquées par la lumière sont les seules 
qui ne prennent pas le mercure ; par conséquent , ce sont 
celles qui se trouvent recouvertes d'encre et qui ne 
sont pas attaquées par la morsure de la planche. Tout 
le reste de l'opération s'effectue exactement comme pour 
la reproduction des dessins. 

Les autres procédés que nous allons étudier sont dus 
à MM. Devincenzi , Poitevin , E. Rousseau , E. Bastien. 

Autres procédés. 

Avec le procédé de M. Devincenzi , le dessin doit être 
préalablement lithographie sur une planche de zinc pré- 
parée en conséquence, et c'est par l'action du courant 
électrique que la planche de zinc se trouve creusée de 
manière à fournir le dessin en relief. Il paraîtrait que 
cette tranformation n'exige pas , pour se faire , plus de 
six minutes. 

Le procédé Poitevin s'applique principalement à la 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 29 

gravure des photographies. Il consiste à couler une couche 
uniforme de gélatine sur la planche à graver , à trem- 
per celle-ci dans une dissolution de bi-chromate de po- 
tasse, quand la couche de gélatine a pris une consistance 
suffisante , et à Texposer à Faction de la lumière, soit à 
l'intérieur de la chambre obscure , si on veut opérer 
directement d'après nature , soit derrière le négatif trans- 
parent qu'il s'agit de reproduire. Après cette exposition, 
la plaque est plongée dans l'eau , et toutes les parties 
qui n'ont pas subi l'action de la lumière s'imprègnent 
d'eau , se gonflent et produisent des reliefs sensibles à 
la surface de la plaque ; tandis que les parties frappées 
par la lumière s'humectent à peine^ ne se soulèvent pas , 
et constituent relativement des creux. Les reliefs , par 
cela même , correspondent aux noirs du dessin , et les 
creux aux blancs , de sorte qu'il suffit de mouler cette 
planche comme on le fait pour les clichés des gravures 
sur bois, pour obtenir la gravure en rehef du dessin ou de 
la vue que l'on veut reproduire. En prenant pour épreuve 
type un positif, au heu d'un négatif, on aurait la gravure 
reproduite en creux et susceptible d'être imprimée comme 
les gravures en taille-douce. 

Par un autre procédé aussi simple, M. Poitevin est 
parvenu à se passer de moulage et à fixer directement, 
sur la planche , le dessin qu'il s'agit de reproduire ; dans 
des conditions telles qu'il peut être imprimé commue une 
planche lithographique. Ce deuxième procédé consiste à 
appliquer sur une pierre lithographique , une ou plu- 
sieurs couches, à volumes égaux , d'une dissolution con- 
centrée d'un chromate ou de bi-chromate à base alcaline 
terreuse ou métallique. Après dessiccation de cette couche, 
on soumet la planche à la lumière , et, quand elle est 



30 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

suffisamment impressionnée , on passe au-dessus le rou- 
leau à encre lilhograpliique qui la recouvre d'encre, 
puis on lave à grande eau. Il arrive alors que l'encre se 
détache de. toutes les parties qui n'ont pas reçu l'action 
de la lumière , et le dessin reste parfaitement tracé sur 
la pierre. Il ne s'agit plus alors que de l'encrer , comme 
on le fait d'un dessin lithographique ordinaire , pour en 
tirer tel nombre d'exemplaires qu'il convient. 

Le procédé de MM. Emile Rousseau et Masson a une 
grande analogie avec celui de M. Poitevin. Il consiste à 
étendre sur la planche d'acier une couche de gélatine , 
et puis , lorsqu'elle est sèche , à la recouvrir d'une so- 
lution de bi-chromate d'ammoniaque et de gélatine. Après 
l'exposition à la lumière, on enlève le bi-chromate non at- 
taqué, on passe rapidement une solution d'acide gallique, 
et on lave encore rapidement ; on laisse sécher, on borde 
la plaque avec de la cire molle pour qu'elle puisse re- 
tenir une couche de liquide ; on verse à la surface une 
solution assez faible de nitrate de cuivre légèrement acide 
cette fois ; au bout de quelques instants , le dessin se 
recouvre d'une couche de cuivre très-uniforme , le reste 
de la plaque se maintenant à nu ; dès que cette couche 
de cuivre a acquis assez d'épaisseur, et qu'elle tend à de- 
venir moins nette, on enlève la solution de cuivre; on 
lave et on dépouille la plaque ; le dessin est alors repro- 
duit en creux sur l'acier. 

Nous ne parlerons pas du procédé de transport litho- 
graphique de MM. E. Rousseau et Masson, car il ne diffère 
de celui de M. Poitevin que par l'addition d'une prépa- 
ration au savon qui ne constitue certainement pas un per- 
fectionnement. 

Le but que s'est proposé M. E. Bastien, est de permettre 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. Si 

à un artiste d'obtenir, autant de fois qu'il le désire, la re- 
production d'un dessin. Pour cela , M. Bastien étend sur 
une plaque de verre une mince couche de blanc de 
plomb sur laquelle il trace avec une pointe , ou au burin, 
le dessin qu'il veut reproduire. La pointe enlevant le 
blanc de plomb et mettant ainsi le verre à nu partout où 
elle passe, chaque trait ressort en noir, si on a eu soin de 
placer un morceau d'étoffe de cette couleur sous la plaque 
de verre. Le dessin achevé, on pose la plaque de verre à 
plat dans un tamis qu'on plonge dans un bain de sulfure 
de potassium dissous dans l'eau. Ce réactif noircit le 
blanc de plomb, en quelques secondes et on obtient ainsi 
un véritable cliché dont on peut tirer des épreuves par 
les procédés ordinaires de la photographie. Pour fixer 
le cliché et lui permettre de résister au tirage d'un grand 
nombre d'épreuves , M. Bastien le recouvre d'un vernis 
dur et transparent. 

Parmi les nouveaux procédés de reproduction des 
ceuvres graphiques ,] nous ne devons pas oublier le sys- 
tème de M. Lachane, au moyen duquel on peut transporter 
et décalquer les écritures nouvelles et anciennes, ce qui 
permet la multiplication des authographes précieux , que 
l'on peut ainsi reproduire sans les endommager en aucune 
manière. 

Cette improvisation est accueillie par d'unanimes ap- 
plaudissements. 

M. Ch. de Bacq lit un rapport sur une nouvelle théorie 
de la physique , par M. Grove. 

Messieurs, 

n n'est peut-être pas très-facile d'assigner les progrès 



32 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

qu'une science a faits dans une année , parce que rien 
ne reste détaché dans le faisceau immense des connais- 
sances humaines, auquel chaque époque apporte son 
contingent. Cependant, pour apporter mon mot à la ré- 
ponse d'une des questions de votre programme , je vous 
parlerai des vues profondes que les temps ont préparées, 
qu'un physicien anglais, M. Grove, émettait dans une 
leçon faite à l'Institution de Londres, en janvier 18/i2; 
qu'il a développées plus complètement dans une série de 
lectures sur le même sujet , en 18/i3 , et qu'il a fait im- 
primer depuis. Une deuxième édition suivit promptement 
la première. Une troisième édition, considérablement aug- 
mentée, a paru dans ces derniers temps. Enfin, en 1856 , 
une traduction française a répandu dans notre pays cette 
conception nouvelle. Les savants français paraissent adop- 
ter cette théorie , d'une grande simplicité. Nous pouvons 
donc prendre la date de la traduction , des Corrélations 
des forces physiques, ip^iY M. Grove, comme celle d'un 
grand progrès dans les sciences physiques. C'est en 
considérant la question à ce point de vue que je rap- 
pellerai , le plus sommairement possible , le principe 
posé par le savant membre de la Société royale de Lon- 
dres. 

Malgré la réserve de l'auteur, ses vues ne tendent à 
rien moins qu'à changer toute la théorie de la physique. 
Si quelques personnes trouvent bien hardi de tenter une 
subversion dans une science aussi étendue et aussi avan- 
cée que la physique, je leur répondrai tout d'abord que 
c'est précisément l'état avancé de la science qui a amené 
ces vues nouvelles et présentées d'ailleurs en leur temps, 
et trouvant dans cette dernière considération l'une des 
causes d'un succès bien prochain , sinon déjà accompli. 



CONGRÈS DES ACADEMIES. 33 

On sait que riiomme, quand il commence à étudier 
une science, y voit une foule de phénomènes divers, qui , 
ordinairement, par leur multiplicité, jettent la confusion 
dans Tesprit. A mesure que Fesprit répand la lumière , 
les phénomènes se simplifient , se ramènent les uns aux 
autres, jusqu'à ce qu'enfin la lumière s'élant complè- 
tement faite, l'esprit s'étonne de trouver l'unité là où il 
avait cru voir d'abord une effrayante multiplicité. 

Ce qui se passe dans la conception d'un homme, se 
passe aussi dans l'ensemble des travaux des généra- 
tions. La physique, la science d'observation de beaucoup 
la plus avancée, est composée de plusieurs branches : 
la mécanique, la chaleur, l'acoustique, l'optique, l'élec- 
tricité, le magnétisme. Ces différentes parties ne se sont 
enrichies considérablement, ou même n'ont été connues 
que dans ces derniers temps. Ainsi l'optique se divise en 
optique ancienne et optique moderne. x\insi le magné- 
tisme est nouveau ; car il ne faut pas arguer, de ce que la 
boussole était connue en 1200 que le magnétisme était 
alors une branche de la physique ; pas plus que l'élec- 
tricité , qui doit tant à Ampère , aura été connue des an- 
ciens, parce qu'ils savaient que l'ambre frotté attirait les 
corps légers. On comprend dès-lors que, môme dans ces 
derniers temps, les savants ont dû réunir un grand nom- 
bre de faits. 

Le faisceau de tant de matériaux n'a pas plutôt été 
composé, que des explications heureuses ont constitué 
une théorie dans chaque branche. Mais chaque ordre de 
phénomènes était encore complètement détaché des au- 
tres. Cependant on a bientôt entrevu que les phénomènes 
de la chaleur se rapprochaient de ceux de la lumière. On 
disait que l'électricité et la lumière avaient une certaine 



Zli INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

connexion. Le magnétisme , d'abord complètement dis- 
tinct de rélectricité, a bientôt été considéré comme pro- 
venant de celle-ci , soumise à des mouvements réguliers. 
Si le mouvement restait encore complètement séparé des 
autres branches de la physique ; si la production du son 
était due à un mouvement particulier de la matière; si 
l'optique, Télectricité , le magnétisme étaient considérés 
comme provenant de mouvements dans un milieu maté- 
riel, quoique dépourvu d'une des propriétés qui nous 
paraissent complètement inhérentes à la matière , la 
pesanteur; si la chaleur était aussi un agent impondé- 
rable ; cependant l'unité semblait déjà se faire dans la 
théorie générale , et par les rapprochements que je citais 
tout-à-l'heure, et parce que la chaleur était souvent con- 
sidérée comme une force, et parce que les autres agents 
impondérables , qu'on n'osait peut-être pas encore ap- 
peler forces , étaient cependant regardés comme nés d'un 
mouvement invisible et capable d'en produire un qui soit 
palpable. 

Aujourd'hui, d'après M. Grove, la force serait la cause 
première de tout phénomène physique. La force qui 
produit le mouvement , produirait tous les phénomènes 
de chaleur, de lumière, d'électricité, etc. Ce qui fait que 
le livre du savant anglais présente une idée neuve , et 
ramène toute la théorie physique à l'unité , c'est qu'il 
fait voir que la force qui produit le mouvement et celle 
qui produit un son, de la lumière, de la chaleur; qui 
rend aimanté un barreau d'acier ordinaire, etc. , sont 
identiquement les mêmes. 

Cependant M, Grove, réservé comme les esprits qui ne 
courent pas après une réputation éphémère , réservé 
comme les esprits ardents à la poursuite de la vérité, 
profond comme les esprits d'élite, n'ose pas trancher la 



CONGRÈS DES ACADEMIES* 35 

question quMl discute avec beaucoup de lucidité : « Je suis 
« très-fortement enclin, dit-il, à croire que les autres 
« affections de la matière que j'ai énumérées ci-dessus, 
« sont et seront finalement résolues en un mode de 
« mouvement ; mais ce serait aller trop loin , pour le 
« moment , que d'affirmer leur identité avec des formes 
« de mouvement. » Ne voulant pas s'aventurer, M. Grove 
suit son idée sur l'unité, mais toujours en posant des 
faits. Veut-il faire voir que le mouvement peut se 
transformer en chaleur, il constate que si le mouvement 
d'un corps se trouve arrêté, il naît une force nouvelle, 
ou plutôt un effet nouveau de la force. Au lieu de 
mouvement visible, il y a production de chaleur : « Je 
« me hasarde , dit le savant anglais , à regarder la 
« chaleur qui naît du frottement ou de la percussion 
« comme une continuation de la force associée d'abord 
« avec le corps en mouvement , lequel avec le choc cesse 
« d'exister comme mouvement grossier et palpable, mais 
« continue d'exister comme chaleur. » 

11 est remarquable que , dans le choc de deux corps 
donnés, l'un au repos, l'autre tombant d'une hauteur 
constante, la même quantité de chaleur est toujours dé- 
veloppée. — Dans le frottement, si les corps frottés sont 
de même nature, il ne se produit que de la chaleur ; s'ils 
sont de nature différente , il y a de l'électricité. 

Le mouvement produit donc immédiatement la chaleur 
et l'électricité; et l'électricité, produite par le mouve- 
ment, engendre le magnétisme, force qui est toujours 
développée par les courants électriques perpendiculaire- 
ment à la direction de ces courants. La lumière aussi est 
facilement produite par le mouvement, soit directement 
comme lorsqu'elle accompagne la chaleur , née du frot- 



3(5 INSTITUT DÈS PROVINCES DE FRANCE^ 

tement, soit médialement par Télectricité résultant du 
mouvement, comme dans Télincelle électrique qui possède 
beaucoup des attributs de la lumière solaire. Enfin le 
mouvement peut, à son tour, être produit par les forces 
qui émanent du frottement. Ainsi la divergence des 
pailles de Télectromètre, la déviation de Taiguille magné- 
tique sont des mouvements. La chaleur peut aussi pro- 
duire tous les autres modes de force. Car nous la voyons 
dans la machine à vapeur produire le mouvement ; et , si 
on ne savait pas que, dans bien d'autres circonstances, elle 
produit les autres modes , au moins nous accepterions 
que, puisqu'elle produit le mouvement, elle produit 
médiatement les autres modes. Mais la chaleur ne produit- 
elle pas l'électricité comme le constate l'appareil de 
M. Melloni? N'est-il pas à la connaissance de tout le 
monde qu'elle produit la lumière ? 

Les exemples et de très-belles expériences ne manquent 
pas àM, Grove,pour constater la tranformation successive- 
ment de l'un quelconque des modes entre tous les autres. 
Il y a donc lieu à accepter, l'un des modes naissant suc- 
cessivement des autres, que l'un n'est qu'une transfor- 
mation d'un autre, etquelemouvement, l'effetde laforce, 
la chaleur, la lumière, l'électricité seraient des effets 
de la force. Mais, alors la lumière, étant un mode de 
la matière palpable, ne serait pas produite, pas plus que 
l'électricité, le magnétisme, par des mouvements dans 
une matière impondérable, l'ètheret les fluides magné- 
tiques. Mais la lumière qui nous vient du soleil , des 
étoiles, pour être un mouvement de la matière, exige 
qu'il y ait de la matière pondérable entre nous et le soleil 
et les étoiles. M. Grove ne recule pas devant cette hypo- 
thèse, et je ne vois pas de raison pour la refuser. Celte 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 37 

matière pondérable serait très-rare, mais elle existerait 
partout. Les mouvements palpables se transformeraient 
en mouvements vibratoires dans le sens des ondes, quand 
un mouvement palpable se transformerait en un son ; en 
mouvements vibratoires perpendiculaires à la direction 
des ondes, quand le mouvement palpable se transforme- 
rait en lumière. On conçoit très-bien des transformations 
analogues, quand il s'agirait d'électricité, de magnétisme, 
d'affinité chimique. 

M. Grove est un homme trop sérieux pour avoir jeté 
toute une théorie du premier jet sur le papier. Il ne 
s'avance qu'avec mesure. Aussi son livre, quoiqu'à la 
troisième édition , est-il intitulé : Corrélation des forces 
physiques , et non : Nouvelle théorie de la physique. 
Mais, plus il y a de mesure de la part de l'auteur, et plus 
ses idées acquièrent de force. Plusieurs comptes-rendus 
de cette traduction ont déjà paru. L'un d'eux, inséré dans 
une des revues scientifiques les plus sérieuses , contient 
les lignes suivantes : « Partout le môme esprit phi- 
« losophique dans ces pages si concises, si pleines 
« de vérité. Partout domine l'idée de corrélation, et 
« par suite celle de la réduction des causes à l'unité ; 
« partout encore se retrouve ce désir de bannir de la 
« science les hypothèses inutiles, les conceptions abs- 
« traites, les entités subtiles ou occultes. Le sujet que 
« M. Grove a traité est, sans contredit, l'un des plus 
« élevés qu'on puisse se proposer ; mais il est aussi 
(î l'un des plus difficiles et des plus périlleux. M. Grove 
« était à la hauteur de sa tâche; si la plupart de ses con- 
{( clusions nous paraissent sans réplique, on nous per- 
« mettra d'avouer que d'autres ont laissé des doutes dans 
« notre esprit. Il était difficile, au reste, qu'il en fût 



38 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« autrement; mis en présence d'un système embrassant 
« tous les phénomènes du monde matériel, bien que ré- 
« sumô dans un petit nombre de pages, comment au- 
a rions-nous pu prétendre saisir,jusque dans ses moindres 
« détails , une œuvre née d'une vie entière de réflexion 
« et de travail ? » 

Reconnaissons donc, Messieurs, que, si cette théorie . 
nouvelle n'est pas encore faite, ou plutôt n'est pas encore * 
acceptée , elle puise sa source dans des idées trop saines, 
pour qu'on ne sente pas qu'une très-grande somme de 
probabilités est en sa faveur. Cette théorie, qui ramènerait 
tous les phénomènes à une cause unique , la force, serait 
un merveilleux progrès , et nous permettrait de répéter 
cette parole de l'abbé Haùy , qui m'a frappé , il y a 27 
ans , lorsque mon professeur de physique nous la citait à 
propos de la seule cristallographie : « On reconnaît ici 
« que nous pourrions appeler devise familière de la na- 
« ture : Économie et simpiicité dans tes moyens , ri- 
« chesse et variété inépuisables dans les effets, » 

M. Des Ferris donne quelques détails sur le nouveau 
procédé de pralinage des grains de M. d'Illier, d'Orléans , 
qui a pris de grands développements en 1856. Ce procédé, 
très-simple, consiste à enduire le grain de blé de matières 
animalisées , comme poudrette , guano , cornes , colle on 
autres matières non fermentescibles, de manière à fournir 
au grain la substance nécessaire à sou développement. 

M. Perrot, président du Comice d'Orléans, dit que ce 
procédé, qui parait avoir un grand intérêt pour l'agricul- 
ture , est en voie d'expérimentation dans le Comice d'Or- 
léans ; la question est à l'étude ; des commissaires ont été 
nommés , tout fait présumer un résultat favorable ; mais 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 39 

le Comice d'Orléans ne donnera pas sa sanction avant 
que les résultats n'aient pu être constatés par des expé- 
riences officielles. 

Après une discussion à laquelle prennent part MM. 
Dréolle et le comte de Gourcy, la suite delà discussion est 
renvoyée à la séance du IZi, dans laquelle M. d'Illier, d'Or- 
léans , viendra donner lui-même des détails sur son pro- 
cédé. 

La séance est terminée par la lecture d'une pièce de 
vers de M'°^ la baronne de Montaran. 



SÉANCE DU 14 AVRIL. 

( Présidence de M. de Genouillac. ) 

Siègent au bureau : MM. de Caumont, le baron Tra- 
vaux , délégué d'Avranches, G. -A. Leroyer, délégué 
d'Angers, le comte de Tocqueville, desFerris, le comte 
d'Esterno , délégué d'Autun. 

M. G. Desvaux remplit les fonctions de secrétaire. 

M. de Gaumont lit plusieurs lettres de personnes qui 
s'excusent de ne pouvoir assister aux séances du Con- 
grès, ou qui font hommage de différents ouvrages. H 
en lit ensuite une de M. Albert du Boys, qui annonce, 
pour le 3 septembre prochain , l'ouverture de la 2Zi^ 
session du Congrès scientifique , à Grenoble , et qui prie 
les membres du Congrès actuel de vouloir bien solliciter, 
auprès de M. Gustave Real , secrétaire-général du chemin 
de fer de Paris à Lyon , une diminution de moitié dans le 
prix des places pour les membres qui auraient donné leur 
adhésion; puis auprès de M. le duc de Valmy, pour l'em- 
branchement du chemin de fer do St. -Ramber ta Grenoble. 



/|0 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

On propose de nommer une commission à ce sujet. 

M. de Caumonl lit enfin une lettre de M. le comte 
d'Iléricourt, qui annonce une communication importante, 
de M. le baron d'IIerlincourt, sur le système Kennedy 
qu'il a appliqué en grand auprès d'Arras,et dont il a 
obtenu les meilleurs résultats. 

M. Mirleau d'illier vient au Congrès compléter une com- 
munication qui avait été commencée la veille, en son nom, 
par M. Des Ferris , sur les semences pralinées : il a 
monté à Orléans une usine à vapeur pour le pralinage. 
Il avait d'abord opéré avec du noir-animal et de la 
colle de gélatine, puis il a ajouté du sulfate de potasse, 
de la dolomie, du guano, etc, , etc. , en quantités cal- 
culées de manière à ne pas brûler le germe de la 
plante. On a obtenu du succès ; le blé a un beau chevelu, 
et les tiges sont en raison directe des racines. 

M. Mirleau annonce un rendement plus fort d'un tiers: 
ainsi 1k hectolitres de blé à l'hectare, au lieu de 13 
récoltés sur un froment cultivé h côté par la méthode 
ordinaire. 

Il fait appel aux chimistes , pour composer un mélange 
qui fournisse tous les éléments du froment. Ses capsules 
ont trois fois le poids du grain de blé. Dans une expé- 
rience , après trois mois , les substances avaient disparu 
et se retrouvaient , en partie , disséminées sur les ra- 
cines. 

Si on met trop de matières fertilisantes , les jeunes 
plantes peuvent être brûlées. Ainsi de la graine de rave, 
chargée de trois fois son poids d'engrais , n'a pas levé. 

Avec de la gélatine, on peut être exposé à voir les 
germes détruits par la fermentation acide , si la prépa- 
ration n'est pas bien séchée. Maintenant M, Mirleau 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. /il 

emploie de la corne , des poils , des cheveux , dissous 
dans la potasse rendue caustique par la chaux vive. Les 
capsules sont faites de manière à être facilement désa- 
grégées par l'humidité du sol. 

L'emploi de cet engrais présente une grande économie 
sur celui du noir, qui vaut 30 fr. les 100 kilog., et 
sur celui des autres fumures. En effet, le blé talîant 
beaucoup plus, il suffît de 1 hectolitre de grain à l'hec- 
tare , et on dépense , pour le praUner , 30 fr. de noir 
et 5 fr. de main-d'œuvre. 

Avec les bi-phosphates fossiles , on a trouvé encore 
une plus grande économie. 

Le Congrès reçoit cette communication avec intérêt ; il 
désire que les expériences annoncées par M. Perrot et qui 
sont faites par le Comice d'Orléans, viennent fixer les 
idées sur la valeur absolue du procédé. 

M. Dréolle cite un jardinier, de St. -Quentin , qui ar- 
rosait ses jeunes plants avec de la gélatine ; M. de Bouis 
ajoute que , depuis bientôt vingt ans , l'horticulture de 
Paris se sert souvent de dissolution de gélatine pour 
ses arrosages. 

M. Gomart demande si on a praliné la graine de bet- 
terave , ce qui serait une très-bonne chose pour activer 
sa première végétation. 

On lui répond que les graines ne l'ont pas été, mais 
bien les racines. On cite M. de Crombecque qui, dans 
un mauvais sol, défoncé à l'avance, a obtenu de très- 
bons résultats de betteraves repiquées. 

M. de Gourcy cite , en Silésie , le baron Croppy qui' 
fabrique spécialement de la graine et du plant, et il 
dit que les betteraves repiquées ont donné 1 "/o de 
sucre de plus que les autres. 



42 IWSTIinT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. Kœklin emploie cette méthode , et fait son plant 
sur couche , il fait de même pour le tabac qui a besoin 
d'être repiqué de bonne heure. Si le temps est contraire , 
on peut couvrir les couches avec des paillassons. 

Le même procédé peut être employé pour les ruta- 
bagas. 

M. Perrot signale l'opinion , émise par plusieurs pro- 
priétaires agriculteurs distingués des environs de Salbris, 
que les seigles de semence , venus sur noir-animal , sont 
moins bons. M. d'illier dit qu'il a vu le contraire , et que 
les blés pralinés sont encore plus beaux. 

M. de Vogué a obtenu, sur 100 hectares ensemencés 
avec du noir-animal , des seigles aussi bons et se repro- 
duisant aussi bien que les blés sur fumier de ferme. 

Le procédé de M. Mirleau est exploité maintenant 
par une Compagnie. Il a été vendu , en Angleterre , à la 
maison Barker et Gibson , pour 20,000 livres sterling. 

Un membre demande à M. Mirleau si chaque fermier 
pourrait préparer son blé avec les substances fournies par 
ses formules. L'opération est simple en elle-même , puis- 
qu'il suffît d'avoir un cylindre ouvert à ses deux extré- 
mités , suspendu sur deux courroies , et de verser d'un 
côté le liquide et la matière pulvérulente qui doit en- 
velopper le blé. Mais le grain mouillé présente une si 
-grande résistance qu'il est presqu'impossible de se 
servir de machines à la main, et qu'on doit avoir 
recours à la vapeur ou à tout autre moteur ina- 
nimé. A l'usine d'Orléans, il faut 3 heures pour faire l'o- 
pération avec des cylindres d'une capacité de 3 hectolitres. 

M. d'Esterno demande si le pralinage est fait avec suc- 
cès sur des pois et des haricots. M. Mirleau répond que 
oui, surtout en employant des écailles d'huîtres ré- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. US 

duiles en poudre. La chaux n'a pas produit les mêmes 
effets. 

Enfin le grand avantage de ce procédé , c'est qu'on 
peut employer des substances azotées ou des phos- 
phates , soit qu'on veuille obtenir de la paille ou du grain, 
et qu'on peut modifier la composition de la préparation 
de telle ou telle manière , suivant le but qu'on se propose 



d'atteindre. ^^WK.* 
r(S?cfT)r( 



M. de Gd&î'cf ^rend ensuite la parole , pour rendre 
compte des améliorations agricoles opérées pendant Tan- 
née 1856 , et des observations qu'il a recueillies pendant 
son dix-huitième voyage agricole dans l'Est de la France 
et en Allemagne. 

Il remet sur le bureau une note indiquant des expé- 
riences de fumure pour betteraves, faites par M. Caird , 
excellent cultivateur Écossais. 

50 mètres cubes de fumier N 

500 k. guano j ont produit par hectare 75,000 k. 

650 k. sel de salaison 

La môme fumure, sans sel, n'a donné que. , . 59,000 k. 

400 mètres cubes de fumier coûtant àQO fr. . . 52,000 k. 

166 k, guano \ 

166 k. super-phosphate f 

,^^ , . , , , > coûtant 120 fr. . . ^8,500 k. 

166 k. nitra-phosphate k 

166 k. sel de salaison / 

M. de Gourcy indique ensuite un remède contre les 

attise s' ou pucerons des crucifères, — VOleum spicœ des 

pharmaciens, versé par gouttes sur la graine et remué 

de manière à bien l'enduire , empêchera l'insecte de 

dévaster les jeunes plantes. Il annonce que, d'après 

M. Stockhaerdt , célèbre professeur de chimie agricole 

de Dresde, les betteraves repiquées donnent plus de 



UU INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

sucre et de parties nutritives que celles semées en place. 
Les premières donnent 10,33 ";„ et 17,57 de parties 
nutritives ; les secondes donnnent 9,20 "/o et 16,66. 
D'après le môme savant , les betteraves venues sur terres 
bien fumées donnent au moins autant de sucre que celles 
peu ou pas fumées , pourvu qu'on les tienne serrées dans 
les lignes , afin de les empêcher de devenir grasses. 

Le Secrétaire, 
G. Desvaux. 



SÉANCE DU 15 AVRIL. 

(Présidence de M. le marquis de Vibraie, membre de 
rinstitiit des provinces. ) 

La séance s'ouvre à 2 heures. 

Sont appelés à siéger au bureau : MM. le comte de 

BONDY 5 MARCHAL , MAURENQ , DE BrIVES Ct GHALLES. 

M. Sellier remplit les fonctions de secrétaire. 

M. de Gaumont donne communication au Gongrès des 
diverses lettres qu'il a reçues depuis la séance d'hier. 

M. Kervyn , de Lettenhowe , regrette que des obstacles 
imprévus ne lui permettent pas d'assister aux séances du 
Gongrès ; les mêmes regrets sont exprimés par M. de 
Fontenay, de la Société Éduenne; par M. G. de Baulny, 
qui vient d'éprouver une perte de famille ; par M. l'abbé 
Jouve, qu'une maladie très-sérieuse de Mg". l'Évêque de 
Valence retient dans cette ville. 

M. l'abbé Jouve envoie un sommaire des travaux de 
ses compatriotes de la Drôme. Gette analyse trouvera 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. /l5 

sa place dans le rapport général qui sera inséré dans 
VAnmiaire. 

Il a été fait hommage au Congrès des publications sui- 
vantes , savoir : 

Publications de la Société pour la recherche et la con- 
servation des monuments historiques dans le grand- 
duché de Luxembourg. 

Essai sur le système défensîf des Romains dans le 
'pays Éduen; par M. J.-G. Bulliot. 

Poésies de Charles-Auguste Grérot, de Châteauneuf- 
sur-Loîre. 

Odorane^ de Sens, écrivain et artiste du XI\ siècle; 
par M. Challe , membre de Tlnstitut des provinces. 

Notice historique sur la Compagnie des archers ou 
arbalétriers , et ensuite des arquebusiers de la ville de 
Châlons-sur-Marne , et sur la fête donnée par elle en 
175/1 ; par M. Sellier , de l'Institut des provinces , Tun 
des secrétaires-généraux du Congrès. 

De C enseignement primaire dans les campagnes , 
—rarmée; par M. le comte de Vigneral, de l'Institut des 
provinces. 

Jean-le-Victorieux , duc de Brabant; étude his- 
torique par M. Oswald Van-der-Berghe , membre de 
TAcadémie archéologique de Belgique. 

Histoire des congrégations religieuses , d'origine 
poitevine ; par M. Ch. de Chergé, membre de la Commis- 
sion archéologique diocésaine de Poitiers. 

Les Vies des saints du Poitou; par le Même. 

Histoire de sainte Radégonde, reine de France et 
patronne de Poitiers ; par le Même. 

Études sur fart de dessécher ; par M. le marquis de 
Bryas, 



A6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Instruction simplifiée pour l*cssai et le choix des 
eaux d'irrigation ; par le Professeur d'agriculture 
chargé de Tinspeclion agricole du déparlement de la 
Gironde. 

Collection du Joîi?mal d'agriculture pi^atique, publié 
par la Société d'agriculture et d'industrie du département 
d'Ille-et-Vilaine. 

Compte-rendu des travaux et concours agricoles du 
Comice de C arroyidissement de Dinan, 

Modifications à la législation sur le cheptel, pro- 
posées par le Conseil général de Saône-et-Loire , sur le 
rapport de M. d'Esterno, membre du Conseil général 
d'agriculture. 

Ordonnance de Phiiippe-le-Long contî^e les lépreux; 
par M. H. Duplès-Ogier (Extrait de la bibliolhèque de 
l'École des chartes). 

Le castellurn gallo-romain de Larçay, près de Tours; 
par M. de Caumont. 

Note sur les murs gallo-romains de Dax ; par le 
Même. 

Projet d'une mesure morale et financièî^e devant 
produire annuellement au Trésor au moins ZjO mil- 
lions; par Auguste Pichat, de Poitiers. 

Du véritable impôt applicable aux valeurs mobi- 
lières ; par le Même. 

Circulaire des membres de la Commission permanente 
d'organisation du Congrès scientifique de France, qui 
doit s'ouvrir, à Grenoble, le 3 septembres 1857. ^ 

M. Marchai a la parole sur les 6*. et 7*. questions du 
programme ; il s'exprime ainsi : 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. lil 

Messieurs , 

Quoiqu'inscrit pour parler sur le système Kennedy, 
je vous demande la permission de dire d'abord quelques 
mots de la 6*. question, ainsi conçue : 

« Quels sont les moyens les plus efficaces pour aug- 
« menter le capital intellectuel en agriculture? A-t-on 
« employé jusqu'ici tous les moyens qui peuvent pro- 
« duire cet accroissement , si désirable ? » 

Non certes , on n'a pas employé jusqu'ici tous les 
moj'ens qui peuvent produire l'accroissement désirable 
du capital intellectuel en agriculture, car nos cultivateurs 
sont en général d'une ignorance extrême, et leur art, si 
noble et si utile, se réduit le plus souvent à une pratique 
qui, mal éclairée, doit s'appeler routine, tandis que, gui- 
dée par l'intelligence , elle serait de l'expérience. 

Les statistiques du recrutement nous fournissent quel- 
ques données sur l'état de l'instruction des classes 
ouvrières et spécialement des ouvriers ruraux , qui 
forment plus particulièrement le contingent annuel de 
l'armée. Ce document prouve que près de moitié des 
cultivateurs n'ont pas encore les premières notions 
d'instruction primaire. 

La première chose à désirer, c'est que l'instruction 
élémentaire se répande plus vite et plus complètement 
dans les campagnes , car l'instruction élémentaire est la 
première base du progrès. 

Mais le cultivateur, sût-il lire, écrire et compter, ce 
serait encore peu de chose pour le développement pro- 
gressif de la culture. Pour réaliser des progrès , il faut 
pouvoir comparer ce qui se fait dans une contrée avec ce 



i 



45 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

qui se pratique dans une autre, et appliquer les décou- 
vertes et les bonnes méthodes , en leur faisant subir les 
modifications que le sol, le climat , les habitudes et sur- 
tout les ressources rendent nécessaires. Or, le cultivateur 
ne peut pas entreprendre des voyages d'étude , c'est pour- 
quoi les progrès restent trop souvent confinés dans un 
petit cercle. Combien y a-t-il de départements encore en 
France et dans chaque département, même les plus éclairés, 
combien y a-t-il de cantons et de communes où le drai- 
nage , malgré les encouragements officiels et officieux , 
est encore un mot vague , parce que les habitants n'ont 
pas vu la chose ? 

Eh bien ! Messieurs , pour accroître le capital intellec- 
tuel de l'agriculture, je ne vois qu'un moyen réellement 
efficace, moyen déjà pratiqué, quoique timidement, dans 
quelques départements éclairés, c'est de porter aux 
cultivateurs la science qu'ils ne peuvent aller chercher 
et que des lectures ne suffiraient pas à leur donner, et , 
pour cela, il faut et il suffit de créer des cours nomades 
d'agriculture sur une vaste échelle. 

Loin de moi la pensée d'établir un antagonisme entre 
l'industrie manufacturière et l'agriculture , ces deux 
branches de la production sont aussi indispensables l'une 
que l'autre : si Tune des deux cherchait à nuire à l'autre, 
il faudrait lui répéter l'apologue de Menenius Agrippa. 
Mais on ne peut disconvenir cependant que l'industrie 
manufacturière a reçu jusqu'à présent des faveurs que 
n'obtient pas l'agriculture. Aussi, pour rester strictement 
renfermé dans la question, je ferai observer que , dans 
toutes les villes industrielles, il existe de nombreux cours 
publics et gratuits d'application de la science aux arts. 
Ces cours sont à la portée des ouvriers et des manufac- 



€ONGRÈS DES ACADÉxMIES. Zl9 

turiers qui peuvent chaque jour faire ou tenter l'applica- 
tion, dans leurs usines ou leurs laboratoires, des leçons du 
professeur. Il n'y a rien de semblable pour l'agriculture. 
Dans quelques départements cependant , dans la Seine- 
Inférieure, le Calvados, leDoubs, la Manche, des profes- 
seurs nomades soit bénévoles , soit institués par les con- 
seils généraux , vont , pendant un mois ou deux, faire des 
leçons publiques pour les cultivateurs. Ces essais , trop 
rares encore , montrent que le besoin de ces cours s'est 
fait sentir et prouvent que la thèse que je soutiens n'est 
pas une théorie vague. 

Aujourd'hui les cultivateurs ignorants nient l'utilité 
de la science , comme un aveugle nierait la lumière ; 
or, il est d'observation que, plus on sait, plus on éprouve 
le besoin de savoir ; moins on sait , moins on croit utile 
d'apprendre. Les cultivateurs rechercheraient donc la 
science avec d'autant plus d'avidité qu'ils en auraient 
d'abord reçu les premiers éléments. 

Je ne m'étendrai pas davantage sur cette question, je 
passe à l'application du système Kennedy. 

Il y a deux manières de concevoir l'application du 
système Kennedy, c'est-à-dire de l'engraissement des 
terres au moyen d'un liquide fertilisant, circulant dans 
des conduits souterrains et répandus en arrosage. 

L'une de ces applications est celle qui est réalisée déjà 
sur un assez grand nombre de fermes en Angleterre. Elle 
consiste à transformer en liquide tous , ou presque tous 
les engrais de la ferme, à réunir ces liquides dans des 
citernes, puis à fouler, au moyen d'une machine à vapeur, 
ces engrais dans des tuyaux et à les répandre à la lance 
sur les terres en culture, à différentes périodes de la 
végétation. 

3 



50 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

L'autre application, qui n'est autre chose que le système 
lubulaire d'écoulement des engrais des villes, est indé- 
pendant des fermes et ne peut se faire que par des ad- 
ministrations municipales ou des compagnies conces- 
sionnaires. 

Le premier mode a été jusqu'ici fort peu imité en 
France, et je ne le crois pas susceptible d'ici à long-temps 
de nombreuses applications, malgré les avantages qu'il 
parait présenter. Les obstacles sont les suivants : 

Le morcellement du sol , la cherté de la force motrice , 
les frais considérables de premier établissement et l'in- 
certitude des résultats. 

Le morcellement. — En signalant cet obstacle, ne 
croyez pas que je conclue contre la division de la 
propriété , et que je regrette les substitutions et le droit 
d'aînesse , seules bases de la conservation des grands 
héritages. 

Le morcellement est entré profondément dans nos 
mœurs et dans nos besoins sociaux. S'il fait obstacle à 
l'application de certains systèmes de culture dispendieux, 
il a, d'un autre côté, de si grands avantages que leur 
somme l'emporte de beaucoup sur les inconvénients. 
Ainsi, en multipliant les propriétaires, il multiplie le 
nombre de gens intéressés à l'ordre et à la stabilité. Il 
fait obstacle à l'accroissement trop rapide des villes au 
détriment des campagnes. Ainsi, malgré la propension , 
constatée par les derniers recensements, des populations 
ouvrières à affluer dans les grandes cités , la population 
rurale forme , en France , les deux tiers de la population 
totale ; c'est le contraire en Angleterre. Les petites et 
moyennes exploitations , si elles ne donnent pas la plus 
grande somme de produit net , donnent certainement la 



1 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 51 

pîus grande somme de produit brut. Le propriétaire d'un 
domaine qu'il exploite lui-même, y donne certainement 
plus de soins et plus de travail que le simple fermier , et 
à plus forte raison le métayer. 

Mais comme toute chose humaine a ses inconvénients 
à côté de ses avantages, nous devons à la vérité de dire 
que le morcellement est et sera long-temps encore un 
obstacle à Tapplication , dans les fermes , du sytème Ken- 
nedy , et cet obstacle subsistera tant que l'association 
n'aura pas reçu , dans la culture , des applications sem- 
blables à celle que nous lui voyons dans l'industrie, et 
qui font enfanter à cette dernière de si étonnantes mer- 
veilles. 

Le second obstacle est la cherté de la force motrice. 
La France n'a pas le bonheur de posséder d'inépuisables 
mines de houille ; les bois se défrichent tous les jours , 
et la cherté du combustible ira croissant avec le déve- 
loppement de l'emploi des machines. 

Le troisième obstacle estl'énormité des frais. M. Moll, 
dans le relevé qu'il a fait du coût des machines , tuyaux, 
et citernes nécessaires à l'application du système, montre 
que , pour une ferme de 60 hectares , qui est déjà bien 
au-dessus de la moyenne , en France , la dépense a été 
de 75,000 fr. ; tandis que , pour une ferme de 200 hec- 
tares , le prix de revient , par hectare , s'est abaissé à 
moins de 200 fr. Or, les fermes de 200 hectares sont une 
très-rare exception chez nous. Il faut aussi tenir compte 
du prix plus élevé , en France , de la fonte et des ma- 
chines; la différence est d'au moins 30 p. O/o. Puis, pour 
conduire la machine à vapeur, il faut un homme spécial, 
un mécanicien ; le nombre en est excessivement h- 
mité et conséquemment leur salaire fort élevé. 



52 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Toutes ces considérations me font donc conclure que 
ce progrès agricole , encore incertain dans ses résultats, 
non pas comme produit brut , mais comme produit net, 
appartient, à très-peu d'exceptions près, à un avenir fort 
éloigné. 

Mais il n'en est pas de même du second mode d'appli* 
cation que je crois au contraire très-immédiatement réa- 
lisable. 

Les villes fournissent de grandes quantités d'engrais , 
dont les habitants ont hâte de se débarrasser, et dans 
leur empressement à éloigner ces foyers d'infection, ils 
en jettent une grande partie dans les fleuves , rivières et 
ruisseaux , au grand détriment de la culture , de la pu- 
reté des eaux et souvent avec de grandes dépenses. 

Ces engrais sont de trois sortes ; les balayures des 
rues, les eaux d'égoût et les vidanges. 

Autour de toutes les grandes villes , il existe une zone 
de culture perfectionnée , presque toujours culture ma- 
raîchère, qui s'est formée naturellement par les besoins , 
qu'ont les habitants, de légumes et de fruits, pour leur con- 
sommation, et par la facilité qu'ont les cultivateurs à se 
procurer les engrais pour les produire. 

Autour de Paris , dans la plaine de St. -Denis , sur les 
plateaux sablonneux et graveleux de Nanterre et de Go- 
lombes , dans les plaines de Vanvres , Glamart et Issy , 
ce genre de culture a pris un grand développement et 
donne de magnifiques résultats ; cependant , on n'y 
emploie à peu près exclusivement que les boues et im- 
mondices ramassées dans les rues. Ces abominables tom- 
bereaux, que nous voyons chaque matin circuler dans nos 
rues, se dirigent tous , entre 10 et 2 heures, dans les 
plaines que je viens de citer ; leur contenu est déposé le 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 63 

long des routes et chemins de la banlieue ; il reste en 
fermentation pendant deux ou trois mois , puis est ré- 
pandu sur les terres et se transforme en excellent lait , 
«n fraises , en asperges , fleurs et fruits. L'utilisation 
de ces immondices est à peu près aussi complète que 
possible ; mais, ce qui reste à désirer, c'est que leur en- 
lèvement soit moins hideux , et surtout que la fermenta- 
tion puisse s'opérer de manière à ne pas produire ces 
odeurs aigres et nauséabondes qui font fuir les lieux 
où on les emploie. Certainement l'odeur des vidanges 
■est désagréable ; toute espèce de fumier répugne, mais je 
ne connais pas d'odeur plus insupportable que celle des 
immondices des rues en fermentation ; de plus , je crois 
cette odeur très-malsaine par ce motif d'observation hy- 
giénique et physiologique , que la putréfaction des ma- 
tières végétales est beaucoup plus insalubre que celle des 
matières animales ; or , dans les immondices des grandes 
villes, appelées improprement gadoues par les maraî- 
chers de la banlieue , les matières végétales dominent. 
Les odeurs constatent des pertes de substances qui pour- 
raient être utilisées. Leur neutralisation par l'acide sul- 
furique ou la couperose serait à la fois une opération 
sanitaire et utile. 

D'après les notes que j'ai recueillies auprès de plu- 
sieurs cultivateurs, on emploie habituellement 10 m, cub. 
pour fumer un hectare à chaque récolte; or, dans les 
cultures maraîchères , on fait en moyenne trois récoltes, 
soit donc 30 m. cub. par hectare ; c'est la même propor- 
tion que le fumier employé aux cultures ordinaires ; mais , 
comme les cultures maraîchères sont forcées, il faut un 
engrais beaucoup plus énergique ; les boues des villes 
sont donc un engrais plus puissant que le fumier de 



5Û INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

ferme , mais il paraît que son action est peu durable. Les 
fermiers n'emploient jamais la chaux avec ces fumiers : 
c'est, je crois, un tort. 

Les eaux d'égoût , envisagées comme engrais , ont fait 
Tobjet d'une note fort intéressante insérée par M. l'ingé- 
nieur Mangon dans la chronique des Annales des ponts- 
et-chaussées. 

M, Mangon rapporte ce qu'il a vu pratiquer à Leicester, 
où une fabrique élevée par M. Wicksteed a pour objet de 
neutraliser , avec de la chaux , les eaux d'égoût , de leur 
enlever toute odeur et toute insalubrité , et d'en extraire, 
sous forme solide, un engrais particuhèrement appli- 
cable aux terres argileuses. 

Ce procédé , sur lequel l'expérience ne s'est pas en- 
core suffisamment prononcée , me paraît ne pouvoir être 
appliqué avec succès , en France , par les motifs suivants : 

Les eaux d'égoût renferment déjà assez peu d'azote. 
Les analyses de M. Mangon n'ont constaté que gr. 
057 par litre. Or , la chaux , à l'état caustique , 
laisse à l'état libre tout l'azote de l'ammoniaque , et 
ne précipite que la faible proportion d'azote à l'état de 
sel acide , qui ne forme que le tiers de l'azote contenu 
primitivement dans les eaux. Ainsi les briquettes , obte- 
nues par ce procédé , n'ont pu prendre aux eaux d'égoût 
que gr. 018 par litre d'azote ; elles ne renferment elles- 
mêmes que 1,17 p. 0/0 d'azote. L'efficacité agricole de ce 
produit est inférieure à celle du fumier de ferme. 
Or, pour arriver à fabriquer ce produit , si peu efficace, 
il faut : 1". élever les eaux à une certaine hauteur; 2". les 
mélanger avec de la chaux préalablement dissoute; 3*'. dé- 
canter la liqueur ; /i^ faire sécher le produit ; 5". mou- 
ler les briques; 6^ enfin les faire sécher: toutes manipu- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 55 

îalions dispendieuses , surtout dans une contrée où , 
comme chez nous, la force motrice est chère. 

M. Mangon établit avec raison que les eaux d'égoût 
sont trop peu riches en matière azotée pour être em- 
ployées directement à la culture. Faut-il d'après cela 
conclure qu'il n'y a rien à faire qu'à se débarrasser le 
plus vite possible , dans les rivières , de toutes les eaux 
d'égoût et renoncer à utiliser les l,20Zi,500 k. d'azote 
que renferment les eaux déversées annuellement par les 
égoûts de Paris? Je ne le pense pas. L'utilisation des eaux 
d'égoût se lie intimement avec celles des produits des 
fosses d'aisances dont il me reste à vous entretenir. 

Ces produits sont de deux sortes , les liquides et les 
solides : les liquides représentent pour Paris un cube 
journalier de 700 mètres, soit par an 255,500 mètres, 
ou de quoi fumer complètement 15,330 hectares; les 
solides représentent 150 m. cub. par jour, ou 5A,750 m. 
cub. par an ou de quoi fumer 27,375 hectares. 

Ces matières sont aujourd'hui à peu près complètement 
perdues , car la fabrication de la poudrette est si barbare, 
et ce produit se vend si mal qu'il n'y a presque pas à 
en tenir compte ; les liquides entièrement perdus dans la 
Seine (ils suivent la rigole de la plaine St.-Denis, de Bondy 
àSt.-Denis) infectent cette plaine et les eaux de la Seine. 

Malgré les puissants encouragements offerts par la 
ville de Paris aux cultivateurs , ceux-ci , l'année dernière, 
n'ont employé que 5,9/i7 m. cub. d'engrais, soit moins 
de 2 p. 0/0. 

Des tentatives ont été faites , l'année dernière , auprès 
des compagnies de chemins de fer et des cultivateurs 
éloignés de Paris pour déterminer les premières à faire 
des réductions de tarifs pour le transport de ces engrais; 



56 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

les seconds à en faire usage. Deux compagnies de chemins 
de fer , celles d'Orléans et de TEst , se sont montrées 
pleines de bon vouloir et vraiment éclairées ; les autres 
ont fait la sourde oreille ou ont opposé un refus absolu, 
et parmi ces dernières, nous avons le regret de compter 
celle de l'Ouest , dont le réseau traverse l'une des con- 
trées de la France qui a le plus besoin de voir développer 
sa prospérité agricole, nous voulons parler de la Bretagne. 
Ce refus a empêché un grand propriétaire d'employer, 
d'un seul coup, 200 m. cub. de matière fécale. 

L'expérience a d'ailleurs prouvé que les appréhensions 
que l'on pouvait concevoir à priori sur l'incommodité 
de ces matières , sont nulles , car les compagnies d'Or- 
léans et de l'Est ont fait , à plusieurs reprises , des trans- 
ports de ce genre , sans que les voyageurs s'en soient 
doutés, et sans encombrement d'aucune espèce. 

Voici donc la solution agricole du problême de la voi- 
rie que j'ai l'honneur de vous soumettre : 

1°. Faire converger en un même point les eaux d'égoût 
et les liquides de voirie , les premières étant trop faibles 
et les seconds trop forts; leur mélange, convenable- 
ment réglé , permettra d'obtenir un liquide propre à être 
employé immédiatement sur la culture. Ce liquide serait 
élevé au moyen d'une pompe, et foulé dans un vaste 
tuyau , ou une série de tuyaux disposés en éventail , aux- 
quels on donnerait un développement suffisant pour at- 
teindre les points où le liquide serait utilement employé. 
Sur ces conduits il serait lait des concessions au moyen 
d'embranchements, comme les prises d'eau et de gaz dans 
les villes. Ce serait une application du système Kennedy 
qui se concilierait parfaitement avec le morcellement du 
sol et le peu d'aisance des agriculteurs. Il faudrait qu'une 



1 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 57 

Compagnie , plus ou moins subventionnée pendant quel- 
ques années , se chargeât de la gestion et de la distribu- 
tion de cet engrais ; 

2\ Obtenir des Compagnies de chemins de fer qu'elles 
opèrent le transport à prix réduit (2 à 5 c. par tonne et kil.) 
des matières fécales solides , sous la condition que ces 
matières seraient renfermées dans des vases hermétique- 
ment clos ; il faudrait disposer des appareils spéciaux fa- 
ciles à employer, à vider et à laver. La même Compagnie, 
ou une autre Compagnie, se chargerait de la distribution 
de ces engrais solides. Une instruction courte , claire , 
répandue à profusion , ferait connaître aux cultivateurs 
les différents modes d'emploi de l'un et l'autre engrais ; 
par ce moyen on supprimerait ce hideux établissement de 
la voirie ; on donnerait à l'agriculture un puissant engrais 
qui lui manque , et on épargnerait une grande partie du 
parcours des vidanges dans les villes , car les Hquides 
pourraient être jetés dans les égoûts , soit directement, 
soit dans des conduits parallèles , puisque ces liquides 
doivent aboutir au même point. Le transport au moyen de 
baquets dans les rues , réduit aux matières solides , ne 
serait que le cinquième de ce qu'il est aujourd'hui comme 
quantité, et moindre comme parcours. 

Chaque quartier enverrait ses vidanges solides à la 
gare la plus voisine , au lieu de faire tout converger à la 
barrière de Pantin , en faisant traverser toute la ville aux 
vidanges des quartiers éloignés. 

En résumé , Messieurs , je crois que ce serait nous 
bercer d'une chimère que d'espérer une vaste et pro- 
chaine vulgarisation du système Kennedy dans les fermes, 
mais que nous pouvons espérer voir appliquer d'une ma- 
nière rationnelle à la culture les engrais des villes ac- 



58 INSTITUT DES PROVINCES DE FBANCE. 

luellement perdus ; j'en ai pour garants la multitude 
d'études qui se font tant en Angleterre qu'en France sur 
ce sujet , et les résultats déjà obtenus. Il y a sans doute 
encore des difficultés à vaincre , mais une volonté ferme, 
la grandeur du but et l'intérêt si légitime qu'inspirent à 
toutes les classes de la Société les progrès de l'agricul- 
ture, feront certainement triompher de tous les obstacles. 

M. de Caumont demande si, en France, des essais 
ont déjà été faits du système énoncé par M. Marchai. 
Celui-ci répond que M. Daru a commencé , mais qu'il 
n'a pas encore obtenu de résultats. M. de Caumont ajoute 
que M. le comte de Seraincourt fait exécuter de grands 
travaux dans le même but , à Lonray, département de 
l'Orne , et que le général Morin , de l'Institut , en a fait 
exécuter dans le Bas-Rhin. 

M. le docteur de Bonis annonce au congrès qu'un 
ancien élève de l'école polytechnique, M. Bataillier, a, 
depuis long-temps déjà , disposé à Nogent-sur-Vernisson 
un moulin à vent à l'aide duquel il mélange les vi- 
danges. Les travaux de M. Bataillier sont antérieurs 
à ceux des Anglais ; c'est un fait qu'il est bon de con- 
stater, car il n'est pas rare qu'on s'attribue à l'étran- 
ger des inventions faites en France et dont les avan- 
tages ne reviennent pas à leurs auteurs. 

M. Bataillier, dit M. Marchai , employait les engrais 
liquides, mais les faisait circuler dans des rigoles, et 
son procédé n'était applicable qu'aux prairies : ce 
n'était donc pas le système Kennedy. 

M. Perrot pense que l'exemple de M. Bataillier pourrait 
être suivi partout où existent un sous-sol argileux et une 
couche supérieure perméable et d'une assez faible épais- 
seur pour ne pas s'opposer aux effets de la capillarité. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 69 

En réponse à une question qui lui est adressée, M. 
Marchai donne de nouvelles explications. Le produit 
brut du système Kennedy est considérable en Angle- 
terre et il serait le même en France , là où l'application 
pourrait en être faite ; mais il serait impossible d'en 
connaître le produit net dans notre pays, où les dépenses 
pour rétablir seraient énormes. 

— Mais ne pourrait-on pas, demande M. deCaumont, 
remployer au moins dans certaines limites ? — Cela 
serait possible, répond M. Marchai ; l'emploi du liquide 
ne se ferait plus cependant alors au moyen de l'arrosage. 
Ainsi, dans les terrains où il y aurait de la pente, on 
l'amènerait bien dans une mare , comme on a distribué 
du guano liquide à l'aide de conduits établis sur des 
versants de coteaux , mais il faudrait encore le retirer 
de la mare et le distribuer , et c'est là que se trouve la 
plus grande difficulté et que doivent être faits les plus 
grands frais. Il semble à M. Perrot qu'à part la question 
de dépense qui resterait à examiner, le liquide pourrait 
être avantageusement employé pour le jardinage. 

M. de Bouis partage cet avis , mais , selon lui , si 
l'avantage peut exister pour certains légumes, il faudrait, 
à cause de l'odeur, se garder de recourir au même moyen 
de fructification pour d'autres légumes , tels, par exemple, 
que la salade. 

M. Maurenq examine la question au point de vue de 
l'efTicacité de l'emploi. Si l'on ne peut, en France, appli- 
quer le système des tuyaux, on peut au moins arriver à 
la désinfection des matières et obtenir des adminis- 
trations de chemins de fer qu'elles en fassent le trans- 
port à prix réduit. En Belgique, c'est surtout à l'aide 
des fosses à purin qu'on utiUse ces sortes de matières ; 



60 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

dans quelques endroits on en compose un purin spécial 
M. Moll, professeur au Conservatoire des arts et 
métiers, prend la parole sur l'invitation qui lui est 
adressée par M. le président. 

On a parlé, dit-il, de dépenses excessives. Si cependant, 
on va au fond des choses, on remarque que Tappli- 
cation des matières dont il s'agit à Tamélioration du 
sol n'est pas aussi extraordinaire ni aussi opposée qu'on 
le croit aux habitudes de l'agriculture. En Angleterre , 
l'emploi qu'on en fait coûte même moins cher que le 
drainage , car la dépense par hectare ne s'élève pas à 
plus de 200 francs, tandis que la moyenne de celle 
qu'entraîne le drainage ne monte pas à moins de 250 
francs. En France, le môme emploi serait beaucoup 
plus dispendieux. Des essais ont été faits en Bavière, 
où l'on se sert d'une roue hydraulique, et, au lieu de 
tuyaux en fonte, de tuyaux en bois qui sont même d'un 
prix plus élevé; la dépense y est de ZiOO francs par 
hectare, mais la fumure coûte cela quelquefois. 

Dans un voyage que l'honorable professeur fit dans 
le Nord l'an dernier, il a remarqué que l'emploi de 
l'engrais liquide par le système flamand entraînait des 
frais énormes , surtout à cause de la nécessité où l'on 
est de l'étendre de beaucoup d'eau. Lorsqu'il s'agit, par 
exemple , d'arroser un champ de betteraves , et , par 
conséquent de déposer le liquide sur chaque pied, la 
main-d'œuvre est très-coûteuse, car il ne s'agit de rien 
moins que de transporter à bras , parfois jusqu'à la dis- 
tance de 500 mètres, des cuviers contenant 50 à 60 litres. 
C'est ce qu'il a vu dans une propriété importante , celle 
de M. de Mesmay. Le système Kennedy est préférable 
pour la grande culture, mais non pour la petite , qui 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 61 

doit éviter des dépenses trop considérables; toutefois, 
l'emploi du système flamand est plus facile sur une terre 
nue ou dans une prairie, puisque le tonneau peut être 
transporté, à l'aide de voitures, dans toute l'étendue du 
champ. 

Quant à l'effet des matières vertes ou fécales sur les 
plantes, il n'en résulte aucun mauvais goût. Des véri- 
fications ont été faites à ce sujet sur les épinards , les 
artichauds, les fraises, et l'on n'a remarqué aucune 
différence de qualité ou de saveur. 

M. Maurenq expose qu'en parlant des purins , il n'a 
fait qu'indiquer l'un des usages de l'engrais liquide. 
On pourrait recommander spécialement de rendre ces 
matières solides et inodores, pour qu'elles puissent être 
ainsi à la portée des cultivateurs ; c'est en cela qu'il y 
aurait avantage. L'opinant désire surtout que l'on 
ait recours aux moyens économiques. 

M. Moll répond qu'aujourd'hui on ne peut plus songer 
à la solidification des matières, car c'est cet ancien sys- 
tème qui faisait tout perdre. A Paris, on peut évaluer la 
quantité annuelle de ces sortes de matières à 1 miUion de 
mètres cubes. Sur cette quantité, une forte partie dispa- 
raît par suite de ce que l'on appelle le coulage; il en 
résulte un grave inconvénient , car le liquide qui s'échappe 
ainsi se mêle aux égoûts et contribue à gâter les eaux de 
la Seine. On n'envoie annuellement à Bondy que 300,000 
mètres cubes. Là, les matières sont séchées, et, quoi 
qu'en disent les intéressés , on les mélange avec de la 
tourbe , ce qui en diminue évidemment la qualité. Le ré- 
sultat définitif ne consiste que dans 5,000 tonnes environ 
qui , d'après les données de la chimie et de la pratique , 
ne peuvent fumer que 7 à 800 hectares. 



62 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Si , au contraire , on faisait usage des matières vertes , 
à raison de 20 mètres cubes par liectare , on pourrait 
fumer, dans le même espace de temps, 50,000 hectares. 
Les matières liquides ont, en effet, beaucoup plus de 
vertu que les matières solides. 

M. le marquis de Bryas, dans un voyage récent fait en 
Angleterre , s'est convaincu qu'en utilisant les engrais hu- 
mains, on peut arriver à produire 2 1;2 au lieu d'un ; il 
♦ recommande surtout l'emploi des purins. 

M. Marchai dit qu'il n'y a réellement de question que 
sur les moyens pratiques. L'expérience prouve que les 
engrais humains ne communiquent aucun mauvais goût 
aux plantes. L'opinant appelle cependant les observations 
des personnes qui ont pu faire des remarques, et les invite 
à citer les plantes sur lesquelles l'effet aurait été désavan- 
tageux. 

Revenant à l'application du système Kennedy, M. Mar- 
chai répète que cette application, avantageuse pour la 
grande culture , ne peut être faite à la petite , qui est la 
plus considérable en France. Le drainage est moins cher 
sur une grande échelle que sur une petite. Si l'on ne 
draine , par exemple , qu'un hectare , on pourra dépenser 
600 fr. , tandis que , si l'on en draine 50 , la dépense ne 
sera que de 200 fr., en moyenne, pour une pareille quan- 
tité de terrain ; mais le système Kennedy , en le suppo- 
sant appliqué à un hectare , coûterait presque autant que 
pour un terrain beaucoup plus étendu. 

Suivant l'opinion de M. Moll, on devrait employer les 
matières mélangées; mais M. Marchai trouve le chiffre de 
20 mètres cubes trop élevé pour un hectare ; la quantité 
d'azote fournie par cet engrais est telle que la fumure 
d'un hectare pourrait être faite avec 2 ou 3,000 kilo- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 63 

grammes au plus de matières stercorales ; car il est re- 
connu que 15 à 1,800 kilog. de bonne poudrette sont suf- 
fisants pour cette contenance de terrain. Les urines pour- 
raient être réunies aux eaux d'égoût avant d'arriver à la 
Seine , et l'emploi en serait avantageux. On pourrait , 
pour cela, opérer, dans la cour même , la séparation des 
liquides et des solides. 

M. Moll est d'avis de cette séparation dans l'intérêt des 
villes. Si un système adopté en Angleterre , recommandé 
récemment par M. le Préfet de la Seine , et dont l'objet 
est d'expulser immédiatement les matières solides , pou- 
vait être accueilli, il y aurait avantage à opérer cette sépa- 
ration ; mais , en France , le mélange se fait dans la fosse 
d'aisance même ; au moyen de l'eau qu'on y jette , on 
produit un liquide qui coule très-bien , et la partie la 
moins dense s'échappe par les égoûts. Dans la conduite 
de Bondy, le surplus des matières est refoulé et employé 
dans l'état où il se trouve ; il sort bien par l'orifice de la 
lance , quoiqu'elle n'ait que 2 à 3 centimètres de dia- 
mètre. 20 mètres cubes feraient une forte fumure; cette 
quantité cependant paraît nécessaire , car, dans les ma- 
tières de Paris , on n'a pas trouvé plus d'azote que dans 
le fumier d'élable ; c'est-à-dire quatre millièmes seule- 
ment, au lieu de près de quarante qui existent dans les ma- 
tières fraîches. C'est ce qui a été vérifié dans plusieurs la- 
boratoires , notamment dans ceux de MM. Boussingault 
et Mangon. M. Moll invoque, à cet égard, non sa propre 
expérience , mais celle des cultivateurs flamands. Dans 
ce pays , 1 mètre cube de matières est considéré comme 
l'équivalent de 3,000 kilog. de fumier. 

M. le comte de Gourcy , à propos de l'effet de l'odeur 
sur les plantes , annonce au Congrès que deux sociétés 



eu INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

exploitent en grand, à Londres, le système Kennedy pour 
les jardins , et que les maraîchers se félicitent de cet ar- 
rosement. Quant aux résultats du système, ils existent 
même pour le produit net ; en effet , dans la propriété de 
M. Telfer , il a vu que US vaches étaient nourries exclu- 
sivement avec le produit brut de 10 hectares arrosés. Le 
beurre de chaque vache donne , par an , un produit de 
250 fr. C'est assez dire que ce produit compense large- 
ment les frais d'établissement et d'entretien du système. 

M. le duc de Maillé désire savoir quels sont la valeur 
et l'avantage comparatifs de l'emploi liquide et de l'em- 
ploi solide, car, suivant le système Kennedy, tout se con- 
vertit en engrais. 

M. Moll répond qu'il est reconnu , notamment en 
Suisse , que le purin a beaucoup plus d'efficacité que l'en- 
grais ordinaire. On y convertit tout l'engrais solide en 
engrais liquide. Ce dernier engrais est , en effet , dans 
les conditions les meilleures pour que les plantes puissent 
en profiter , car elles ne peuvent absorber que les ma- 
tières liquides; il faut donc, si l'on emploie les matières 
à l'état de solidité, qu'elles se transforment, et les plantes 
ne peuvent pas en profiter immédiatement. En Angle- 
terre , le même fait a été reconnu ; on pense que l'engrais, 
sous la forme liquide , produit quatre fois plus d'effet que 
sous la forme solide : peut-être y a-t-il exagération , 
mais l'effet ne serait-il que doublé , que l'avantage serait 
encore considérable. On conçoit bien que la rapidité 
d'action diminue la déperdition. 

La séance est levée à U heures. 

[jC Secrétaire f 

Sellier. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 65 



SEANCE DU 16 AVRIL. 



(Présidence de M. Albert de Bbives, membre de Tlnstitul 
des provinces , au Piiy. ) 

MxM. DE Caumont, le comle d'Herlincourt , le comte 
Anisson du Perron , le vicomte de Pommereu , le comte 
d'Héricourt, siègent au bureau. 

M. de Bouis remplit les fonctions de secrétaire. 

MM. Gomart, Sellier, Desvaux, lisent les procès- 
verbaux des séances précédentes. 

M. d'Herlincourt regrette de n'avoir pu donner à 
la séance précédente quelques explications sur le système 
Kennedy, qui auraient pu répondre à quelques-unes des 
questions qui ont été adressées à l'auteur de la communi- 
cation. Il a employé le système Kennedy dans sa propriété 
et il peut dire quel a été le prix de revient de son appli- 
cation: par hectare il a dépensé 75/i francs, 200 francs 
pour les tuyaux, 55/i pour les regards. Cette dépense 
première des tuyaux est assez considérable; mais si 
on a soin de les vider dans la saison rigoureuse, à 
l'époque où l'on doit craindre que la gelée ne les fasse 
crever, la dépense d'entretien est fort minime , de sorte 
qu'en calculant sur un capital de 75^ francs, et évaluant 
l'intérêt et l'amortissement à 10 p. 0;0 , si on pratique , 
comme il l'a fait , 6 arrosages dans le cours de l'année , 
chacun d'eux , en y ajoutant les menus frais accessoires, 
ne doit pas être évalué à plus de ili francs. Ce qu'il 
importe surtout de mettre en première ligne dans 
l'application de ce système, c'est la proportion des 
réservoirs à l'étendue de la superficie à arroser comme 
à la quantité de purin dont on peut disposer. Générale- 



66 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

ment on porte beaucoup trop haut la quantité de purin 
pour un hectare , en disant qu'il faut 30 mètres cubes 
de purin pur; M. d'IIerlincourt a obtenu d'excellents 
résultats en n'employant que le dixième, c'est-à-dire 
3 mètres de purin. Ce précieux engrais , quand il est pur, 
contient assez d'azote pour être étendu de neuf fois autant 
d'eau. Ainsi pour les 6 arrosages annuels il faut 18 
mètres cubes de purin , pour chaque hectare , voilà une 
première base ; une seconde se trouve dans la quantité 
rendue par les différents bestiaux élevés dans l'exploi- 
tation. Une vache fournit une quantité annuelle de 
purin nécessaire pour l'arrosement répété 6 fois sur 
U hectares; 3 chevaux, 7 porcs , 21 moutons donnent 
des quantités équivalentes. Tels sont les résultats prati- 
ques sur lesquels on peut combiner les opérations. 
Les tuyaux dont s'est servi M. le comte d'IIerlincourt ont 
un diamètre intérieur de 3 à /i centimètres. Le système 
Kennedy lui parait résoudre la question de l'arrosage 
fertilisant à bon marché , car chaque arrosage , dans le 
système du transport et de l'arrosement par tonneaux 
traînés par des chevaux , ne coûte pas moinS'^de 20 francs 
par hectare ; parfois il s'élève même jusqu*à 50 francs , 
même en n'y comprenant pas les réparations indispensa- 
bles des tonneaux , des harnais , etc. Quand l'arrosage se 
fait à l'aide de bras versant l'engrais à l'aide de cuillères, 
c'est un minimum de 60 francs de dépense par hectare 
qu'il faut compter. M. le comte d'IIerlincourt n'a pas 
compris dans le prix de revient la citerne à purin, ni 
la pompe , qu'il suppose exister dans toutes les fermes. 
Seulement il faut avoir soin de placer en élévation 
suffisante le réservoir qui doit alimenter les tuyaux d'ir- 
rigation destinés à transporter partout l'engrais liquide. 



I 



CONGRÈS DES ACADEMIES. 67 

M. le marquis de Vogué commence parfaire remarquer 
qu'en présentant quelques observations au précédent 
orateur , il n'a pas d'opinion arrêtée contre le système 
Kennedy , ni contre toute autre amélioration ; seulement 
avant de penser à les appliquer en bon agriculteur, il faut 
prévoir par le calcul et les chiffres quelles peuvent 
être les conséquences de l'opération. Contrairement 
à ce qui a été dit hier sur les évaluations approxi- 
matives du prix du drainage en grand ou en petit , il 
pense qu'il faut toujours partir de ce principe : que la 
dépense doit être proportionnelle à la quantité de 
travail , de matériaux employés. Dans la communication 
qui vient d'être faite , on a signalé combien il était 
important de placer le réservoir en élévation ou de 
suppléer à la différence de hauteur par une machine 
propulsive , une pompe foulante et aspirante. Une 
autre condition qui doit influer sur le prix de revient , 
c'est l'agglomération des terres autour des bâtiments 
de l'exploitation ou leur disgrégation , leur éloignement 
qui nécessiterait des conduits plus multipliés et plus 
longs. Avant d'entreprendre une opération de ce 
genre, il faut se rendre compte de toutes les difficultés ; 
il prie donc l'honorable auteur de la communication 
d'ajouter quelques détails sur la situation de ses 
cultures et sur les conditions topographiques où il 
se trouvait placé. Le nombre de six arrosages est-il 
adopté par tous ? Arrose-t-on toutes les récoltes , 
céréales, fourrages, racines? 

M. d'Herlincourt répond que la ferme , sur laquelle 
il a appliqué le système , étant située en contre-bas des 
terres qu'il cultive et placée même au-dessous d'un 
cours d'eau, il a dû élever son réservoir à purin de 



68 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

7 mètres au-dessus du sol; la pompe dont il se sert 
pour y faire parvenir les liquides fertilisants est mise 
en mouvement par une roue hydraulique placée sur 
une dérivation du cours d'eau précédemment indiqué 
et , dans les moments perdus de cette force motrice , 
l'interruption des travaux de l'usine voisine permet de 
s'en servir, la nuit par exemple et les jours de chômage. 
Les terres sont assez réunies autour des bâtiments , 
cependant la présence de bois qui ne lui appartiennent 
pas a obligé M. d'Herlin court à faire parcourir un assez 
long circuit à ses tuyaux ; cela n'a pas augmenté sensi- 
blement les dépenses. Il est d'usage dans la contrée de 
se servir de purin pour arroser toutes les récoltes, 
céréales , racines , etc. Le nombre de six arrosages pour 
Tannée est une donnée qu'on peut prendre comme pra- 
tique et rationnelle. 

M. Jourdier prend la parole pour développer son opi- 
nion sur les progrès de la mécanique agricole en 1856. 
11 passe en revue les diverses machines relatives aux 
opérations de l'agriculture d'origine française ou impor- 
tées d'Angleterre. 

NOTE DE M. JOURDIER. 

Il me semble vrai d'admettre que l'exposition univer- 
selle de Londres en 1851 a marqué un point de départ 
dont Paris en 1855 a été la première étape, et le concours 
universel de 1856 la seconde. 

A mon sens, nous avons beaucoup progressé par com- 
paraison et par circonstances. Un fait qui m'a frappé et 
sur lequel je fonde particulièrement de grandes espéran- 
ces, c'est que de vrais mécaniciens, voyant où on en arrivait 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 69 

en Angleterre , ont compris qu'il y avait pour eux un bel 
avenir à entrer dans la voie qui leur était tracée. Je ne 
citerai pas de noms propres , car cela froisserait inutile- 
ment bon nombre de ceux qui ont fait de la mécanique 
agricole , sans savoir ni la mécanique ni les besoins de 
l'agriculture. Ils avaient d'ailleurs sans aucun doute de 
bonnes intentions, et on doit leur en tenir compte. 

Afin de ne pas sortir du programme que vous avez posé, 
je vais vous demander à citer successivement les parties 
du matériel agricole qui , à mon avis , peuvent être con- 
sidérées comme un progrès ou un commencement notable 
de progrès, qu'il s'agisse de machine française pure ou 
importée. Je remonterai peut-être quelquefois au-delà 
de 1856 ; mais ce sera dans le cas où il m'aura semblé que 
ce n'est guère que cette année-là (1856) qu'une chose 
d'existence antérieure aura été adoptée définitivement, 
ou comprise ou goûtée par le public agricole. 

Charrue à vapeur de Frowle7\ — C'est là un grand 
problême que je crois très-près d'être résolu. Chacun peut 
voir cette charrue à Tœuvre aujourd'hui sur les terres de 
la ferme de Villeroy , près Meaux. On y travaille à tâche 
à raison de 20 et quelques francs l'hectare. 

La charrue est la même que celle qui a fonctionné 
l'année dernière à Villers. Elle a seulement été perfection- 
née. 

Pour l'Algérie et la Russie , cette charrue peut et doit 
être extrêmement précieuse. Elle est en France, c'est déjà 
quelque chose. — ' Dix-sept de ces charrues marchent 
reguhèrement en Angleterre. 

Piocheuse Barrât. — Vous.' avez appris qu'il y avait 
aussi quelque chose à espérer de la piocheuse Barrât, 
beaucoup même. Une nouvelle va être mise en construc- 



70 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

tion , sur la commande de l'Empereur ; il y a tout lieu de 
croire qu'elle sera bien plus convenable que la précé- 
dente, qui, néanmoins, a, en définitive, suffi à la démons- 
tration. 

Draineuse à vapeur, — Cette machine, du même 
inventeur, est également en France. Elle fonctionne pra- 
tiquement. Si la question économique est résolue favo- 
rablement , il pourra y avoir beaucoup à espérer de cette 
application de la mécanique à vapeur aux travaux souter- 
rains du sol. 

Charrues» — Comme détail , je considère personnel- 
lement comme un réel progrès , l'adoption de l'étrier 
américain , qui exempte les pièces de bois auxquelles on 
ajoutait les coutelières, des perforations qu'on était obligé 
d'y pratiquer pour le passage des boulons; avec l'étrier, 
une pièce de bois conserve toute sa force , ceci est fort 
important. 

J'estime fort aussi l'adoption de la rasette , sorte de 
petite charrue qui se met , comme un contre , en avant 
de celui-ci , et lui trace préalablement un petit chemin 
qui empêche l'appareil de bourrer , soit quand on en- 
fouit du fumier^ soit quand on défriche. 

Afin d'abréger, je vous demande la permission de me 
borner , dès à présent , à énumérer les objets , qu'à 
moins d'erreur ou d'omission je pense qu'il serait bon 
de noter. 

Araire Parquin à pointe de soc mobile, — Le corps 
de l'araire Parquin me semble parfait , maintenant que 
l'application réellement précieuse , quoique très-an- 
cienne de la pointe de soc mobile y est faite ; on a une 
machine très-approchée de la perfection. Dans les sols 
pierreux, partout où la pointe du soc s'use vite ou se 
brise, cette charrue rendra de grands services. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 71 

Bien que je ne considère pas l'avant-train de ce con- 
structeur comme parfait, il s'en faut, j'estime très-fort 
l'usage qu'il y fait des roues montées à demi-patent, 
de telle façon qu'on peut les graisser comme les roues 
des diligences sans les démonter. De plus , la poussière 
fait bien moins obstacle. 

Fouilleuses, — L'adoption de ces indispensables 
charrues doit être notée. On ne peut plus s'en passer 
pour les cultures, racines et fourragères. 

Charrue tourne-oreille, — Avec la pratique du 
drainage, cette charrue est celle qui doit dominer un 
jour. Je n'en connais pas encore une seule qui soit 
parfaite ; il y a beaucoup à faire ; je crois utile d'appeler 
l'attention sur ce point. En attendant mieux , on peut 
se servir assez avantageusement des Brabant doubles. 
Une fois qu'on sait les manier, et ce n'est pas difficile , 
on en tire un bon parti. 

Déchaumeurs, — Le déchaumeur Dray, pouvant au 
besoin servir de défonceur, est une précieuse machine 
importée d'Angleterre. Son usage se répandra rapide- 
ment, je pense. 

Extirpateurs. — scarificateurs, — Comme en Angle- 
terre , nous arrivons en France à employer des pièces 
de rechange pour avoir ces deux indispensables ma- 
chines. Jusqu'à présent , la grosse difficulté du service 
était l'engorgement, Le système de MM. Depoix et 
d'Hérissard y remédie ; il suffit maintenant d'appuyer 
sur les mancherons pour dégorger les dents , sans arrê- 
ter la marche des chevaux. 

He7^se à couperets. — Après un défrichement , on 
avait beaucoup de peine à réduire les copeaux de 
terre détachés en gros rubans. La herse ordinaire écor- 



I 



72 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

chait, retournait. Avec la herse importée de Belgique 
par M. Decrorabecque , on parvient à hacher le sol en 
procédant comme le font en petit les charcutiers pour 
préparer la chair à saucisse. 

Herses 'paraliéio gramme s accouplées, — J'espère 
qu'un jour prochain on ne connaîtra pas d'autres herses 
en France. En Angleterre , elles sont exclusivement em- 
ployées. C'est le meilleur appareil qu'on puisse désirer 
pour herser régulièrement , complètement , sans double 
emploi ni perte de force ou de temps. 

Rouleaux brise-mottes, — Celui de Crosskill est en- 
core très-bon , surtout quand les fusées des roues sont 
coudées. Quand elles ne le sont pas , il suffit de faire un 
plan incliné avec une planche et une pierre pour éviter 
de creuser des trous en terre. 

Le rouleau Cambridge n'a pu détrôner le Crosskill; 
le Patterson y aurait réussi , parce qu'il se nettoyait 
mieux lui-même. Aujourd'hui se présente un nouveau 
Cambridge , qui semble devoir l'emporter. Les lumières, 
au lieu d'être circulaires, sont triangulaires, à angles 
arrondis ; de cette façon, quand l'appareil est en marche, 
il s'opère une remarquable dislocation, qui fait que les 
disques sont toujours nettoyés les uns par les autres. 

Sernoirs, — En attendant un semoir compteur qui est 
en bonne construction commerciale , on se sert momen- 
tanément des semoirs Lemaire Maxime, Saint-Joannis, 
Jacquet Robillard, et de tous les modèles anglais. C'est 
là un grand progrès. 

Semoirs à engrais liquides, — Celui de Chauler est 
une conquête. Il verse , en même temps que la graine , 
une dose d'eau pure ou contenant de l'engrais en quantité 
suffisante pour qu'on n'ait plus à craindre une de ces 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 73 

funestes sécheresses qui obligent à tout recommencer , 
compromettent une récolte , ou tout au moins mettent 
de beaucoup en retard et en déficit pour les rende- 
ments. 

Land-presser, — Nous ne mettons pas en doute que 
cet appareil ne détrône un jour presque tous les semoirs. 
C'est tout simplement une série de sortes de roues de 
brouette qui , promenées sur le sol à emblaver, y mar- 
quent des sillons de la forme d'un V , dont la pointe 
serait tronquée. 

La pièce étant prête on sème à la volée très-clair , 
on herse ensuite en travers, et on a un blé hors ligne, 
dont chaque grain est dans ce sol ferme qu'il aime tant 
et que les animaux nuisibles pénètrent beaucoup moins. 

Je suis convaincu qu'une fois répandu, ce rouleau- 
rayonneur-presseur rendra de très-notables services et 
se répandra plus facilement que les semoirs. 

Plantoirs. — Celui de M, Ledocte a rendu et rendra 
de très-bons services. La brouette à pièces de rechange 
est excellente. 

Semoirs à petites graines, — En Angleterre, en 
Allemagne , partout , ces semoirs rendent de grands 
services. Il n'y en a que peu en France. Ils méritent 
d'être propagés. 

Semoirs à poiidrettc, — ■ Il est très-difficile de faire 
semer la poudrette et le guano par les ouvriers. Au 
fait, c'est très-pénible. On vient d'importer le semoir 
Holmes , que je considère comme parfait. Il est fort à 
désirer qu'il se propage rapidement, car les engrais 
pulvérulents sont bien mal répandus par la main de 
l'homme , qui met d'ailleurs , dans l'accomplissement de 
cette tâche , en général, une très-mauvaise volonté. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 75 

Houe à cheval circulaire de Hiicknale, — Cette pré- 
cieuse petite machine sarcle en long et en travers. Elle 
éclaircit, par conséquent , les racines. Je la crois mal- 
heureusement peu répandue. 

Faucheuses-moissonneuses, — On croit à ces machi- 
nes, c'est déjà beaucoup. L'année 1855-56 a singuliè- 
rement été favorable à la vérité prochaine de la substi- 
tution possible de la machine à l'homme , pour la récolte 
des fourrages et des céréales. 

De toutes les moissonneuses que je connais, aucune 
ne remplit les conditions qu'on recherche , cependant 
les trois principales peuvent déjà rendre des services 
en France , et en Algérie notamment. Je place en 
tête la machine système Hussey , bonifiée 'par le système 
Polmer, puis celle dite de Amaury, et enfin celle de 
Mac-Cormick. 

Nous croyons pouvoir annoncer qu'avant peu nous 
verrons fonctionner une moissonneuse conçue par M. le 
docteur Trousseau et son fils , et exécutée par Le 
Moythieu. On la dit très-supérieure aux précédentes. 

Faneuses. — Celles que nous avons remplissent avec 
une satisfaction à peu près entière le but qu'on veut 
atteindre. Quand on peut prévenir le pelotonnement du 
fanage autour du moyeu , elles ne laissent alors plus 
guère à désirer. La faneuse est non-seulement un pro- 
grès pour nous , mais c'est encore une conquête des 
plus précieuses. 

Râteau à cheval. -— Le râteau à cheval est dans le 
même cas. Il ne reste qu'à désirer qu'il soit d'un prix 
un peu plus abordable. 



7& 



INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 




RATEAU A CHEYAL DE HOWARD. 



Machines à battre, — Jusqu'à présent se plaçaient 
sur la même ligne celles de MM. Duvoir , Cumming , 
et Graitot , toutes trois dérivées de celles de Winther : 
toutes trois brisaient le grain , quand on voulait forcer 
la besogne. Actuellement celle de M. Cumming se 
plac^entete, à mon avis, à cause d'un contre-batteur 
nouveau, à surface boutonnée, qui permet au grain de se 
mettre à Tabri, de fuir dans les rigoles à angles divers , 
que forment ses lignes de boutons. 

Locoviobites. — Celles de M. Rousset sont une véri- 
table conquête pour Tagriculture. Formé à Técole de 
M. le baron Seguier, ce constructeur est le plus habile 
que je connaisse. 

Il y a d'autres machines de ce genre qui sont très- 
estimables; aussi je crois qu'on peut les placer, sans 
conteste , dans la catégorie dont il s'agit ici. 

Trieurs de graines, — Celui de M. Pernolet reropUt 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 77 

bien ce qu'il promet. Je le place sur le même rang que 
la faneuse et le râteau à cheval. 

Moulins agricoles, — Celui de M. Bouchon , mu par 
manège surtout , atteint parfaitement le but. 

Pompes à purin, — La pompe dite arabe est parfaite 
pour cet usage ; c'est une bonne acquisition que nous 
avons faite pour le traitement de nos fumiers. 

Hache-paillc , Coupe-racines, — Bien que ces ma- 




VUE D UN HACHE-PAILLE. 

chines ne soient pas nouvelles, je pense qu'on doit les 



78 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

considérer comme n'étant entrées en grand dans la 
pratique que depuis peu. 

Écorclie-racincs-PliUipps, — Cette dernière machine 
est encore peu connue , mais elle mérite de l'être. Au 
lieu de couper la racine à vif , elle Técharpe comme on 
le ferait avec une râpe à longues dents. Les morceaux, 
mêlés avec des tourteaux ou de la paille hachée , 
entrent bien plus tôt en fermentation que les autres; 
on doit donc les préférer» 

Teiileuse mécanique, — 'Si le teillage a fait un impor- 
tant progrès qu'il est bon d'enregistrer , je trouve qu'il 
serait bon qu'on pût aussi avoir de petites machines 
à bras pour remplacer celles dont on se sert avec si 
peu d'avantage dans nos campagnes. J'appellerai , si on 
veut bien le permettre , l'attention de MM. les délégués 
sur ce point , en raison du besoin que je sais qu'on a 
de ces petites machines qui , si elles existent , sont peu 
connues et surtout trop peu répandues. 

M. deCaumont annonce que M. Jourdier a bien voulu 
s'entendre avec lui pour montrer à MM. les délégués la 
plupart des instruments dont il vient d'être parlé ; que 
mardi prochain, à 11 heures et demie , M. Jourdier les 
recevra avec plaisir dans l'établissement du matériel 
agricole perfectionné , 35 , rue de Lafayette , et que MM. 
les membres du Congrès pourront voir fonctionner 
plusieurs de ces machines. 

M. Maurenq voudrait que l'établissement , dirigé par 
M. Jourdier , pût avoir des dépôts dans les départements 
qui propageraient la connaissance des machines et des 
outils perfectionnés. 

M. Jourdier répond que la demande qui vient d'être 



CONGRÈS DES ACADEMIES. 79 

faite , entraînerait l'entreprise dans des frais et qu'il lui 
faudrait un capital mort considérable ; que jusqu'à ce 
jour il n'est pas possible de songer à rien de semblable. 
On prépare un Album , représentant les instruments, qui 
sera distribué partout. On enverra sur une feuille à part , 
et timbrée , le prix correspondant à chaque numéro de 
V Album ; cela peut suffire pour les personnes instruites; 
pour celles qu'il s'agit d'enseigner d'une manière plus 
directe , il y a un moyen à la disposition des Comices 
agricoles , c'est de demander l'envoi , à leurs frais , des 
instruments ; s'ils ne les gardent pas , ils peuvent les 
renvoyer. 

M. le docteur Bally lit une note sur les progrès de 
la botanique en 1856. Il s'attache surtout à prouver les 
applications utiles d'une plante négligée jusqu'ici, le Tyfa 
latifolia , qui peut servir à fabriquer des vêtements, 
des chaussures , etc. 

M. Albert de Brives appelle l'attention du Con- 
grès sur une application utile du drainage exécutée par 
M, Chou vois, directeur de la ferme-école de Nolhoe 
( département de la Haute-Loire ) , et s'exprime ainsi : 

« Je crois devoir appeler l'attention du Congrès sur une 
application utile des cours d'eau de drainage à l'irrigation, 
faite dans le département de la Haute-Loire pendant ces 
dernières années. 

« Le problème à résoudre était celui-ci ; Enlever les 
eaux surabondantes du sous-sol pour les ramener à la 
surface et les employer à l'irrigation. On sait que les eaux 
produites par le drainage ont des qualités fertilisantes 
qui manquent aux eaux ordinaires. L'expérience et la 
science sont d'accord sur ce fait. 
M M. Chouvois , l'honorable directeur de la ferme-école 



8Ô INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de NoUioe , et membre de la Société d'agriculture du Puy , 
ayant à drainer une prairie qui offrait une pente assez 
considérable, eut la pensée d'utiliser les eaux du fonds 
de cette prairie pour en arroser la surface. Il est arrivé 
h ce but par les moyens suivants : 

« La prairie représentait un quadrilatère allongé ; la 
pente était dans la longueur. Après les opérations de 
nivellement ordinaire , il a divisé sa pente en 5 ou 6 
sections. Il a établi les drains de la 1'*. section dans 
le sens de la plus grande pente , suivant l'usage , et en 
a réuni les eaux dans un collecteur placé dans la partie 
la plus basse, aboutissant sur un point central. Vers ce 
point un conduit cimenté, et à pente réduite, s'empare 
des eaux , et les ramène sans effort , à la superficie , sur 
une partie de la 2^ section de la prairie , dont le point 
dépend de la pente générale , et d'où elle est dirigée , sui^ 
vant les besoins, par des canaux ordinaires. 

« La 2®. section est drainée comme la V\ , et ses eaux 
ramenées à la surface sur un point quelconque de la 
3^ section , et ainsi de suite jusqu'au bout. 

(( Ce moyen très-simple , d'ailleurs , a produit les meil- 
leurs résultats , et d'une prairie donnant un herbage rare 
et de la plus mauvaise qualité, a fait un pré de 1". classe 
qui étonne tous les jours les visiteurs par sa fécondité. 
(( Ce genre de drainage a, aux yeux de quelques per- 
sonnes , l'inconvénient de ramener constamment à la 
surface les eaux de drainage , qui peuvent être nuisibles 
dans les temps pluvieux en entretenant une humidité 
trop persistante. 

« Un autre membre de la même Société d'agriculture, 
M. Nicolas, ancien élève de la Saulsaie, directeur du drai- 
nage dans la Haute-Loire, a imaginé un autre procédé qui 



CONGRÈS DES ACADEMIES* 81 

conduit au même résultat sans avoir le même inconvénient. 

Soit donnée la même prairie. Il établit dans le centre , 
et sur toute la longueur, un collecteur sur lequel viennent 
s'embrancher successivement, adroite et à gauche, les 
drains ordinaires, à certaines distances qu'il détermine , 
suivant la pente et suivant le besoin d'irrigation ; il 
coupe son collecteur par une petite caisse formée de 
quatre planches ayant la longueur nécessaire pour réunir 
le fond à la superficie. Cette caisse qui doit servir de con- 
duit à Peau était coupée à quelques centimètres au- 
dessus du fond par une paroi horizontale percée et des- 
tinée à recevoir la bonde qui est le principal agent du 
mouvement ascensionnel des eaux. Dans ce système, les 
eaux arrivent dans la caisse par un trou supérieur à la 
paroi , traversent cette paroi lorsque la bonde n'est pas 
placée, et reprennent leur cours dans le drain inférieur 
par une seconde issue pratiquée dans la caisse un peu 
au-dessous de la paroi horizontale. 

« Mais, lorsque la bonde est placée, on conçoit que les 
eaux, n'ayant plus d'issues par les drains, s'élèvent 
dans la caisse et viennent jaillir à la surperficie. Une 
partie de ces eaux est également refoulée par la loi du 
niveau dans les drains supérieurs ; mais l'expérience a 
prouvé que c'était sans inconvénient. Si la bonde reste 
long-temps fermée , l'effet naturel est un arrosement 
de la partie supérieure de la prairie par imprégnation , 
qui ne présente aucun danger , puisque , par l'enlève- 
ment de la bonde , on peut à volonté rendre aux eaux 
surabondantes leur cours naturel par le collecteur, 

« M. Nicolas a tout récemment apporté une amélioration 
à la forme de sa caisse qu'il appelle une fontaine. L'éta- 
blissement de la paroi horizontale , destinée au place- 



82 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

ment de la bonde , avait l'inconvénient de procurer un 
ressaut dans la ligne du collecteur et de faire perdre 
une partie de la pente. Il a voulu remédier à cet 
inconvénient et il a imaginé , à cet effet , une paroi 
coudée qui n'occupe qu'une moitié de la caisse. L'eau 
arrive dans la partie de la caisse où n'aboutit pas la 
paroi et au-dessous du niveau de la partie supérieure 
de la paroi où se trouve l'orifice. L'eau , arrivée dans la 
caisse, s'élève jusqu'au-dessus de la paroi , redescend 
par l'orifice et s'échappe par le collecteur qui vient abou- 
tir au même niveau que l'orifice d'arrivée. 

« Ce moyen , également appliqué , a produit les meil- 
leurs résultats ; mais ce dernier exige une plus grande 
quantité d'eau. La déperdition qui s'opère nécessairement 
par le remous des eaux forcées dans des conduits qui ne 
sont point étanches , peut nuire à l'effet de la fontaine 
en ne laissant pas , pour l'irrigation de la surface , une 
quantité d'eau suffisante ; du reste ce moyen a l'avantage 
de donner ou d'enlever à volonté les eaux suivant le 
besoin. 

« Ces deux modes me paraissent donc présenter des 
avantages ou des inconvénients relatifs et qui feront don- 
ner la préférence à chacun d'eux , suivant les différentes 
circonstances dans lesquelles se trouveront les terrains 
soumis à cette opération. 

« Mais ils m'ont paru l'un et l'autre ingénieux , d'une 
application utile en principe, et dignes, en conséquence , 
d'être soumis à votre appréciation. » 

M. d'Esterno ne croit pas l'idée de se servir des eaux 
obtenues par le drainage, pour l'arrosement de la super- 
ficie , aussi nouvelle que les draineurs de la Haute-Loire 



CONGRÈS DES ACADEMIES. 83 

l'ont pensé. M. Rayrol a publié un système qui a beau- 
coup de rapport avec ceux dont on vient d'entretenir 
l'Assemblée. 

M. Perrot pense que ces inventions diverses sont 
propres à répondre aux objections de ceux qui disaient : 
« Le drainage est nuisible parce qu'il enlève des eaux 
chargées de principes azotés » , puisqu'ainsi on les re- 
verse et on les utilise à la surface des prés* 

M. Maurenq ne voudrait pas qu'on se laissât séduire 
par des applications de ce genre. Selon lui , on aura 
dans la saison pluvieuse beaucoup d'eau à verser sur le 
sol déjà trop humide, puisqu'on a cru utile de le drainer; 
on n'aura rien à lui donner dans les moments de séche- 
resse, alors que cela serait utile. Il faudrait, pour com- 
pléter ce système , établir des réservoirs qui seraient 
mis à contribution dans la saison de sécheresse. 

M. de Brives répond qu'il serait toujours facile de 
ne pas verser l'eau à la superficie, si cela n'était pas 
utile ; le système permet seulement de s'en servir au 
besoin. 

Le Secrétaire-général , 

De Bouis. 



SÉANCE DU 17 AVRIL. 

(Présidence de M. le comte de Vigneral. ) 

Sont appelés au bureau, par iM. de Caumont : MM. db 
GoDRCY, Mahul , Olivier , de Vaucluse ; A. de Bure, se- 
crétaire de la Société de l'Allier. M. Desvaux , secrétaire. 

M. le marquis de Bryas communique au Congrès plu- 



Sli INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

sieurs volumes du Ilerd-Book anglais , et témoigne le 
désir que nos bonnes races françaises aient également 
leur généalogie. 

La discussion est continuée sur les progrès de la phy- 
sique en 1856. M. André Poey s'occupe depuis long-temps 
de recueillir les effets curieux produits par la foudre , et 
invite les membres du Congrès à lui communiquer tous 
ceux qu'ils auraient observés. 

Selon lui, la foudre produit des effets pathologiques 
et thérapeutiques. M. Poey cite encore des phénomènes 
photographiques très-surprenants. 

M. de Bouis ne nie pas les effets thérapeutiques de 
Télectricité, mais il observe qu'on doit mettre beaucoup 
de réserve dans l'emploi de ce fluide , parce qu'on ne 
sait pas encore le doser. 

M. Du Moncel parle des bons effets produits par l'élec- 
tricité dans les cas d'asphyxie par le chloroforme. 
Il parle d'images électriques à travers des corps isolants. 
Un membre demande comment des images photogra- 
phiques peuvent se produire à travers des habits et 
autres corps opaques? 

M. Du Moncel répond que l'expression d'images pho- 
tographiques est impropre , parce que, dans ces phéno- 
mènes, ce n'est pas la lumière, mais bien l'électricité qui 
agit. 

M. Du Moncel fait ensuite au Congrès une communica- 
tion très-intéressante sur la télégraphie électrique. Il pré- 
sente et fait fonctionner trois appareils. 

D'abord le télégraphe écrivant de Morse (1838), qui 
n'a qu'un fil à la ligne au lieu de deux fils employés en 
Allemagne. On conserve la dépêche écrite en lettres 
ineffaçables. 



1 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 85 

Ce télégraphe a été perfectionné par M. Mouilleron. 

2^ Celui de M. John Thomas, hongrois, qui présente un 
avantage pour les transmissions transatlantiques. M. Var- 
ley en a posé un de Londres à Ostende qui permet d'éviter 
les inconvénients de la condensation des fluides dans les 
lignes sous-marines. 

3^ Un télégraphe Morse transcrivant la dépêche par 
réaction électro-chimique. La bande de papier est pré- 
parée avec une dissolution de cyanoferrure de potassium, 
en prenant une pointe en fer ou en acier pour imprimer 
le papier , l'action électrique trace les caractères en bleu 
de Prusse. 

Ce télégraphe, comme le premier système, nécessite 
l'emploi de relais. 

M. Du Moncel parle ensuite des appareils accessoires 
des parafoudrcs qui préservent les employés des acci- 
dents occasionnés par les orages; des horloges électriques 
de M. Robert -Houdin , qui peuvent marcher pendant six 
mois de suite ; de l'emploi de l'électricité pour l'explosioTi 
des mines. A Cherbourg, on faisait sauter simultanément 
16,000 kilog. de poudre enfouis dans huit puits de 15 ". 
de profondeur et qui soulèvent le rocher sur une surface 
d'un hectare. 

Le même procédé est employé pour creuser le nou- 
veau port de Marseille. 

M. Du Moncel cite enfin l'utile application de l'électri- 
cité pour la télégraphie nautique. Les signaux se donnent 
ordinairement au moyen de lanternes superposées qu'on 
allume dans un ordre déterminé à l'avance. On perd 
beaucoup de temps lorsqu'il faut déplacer ces différentes 
lanternes, tandis qu'il est très-facile, avec des appa- 
reils très-simples et en tournant seulement des robinets , 



86 INSTITtJT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de faire arriver des gazs inflammables dans telle ou telle 
lanterne et de les allumer au moyen d'un courant élec- 
trique. On peut opérer ainsi avec la plus grande ra- 
pidité. 

Le Congrès vote des remerciraents à M. DuMoncel pour 
ses importantes communications et pour la belle exposi- 
tion d'instruments de physique qu'il a fait déposer dans 
la salle. Plusieurs de ces instruments ont été inventés ou 
perfectionnés par M. Du Moncel qui ainsi a doublement 
mérité de la science. 

Le Secrétaire y 

G. Desvaux. 



SEANCE DU 18 AVRIL. 

(Présidence de M. le vicomte de Cussy, membre de l'Institut 
des provinces. ) 

La séance est ouverte à 2 heures. 

MM. DE Caumont, le comte de Bondy, le comte 

d'ESTERNO , DE ROISSY, DE MONTREUIL, DE MARGUERIT 

DE RocHEFORT , Dréolle ct OLIVIER siégcut au burcau. 

M. Sellier , l'un des secrétaires-généraux , lient la 
plume. 

M. de Caumont annonce que M. Geoffroy Sainl- 
ïïilaire attendra le Congrès demain dimanche, à une 
heure, pour ^ lui faire part des importations ou accli- 
matations nouvelles faites au Jardin-des-Plantes. 

Le Congrès est invité , par M. le Directeur , à se réunir 
à midi moins un quart à Notre-Dame , à l'effet d'exa^ 
miner les travaux qui ont été récemment faits , et de 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 87 

se transporter ensuite en corps au rendez-vous donné 
par M, Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. Barrande exprime le regret de n'avoir pu assister 
aux réunions du Congrès , si ce n'est mercredi dernier , 
jour où Ton ne devait pas s'occuper de géologie. 

M. Ami Boue a envoyé à M. le Directeur un 
aperçu sur la géologie dans l'univers entier. Sa lettre 
est analysée par M. de Caumont, et trouvera place dans 
V Annuaire de l'Institut. Il en résulte notamment qu'on 
s'est occupé beaucoup de géologie partout en 1856, et 
que d'importants travaux se préparent dans les deux 
hémisphères. 

M. de Caumont expose que les fouilles opérées pour 
la construction des chemins de fer ont amené des 
découvertes intéressant la géologie ; il importerait par- 
tout où des chemins de fer ont été établis, de faire 
le relevé graphique des coupes mises à nu dans les 
déblais. 

MM. les Ingénieurs des mines consentiront , à n'en 
pas douter, à faire faire cette constatation. Dans quel- 
ques années, il serait trop tard pour se livrer à un pareil 
travail qui deviendrait alors impossible. M. le Directeur 
de l'Institut propose au Congrès d'émettre à ce sujet un 
vœu qui est unanimement accueilli. 

Revenant sur une discussion qui a eu lieu dans la 
séance du 16 de ce mois , à l'occasion de la connais- 
sance donnée au Congrès , par M. Albert de Brives, de 
l'application qui a été faite , dans la Haute-Loire, des 
eaux du drainage à l'irrigation, M. le duc de Maillé 
présente deux observations; il lui semble que, dans les 
temps pluvieux, l'opération qui consiste à ramener 



88 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

les eaux du drainage à la surface du sol ne présente 
aucune utilité , et qu'en temps de sécheresse , Teau 
manquerait et ne pourrait par conséquent être ramenée 
sur le sol. 

M. le comte d'Esterno répond qu'il a fait beaucoup 
d'irrigation et que Texpérience lui a démontré que les 
cultures ont besoin d'être irriguées même en temps 
de pluie , et que , notamment pour les prairies, l'eau 
du ciel est loin d'être suffisante ; suivant lui, la pluie 
mouille et n'arrose pas, et celle qui tombe sur dix 
hectares pourrait à peine en arroser un d'une manière 
complète. Le drainage, avant d'être perfectionné, existait 
autrefois , sinon avec sa destination actuelle , au moins 
comme irrigation , et il importe beaucoup de l'utiliser 
encore pour cette destination. Au moyen du drainage, 
en effet , les eaux sont rassemblées et il ne s'agit que 
de les ramener à la surface du sol. L'observation a 
démontré que le terrain étant sec, si l'on établit une 
galerie horizontale , on trouve de l'eau , et que , si l'on 
creusait une suite de puils verticaux, avec des galeries 
horizontales, il sortirait de l'eau de toutes les galeries. 

Une objection a été faite , c'est qu'il est nécessaire 
d'établir un point d'arrêt pour faire remonter l'eau , ce 
qui semble devoir neutraliser les effets du drainage; mais 
il faut remarquer que c'est seulement à une distance 
minime que le refluement a lieu , ce qui n'entraîne pas 
d'inconvénients : on rétabUt d'ailleurs , quand cela 
devient nécessaire, la circulation dans le sous-sol et 
le mal n'aurait lieu que si l'interruption se faisait 
au moment d'une grande pluie , lorsque l'eau dort sur 
le terrain. 

M. le marquis de Bryas affirme qu'on ne doit pas 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 89 

drainer indifféremment, soit qu'il y ait, soit qu'il n'y ait 
pas d'eau souterraine. Le drainage est inutile quand il 
n'y a pas surabondance. 

L'ordre du jour appelle l'examen de la 10% question du 
programme, ainsi conçue : 

« Quels sont les moyens pratiques d'obvier à la déper- 
« dition des matières fécales et des purins dans les cam- 
« pagnes? » 

M. de Gaumont fait connaître au Congrès un moyen in- 
diqué par M. Girardin , de Rouen. Ce moyen consiste à 
établir , sur le fumier , une espèce de guérite à l'usage 
des gens de la ferme ; mais parviendrait-on à obtenir 
d'eux qu'ils dérogeassent ainsi à leurs habitudes? il est 
permis d'en douter; l'essai en tout cas est facile. 

M. le comte de Vigneral a vu , dans certaines exploita- 
tions, pratiquer, à l'extrémité des étables, de petits com- 
partiments dont faisaient usage les domestiques et les ou- 
vriers. Une petite cellule peut également être établie 
auprès des fosses à purin. A un autre point de vue, le 
même membre voudrait qu'on rapportât de la terre dans 
les étabîes , pour y absorber les engrais liquides produits 
par les bestiaux. Le renouvellement en serait fait tous les 
huit à dix jours , ce qui , surtout avec la stabulation per- 
manente , serait d'un immense avantage. 

M. le comte de Gourcy parle d'une amende de cinq 
centimes établie par un propriétaire contre ceux de ses 
gens qui ne se rendraient pas au lieu indiqué par lui dans 
le même but. 

Un autre membre propose de jeter de la glaise calcinée 
sur le fumier. 

M. le comte de Gourcy expose que , chez M. Crespel , 



90 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de Lisse , on jette aussi sur le fumier de la terre argi- 
leuse qu'on ramène à la ferme pendant la belle saison , à 
temps perdu , et qu'on remise sous des hangars , en at- 
tendant qu'on l'emploie. Rien ne s'empare de l'ammo- 
niaque comme la terre argileuse sèche. 

M. le marquis de Caligny dit avoir inventé une pompe 
à purin, dont il trace le modèle. Cette pompe est très- 
simple , sans piston ni soupape ; elle est en zinc et ne 
coûte pas plus de 20 à 30 fr. La partie inférieure , qui est 
conique, est plongée dans le purin; le mouvement de va 
et vient s'établit verticalement de bas en haut ; sa hau- 
teur est de 2 à 3 mètres. L'inventeur recommande cette 
pompe , parce qu'elle enlève tout ce qui se trouve dans la 
citerne, et, par conséquent , le meilleur engrais qui oc- 
cupe le fond. On l'a employée pour faire une lessive , et 
il en est résulté l'inconvénient de retirer les ordures qui 
s'étaient déposées dans la partie inférieure de la fosse ; 
mais , dans l'application faite à l'extraction du purin , ce 
qui était un inconvénient devient un avantage. Il est à 
regretter que cette pompe , que M. Carreau, ingénieur, 
se propose de faire exécuter, n'ait pas encore été expéri- 
mentée. 

M. le vicomte Du Moncel sait qu'il existe une pompe sans 
piston ni soupape , employée utilement par un maraîcher 
de Versailles; mais, parmi celles qui sont en usage, la 
meilleure est, sans contredit, la pompe Perrot, du prix 
de 120 fr. La Société d'encouragement pour l'industrie 
l'a trouvée excellente ; elle est aussi sans soupape. On l'a 
employée pour les locomotives. 

M. le duc de Maillé demande à M. de Caligny à quelle 
profondeur , avec sa pompe , on va chercher l'eau , et si , 
en sortant, elle a une certaine force d'expansion. La ré- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 91 

ponse est que l'eau peut être élevée à une hauteur égale à 
deux fois et demie la profondeur. 

On passe à la li^ question : 

« Y a-t-il lieu d'établir une amende municipale dont 
« seraient passibles tous ceux qui laisseraient le purin 
« s'écouler sur la voie publique, comme cela a lieu en 
« temps de pluie , dans toutes nos campagnes ? » 

M. le comte d'Esterno pense que la question doit être 
résolue négativement ; il faut éviter d'établir législative- 
ment des pénalités contre les propriétaires , par la seule 
raison qu'il ne leur conviendrait pas de profiter de l'avan- 
tage que leur procurerait l'emploi du purin. 

M. de Gaumont répond qu'il ne s'agit pas d'établir des 
pénalités nouvelles , mais simplement d'obtenir que l'au- 
torité administrative prenne des mesures pour que , dans 
l'intérêt de la salubrité publique, l'écoulement du purin 
hors des maisons soit interdit , ce qui n'empêcherait pas 
les propriétaires de perdre leur purin chez eux , s'ils 
refusaient de l'employer : il est évident pour lui qu'ils 
n'ont pas le droit de le rejeter sur la voie publique. 

M. Sellier ajoute à ces observations qu'il ne s'agit 
pas, en effet, d'une pénalité directe à appliquer aux pro- 
priétaires qui laisseraient perdre leur purin ; mais qu'il 
est possible d'arriver indirectement au but que l'on se 
propose d'atteindre , au moyen d'arrêtés qui seraient pris 
par les maires , en vertu des pouvoirs qui leur sont con- 
férés par la loi pour sauvegarder les intérêts de la salu- 
brité publique. Ces pouvoirs sont, en effet , fort étendus , 
et l'intervention de MM. les Préfets pourrait déterminer 
l'autorité municipale à en user. 

Un membre observe que , la loi existant , il suffit de 



92 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la faire exécuter. M. Sellier répond qu'il n'existe pas de 
loi qui prononce directement de pénalité pour le cas 
prévu. La loi donne seulement aux maires le droit de 
prendre des arrêtés , et c'est l'infraction à ces arrêtés 
que la loi punit d'une amende de simple police. 

M. le comte de Vigneral exprime l'avis qu'il faut in- 
struire avant de punir : Donnez, dit-il, au propriétaire 
rinstruction agricole et soyez sûr que , quand il l'aura 
reçue , il ne laissera plus perdre son purin. Toute pé- 
nalité serait donc inutile. 

M. Tailliar annonce que la question a été examinée 
dans le sein de la Société impériale et centrale d'agricul- 
ture , sciences et arts de Douai. La délibération de cette 
Société a été adressée à ce sujet au préfet, pour l'engager 
à prendre, en vertu de la loi de 1837, un arrêté qui 
tiendrait lieu de ceux que les maires négligent de prendre. 

M. le duc de Maillé proteste contre la fâcheuse manie 
de vouloir tout réglementer aujourd'hui ; il faut que ceux 
qui s'intéressent aux améhorations agricoles , donnent 
l'exemple, et les lois deviendront inutiles; il serait re- 
grettable d'ailleurs qu'on songeât à menacer les pro- 
priétaires de l'application de nouvelles lois pénales. 

Si l'on adoptait les objections qui viennent d'être faites, 
dit M. de Caumont , il faudrait donc ne pas exiger des 
propriétaires qu'ils fassent balayer les rues devant 
leurs maisons. 

M. le comte d'Esterno fait remarquer, que la loi auto- 
risant ce qui est demandé , et toute législation nouvelle 
étant ainsi inutile , la question perd de son intérêt. 

M. Tailliar prend de nouveau la parole : Au point de 
vue doctrinal, dit-il, le Congrès peut agir par des con- 
seils. Sous le rapport légal, la loi de 1790 donne le 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 93 

droit aux maires de prendre des arrêtés applicables à 
leurs communes. Si l'autorité municipale n'agit pas, le 
préfet peut prendre un arrêté exécutoire dans tout le 
département. 

M. Boulatignier, conseiller d'État , ne voudrait pas que 
le Congrès résolût la question, sans certaines restrictions. 
La loi de 1837 a donné aux maires un pouvoir plus étendu 
encore que la loi de 1790, car ils peuvent prendre, sur tou- 
tes les matières se rattachant à la police municipale, des 
arrêtés permanents qui deviennent de plein droit exécu- 
toires après l'expiration du délai d'un mois, si, dans cet 
intervalle , ils n'ont pas été réformés par l'autorité supé- 
rieure. Les préfets ont droit aussi, aux termes de la loi du 
22 décembre 1789 — 8 janvier 1790, de pourvoir, par des 
arrêtés , au maintien de la salubrité publique. M. Boula- 
tignier pense même que, si, ce qu'il est impossible d'ad- 
mettre, cette haute intervention devenait nécessaire, 
l'Empereur pourrait, en Conseil d'État, assurer, par un 
décret réglementaire, l'effet de la mesure demandée. 
L'opinant propose, en conséquence, que le Congrès, 
considérant que la mesure intéresse la salubrité géné- 
rale, émette le vœu que les maires prennent des arrêtés 
pour empêcher l'écoulement du purin sur la voie pu- 
bhque. Il lui semble utile en outre que les préfets fassent 
sentir aux maires que la mesure se rattache essentielle- 
ment aux intérêts de l'agriculture. 

M. le comte de Vigneral exprime l'avis qu'il ne serait 
pas indigne de la sollicitude de l'Empereur de rendre, en 
Conseil d'État , un décret réglementaire qui aurait pour 
résultat de dispenser les agriculteurs d'une foule de dis- 
positions et d'entraves administratives. 
M. k comte d'Esterno repousse l'intervention de Tadmi- 



94 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

nistration dans les intérêts privés. Cette intervention doit 
s'arrêter aux mesures de police et ne doit pas aller plus loin. 

M. Boulatignier ne veut pas non plus de Tintervention 
de Tadministration en-dehors de son pouvoir légitime; 
mais il faut reconnaître que beaucoup d'administrations 
municipales restent au-dessous de leur mission. Ce ne 
sont pas les institutions qui manquent aux maires , mais 
les maires qui manquent aux institutions. Il faut donc 
que Tautorité supérieure agisse sur les fonctionnaires 
municipaux par l'influence de ses conseils, ou qu'elle sup* 
plée à leur insuffisance par les mesures qui sont dans ses 
attributions. 

M. le duc de Maillé insiste pour dire qu'il ne veut pas 
que l'on protège les populations contre leur paresse ; on 
doit repousser cette multitude d'arrêtés qui rendent im- 
possible l'administration municipale. 

La clôture de la discussion étant demandée et pronon- 
cée, le Bureau propose , pour l'émission d'un vœu, une ré- 
daction contre laquelle sont faites diverses objections. La 
discussion déjà close paraissant devoir se renouveler à ce 
sujet, Me le Directeur de l'Institut pense que la discussion 
qui a eu lieu, et dont les détails seront consignés dans le 
procès-verbal , suffira pour attirer l'attention de l'admi- 
nistration , et qu'ainsi il serait inutile de formuler un 
vœu. * 

La séance est levée à U heures. 

Le Secrétaire-général , 
Sellier. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 95 



DIMANCHE 19 AVRIL. 



Le dimanche 19 avril , le Congrès n'a pas tenu de 
séances, mais il a été reçu au Jardin-des-Plantes par 
M. Geoffroy Saint-Hilaire , membre de l'Institut, profes- 
seur au Muséum d'histoire naturelle et président de la 
Société impériale d'acclimatation. Après s'être entretenu 
quelque temps dans ses salons avec les membres du Con- 
grès, M. Geoffroy , sur l'invitation de M. de Caumont, a , 
dans une brillante improvisation , indiqué les expériences 
tentées depuis peu pour l'acclimatation de nouvelles es- 
pèces animales et végétales : il a rendu compte des résul- 
tats obtenus pendant le cours de l'année 1856 , puis il a 
invité le Congrès à visiter avec lui les galeries du Muséum. 
Les yacks, lesliémiones et les autres animaux nouvelle- 
ment importés ont été examinés avec soin , ainsi que les 
hippopotames et tout ce que le Jardin renferme de 
curieux en zoologie. Le Congrès s'est retiré après avoir 
remercié M. Geoffroy de sa complaisance et de sa cordiale 
réception. 

Le soir , M. de Caumont a reçu les membres du Con- 
grès dans les salons du restaurant Douix, au Palais-Royal. 



SEANCE DU 20 AVRIL. 

( Présidence de M. Mahul , membre de rinstilul des provinces, 
délégué de TAude. ) 

Siègent au bureau : MM. de Caumont , directeur du 
Congrès ; Pasquerée , délégué de la Gironde ; l'abbé 



96 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Brdllée , de Sens ; Ancelon, délégué de la Meurthe ; le 
comte Du Manoir ; du Calvados. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. de Caumont rend compte de la correspondance. Il 
lit une lettre de M. le marquis de Bryas qui a été obligé 
de partir pour Vienne (Autriche) , et qui se trouve privé 
de suivre les dernières séances du Congrès. 

M. le Directeur fait observer que Tordre du jour est la 
question portée au programme sous le n", l/i, qui a pour 
but de faire connaître les emprunts faits par Tarchitec- 
ture rurale aux constructions des chemins de fer et quels 
emprunts on peut encore lui faire. Il cite des imitations 
très-heureuses , notamment chez M. le comte de Serain- 
- court , à Lonray, près d'Alençon , et pense qu'on ne peut 
trop engager Tagriculture à entrer dans cette voie. 

M. Perrot fait remarquer que le progrès a eu lieu sur- 
tout parce que les ouvriers ont appris , dans les ateliers 
où les nouvelles entreprises de chemins de fer les avaient 
appelés, de nouveaux systèmes de construction qu'ils n'au- 
raient jamais appris ailleurs ; parce que, dans les provin- 
ces,on se bornait à continuer constamment de bâtir comme 
avaient fait nos pères : il fallait l'expérience des archi- 
tectes pour apprendre à ménager les matériaux et à con- 
struire d'une façon plus élégante et moins coûteuse. 

M. Maurenq croit que c'est surtout dans le système de 
charpente des couvertures beaucoup plus légères , qui est 
adopté maintenant dans beaucoup des constructions ru- 
rales de nos départements , que consistent les emprunts 
faits et le progrès réalisé. On a pu voir dans les gares ces 
systèmes de charpente plus légère , et par suite on est 
arrivé à les exécuter ou à les imiter dans les campagnes 
voisines. 



■f 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. B7 

M, Gomart signale , parmi les améliorations acquises , 
l'introduction des charpentes plus légères qui ont rem- 
placé le chêne et les autres bois dont le prix va sans cesse 
croissant , et augmentait d'une manière si considérable le 
coût des constructions rurales. On le prodiguait vérita- 
blement : les charpentes, aujourd'hui maintenues par d-es 
tiges de fer boulonnées, ont fourni partout des couvertures 
légères , solides et d'une économie notable. 

M. Boulatignier voudrait qu'on maintînt la question sur 
te programme et qu'on s'attachât davantage, dans les 
années suivantes , à préciser les prix de revient. 

M, de Gourcy sait que M. de Glaville a pu faire con- 
struire chez lui de vastes hangars pour abriter ses ré- 
coltes et au-dessous d'elles les instruments aratoires , à 
raison de 5 fr. par mètre de superficie couverte. Il emploie 
les couvertures en papier enduit de bitume de gaz. 

M. Gomart estime que l'emploi du carton bituminé, 
comme couverture , aura de la peine à être adopté dans 
les campagnes. C'est une matière très-combustible qui 
présente de graves inconvénients. On sait combien la 
malveillance s'attaque aux hommes de progrès , et com- 
bien ils ont à lutter contre le vagabondage et, en géné- 
ral , contre les mauvais instincts de ceux qui attribuent 
la situation précaire où ils peuvent se trouver à des 
changements dans les usages des agriculteurs, soit par 
l'élévation du prix des fermages des terres , soit par 
l'adoption de machines qui suppriment la main-d'œu- 
vre, etc. 

La question n'étant pas épuisée sera maintenue sur le 
programme des questions à discuter dans le prochain 
Congrès. 

M . Olivier demande à présenter un projet d'utilisation 

5 



98 INSTITUT DES PROVIKCES DE FRANCE. 

des engrais humains et autres des villes. Son absence au 
moment où le système Kennedy a été exposé dans le 
Congrès , l'a privé de Toccasion de développer ses idées 
sur ce point. Elles peuvent se résumer dans la création de 
réservoirs en-dehors des villes , avec adjonction de ma- 
chines el de canaux de distribution. 

NOTE DE M. OLIVIER. 

« Quel parti pourrait-on tirer, pour l'agriculture, d'une 
« multitude d'immondices qui se perdent sous les égouts 
« pour aller ensuite salir , infecter et encombrer le cours 
« des rivières dans leur trajet au centre des villes ? » 

Je crois qu'on ne peut pas faire à cette question 
d'autre réponse que celle-ci : Recevoir toutes ces ma- 
tières dans des réservoirs, employer les liquides à 
l'engraissement des terres et surtout des prairies , et 
répandre les matières solides sur les terres labourables ; 
cette réponse avec celte nudité peut paraître par trop 
naïve ; mais n'en ayant pas d'autre jusqu'à présent et 
cette solution pouvant remplir le but qu'on se propose, 
elle mérite au moins d'être examinée el étudiée dans ce 
qu'elle peut avoir de pratique et de réalisable; c'est ce que 
je vais tâcher de faire brièvement. A priori^ dans cet ordre 
d'idées rien n'est impossible avec plus ou moins d'argent ; 
mais, comme nous l'a fort bien dit plusieurs fois l'hono- 
rable marquis de Bryas, il ne faut pas faire de l'agriculture 
à tout prix, ou autrement il ne faut pas faire de petits écus 
avec de gros écus. 

Examinons donc si la question économique peut per- 
mettre de réaliser le désir de la Société d'utiliser les eaux 
des égouts et d'en débarrasser les rivières. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 99 

Je dois commencer par expliquer ma pensée et les 
moyens de la réaliser ; puis avec quelques chiffres chacun 
pourra juger, pour les localités qu'il connaît , de l'impos- 
sibilité, de la possibilité ou de la probabilité de la réussite 
de ce que je propose ; voici ce que je voudrais : 

Avoir , à la sortie de la ville , un réservoir assez grand 
pour recevoir toute l'eau qui s'écoule par les égouts en 
24 heures. 

Sur ce réservoir placer une pompe foulante mue par 
une machine à vapeur, et beaucoup mieux par un cours 
d'eau , si la chose est possible. 

Au moyen de la pompe et de tuyaux souterrains, con- 
duire les eaux à 1, 2 ou 3 kilomètres de la ville. 

Ce réservoir devrait être assez élevé pour permettre 
l'irrigation, par pente naturelle, d'une suffisante quan- 
tité de terrains ; quant aux parties solides d'un trop gros 
volume pour êli^ lancées par les tuyaux dans le second 
réservoir , elles seraient retenues par un grillage dans le 
premier réservoir et enlevées de temps en temps dans des 
tombereaux, pour être enfouies comme fumier. 

Telles seraient à peu près les dispositions générales 
que je proposerais ; je dois maintenant étudier la possi- 
bilité de l'exécution, les difficultés et les chances de 
réussite. 

Mais je dois prévenir tout d'abord que , n'ayant pas 
étudié la question pour une localité spéciale, j'ai dû ad- 
mettre plusieurs suppositions qui seront vraies pour telle 
ville , et fausses pour telle autre ; de sorte que plusieurs 
des chiffres que je vais poser sont plus ou moins discu- 
tables : chacun peut les rectifier , ou modifier , suivant 
son appréciation. 

Voici le calcul que je fais : 



100 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Je suppose que Texpérience se fait sur une ville de 
10,000 âmes. 

Je suppose que chaque habitant laisse écouler par les 
égouls 30 litres d'eau par 2U heures. 

Je suppose qu'il suffira de placer le second réservoir à 
2,000 mètres de la ville. 

Je suppose qu'à cette distance et sur la route on trou- 
vera 200 hectares à arroser. 

Je suppose encore que, pour les arroser, il faudra élever 
les eaux à 20 mètres au-dessus de la ville. 

Voici Messieurs, bien des suppositions que je vous prie 
de m'accorder ; ceci étant, je pense en déduire les consé- 
quences suivantes : 

En 2Zi heures, il s'écoulera par les égouts de la ville , 
300,000 litres où 300 mètres cubes. Il faudra donc deux 
réservoirs de 300 mètres cubes chaque ; en théorie , un 
seul pourrait suffire, on pourrait même s'en passer en 
faisant fonctionner constamment la pompe et arrosant 
constamment ; mais je prévois qu'il y aurait trop de diffi- 
cultés à agir ainsi ; j'admets donc deux réservoirs de 300 
mètres cubes, ces réservoirs en bon béton coûteront 3,000 
francs. Pour élever à 20 mètres de hauteur les 30O 
mètres cubes , il faudra une machine à vapeur de deux 
chevaux, travaillant 10 à 12 heures seulement; elle em- 
ploiera dans ce temps 200 kilog. de charbon, que je compte 
très-cher à 5 fr. ; un mécanicien , surveillant , chauffeur 
à 5 fr., en tout, pour frais journaliers de machine, 15 fr. ; 
pendant 365 jours, cette dépense sera de 5,Zi75 fr. 

Cette dépense pourrait être considérablement réduite , 
si l'on pouvait utiliser une petite chute d'eau , en rempla- 
cement de la machine à vapeur. 

La plus grosse dépense sera celle des 2,000 mètres de 



i 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 101 

tuyaux : en les comptant tout posés à 5 fr. le mètre cou- 
rant , on arrive au chiffre de 10,000 fr. 

En résumant et additionnant les dépenses, nous aurons 
pour frais d'établissement i 

Tuyaux. ..,..,. 10,000 fr, 

2 Réservoirs 3,000 

1 Machine. ...... 1,000 

1 Pompe 1,000 

Bâtiment 1,500 





16,500 fr. 


FRAIS ANNUELS. 




Intérêt à 10 °/o sur 16,500 fr. . 


1,650 fr. 


Charbon ; mécanicien. . . . 


5,675 


Réparations imprévues. . . 


975 



8,000 fr. 

Voilà donc une dépense annuelle de 8,000 fr. qui, 
répartis sur 200 hectares , produira pour chacun une dé- 
pense de ZiO fr. Qu'obtiendra-t-on pour cela ? Six arrosages 
par an , à raison de 90,000 litres chaque hectare ou 
5/i0, 000 litres pour les six; or, un arrosage de 90,000 
litres est un très-bon arrosage, s'il est bien réparti. 
M. d'Herlincourt ne compte par hectare que 30,000 litres 
contenant 1;10 de purin ; cette quantité de liquide peut 
suffire pour mouiller passablement un champ , mais elle 
est assez petite pour qu'on soit obligé de faire Topération 
avec beaucoup de soin , si Ton veut que toutes les parties 
soient arrosées. 



102 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Les eaux d'égouts, dont nous nous occupons, sont 
chargées d'une assez faible quantité de matières fertili- 
santes , pour qu'il soit utile de remplacer la qualité par la 
quantité , si Ton veut obtenir de beaux résultats ; c'est 
pour cela que je croirais convenable de porter chaque 
arrosage à 90,000 litres : avec ces quantités , les eaux 
d'égouts , fussent-elles de l'eau pure , produiraient déjà 
un très-bon effet comme arrosage seulement; en les con- 
sidérant comme telles-, on obtiendrait donc, moyennant 
ZiO fr. par an, six bons arrosages. Dans le midi, dans les 
environs d'Avignon , où beaucoup de terres sont arrosées 
par des canaux alimentés par la Durance ou par la fontaine 
de Vaucluse , il en coûte , par abonnement , 23 fr. par hec- 
tare et l'on n'a que de l'eau pure : la différence de prix de 
23 fr. h UO fr. doit , je pense , se trouver très-largement 
compensée par les matières fertilisantes qui se trouveront 
dans les eaux d'égouts. Il y a donc tout lieu d'espérer 
qu'on trouvera facilement assez d'abonnements à l'arro- 
sage pour couvrir les frais de l'entreprise ; d'ailleurs , il 
serait toujours prudent de s'assurer les abonnements 
nécessaires avant de commencer les travaux. 

La question ainsi posée , il n'est donc pas impossible de 
réaliser d'une manière lucrative et peut-être très-lucrative 
l'utilisation des eaux des égouts dans la plupart des 
villes. 

Cette pensée pourrait avoir une grande portée si un 
jour une ville, prenant l'initiative, venait , par un exemple 
heureux , prouver qu'il y a dans Futilisation des eaux des 
égouts, motif à de brillantes spéculations. 

Il se présentera sans doute à vos esprits encore bien 
des objections et des difficultés que n'ai pas eu la pré- 
tention de résoudre toutes dans cette petite note im- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 103 

promplu : ainsi , on aura souvent delà peine à obtenir 
d'une petite ville qu'elle fasse les frais de ruisseaux 
ou égouts convenables se rendant dans un réservoir 
commun. 

Dans certaines villes , il y a des industries qui rejettent 
d'énormes quantités d'eaux , pour lesquelles les moyens 
dont nous avons parlé ne suffiraient plus. 

D'autres fois , et peut-être même souvent , les terres ne 
seront pas disposées à recevoir les arrosages. Dans ce cas, 
on en serait quitte pour laisser couler momentanément 
les eaux à la rivière jusqu'à ce qu'on puisse les utiliser ; 
la pratique , d'ailleurs , apprendra bientôt à faire ce qu'il 
y a de plus convenable et j'espère qu'un jour la réalisation 
du désir que vous exprimez viendra récompenser votre 
sollicitude pour le bien général. 

Maintenant, Messieurs, permettez-moi de vous entre- 
tenir, encore un instant, d'une question qui paraît d'abord 
sortir du sujet, mais qui s'y rattache directement. Je veux 
parier de la fabrication du béton. 

Pour recevoir les eaux des égouts, ainsi que tous les 
purins , dans les campagnes , il est nécessaire de faire de 
grands réservoirs; le moyen le meilleur et le plus écono- 
mique est sans contredit l'emploi du béton ; mais pour 
cela il y a deux conditions à remplir , c'est de faire du 
béton bon et à bon marché. 

Sans doute, parmi vous , il en est plusieurs qui ont fait 
construire des réservoirs avec du béton et probablement 
plusieurs ont éprouvé un inconvénient qui se présente 
assez souvent, c'est celui des dégâts causés par la gelée 
qui détériore considérablement ces genres de construc- 
tions, surtout lorsqu'on a employé de la chaux grasse. 
Eh bien ! il existe un moyen très-simple de parer à cet 



10/( INSTITUT DES PROVINCES DE FHANCE. 

inconvénient, quand bien même on emploierait la plus 
mauvaise chaux : ce moyen consiste à mêler au gravier 
l;Zi ou 1/5 de son volume , de scories ou mâchefer , 
provenant de la combustion de la houille dans les four- 
neaux ; il faut avoir soin de piler préalablement ces mâ- 
chefer et on réussira d'autant mieux que la poudre sera 
plus fine ; grâce à cette petite addition de matière siliceuse, 
à un état particulier, le béton peut impunément rester 
exposé à la gelée et au dégel. Voilà pour la qualité. 
Quant au bon marché , si Ton a à exécuter des travaux 
d'une assez grande importance, il faut faire le béton avec 
un manège ; de prime abord , l'idée ne paraît pas neuve , 
et pourtant elle l'est par la manière dont l'opération est 
faite. 

Jusqu'à présent on n'a pas fait le béton entièrement au 
manège , pas môme dans les chantiers où l'on a employé 
les plus grandes quantités, comme , par exemple, au port 
de la Joliette, à Marseille. On a toujours commencé par 
faire du mortier avec du sable fin et de la chaux , et exé- 
cuté le mélange soit avec un manège, soit avec un 
tonneau vertical que tout le monde connaît; puis le mé- 
lange du mortier et des gros graviers ou pierres cassées 
s'est toujours exécuté assez mal à bras d'hommes, parce 
que le manège et le tonneau font encore plus mal le travail 
avec les dispositions qu'ont ces outils actuellement. 

Me trouvant dans la nécessité de faire, toutes les années, 
fabriquer de grandes quantités de béton , j'ai fini par 
arriver à disposer un meuleton assez bien pour fabriquer 
économiquement, d'une manière parfaite et très-rapide , 
tout le béton dont j'ai besoin ; par ce moyen j'ai réduit 
de 50 sous à 20 les frais de fabrication de 1 mètre cube 
de béton. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 105 

M. Maurenq a attaqué, au point de vue pratique , les 
procédés et les calculs établis par la note communiquée 
par M. Olivier. 

En pratique, M. Maurenq ne croit pas possible d'appli- 
quer les eaux des égouts des villes à Tagriculture par 
irrigation. Il cite pour exemple une ville donnant 300,000 
litres par 2^ heures , envoyés dans un premier réservoir 
d'un contenu de 30,000 mètres, de là dans un deuxième, 
de même capacité , placé en contre-haut du premier à 
2,000 mètres de distance. 

M. Maurenq établit V impossibilité , par la nécessité 
d'assurer un écoulement constant pour débarrasser les 
villes de leurs eaux d'égouts, devant un débit inter- 
mittent souvent à de longs intervalles ; il dit ensuite que 
le refoulement du premier réservoir dans le second exige- 
rait une pompe énergique et coûteuse et des tuyaux d'une 
force et d'une résistance qui entraîneraient un prix de 
revient par mètre bien supérieur à celui de 5 francs 
cité par M. Olivier. 

M. Maurenq ne regarde pas ce système comme pouvant 
entrer dans la pratique. 

La question n'étant pas épuisée sera maintenue par le 
programme des questions à discuter dans le prochain 
Congrès. 

M. Boulatignier présente une proposition dans le but 
d'engager le Congrès à formuler un vœu qui maintienne , 
pour l'agriculture , les exemptions de patente dont elle a 
toujours joui. La tendance actuelle de l'agriculture est 
évidemment d'adjoindre l'industrie aux exploitations 
agricoles , ce qui lui permet d'utiliser les produits plus 
considérables et plus variés qu'on demande aujourd'hui 



106 ÎNSÎITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

à la terre. On ne peut, suivant lui, assimiler l'agriculteur 
au commerçant et à Tindustriel. 
La séance est levée à cinq heures et demie. 

Le Secrétaire général. 
De Bouis. 



SEANCE liV 21 AVRIL 1857. 

(Présidence de M. Desferris, ancien député, membre du 
Conseil général et délégué de la Manche. ) 

Sont appelés au bureau: MM. ïhiâc, le comte de 
GouRCY , le vicomte de Genouillac et Varin de Russy. 

M. Sellier remplit les fonctions de secrétaire. 

La séance est ouverte à deux heures et demie. 

L'ordre du jour appelle Texamen de la 16^ question, 
ainsi conçue : 

« Quelles ont été , en 1855, les tendances économiques 
« en France? Y a-t-il eu progrès dans la moralité des 
« entreprises et la bonne foi des transactions ? » 

M. Maurenq se préoccupe de la tendance générale des 
esprits vers la spéculation. Les agriculteurs n'emploient 
plus leurs ressources ou leurs économies à l'amélioration 
du sol ; ils ont pensé qu'ils pouvaient faire de leurs fonds 
un emploi plus avantageux ; aussi depuis plusieurs années 
les capitaux de la province ont-ils afflué dans les entre- 
prises industrielles. L'opinant est loin de combattre l'es- 
prit d'association, qui a produit d'heureux résultats, 
surtout dans l'application qui en a été faite à la création 



CONGRÈS DES ACADÉxMIES, iO? 

et à rexploilation des chemins de fer ; mais on doit re- 
connaître que, par suite de la tendance actuelle , l'agri- 
culture se trouve privée des capitaux qui lui sont néces- 
saires. D'un autre côté , le développement de l'industrie 
a été la cause de l'augmentation des salaires , ce qui est, 
pour l'agriculture, une nouvelle charge. L'avenir peut 
donc inspirer de l'inquiétude, mais quel remède peut- 
on apporter au mal signalé ? C'est là ce qu'il serait difficile 
de décider. 

La seconde partie de la question, ajoute M. Maurenq, ne 
peut malheureusement pas être résolue affirmativement. 
Le genre d'affaires qui absorbe maintenant les capitaux 
s'accorde peu avec la moralité des entreprises et la liberté 
des transactions. 

Ce n'est pas un cri d'alarme que profère M. Maurenq ; 
il n'a pas même eu l'intention d'exprimer un blâme ; il a 
seulement voulu appeler l'attention du Congrès sur les 
sérieux dangers auxquels est exposée l'agriculture. 

Le Congrès accueille avec sympathie les réflexions de 
M. Maurenq , dont il partage l'avis. 

M. d'Illier, pour confirmer ce qu'il a dit dans la 
séance du ilx avril , apporte des tiges herbacées de di- 
verses variétés de blé qu'il a semées à l'automne dernier, 
après y avoir appliqué le pralinage. 

M. Paquerée demande si le pralinage a été employé 
dans des terrains très-perméables, et s'il n'est pas à 
craindre que les substances fertilisantes qu'il contient ne 
soient , dans ce cas , entraînées par l'eau. 

L'inventeur du procédé répond que ces substances 
ont une certaine consistance ; qu'à la vérité elles sont 
solubles , mais qu'il a eu occasion de remarquer qu'elles 
ne se désagrègent que quand la maturation s'opère. La 



108 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

capsule qui recouvre la graine est très-forte et très-iésis- 
tante. Le blé praliné a, en effet, un poids triple de celui 
qu'il avait à Tétat naturel. 

M. le duc de Maillé désire savoir si le pralinage convient 
aux terrains calcaires, comme aux terrains siliceux, 

M. d'Illier dit qu'il Ta expérim.enté dans des terrains 
de diverses natures et qu'il a réussi partout , à cause des 
substances azotées qu'il emploie. 

A une dernière interpellation , faite par M. de Balain- 
court, M. d'Illier expose enfin que, si le fumier était 
employé en même temps que le pralinage, la récolte 
pourrait certainement en profiter, mais que le fumier 
n'est pas indispensable. 

La séance est levée à quatre heures. 

Le Secrétaire général. 
Sellier. 



SÉANCE DU 22 AVRIL 1857. 

( Présidence de M. le général Borelli. ) 

Siègent au bureau : MM. de Caumont, directeur du 
Congrès; le duc de Maillé, du Cher; le comte de 
GoDRCY ; le baron Chaubry de Troncenord , de la 
Marne. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. Gomart lit le compte-rendu suivant de la visite du 
Congrès à l'établissement du Matériel agricole de M. Jour- 
dier. Ce rapport est entendu avec un vif intérêt. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. lOÔ 

RAPPORT 

SUK LA VISITR FAITE AU DÉPÔT d'iNSTRUMENTS ARATOIRES DE LA 
COMPAGNIE DU MATÉRIEL AGRICOLE PERFECTIONNÉ, 

Le mardi 21 avril 1857. 

L'insuffisance des bras qui s'est fait sentir pour l'agricul- 
ture dans quelques parties de la France , a été l'objet des 
vives préoccupations des hommes sérieux qui prennent 
souci de l'avenir de notre production agricole ; aussi c'est 
aujourd'hui pour l'agriculture une nécessité absolue, une 
question vitale, que d'avoir recours aux instruments 
agricoles les plus perfectionnés et d'employer les ma- 
chines, toutes les fois qu'on pourra le faire dans de 
bonnes conditions. 

Le Concours universel agricole de 1856 a été un grand 
événement, puisqu'il a familiarisé les cultivateurs et les 
propriétaires ruraux de la France avec tous ces instru- 
ments qu'à peine auparavant ils connaissaient de nom. 
Non-seulement on a vu , on a touché ces machines, mais 
bien mieux on les a vues à l'œuvre et l'on a pu apprécier 
leurs degrés de puissance et d'utilité. Car aujourd'hui , 
c'est encore un progrès à noter , on ne se prononce sur le 
mérit3 d'une machine ou d'un instrument qu'après des 
expériences faites en plein champ, si c'est nécessaire. 

On sait qu'à la suite du Concours agricole universel de 
1856 , une Compagnie s'est formée à Paris pour exposer, 
fabriquer et mettre en vente tous les instruments agricoles 
perfectionnés. Cette Compagnie , créée par des personnes 
bien connues pour l'intérêt qu'elles portent à l'agricul- 
ture, compte aujourd'hui 84 fondateurs, dont le but a été 



110 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

plutôt de propager et de faire connaître les instruments 
agricoles les plus perfectionnés, que de tirer des béné- 
fices de la vente. Le Congrès a donc accepté avec le plus 
vif empressement Toffre de M. Jourdier, directeur de 
cette Compagnie , et le matin un grand nombre de mem- 
bres du Congrès s'étaient donné rendez-vous au Dépôt 
du Matériel perfectionné, pour y voir fonctionner et exa- 
miner tous ces instruments nouveaux qui se perfection- 
nent chaque jour. 

Parmi les assistants on remarquait MM. de Caumont , 
directeur du Congrès ; Sellier , de Châlons ; Desvaux , de 
Montdoubleau ; comte d'IIerlincourt, d'Arras ; comte 
de Bure, de Moulins ; docteur de Bonis, de Paris ; l'abbé 
BruUée, de Sens ; Jourdier, maire de Melun ; vicomte de 
Cussy, du Calvados; Thiollet, de Paris; Porriquet, de 
rorne; de Marguerit de Rochefort, du Calvados; de 
Genouillac, de Rennes; Olivier, de Vaucluse; comte 
d'Estaintot, de Rouen; comte Du Manoir, de Bayeux ; 
Prémêlé , maire de Séez ; duc de Maillé , du Cher ; 
Paquerée, de la Gironde; A. de Brives, de la Haute- 
Loire; de Bonand, de la Nièvre; de Buyer, de la 
HaïUe-Saône ; Varin de Russy, du Calvados; Leclerc, 
ingénieur; de Fraville, de la Haute-Marne; vicomte de 
Vandœuvre, du Calvados ; Target, président de la Société 
de Lisieux; d'Ozouville, de la Mayenne; de Saint-Ve- 
nant, délégué de Vendôme; Godefroy, marquis de 
Mesnilglaise, délégué de St.-Omer ; comte de Gourcy , de 
la Seine ; Moore O'Ferrel , propriétaire en Irlande ; comte 
d'Esterno,de Saône-et-Loire ; Maurenq, de l'Indre; comte 
d'IIéricourt, du Pas-de-Calais; vicomte de Pomereu, 
de la Seine-Inférieure; comte Hercé, de la Mayenne; 
marquis de Vogué, du Cher; Ch. Gomart, et un grand 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 111 

nombre de membres , curieux d'assister aux expériences 
faites par M. Jourdier, à Poccasion de cette visite. 

Vous n'attendez pas, Messieurs, que je vous donne ici 
la nomenclature de tous les instruments exposés; votre 
secrétaire n'a cru devoir faire ici mention que des instru- 
ments et machines qui ont paru intéresser plus particu- 
lièrement les membres du Congrès, ce sont : 

La Charrue Parquin à pointe de soc mobile, avec étrier 
américain , qui a paru fort bien établie ; mais elle doit 
exiger un grand tirage ; 

La Herse norwégienne est un bon instrument trop peu 
répandu. — La Herse-scarificateiir avec bascule pour 
empêcher l'instrument de s'engorger, du prix de 265 fr. ; 

Le Semoir Arnaud- Robert , semant en lignes, en 
paquets placés en quinconce ; 

Le Rouleau compresseur ^ Land-presser , du prix de 
330 fr., qui permet de semer le blé en lignes à la main, 
sur un terrain comprimé , ce qui est favorable à la culture 
de cette céréale ; 

Le Semoir à engrais pulvérulents, d'Olm, dans 
lequel l'engrais, continuellement divisé par une foule de 
lames mises en mouvement par les roues , est répandu 
d'une manière égale et régulière au moyen d'un registre ; 

Ldi Houe à cheval , de Bodin, à cinq dents, dont la 
vente active et facile prouve en faveur de cet instrument 
et de son prix modéré , 75 fr. ; 

Le Butoir de St.-Jean-d'Angely, du prix de /lO fr. , 
à versoir pouvant s'écarter à volonté ; 

La Machine à battre de Cumming, nouvellement 
perfectionnée, du prix de 1,800 fr. avec manège et 
tarare. — La Machine à battre de Le gendre, ne brisant 
pas la paille, avec manège de la force de deux chevaux , 



112 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

du prix de 800 fr. , mais sans tarare. — Le manège est 
garni d'un tampon en caoutchouc qui modère le coup 
de collier du cheval ; 

La Machine à vapeii?' locomobile de Lotz. — Celle de 
Bouffe t, qui n'a que le défaut d'être d'un prix trop élevé ; 

La Faneuse anglaise de Smith et Ashbyt, qui fait 
l'ouvrage de /lO personnes , excellente pour les foins dans 
les terrains unis , mais insuffisante pour les trèfles dans 
des terrains accidentés ; 

Le Râteau achevai de Howard, de fabrication française, 
à dents indépendantes , solidement établi pour 250 fr. ; 

Le Laveur de légumes» de fabrication française, mu 
à bras , auquel on a reproché un cylindre trop court et un 
baquet trop petit ; 

VEcorche-racines-Philipps , pour la betterave , qui 
écrase toutes les cellules des racines. — Le Coupe- 
racines de Samuel Son, à double effet, qui coupe en 
tubes d'un côté et en lames de l'autre, afin de faciliter 
ainsi Talimentation des moutons et des vaches ; 

Le Hache-paille de William Dray , avec un système 
de contre-poids , et un régulateur pour couper la paille à 
des longueurs différentes. Le petit modèle coûte 110 fr. ; 
et le grand modèle , 250 fr. ; 

Un Cylindre à menue paille de Joly de Verrières, 
pour le nettoyage de la poussière ou terre qu'elle con- 
tient , avant de la donner en nourriture aux bestiaux ; 

Le Trieur Pernollet y qui donne h espèces de grains.— 
Le Trieur Vachon, dont le brevet, tombé dans le domaine 
public , permet de l'établir aujourd'hui au prix modéré 
de 75 fr. ; 

La Brouette de ferme pour le transport des fourrages, 
qui se répandra lorsque le prix en sera abaissé ; 



CONGRÈS DES ACADÉxMIES. 113 

Le Paix à moutons en cordes , préparées par le pro- 
cédé Ilussou : chaque panneau a 10 mètres de longueur ; 
le mètre courant coûte 2 fr. 25 c. ; 

La Pompe arabe, principalement applicable pour le 
purin ; elle débite 2 litres à chaque coup de piston : le 
soufflet coûte 55 fr. ; 

Un Malaxeur à préparer la terre pour fabriquer les 
tuyaux de drainage , du prix de 650 fr. 

D'autres instruments ou outils, d'une importance moins 
grande , ont encore attiré l'attention des membres du 
Congrès : 

VAuge à porcs en fonte. — Le Semoir à betteraves , 
à la main , du prix de 15 fr. — La Sauterelle pour la sépa- 
ration des chevaux dans les écuries et la facilité de 
dégager le cheval empiégé. — La Boucle ardillon à re- 
trait pour dételer à l'instant le cheval abattu dans les 
brancards. — La Mesure à bœufs , de Mathieu de Dom- 
basle. — Les Boules à cornes , pour éviter les accidents. 
Enfin-, nous avons remarqué des échantillons de graines , 
de semences , d'engrais , etc. , qui sont livrés avec 
garantie sur commande. 

Le Secrétaire, 

Ch. GOMART. 

M. de Gaumont demande que le Gongrès vote des re- 
mercîments à M. Jourdier pour la complaisance avec 
laquelle il a fait les honneurs de son établissement au 
Gongrès. L'Assemblée manifeste son approbation et adopte 
la proposition. 

M, le duc de Maillé prend la parole. Ge que dit 
M. Gomart l'engage à demander si , dans l'opinion des 
agriculteurs , il y a un grand avantage à se servir du 



liZl INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

tarare combiné avec la batteuse. Il lui a été dit que , pour 
ces machines combinées, la force motrice devait être 
considérable , quoique le travail fût incomplet. Cet in- 
convénient peut être très-grave, surtout dans les exploi- 
tations qui n'ont pas adopté de machines à vapeur. Dans 
la plupart de nos fermes on a établi des machines à battre 
à manège, mu par des chevaux ; on est obligé de ménager 
la force , lorsque le tarare est placé sous la machine à 
battre ; il entre des épis dans la machine , qui la rendent 
plus difficile à mouvoir ; les chevaux du manège sont obli- 
gés de déployer plus de force , de se fatiguer davantage ; 
l'adoption de la machine à battre séparée du tarare lui 
paraît donc devoir être préférée, ce système ne demandant 
qu'une faible dépense de force supplémentaire transmise 
à l'aide d'une construction mécanique fort simple. On lui 
a assuré que les mêmes hommes employés à ramasser la 
paille , à nettoyer le grain , pouvaient suffire à servir le 
tarare. En exposant les doutes qui lui ont été communi- 
qués, il n'a d'autre but que celui d'amener les explications 
des hommes compétens qui se trouvent dans le Congrès. 
M. Gomart pense qu'il y a toujours lieu de revenir sur 
l'opération faite par le tarare qui ne suffit pas pour net- 
toyer le grain ; d'un autre côté , les cultivateurs ne doi- 
vent pas rejeter immédiatement les pailles battues et les 
livrer à la consommation dans la ferme, il y reste encore 
assez de grain pour payer les frais d'un battage. Il n'est 
pas de système exclusif pour la position du tarare. Ce 
point ne lui paraît que d'une médiocre importance et 
devra dépendre des conditions où se trouve placé le cul- 
tivateur ; il croit néanmoins que la main-d'œuvre sera 
moins considérable, si le tarare est placé au dessous de la 
machine à battre. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 115 

M. x\lbert de Brives fait observer que, pour le service de 
la machine de Lolz , un seul homme ne suffit pas ; il faut 
pour enlever la paille 3 ou ^ hommes. Cette machine 
donne en moyenne un rendement de 30 à UO hectoHtres 
par jour. Il désire savoir quels ont été les motifs qui ont fait 
abandonner les cylindres alimenteurs auxquels on semble 
revenir en ce moment; il demande si on peut lui donner 
quelque aperçu sur le prix de revient du travail des 
machines à battre à vapeur. Ces machines lui ont paru 
consommer beaucoup de charbon. 

M. Paquerée répond qu'il faut évaluer à 3 kilogrammes 
de charbon, par heure et par force d'un cheval, la quan- 
tité consommée par la machine. Quelques-unes d'entre 
elles ne demandent cependant que 2 kilogrammes. Dans 
l'état actuel de nos connaissances, cela ne lui semble pas 
exorbitant , et constitue un travail fort économique , si 
l'on veut réfléchir aux résultats obtenus. 

M. le comte de Gourcy a vu chez son beau-frère, rece- 
veur-général de l'Oise , une très-bonne machine à battre , 
du prix de 1,800 fr. , qui peut fournir 200 hectolitres de 
blé par jour. Dans la Mayenne , il a vu une petite ma- 
chine à battre, qui ne coûte que 700 fr. et qui donne 
10 hectolitres de blé par heure , c'est-à-dire 100 hecto- 
litres par jour ; le manège , dans ces machines , est mu 
par quatre chevaux. Il fait remarquer combien sont 
tombées les objections qu'on avait faites à l'introduction 
de ces machines à battre , auxquelles on reprochait de 
briser la paille. La paille brisée est plus avantageuse au 
cultivateur, soit qu'il veuille s'en servir pour nourrir ses 
bestiaux, soit qu'il veuille ne l'employer qu'en litière; dans 
le premier cas, elle nourrit mieux, car elle est plus 
complètement assimilée ; dans le second , elle absorbe 
mieux les urines et toutes les déjections des animaux. 



il6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

La parole est à M. le marquis de Vibraye , pour faire 
connaître les résultats obtenus à Cheverny, en 1856. 

M. le marquis de Vibraye, avant d'entrer dans la question 
de la pisciculture pour laquelle il a demandé la parole, croit 
devoir signaler les heureux effets des eaux ferrugineuses 
naturelles et du traitement ferrugineux dans le traitement 
de la cachexie des moutons. Il croit qu'il ne faut pas 
se borner à ces soins curatifs , qu'il faut drainer les prés 
trop humides des hauteurs où Ton envoie paître les 
moutons. 

Il a vu de si heureux effets de la présence de l'absinthe 
sur les tas de blé pour en chasser les charançons , qu'il 
croit aussi devoir profiter de l'occasion qui se présente 
pour la recommander aux agriculteurs. 

Après ces communications , il entre dans le sujet qu'il 
s'est proposé surtout de traiter devant l'Assemblée. Il fait 
observer que la pisciculture a continué d'être comme une 
question de laboratoire jusqu'à ces derniers temps. Rap- 
pelant les travaux de Jacobi, le rapport du comte de 
Golstein , les tentatives des pêcheurs des Vosges, Rémy 
et Geshin , les expériences de M. Coste , il arrive à con- 
clure que la seule diffîculté qui reste à résoudre est celle 
qui consiste , après la fécondation et l'éclosion qu'on sait 
bien diriger maintenant, à faire grossir l'alevin et à le 
conserver jusqu'au sixième mois de son développement, 
parce qu'alors seulement il a acquis une force de loco- 
motion suffisante pour échapper à ses ennemis par la 
rapidité de ses mouvements. 

Les principaux ennemis des jeunes poissons sont les 
dytiques , les rats d'eau , les épinochettes. Tous ces ani- 
maux les poursuivent avec acharnement; ils sont surtout 
très-friands de la vésicule ombilicale du jeune poisson ; 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 117 

c'est en la coupant que le plus souvent ils le font périr. 
Le meilleur moyen d'obtenir le résultat cherché est de 
conserver le jeune frai pendant six mois environ dans de 
petits bassins en bois blanc, étages les uns au-dessus des 
autres; il faut donner une nourriture abondante, mais 
proportionnée néanmoins avec le volume d'eau et son 
renouvellement, de façon qu'elle n'y subisse aucune 
putréfaction , qui empoisonnerait le liquide et tuerait le 
poisson qui , à cette époque de sa vie , et principalement 
au moment de la disparition de la vésicule ombilicale , est 
d'une excessive délicatesse et sujet à une véritable 
épizootie. M. de Vibraye pense que les frayères artificielles 
réussissent mieux que les fécondations artificielles. Il est 
nécessaire , pour que l'éclosion ait lieu dans les frayères 
artificielles, que les eaux aient une température de 
[i"" + 0. Dans les frayères artificielles , il faut garantir 
d'autres ennemis encore le jeune frai. Les oiseaux ; le 
marlin-pêcheur, le rouge-gorge, viennent manger les 
œufs qui sont placés seulement à 20 ou 30 centimètres de 
profondeur. Il faut donc garantir ces frayères par des toiles 
métalliques. M. de Vibraye croit que les œufs peuvent 
éclore avec une quantité faible de lumière. Les rayons 
directs du soleil et même une trop grande quantité de 
lumière diffuse leur seraient nuisibles et les empêcheraient 
d'éclore. M. de Vibraye a pu élever ces poissons jusqu'à 
ce qu'ils aient une taille de 22 centimètres et qu'ils 
pesassent 750 grammes à 1 kilogr. La truite des lacs 
devra acquérir un volume plus considérable; les difficultés 
sont nombreuses pour les saumons, il faut les nourrir 
avec des œufs de carpe ; mais lorsqu'ils ont acquis une 
certaine taille , on ne les retrouve pas , on ne sait com- 
ment ils ont pu s'échapper et ce qu'ils sont devenus. 



118 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. de Vibraye a vu frayer des truites : le mâle vient 
préparer le terrain, creuser le sable avec sa queue; 
la femelle y dépose ses œufs , puis le mâle se couc liant 
dessus y dépose sa semence , puis recouvre le nid d'une 
légère couche de sable. La carpe est difficile à reproduire 
à cause de la haute température ( 24° -f ^ ) ^^^ ^^^^ 
qu'elle exige pour que ses œufs qui, comme on sait, sont 
très-petits, puissent éclore. On a beaucoup parlé, dans ces 
derniers temps , d'un saumon du Danube , qui pourrait 
vivre uniquement dans les eaux douces. Les tentatives 
faites pour Tacclimater, soit au château de Fleury, appar- 
tenant à M"'^ la marquise de La Rochejacquelein , soit 
à Cheverny, n'ont pas eu de succès. M. Coste a réussi à en 
conserver un vivant au collège de France. 

M. d'Esterno demande si la question de la pisciculture 
est assez avancée pour qu'on puisse en dire les avantages 
au point de vue industriel , et quelles inductions peuvent 
ressortir des expériences faites pour le profit à tirer rela- 
tivement aux dépenses. 

M. de Vibraye répond que la fécondation et l'éclosion 
ne demandent aucuns frais réels : un simple bassin en 
terre cuite suffît; il n'y a donc que la conservation pour 
laquelle il faut des réservoirs en terre : tout cela n'est 
pas dispendieux, mais demande des soins éclairés. 

Sur l'invitation de M. de Caumont,M. de Vibraye entre- 
tient ensuite le Congrès des reboisements dans la Sologne, 
dont le but est de ramener l'état de prospérité ancienne 
dans cette contrée qui était peuplée et fertile tant qu'elle 
fut couverte de forêts. On sait, par des témoignages écrits, 
que la culture y était possible et avantageuse. Il y avait 
des pâturages , par suite des engrais sans lesquels on ne 



I 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 119 

peut en faire. La destruction des bois a changé le climat et 
rendu improductif le travail de l'agriculteur. En reboisant, 
on rétablira les choses dans l'état primitif. M. de Vibraye 
se justifie d'une accusation portée contre lui dans le Bul- 
letin rnommiental , sur la destruction du parc, ou bois du 
beau château de Cheverny ; s'il a dû détruire , c'est pour 
restaurer. Déjà il a planté plus de 1000 chênes d'Amé- 
rique ; il veut surtout introduire le chêne de Mantchourie , 
utile pour le ver à soie qu'il nourrit. Il se trouvera 
peut-être quelque espèce parmi celles d'Amérique qui 
pourra le remplacer. Dans tous les cas, on le multi- 
pliera par la greffe dès qu'on le pourra, il faut pour cela 
que le jeune bois ait atteint sa deuxième année. — M. de 
Vibraye a remis à M. Vilmorin la nomenclature de toutes 
ses espèces; on sait que l'Ecole d'arboriculture , de syl- 
viculture , de la propriété des Barres ( Loiret ) , permet 
d'établir les noms des espèces d'Amérique, rapportées 
par M. Michaux, avec beaucoup de certitude. M. de 
Vibraye pense que', dans l'acclimatation des végétaux, il 
faut faire grande attention aux lignes isothermes dans la 
France du Nord et du Centre; on ne peut guère espérer 
acclimater que les espèces qui croissent au Nord de San- 
Francisco. Le climat d'Harcourt (Eure) étant un cHmat 
marin , c'est-à-dire jouissant d'une température plus 
égale , a permis néanmoins à quelques espèces de vivre 
et de s'acclimater. Dans le centre de la France, on a des 
variations de température qui embrassent 21"; à Vienne, 
en Autriche 18"; à Londres 10"; à Angers 8% seule- 
ment, ce qui explique pourquoi et comment des végétaux 
exotiques très-délicats ont pu réussir dans cette ville. 
Les tissus des arbres ne se modifient pas facilement ; si 
cette modification a lieu , cela ne peut être qu'à Faid^ 



120 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de beaucoup de temps et peut-être par des croisements. 
M. de Vibraye a fécondé VAbics Douglasii avec VAbics 
Frasci^i et il a obtenu 600 sujets de graines. On sait 
qu'une des variétés de VAbies Douglasii^ celle à chatons 
verts , ne se reproduit pas ; la variété à chatons purpurins 
jouit seule de cette possibilité. 

M. le général Borelli rappelle que les lignes isothermes 
peuvent avoir leur importance , mais que l'altitude doit 
fournir une base d'induction puissante pour diriger dans 
les essais d'introduction des végétaux étrangers. On peut 
sous l'Equateur trouver des lieux qui , en raison de leur 
élévation , n'aient que des températures très-faibles. 

M. de Bonis croit devoir faire remarquer que le climat 
d'un pays , et par conséquent les conditions nécessaires 
aux végétaux, ne repose pas seulement sur la connaissance 
de la température moyenne de l'année , fournie par les 
lignes isothermiques. Il n'y a pas seulement à les com- 
pléter par les lignes isochémeniques , mais il faut savoir 
quelle est la courbe qui représente leur succession dans 
l'ordre annuel; il faut savoir l'état hygrométrique, la 
direction des vents, les conditions géologiques et topo- 
graphiques de la région, la direction des chaînes de 
montagnes , l'exposition des pentes. Les botanistes con- 
cluent plutôt d'un climat par l'ensemble, par l'aspect 
général de la végétation , qui rapproche certaines espèces. 
Ce sont là les guides les plus sûrs pour savoir les chances 
de succès d'introduction d'un végétal dans une contrée. 

M. de Caumont demande si les magnifiques plantations 
de M. de Vibraye ont continué leur végétation vigoureuse. 
M. de Vibraye répond qu'il est toujours fort satisfait de 
ses plantations ; mais , pour réussir , il faut avoir soin 
de ne pas semer à la volée dans les bruyères et dans les 



I 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 121 

ajoncs qui étouffent tout ; il faut préparer le sol par une 
bonne culture et les dépouiller entièrement de ce qui 
couvre sa superficie. Pour les arbres verts , la présence 
du calcaire lui paraît nuisible. 

M. Guérin-Menneville communique un projet qu'il re- 
garde comme très-utile aux sériciculteurs , pour la con- 
stitution d'une Compagnie financière dans le but de créer 
de bonnes races de vers à soie et d'en vendre les produits. 
La fraude a tellement détérioré les races , qu'il devient 
absolument nécessaire d'y apporter remède. 

La séance est levée à 5 heures. 

Le Secrétaire, 

DE BOUIS. 



NOTE SUR LES PROGRES DE LA GEOLOGIE, EN 1856, 

PAR M. BOUE, 

Membre de l'Académie impéiùale de Vienne. 

Parmi les travaux sur la géographie géologique pro- 
duits par nos savants , je dois signaler le Mémoire sur 
les anthracites des Alpes , de M. Studer; la Descrip- 
tion du trias en Lombardie, par M. Curioni. D'après 
les découvertes des géologues autrichiens Foetterle, de 
Hauer, Stur, etc., il est constant que le trias s'étend 
le long des Alpes vénitiennes jusqu'en Carinthie et en 
Carniole ; on le rencontre même en Croatie et en Dal- 
matie. Derrière ce trias se trouve , adossé à une chaîne 
de schistes cristallins , un énorme banc de calcaire de 
montagne , ou mountain lime-stone , et de dévonien 

6 



122 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

carbonifère à plantes fossiles offertes, en France, par 
les anthracites des Alpes. Cette formation se prolonge 
du Tyrol jusqu'en Carinthie, tandis que, sur le versant 
nord des Alpes, il y a, sur les schistes cristallins , du 
silurien , mais avec une grande pénurie de fossiles. Le 
muschelkalk a été découvert, par M. Zepharowich, dans 
les monts voisins de Fûred , sur le lac Balaton au milieu 
de la Hongrie. Le terrain paléozoïque existerait, dit- 
on , aussi dans la Dalmalie septentrionale , vers les 
frontières turco-croates. Des cartes géologiques achevées 
laissent apercevoir aisément tous ces curieux faits de 
géographie géologique. — La coupe de M. Franc de Hauer, 
de Duino sur l'Adriatique à Passau sur le Danube , 
coupe proportionnelle en tout avec la nature , donne 
une idée parfaite de la structure des Alpes autrichiennes. 
D'une autre part , dans les Carpathes septentrionales 
et dans la Silésie autrichienne, M. Hohenegger nous 
montre , sur une belle carte , la série suivante de dé- 
pôts; savoir: autour de Teschen, la formation du hils 
de l'Allemagne septentrionale, le néocomien, Targonien, 
l'aptien, le gault, Palbien, le planer, le crétacé supérieur, 
Téocène à nummulites , avec les marnes et grès à fu- 
coïdes; enfin l'argile tertiaire ou tegel néogène. Tout cela 
a été déterminé par les fossiles et la superposition. Les 
terrains inférieurs sont au Nord en Silésie , et les au- 
tres sont superposés sur eux dans une direction qui 
va du Nord-Ouest au Sud-Est , ou orthogonale à la 
direction de leurs couches. Les terrains secondaires su- 
périeurs forment la crête des Carpathes. 

M. Suess propose la formation d'une Société cosmo- 
polite de géologues pour les Alpes. 

M. AU de Tschernovitz m'a fait connaître un fait bien 



CONGRES DES ACADEMIES. 123 

extraordinaire , c'est l'existence de roches trachitiques 
non loin du deila du bas Danube. Il prétend qu'il y 
en a même au Nord du Danube , non loin du fameux 
pied de nez des diplomates, de Bolgrad. Jamais dans 
cette région, assez plate et peu accidentée, on n'avait 
indiqué pareille chose. Mais si M. Alt, bon géologue 
du reste , ne s'est pas laissé tromper , le groupe de 
Babadagh, au Sud du débouché du Danube, pourrait 
être aussi trachitique I 

En Russie , les relevés géographiques de la mer d'Aral 
et des steppes entre cette mer et la mer Caspienne 
nous ont fourni des données toutes nouvelles , sur les 
phases de formation par lesquelles ont passé ces grands 
affaissements de l'Asie. On avait cru jusqu'ici que le 
terrain de ces plaines était surtout formé de dépôts 
récents. Or , il y a beaucoup de couches coquillières 
des assises supérieures et tertiaires ; mais en outre 
l'éocène y est en abondance. 

On doit connaître , en France , les découvertes des 
frères Schlagintweit , qui ont traversé la chaîne du 
Kuenlun et visité la province de Ladack , en Asie. 

En Amérique, nos connaissances sur la partie occi- 
dentale du Nord de ce continent se sont fort augmentées. 
Nous avons reçu une série de relevés sur la Californie 
(parties Sud et Nord), sur l'Orégon, sur l'Utah, etc. 
Le gouvernement des États-Unis a voté les fonds né- 
cessaires pour des expéditions autant géographiques que 
géologiques. Un des derniers rapports de ce genre qui 
nous sont parvenus est celui qui figure les cinq ou six 
grandes voies de communication possibles entre les 
États-Unis que baigne l'océan Atlantique et ceux que 



42/i INSTITUT DES PROVINCES DE FHANCË. 

borde la mer Pacifique. Avec la liberté pleine d'action 
des Américains , leur bon sens pratique , un rail tra- 
versera bientôt tout ce continent; un travail d'un siècle 
en Europe sera , en Amérique , raffaire de cinq à dix 
ans. L'établissement d'une voie ferrée reliant Vienne à 
Trieste a demandé dix-sept ans : à ce compte, les Amé- 
ricains n'iraient de INew-York à San-Francisco qu'en 
l'an de grâce 2000. 

Pour le Sud de l'Amérique, M. le docteur Karsten 
nous a fait connaître, avec tous les détails désirables, 
les terrains secondaires des Cordilières entre les plaines 
de rorénoque , et celles que baigne la rivière des Ama- 
zones. Il a pu distinguer , par les fossiles , la craie in- 
férieure , y compris le gault et le néocomien , puis une 
grande zone crétacée à rudistes et polythalamées ; enfin 
le terrain tertiaire pauvre en fossiles, mais très-riche 
en agglomérats; et, par-dessus le tout, les alluvions, 
les cailloux, les dépôts à coquilles marines que l'on 
trouve encore actuellement vivantes. 

Quant à l'Afrique, les ouvrages de MM de Bartb 
et de Livingston vont nous donner enfin des notions 
raisonnées sur les parties centrale et méridionale de ce 
continent. Le voyage, de huit à dix ans, de Ladisluns 
Magyar dans les possessions portugaises sera aussi fort 
curieux. Il a déjà donné quelques idées du cours du 
Zaire. D'après les analogies de la géographie physique , 
la découverte de grands lacs et même de mers inté- 
rieures dans le centre de l'Afrique n'a rien d'étonnant, 
parce qu'on y retrouve réunies plusieurs des circon- 
stances qui ont donné lieu aux mêmes accidents dans 
l'Asie centrale. Il n'y a que la différence que ces affais- 
sements y ont eu lieu à des degrés tle profondeur tout- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 125 

à-fait opposés , et qu'ils sont relativement les uns aux 
autres dans des directions totalement orthogonales. Le 
Nil trouve même son analogue dans Tlrtisch , en Asie , 
continent qui , dans la formation de sa partie septen- 
trionale, est beaucoup moins compliquée que le Nord 
de l'Afrique , où le désert de Sahara est composé à peu 
près cependant comme le continent baigné par la mer 
glaciale. 

Les nouvelles découvertes faites en Algérie doivent 
faire souhaiter vivement qu'on puisse aborder le Sud 
du Maroc, pour avoir enfin une notion générale du 
Nord de l'Afrique. Ces gîtes d'émeraude, décrits par 
MM. Bayle et Ville, sont bien intéressants. 

En fait de carnes géologiques , outre celles de l'Eu- 
rope entière publiées , à Edimbourg et à Bruxelles , par 
M. Dumont, j'aurais à signaler celle des Alpes autri- 
chiennes , par M. F. de Hauer. Elle est fort réduite , 
et annexée à un Essai de statistique, de M. Czoernig, 
mais malgré cela fort instructive comme coup-d'œil. 

La carte de la partie orientale des Alpes pour l'époque 
des alluvions anciennes et le sol tertiaire , par M. Stur , 
est une ébauche qui mérite des éloges , même des per- 
sonnes n'admettant pas ses explications théoriques. Il 
a publié aussi un Mémoire très-curieux sur l'influence 
qu'exerce sur la végétation la nature du sol ou des 
roches sous-jacentes. Sept ans de rudes voyages à pied 
dans les Alpes l'ont rendu capable. Il prétend qu'on 
y rencontrerait des alluvions à une altitude de plus 
de 1,666 mètres. 

La Société des géologues allemands travaille à une 
earte géologique détaillée de l'Allemagne, M. G. Rose a 



126 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. , 

achevé sa carte de la partie orientale du Riesengebirge 
en Silésie, et M. Beyrich celle de la partie occidentale, 
y compris une partie des frontières de la Bohême. La 
communication de cartes autrichiennes de TÉtat-major 
a seul pu donner à M. Beyrich les moyens de terminer 
son travail, car les frontières y sont figurées d'après 
ces cartes et exactement sous les mêmes traits. 

Une carte balnéographique et géologique de la Tran- 
sylvanie , de M. Koristka , est un travail présentant un 
intérêt tout particulier , eu égard à son plan et aux 
idées neuves qu'il révèle. 

La Société de Médecine de Vienne travaille à une 
carte générale des eaux minérales de tout l'empire. 

Des cartes d'un nouveau geni^, dites cartes benthéo- 
graphiques ou du fond des mers , viennent d'être pu- 
bliées , comme celle de M. Forchhammer pour le détroit 
entre la Troade et Ténédos , celle du fond de l'Atlan- 
tique entre l'Irlande et la Nouvelle-Ecosse , celle plus 
ancienne de Stevenson établissant la constitution géolo- 
gique du fond de la mer du Nord , de la Manche , etc. 
Sous ce rapport , les Américains ont l'air de vouloir 
prendre les devants. Le lieutenant Maury , non content 
de nous avoir donné sa carte des vents pour l'Atlan- 
tique , va bientôt livrer à la science une carte topo- 
graphique générale des mers , où sera indiqué tout ce 
qu'il est possible de rencontrer en mer. Naturellement 
la température des eaux , les courants et le fond de 
la mer , sa profondeur , la nature du sol sous-marin , 
ne seront pas négligés. 

On ne saurait trop louer les efforts tentés, en France, 
pour la confection de cartes agricoles, cette branche 
importante de la géologie pratique. J'insiste sur la né- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. ' 127 

cessité de faire ces caries sur une grande échelle, et 
de donner la composition aussi probable que possible 
du sol sous-jacent jusqu'à quelques centaines de pieds 
de profondeur, et cela au moyen de plusieurs cartes 
se superposant Tune sur Taulre, De cette manière , 
Tagriculleur étant à môme de distinguer la nature des 
différents terroirs de son exploitation, pourra toujours 
les utiliser avantageusement quand il lui faudra , sui- 
vant les exigences de ses cultures , un sol humide , 
sec , argileux ou pierreux. — M, Uavenstein a ouvert 
une souscription pour des cartes, qu'il nomme schichtcn 
karten, figurant les différentes couches géologiques 
par des bandes horizontales qui en déterminent d'une 
manière approximative l'étendue et l'épaisseur, comme 
celle de M. Dupin-ïriel pour la France, de Oeltzen 
pour toute l'Europe. M. Strefïlen , de Vienne , a com- 
posé des reliefs présentant, aussi sous des bandes ho- 
rizontales, les montagnes du Tyrol, des Alpes autri- 
chiennes et de la Bohême : il est fort regrettable qu'ils 
ne soient pas dans le commerce. 

Sur les questions théoriques de géologie, j'aurais à 
citer plusieurs mémoires ; mais cela m'entraînerait tro]* 
loin. Le mode de corroder les minéraux et les roches 
au moyen des acides, et de les polir ensuite, a porté 
M. Leitoldt à déduire quelques conséquences du succès 
de ce procédé. Il a découvert ainsi des cristallisations 
dans le verre, par exemple, où on n'en voyait pas à 
la loupe. 

La question de la régularité de la surface terrestre 
devient de plus en plus claire. J'ai publié une petite 
notice , dans le but de démontrer , en peu de mots , 
que notre terre n'est point un simple agglomérat de 



128 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

matières diverses, sans aucun ordre. Des lois fixes et 
bien définies ont présidé à sa formation; ces lois doivent 
avoir produit leurs effets dans un certain ordre , et de 
là il sera résulté un corps composé, il est vrai, de 
matière inerte, mais d'une certaine régularité symé- 
trique. Or, si cette régularité symétrique se manifeste 
à rintérieur du globe, elle doit nécessairement se re- 
produire à Textérieur. C'est là la source de toutes les 
observations déjà faites sur la symétrie ou régularité 
des mers ou des terres à la surface du globe. C'est 
là la base des systèmes divers des cercles d'action , à 
différentes époques géologiques. Il est bien curieux de 
voir que les écrivains contemporains de V Exposé des 
douze soulèvements^ d'Élie de Beaumont, ont critiqué 
ce travail , parce qu'il leur semblait établir cette régula- 
rité dans la composition des couches superficielles de 
la terre. Mais leur opinion est tombée sans valeur à 
l'apparition du système du réseau pentagonal ; et voilà 
que le tracé de ce réseau , dû à MM. Dien et Langol , 
vient d'empêcher la présentation, à la Société géolo- 
gique de France , d'un travail de même nature préparé 
par M. Feldmarschall de Hauslab. Toutefois, MM. Mi- 
chelin et Collomb ont pu l'examiner à Vienne, au mois 
de septembre dernier. Ici se présente une dissidence in- 
téressante à noter : tandis que les entrecroisements des 
cercles décrits par Élie de Beaumont reposent sur de 
grands affaissements du globe ou sur des mers pro- 
fondes , ces mêmes entrecroisements , dans le tracé de 
M. de Hauslab, s'appuient sur les sommets des plus 
hautes montagnes connues, comme le Chimboraço, etc. 
Pour moi , je ne trouve pas seulement la preuve de 
la régularité de la composition extérieure du globe dans 



COiNGRÈS DES ACADÉMIES. 129 

ia place des terres et des mers , mais encore dans les 
plans et directions des chaînes de montagnes , des ri- 
vières, des lacs, etc., témoignant de la régularité dans 
la composition des couches intérieures; je m'appuie 
aussi sur les phénomènes déjà connus du magnétisme 
terrestre , les affaissements amenés par les siècles , etc. 
J'ai recherché la cause des tremblements de terre : 
je crois qu'on peut les attribuer, comme les aurores 
boréales et les phénomènes magnétiques terrestres, aux 
rapports entre la terre et les astres. Peut-être suis-je 
dans Terreur : à la science de prononcer sur la valeur 
de cette opinion ; encore reste-t-il à déterminer d'une 
manière bien tranchée la différence qui existe entre 
ces faibles tremblements de terre qui se manifestent dans 
une localité seulement , et ces grandes secousses qui se 
font ressentir dans toute la direction du Nord au Sud , 
embrassant un vingtième, un dixième, et quelquefois 
même un quart du globe. Quelle que soit la cause qui 
détermine ces deux chocs , elle ne saurait être la même 
assurément. J'ai recherché, avec la plus grande attention, 
dans quelle direction se produisent et le choc propre- 
ment dit et les vibrations latérales qui le suivent : deux 
phénomènes entre lesquels on n'a pas jusqu'ici établi 
de distinction. La coïncidence de fréquence variable, sui- 
vant les saisons, des tremblements de terre, ou des 
aurores boréales, est-elle accidentelle ou inexplicable sans 
liaison réelle des deux phénomènes ? A cela je réponds 
que je ne crois pas le gite des volcans à une très-grande 
profondeur dans la terre , et que ces masses ignées sont 
assises sur d'autres douées déjà d'une plus grande 
consistance et reposant elles-mêmes sur les massifs 
primitifs constituant , si l'on peut s'exprimer ainsi , 



J30 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

rembryon de noire planète , dans le principe à Tétat de 
vapeurs condensées. 

Des physiciens ont été amenés à des considérations 
toutes semblables , par suite des phénomènes magnétiques 
qui leur ont facilité puissamment Texplication des faits. 

Je ne saurais trop recommander Tusage des instru- 
ments nouveaux pour Tobservation des tremblements 
de terre, surtout de ceux qui s'enregistrent eux-mêmes: 
nous arriverons ainsi à nous rendre compte de nombreux 
phénomènes qui passent pour nous complètement ina- 
perçus. 

Encore un mot sur la Paléontologie. — Chaque jour 
amène la découverte de nouveaux fossiles dans le Sud- 
Est de l'Europe, moins exploité que le Nord-Ouest au 
point de vue de ce genre de recherches. Je puis, à ce 
sujet, signaler de nombreux Mémoires, enrichis d'un 
certain nombre de planches, dus à MM. Reuss, Heckel, 
Suess , de lîauer, Ilornes, Pelers, etc. Les Céphalo- 
podes et Gastéropodes secondaires des Alpes ne sont 
pas encore tous décrits. Viendront ensuite ceux de la 
Hongrie. M. Ilornes travaille au second volume de sa 
Description des fossiles tertiaires de Vienne. C'est 
au Musée impérial , dont il est maintenant conservateur, 
et où tous ces fossiles ont été déposés , qu'il continue 
son œuvre, c'est là que le crayon d'artistes devenus 
habiles à les dessiner s'exerce à en tracer des images 
lldèles. Les fossiles tertiaires sont tellement abondants 
chez nous que l'on a toujours, au Palais de l'Institut 
géologique impérial , des collections emballées , toutes 
prêtes à être expédiées en échange d'objets qui peuvent 
intéresser la science. 

L'ouvrage préparé par le docteur Reuss est appelé h 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. loi 

faire époque , si je ne me trompe : il doit traiter de 
tous les genres de Céphalopodes microscopiques connus , 
dont il donnera des figures ; et offrir, en même temps , 
mais avec quelques planches seulement, une descrip- 
tion de leurs différentes espèces. 

M. Barrande publiera bientôt, sans doule , la seconde 
partie de son Encyclopédie paléozoïque. 

Les plantes fossiles ont provoqué plusieurs ou- 
vrages intéressants , tels que la Flore tertiaire de la 
Suisse y par M. Ileer, dont nous avons aussi une pu- 
blication , en 2 volumes , Sur les insectes fossiles 
d'Œningen et de Badberg, etc. M. Ettingshausen n'a 
livré à la science qu'un Mémoire sur la botanique fos- 
sile , ayant été trop occupé de son grand ouvrage , en 
6 volumes in-Zi"., Sur les nervures des plantes. Les 
planches qui accompagnent cet ouvrage sont imprimées 
au procédé dit de pression naturelle. Quoi qu'on ail 
dit de ce procédé , il est fort commode et réussit très- 
bien pour la reproduction des nervures. 

M. le professeur Unger a terminé Tannée par la dé- 
couverte que les prétendus NuUipores ( Lamark ) des 
calcaires tertiaires de Desnoyers , de Dinant , etc. ( nos 
Leithalkalk ) , sont des restes de végétaux marins cal- 
caires : il en a divisé en tranches très-minces qu'il a 
examinées au microscope. Il les a trouvés identiques 
avec ce qu'il a recueilli lui-même sur les rivages de la 
INorwége. 11 a retrouvé dans les fossiles la teinte rosée 
du végétal sur pied, etc. — Chez nous, l'amour de la 
science paléozoïque va jusqu'à faire rêver à l'existence 
de l'homme véritablement fossile, c'est-à-dire contem- 
porain d'Adam et d'Eve. 

En fait d'ethnographie, M. Czoernig fait exécuter. 



132 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

SOUS un format réduit, pour la répandre dans le com- 
merce, sa Carte ctfinograpfdque générale et détaillée 
de la monarchie autrichienne. Je pense qu'il la pré- 
sentera au Congrès cosmopolite de statistique qui doit 
avoir lieu, cet été, à Vienne. En mai, nous avons eu 
une exposition , semblable à celle de Bruxelles , où se 
voyaient des meubles nombreux et, en général, tous 
les objets de nature à intéresser Téconomie domestique ; 
le tout à des prix excessivement réduits. En 1858, nous 
aurons une grande exposition industrielle. 

Je pourrais ajouter beaucoup à cette note , si j'entre- 
prenais , par exemple , de parler de la Société d'agri- 
culture de Vienne , qui compte plus d'un demi-siècle 
d'existence. — Mais je m'arrête ici, heureux d'avoir montré 
que l'Autriche marche résolument dans la voie du progrès. 



ARCHEOLOGIE, LITTERATURE ET BEAUX-ARTS. 



SEANCE DU 14 AVRIL 1857. 

( Présidence de M, le comte de Mellet. ) 

Sont appelés au bureau ; MM. de Caumont , le marquis 
DE Godefroy-Mesnilglaise , Ic comtc DE Mailly, le vi- 
comte DE BoNNEUiL, BiZEUL ( dc Blain ) , le colonel 

SOLEIROL , DUPUIS. 

M. R. Bordeaux tient la plume, comme secrétaire- 
général. 

Les 17'. et 18*. questions mises en discussion, sont 
ainsi conçues : 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 133 

« Que doivent faire maintenant les Sociétés archéo- 
« logiques pour compléter les notions acquises déjà sur 
(( Tétat de Part , durant les périodes mérovingienne et 
(( carlovingienne ? » 

(( Les études archéologiques ne sont-elles pas dirigées 
« un peu trop exclusivement vers l'étude des monuments 
« des XIIP. , XIV^ , XV^ et XVP. siècles ; n'aurait-on 
« pas dû étudier avec le même empressement l'histoire 
« de l'art du V^ au XIP. siècle ? » 

M. de Gaumont signale l'importance de ces deux ques- 
tions , qui roulent sur des points beaucoup trop négligés 
jusqu'ici. Il rappelle qu'à Poitiers , l'église St. -Jean 
est un beau spécimen de l'architecture mérovingienne : 
le transept et l'abside sont encore debout et les sub- 
struclions de la nef ont été récemment retrouvées dans le 
jardin de Tévêché. Évidemment cette église, qui était 
orientée et qui est près de la cathédrale actuelle , a été 
bâtie pour servir de baptistère à la cathédrale primitive. 

M. de Gaumont ajoute que presque tous les musées de 
province recèlent des fragments d'architecture méro- 
vingienne, auxquels la plupart des visiteurs n'accordent 
pas assez d'attention. Ges fragments mériteraient d'être 
mis plus en évidence. Quelques-uns de ces débris sont 
dus à des égUses des XP. , XIP., et XIII*. siècles, etc. , 
démolies dans ces dernières années , et dans la maçon- 
nerie desquelles on a découvert ces restes d'églises 
antérieures. Plusieurs églises romanes ou ogivales , en- 
core debout, présentent également, dans leurs mu- 
railles, de ces débris mérovingiens. Telle est l'éghse 
d'Évrecy, près de Caen, dans les murs de laquelle 
on voit pêle-mêle des claveaux très-curieux provenant 
d'une église beaucoup plus ancienne. La Société fran- 



134 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

çaise d'archéologie se propose de faire mouler et de 
publier ces claveaux, jetés dans la maçonnerie du chevet 
de réghse d'Évrecy. 

M. deCaumont termine en rappelant que tout dernière- 
ment, à Chartres, M. Durand a trouvé , dans la crypte de 
St.-Brice , des chapiteaux en marbre identiques avec les 
célèbres chapiteaux mérovingiens de Téglise de Jouarre 
(Seine-et-Marne). 

M. de Mellet , dans une improvisation élégante , résume 
les causes qui avaient fait négliger jusqu'ici , par les 
archéologues , l'étude et la recherche de ces monuments 
antérieurs au XP. siècle. 

M. Gadebled voudrait que l'on recherchât s'il peut y avoir 
encore quelque chose de mérovingien dans l'église de St.- 
Germain-des-Prés, à Paris. Il indique, dans le tome II de 
l'ouvrage de Dom Bouquet, p. 722, une curieuse disser- 
tation , écrite en 1699 , par Dom Thierry Huinart , sur les 
parties mérovingiennes encore subsistantes de son temps 
à St.-Germain-des-Prés. En ce moment même, il y a en- 
core, dans les tribunes de k nef , plusieurs colonneltes 
dont les fûts en marbre , masqués sous le badigeon, sont 
peut-être des débris de l'église primitive. 

La discussion est renvoyée à une autre séance. 

M. le Président donne la parole à M. Tailliar pour la 
lecture d'un mémoire intitulé : Origines des commîmes 
du Nord de la France, 

Dans ce travail , l'auteur , après avoir signalé la place 
considérable que tient la Gaule dans l'Empire romain au 
1V^ siècle , sous Constance Chlore et ses successeurs , re- 
trace l'état des cités du Nord de la Gaule-Belgique à cette 
époque. Il décrit le territoire de chacune d'elles , sa dis- 
tribution en cantons ou pagi. Il représente le chef-lieu de 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 135 

la cité ou cité proprement dite , son enceinte , ses rem- 
parts , ses fortifications ; — ses divisions intérieures , ses 
places, ses rues; — ses principaux temples, sa basilique, 
son forum y ses thermes ou bains publics, ses autres 
moni^ents, ses vicl ou quartiers habités par des profes- 
sions diverses. 

Les autres villes ou places fortes dépendantes de la cité 
principale , les bourgs fortifiés , les ports de mer , les 
bourgs ouverts et les villages sont mentionnés tour à 
tour. 

L'auteur indique ensuite les différentes classes de per- 
sonnes qui habitent les cités et leur territoire : la noblesse 
impériale et municipale ; les plébéiens , comprenant eux- 
mêmes plusieurs catégories ; les artisans , divisés en cor- 
porations ; les affranchis ; les colons et les lètes ; enfin , 
en-dehors de la vie civile et de l'état social , les esclaves 
attachés à la personne et les serfs d'héritage. 

Dans ce mémoire, M. Tailliar, combinant les docu- 
ments que fournissent le Code Théodosien , les écrivains 
du 1V^ et du V^ siècle , les plus anciennes biographies 
des martyrs et des confesseurs, et les traditions recueillies 
dans les histoires locales , s'attache principalement à re- 
chercher et à constater les éléments gallo-romains qui 
plus tard entrent dans les communes. 

Cette lecture est suivie des applaudissements de l'As- 
semblée. 

La 19^ question est ainsi conçue ; 

« Quelles sont les études encore à faire pour préci- 
« ser, mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici , les principes 
« de classification chronologique des sépultures et des 
« tombeaux? » 

M. Gadebled rappelle l'importance des textes que l'on 



136 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

trouve sur celte question , dans Touvrage de saint Gré- 
goire de Tours, intitulé : De gloria Confessoriim, Ainsi 
le chapitre iv de ce traité, est intitulé: De sancto 
Martino Turonico episcopo et de sepiUcro sancti Gra- 
cianL Le chapitre v a pour litre : De scj^dcro 
Vitalinœ virginis. Le chapitre ix , Sepiilcrn sancti 
Martini , et le chapitre x contiennent des passages in- 
téressants. Dans le chapitre xxi, De sepulcro sancti So- 
lenls , on lit la description d'un tombeau caché dans 
une crypte où conduisait une série de degrés. Au cha- 
pitre xxvii , De scpulcris près by ter oriim in basilica 
sancti Martiatis , il est question de plusieurs sarco- 
phages dans l'un desquels le saint évêque Martial reçut 
la sépulture , conjunctis sarcophagis in eadem crypta. 
Le chapitre xxxii parle de deux amants inhumés dans 
le même lieu , l'un au Nord , l'autre au Midi. Plus loin , 
chapitres xxxv et xxxvi , il est question de tombeaux 
de marbre , placés dans la basilique de St.-Vénérand 
et dans lesquels nonnuUi virorum sanctorum et 
midierum retigiosarum qiiiescunt. L'auteur y raconte 
comment ces sépultures furent ouvertes et violées. Les 
chapitres xxxvii , lu et lui contiennent des détails ana- 
logues. Des récits de déplacement de sépultures ou de 
violation de tombeaux se retrouvent encore aux cha- 
pitres LX et LXii. Au chapitre lxxiii , il est question 
de cœmiterio Augustoduncnsis urbis, où l'on décou- 
vrit multorum hominum cadavera funerata. Enfin le 
chapitre lxxiv et cv ont pour titre , l'un : De sepid- 
cro Cassiani cpiscopi , et l'autre : De sepulcro Cres- 
centicB in vico Parisiorum. 

M. Tailliar pense que la violation des tombeaux fut 
généralement l'œuvre des Normands, Tous les tombeaux 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 137 

ne furent pas cependant violés , témoin celui de Chilpéric 
découvert à Tournai , au XVIP. siècle, et décrit par 
Chifflet. 

M. Gosse apporte de nouveaux documents à l'appui de 
ce fait si étrange, et pourtant si constant, du bouleverse- 
ment des anciens tombeaux : il a ouvert plus de 50 tom- 
beaux aux environs de Genève : tous étaient vides , ex- 
cepté 2 où se trouvaient encore des fémurs ; mais la 
situation de ces os attestait que le cercueil avait ce- 
pendant été violé. 

M. Perrot, d'Orléans, demande quelles pouvaient être 
les causes de cette violation. 

M, Bordeaux répond que l'on possède beaucoup de 
textes anciens relatifs à cette abominable coutume. On 
lit , dans les anciens conciles , des anathêmes contre les 
violateurs , et les lois pénales de nos aïeux ne sont pas 
muettes à ce sujet. M, l'abbé Cochet , dans sa Norman- 
die souterraine et dans son volume sur les Sépultures^ 
qui vient de paraître , s'est beaucoup occupé de ces ques- 
tions. 

M. Dréolle dit que la violation des tombeaux était fré- 
quente, dès les temps les plus anciens, chez les Égyp- 
tiens et les Grecs ; on regarde que c'était par réaction 
contre la mémoire de certains morts puissants , que ces 
violations avaient eu lieu. 

Un membre de l'Assemblée explique que beaucoup de 
cercueils que l'on trouve vides n'ont cependant pas été 
violés ; c'étaient c^es tombeaux préparés à l'avance ; mais 
ceux qui les avaient fait faire n'y furent pas inhumés. 

M. Bordeaux rappelle que plusieurs textes de légendes 
et de vies des saints attestent qu'à l'époque mérovin- 
gienne, on était parfois dans l'usage de louer des sarco- 



138 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

pliages qui, au bout d'un certain temps , servaient à re- 
cevoir de nouveaux cadavres. 
La séance est levée à cinq lieures. 

L'un des Scc7xtaircsAjénéraux , 
Raymond Bordeaux. 



SEANCE DU 15 AVRIL 1857. 

(Présidence de M. Tailliar, conseiller à la Cour impériale 
de Douai. ) 

Le procès-verbal de la séance du ilx est lu et adopté. 

Sont présents au bureau : MM. De Gaumont ; Vincent , 
membre de l'Institut ; le comte Du Manoir , délégué de 
la Société de Bayeux ; Le Grand , député du Nord ; le vi- 
comte DE Keridec , délégué de la Société philomatique 
de Vannes ; le général de Borelli ; Louis Paris , ancien 
secrétaire-général du Gongrès scientifique. 

M. Gh. GoMART remplit les fonctions de secrétaire. 

M. le Président procède au dépouillement de la cor- 
respondance. 

M. le Président de la Société archéologique de Sens 
annonce que cette Gompagnie a délégué M. Julliot , son 
secrétaire , pour la représenter au Gongrès. 

M. L. Berlue de Pérussis délègue , en qualité d'ins- 
pecteur des monuments historiques des Basses- Alpes ^ 
et de président départemental de la Société française 
d'archéologie, M. Marins Garcin, secrétaire de la rédaction 
de VA7ni de la Religion , et M. le docteur Garcin. 

La Société d'histoire naturelle du département de la 
Moselle délègue , pour la représenter au Congrès , l'un 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 139 

de ses membres, M. le colonel Soleirol , ancien pro- 
fesseur à l'école d'application du Génie de Metz. 

La Société du Berry délègue au Congrès M. le comte 
deBondy, ancien pair de France, et M. Maurenq,run 
de ses membres. 

M. le baron de Montreuil , membre du Corps législatif 
et M. Dupétiaux, de Bruxelles , s'excusent de ne pouvoir 
prendre part aux travaux du Congrès. M. Dupétiaux an- 
nonce de plus que le Congrès international de bienfaisance 
est convoqué à Francfort-sur-le-Mein, pourlelZi sep- 
tembre prochain. 

Il est fait hommage au Congrès des ouvrages suivants ; 

Jehan le Victorieux, duc cieBrabant; étude historique 
par M. Oswald Van der Bergh, membre de l'.Académie 
d'archéologie de Belgique; 1 vol. in-8\ Louvain, 1857. 

Études pratiques sur Cart de dessécher , par le mar- 
quis Ch. de Bryas. li^, partie. Brochure in-12. Paris, 1857. 

Eoiiissage manufacturier, par fermentation conti- 
nue, du lin , du chanvre , etc. , avec emploi de la craie ; 
par M. Louis Terwangne. Lille (Nord). Brochure in-8". 

Bapport sur les travaux du Congrès des délégués 
des Sociétés savantes de France, fait à la Société d'agri- 
culture , commerce , sciences et arts du département de 
la Marne, par M. Sellier. Brochure in-8°. Châlons. 

Mémoires de la Société d'agriculture , commerce , 
sciences et arts du département de la Marne ( année 
académique 1855-1856 ). 1 vol in-S". Châlons. 1857. 

V agriculture et C industrie du département de 
Vaucluse, à l'exposition univei^selle de 1855 ; par B. 
Lançon. 1 voL grand in-8^ Avignon, 1856. 

Esquisse d'un Code criminel de C armée, — Organi- 
sation ; —Compétence ; — Procédure ; —Délits et peines; 



IZiO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

par M. Legrand , avocat , député au Corps législatif. 1 
vol. in-8". Lille, 1857. 

Note sur les murs gallo-romains de Dax, par M. de 
Caumont ( Extrait du Bulletin monumental , publié à 
Caen, tome XXII. Paris 1857 ). 

Discours d'ouverture et programme des leçons de 
l'exercice 1856-57 au Cours d'agriculture de Bor- 
deaux; par M. Auguste Petit-Laffitte. Brochure in-8^ 

Le Cultivateur breton , revue agricole , archéologique 
et industrielle (XIIP. année , n\ 1 ). Gérant, M. Aug. De- 
jars. Janvier, 1857. 

Règlement de la Société des jeunes gens , ainis de la 
vieillesse, de Lille , et Compte-rendu de l'année 1856. 
2 brochures in-8°. 

M. le Président annonce que la discussion va s'ouvrir 
sur la 22'. question , ainsi conçue : 

« Les ponts anciens disparaissant partout, par suite des 
« travaux des ponts-et-chaussées , comment doit-on étu- 
« dier ces curieux monuments de la civilisation ancienne 
« que respecte si peu le vandalisme moderne ? N'est-il 
« pas utile d'en conserver des images en relief, indépen- 
« dainment des dessins plus soignés ? » 

M. de Gaumont expose que les ponts anciens , dont 
plusieurs remontent à des siècles éloignés , tendent à dis- 
paraître tous les jours ; il croit qu'un dessin n'est pas 
suffisant pour donner une idée satisfaisante de l'impor- 
tance de ces monuments ; il voudrait que les ponts an- 
ciens, qui existent encore , fussent modelés en liège ou en 
plâtre et que ces modèles fussent déposés dans les musées, 
de manière à faire connaître l'importance de ces monu- 
ments avant qu'ils aient disparu. 



CONGRÈS DES ACADEMIES. l/ll 

Mi Raymond Bordeaux trouve des difficultés dans la 
reproduction par des modèles ; il préfère la photographie. 
Il cite le pont de Pont-de-P Arche qui a disparu, sans qu'il 
soit resté de dessins suffisamment détaillés de cet intéres- 
sant monument, que quelques antiquaires font remontera 
Charies-le-Chauve : en effet , ses arches primitives étaient 
à plein-cintre, et ce pont présentait une chaussée à peu 
près de niveau. On a retrouvé sous les parapets modernes 
les vestiges d'un système de créneaux des plus curieux; 
un calvaire s'élevait , comme sur beaucoup de ponts du 
moyen-âge , dans la partie du milieu. A l'opposé de la 
ville, un château fort, avec donjon du XIIP. siècle en dé- 
fendait l'allée ; la dernière arche de ce côté n'était pas 
voûtée, mais un système de corbeaux permettait d'établir 
un pont de bois qui pouvait être supprimé et intercepter 
le passage de la Seine. M. Raymond Bordeaux raconte , 
à ce sujet , la légende du pays qui faisait intervenir le 
Diable dans la construction de ce pont. Sous le pont se 
trouvait un radier qui mettait obstacle au cours du fleuve, 
lui faisait former cataracte et empêchait la navigation. Il 
y a deux ans, les Ingénieurs des ponts-et-chaussées 
ont fait démolir la moitié du pont; à la suite de cette dé- 
molition, un mouvement très-remarquable s'est fait sentir 
et , peu de temps après , le dernier tronçon , composé de 
neuf ou dix arches , s'est écroulé. M. Raymond Bordeaux 
regrette que le pont de Pont-de-F Arche n'ait pas été pho- 
tographié. 

M. Marchai proteste , au nom des Ponts-et-Chaussées , 
contre le mot vandalisme employé dans la 22% question. 
Les ingénieurs détruisent, il est vrai, d'anciens monu- 
ments; mais c'est pour les reconstruire dans de meilleures 
conditions: ainsi, au lieu de ces ponts démesurément 



l/l2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

cintrés en accent circonflexe , ils établissent des ponts 
droits qui donnent de grandes facilités pour la circula- 
tion. Les travaux que font exécuter MM. les Ingénieurs 
des ponts-et-chaussées sont toujours, du reste , ordonnés 
soit par les pouvoirs publics , soit par les Conseils-géné- 
raux. Quant à la chute du pont de Pont-de-r Arche, rien 
ne démontre que les travaux faits sur ce point aient dé- 
terminé cette chute. Le radier , qui servait de base solide 
au pont dePont-de-l'Archeapu être miné souterrainement 
par la chute des eaux , et le pont , ébranlé depuis long- 
temps , a pu s'écrouler tout d'un coup. Si les Ponts-el- 
Chaussées ont fait démolir le pont de Pont-de-l'Arche , 
c'est parce que les piles massives du pont , ses arches 
étroites, présentaient un étranglement à Técoulement du 
fleuve qui, resserré dans son cours, causait des inonda- 
tions. L'élargissement des arches du pont, la suppression 
du radier, agrandiront les débouchés et rendront la navi- 
gation plus facile. M. Marchai est d'avis de faire repro- 
duire par la photographie les anciens ponts; il suffirait 
de les signaler à MM. les Préfets. 

M. Raymond Bordeaux répond à M. Marchai que ce 
n'est pas lui qui a posé la question. D'ailleurs , dans ce 
qu'il a dit tout à l'heure, il n'a rien avancé de son chef : 
il n'a fait que résumer le débat engagé à ce sujet , l'an 
dernier, dans le CouiTîer de VEure, dans les trois jour- 
naux quotidiens de Rouen , etc. Le Corps des Ponts-et- 
Chaussées n'a pas répondu à ces articles reproduits par le 
Bulletin monumental, V Illustration, etc. 

M. Marchai s'est plaint que les antiquaires qualifiassent 
les ingénieurs de vandales ; parce que les Vandales dé- 
truisaient sans édifier, et que les ingénieurs ne démolis- 
sent que pour mieux bâtir. Mais, réplique M. Bordeaux , 



CONGRÈS DES ACADEMIES. 143 

il y a des vandales parmi les antiquaires eux-mêmes , 
parmi les architectes soi-disant restaurateurs de monu- 
ments. Les Vandales et les Goths ont laissé eux-mêmes 
des monuments édifiés par eux. Les ingénieurs bâtissent , 
mais pas toujours solidement. A Pont-d'Ouilly , dans le 
Calvados, on a détruit un pont gothique fort solide, qu'on 
eût pu conserver. Le pont perfectionné qu'on lui a subs- 
titué s'est écroulé au bout d'un an. 11 a fallu le rebâtir 
une seconde fois , et on ignore encore si cette fois il 
tiendra debout. Qui garantit que le nouveau pont de Pont- 
de-r Arche ne subira pas une pareille catastrophe ? L'an- 
cien pont, lui , durait au moins depuis six ou sept siècles, 
et il n'était pas besoin d'être archéologue pour reconnaître 
en lui un magnifique édifice. Les ingénieurs, dit M. Marchai, 
obéissent aux ordres du Conseil général des Ponts-et- 
Chaussées ; mais ce Conseil n'est-il pas composé d'ingé- 
nieurs? Au reste, M. Bordeaux proclame avec bonheur 
que le goût de l'archéologie pénètre heureusement dans 
le Corps des Ponts-et-Chaussées, et plusieurs ingénieurs 
réputés sont de fervents admirateurs des travaux publics- 
du moyen-âge. 

M. le général de Borelli fait quelques rapprochements 
comparatifs fort curieux entre le pont de Pont-de-l' Arche 
et l'ancien pont de Ce , qui date de 8Zi9 et appartient à 
l'époque romane. A l'occasion de V Arche du Diable, 
M. de Borelli cite plusieurs ponts, surtout en Suisse, qui 
ont la même légende; il croit que l'arche non cintrée 
était réservée pour le passage des bateaux sur lesquels 
les seigneurs percevaient un péage. 

M. de Borelli regrette la destruction récente d'un monu- 
ment très-remarquable , le pont de Conslantine, destruc- 
tion qui a été achevée par l'artillerie. La ruine de ce quj 



iUli INSTITUT DES PROVINCES DE FËANCÈ. 

restait de ce curieux édifice était encore bien solide, 
puisqu'il a fallu une énorme quantité de projectiles pour 
rabattre. 

M. Challe veut ajouter quelques mots pour appuyer 
la réfutation qu'a faite M, Marchai des imputations 
de vandalisme dirigée contre le Corps auquel il appar- 
tient. Si ces accusations ont été méritées dans le temps 
passé , ce n'est pas seulement par les ingénieurs , 
maispar les administrations, par le clergé lui-même et 
parfois par les antiquaires, car on a vu détruire des 
monuments antiques pour chercher des monnaies dans 
leurs fondations. M. Challe est heureux d'avoir à citer 
deux exemples récents qui prolestent contre le maintien 
de ces accusations. Un pont du XIP. siècle, voisin 
et contemporain de la célèbre abbaye de Pontigny, 
condamné par l'administration municipale , parce qu'il 
menaçait ruine et s'élevait en accent circonflexe , a été 
conservé , sur les instances et par les soins de M. Mondot 
de la Gorce, ingénieur en chef, qui s'est chargé de le 
consolider par l'emploi du ciment de Vassy et d'en adou- 
cir la pente par des remblais et des abords, sans rien 
changer à sa physionomie. Le second fait concerne le 
pont d'Auxerre , qui est du Xlll*. siècle et que son peu de 
largeur allait faire démolir, ou tout au moins dénaturer : 
M. Hernoux, ingénieur en chef actuel, a obtenu qu'on lui 
permit de faire , sur les vieilles piles du Xlir. siècle , un 
élargissement qui pourvoira aux besoins d'une communica- 
tion plus active , sans altérer l'aspect moyen-âge de cette 
œuvre monumentale de l'association des frères pontifes. 
M. de Caumont croit que la photographie donnera bien 
l'appareil extérieur des monuments ; mais il estime que , 
dans beaucoup de cas et lorsque les monuments en vau- 



I 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 145 

dront la peine, il faudra joindre un modèle pour donner 
la coupe et le relief de rédifice. 

M. Marchai dit que le plan, la coupe et Télévation, suf- 
fisent pour reconstruire le monument. 

M. Raymond Bordeaux cite les pilotis curieux qui ont 
été extraits de l'eau où ils séjournaient depuis plusieurs 
siècles, et déposés au musée de Rouen. Ces bois d'une 
solidité énorme , presque pétrifiés , viennent confirmer le 
fait, déjà reconnu, du durcissement et de la conservation 
indéfinie du bois de chêne dans l'eau. 

Vun des Sccrétaircs-génér^aux , 

Ch. GOMART. 



SEANCE DU 16 AVRIL 1857. 
( Présidence de M. Godefroy de Mesnilglaise. ) 

Siègent au bureau : MM. de Godssemaker, de Mellet, 
DE Bonneuil , d'Alvimare, xMarionneau ( de Nantes ) , 
de Caumont. 

M. R. Bordeaux rédige le procès-verbal. 

On reprend la discussion de la 22*. question, ainsi 
conçue : 

« Les ponts anciens disparaissant partout , par suite 
« des travaux des ponts-et-chaussées, comment doit-on 
« étudier ces curieux monuments de la civilisation an- 
« cienne que respecte si peu le vandalisme moderne ? 
« N'est-il pas utile d'en conserver des images en relief 
« indépendamment des dessins les plus soignés ? » 

M. Mantelier donne des détails sur le pont d'Orléans. 

7 



l/i6 INSTITUT DES PROVIINCES DE FRANCE, 

M. Pernot assure que ce pont avait une arche en bois, 
et qu'il en était de même à Montereau dont le pont fut le 
théâtre du meurtre de Jean-sans-Peur , duc de Bour- 
gogne. Plusieurs historiens racontent qu'on avait élevé , 
sur l'arche en bois de ce pont , une cage en bois pour 
l'entrevue du Dauphin et du duc de Bourgogne qui ne 
devait plus repasser le pont en vie. 

M. Pernot rappelle aussi les maisons qui étaient con- 
struites sur les ponts , surtout à Paris où la Seine dispa- 
raissait sous les ponts et les ponts sous les maisons. 

Quant à une arche de bois ou à une arche manquante 
dans les ponts de pierre , il y en avait une dans presque 
tous les ponts des villes fortifiées ou des châteaux forts , 
parce qu'en cas d'invasion on démolissait ou on brûlait 
cette arche pour intercepter momentanément la circu- 
lation. 

Le pont d'Orléans, conduisant de la ville aux Tournelles, 
est représenté sur un ancien tableau que l'on croit du 
temps de Jeanne-d'Arc , ou au moins d'une époque assez 
l'approchée du siège d'Orléans. Il y a une arche de moins, 
et la communication du pont de pierre avec le bastion 
des Tournelles avait lieu au moyen d'un plancher en 
bois. 

M, Bordeaux signale, comme présentant de l'analogie 
avec les ponts, certaines arches pratiquées dans les murs 
de clôture, afin de laisser passer les cours d'eau dans 
l'enceinte des monastères ou des bourgs fermés , sans 
interrompre le mur. On voit encore de ces arcades dans 
le mur d'enceinte des abbayes de St. -Taurin et de 
St. -Sauveur, à Évreux. 

M. le général de Borelli remarque que souvent on 
fermait les ponts avec des chahies. 



I 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. i/l7 

M. Perrot a vu , à Orléans , des arches comme celles 
dont vient de parler M. Bordeaux. 

M. de Caumont a vu , à Angers, les deux systèmes. 

M. de Borelli rapporte qu'à Angers, pour se défendre des 
Normands, on plaça une chaîne, nommée la Basse-Chaîne ; 
moyen si efficace, que les Normands furent forcés de faire 
une dérivation pour amener leurs bateaux par un autre 
endroit; alors, on mit la Haute-Chaîne sur ce nouveau 
bras. 

M. Pernot rappelle aussi les chaînes qui, à Paris, 
étaient crochées à la tour de Nesle et à celle du Bois. 
A rapproche d'une invasion, on tendait les chaînes et 
Paris dormait tranquille. 

M. d'Héricourt demande le renvoi de cette question à 
Tannée prochaine. Il admet remploi des chaînes ; mais à 
l'entrée des petits ports il y avait des arches : deux pe- 
tites , qui restaient libres , et une grande , celle-là où 
l'on tendait une chaîne. 

M. ThioUet dit à ce sujet que rentrée du port de La 
Rochelle est flanquée de deux tours dont l'une s'appelle 
encore Tour de ki Chaîne, 

La discussion amène la 2/l^ question : 

(( Quelle a été, durant le moyen-âge, la forme et la 
(( disposition des fontaines publiques dans les villes et 
« dans les campagnes ? » 

M. de Caumont entretient l'Assemblée de la décou- 
verte d'une quantité de tuyaux de terre cuite qu'on 
a faite au Mans. 11 y a quinze jours, M. de Caumont 
a vu , au Mans , plusieurs de ces tuyaux vernissés en 
dedans et entourés d'une sorte de ciment romain : on 
les a déterrés en nivelant les rues. — M. de Caumont 
a prié d'en conserver quelques-uns au Musée. Il paraît 



l/j8 mSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

que ces tuyaux sont du VHP. ou du IX*. siècle , et 
qu'à une époque très-ancienne il y avait des conduits 
d'eau dans tous les quartiers. 

M. Brongniart avait dit que les Romains n'avaient pas 
connu le vernis de plomb et qu'on ne l'avait employé 
qu'assez tard , c'est une erreur : des tuyaux , conservés 
à Sèvres , prouveront le contraire , ainsi que le magni- 
fique vase plombifère de Néris. Les tuyaux du Mans sont 
également vernissés à l'aide du plomb. 

Quant aux bornes-fontaines ou aux monuments plus 
considérables qui recevaient l'eau pour la distribuer au- 
dehors , M. de Gaumont n'en a pas signalé ; mais il a dit 
qu'elles devaient offrir des imitations de ce qui existait 
auparavant. Un des types les plus simples et les plus ha- 
bituels a été , à toutes les époques , un réservoir muré 
recevant les eaux de la source , protégé par une espèce 
de portique ou de galerie voûtée. 

L'arc qui donne accès au réservoir de la fontaine dut 
être à plein-cintre ; et , au XIP. siècle , Farchivolte en 
fut quelquefois ornée de moulures , ainsi qu'il résulte des 
renseignements qui ont été recueilis ; mais M. de Gaumont 
n'a montré que des fontaines appartenant à la période 
ogivale. 

Il a cité notamment les deux fontaines qui existent à un 
kilomètre de l'abbaye de Fontaine-Daniel (Mayenne). 

Ges deux fontaines sont voûtées en ogive , les murs 
sont revêtus en pierre de taille , le réservoir est carré , 
et l'on peut y entrer par une ouverture ou porte. 

Une des figures suivantes montre la disposition in- 
térieure d'une de ces fontaines , par suite de la sup- 
pression idéale du mur qui entoure et surmonte la 
porte. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. iÛ9 

De ces deux réservoirs, situés à quelques pas seulement 
run de l'autre , Teau se rendait à Pabbaye dans des 
tuyaux en terre cuite. 




FONTAINES DE l'aBBAYE DE FONTAINE-DANIEL ( MAYENNE). 

M. de Caumont a présenté ensuite l'esquisse de deux 
fontaines du département de l'Yonne, figurées par M. 




ESQUISSE DE DEUX FONTAINES DU DEPARTEMENT DE L YONNE. 



Victor Petit dans V Annuaire de ce département, et qui 



-.**^' 



150 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

oiïrent à peu près la même disposition que les précé- 
dentes. 

Une autre fontaine intéressante, citée par M. de Gau- 
niont , existe à Cully, département du Calvados. 

La source arrive dans un réservoir carré par deux 
ouvertures cintrées , au-dessus desquelles on remarque 
une petite niche tréflée : le réservoir , à ciel ouvert , est 
encaissé de trois côtés par des murs qui ont conservé leurs 




VUE DE LA FONTAINE DE CL'LLY ( CALVADOS ). 

tablages primitifs. De ce réservoir , Teau se déverse à 
l'extérieur par deux canaux qui correspondent à chacqne 



CONGRES DES ACADÉMIES, 151 

des ouvertures cintrées qui paraissent abriter les sources 
principales fort abondantes et d'une grande limpidité. 

M. de Caumont , après avoir cité plusieurs autres 
fontaines de la même famille qu'il a visitées dans diverses 
parties de la France , mentionne celle de Poitiers , connue 
sous le nom de fontaine Joubert , et présente le dessin 
qu'en a fait tout récemment M. de Longuemar , membre 
de l'Institut des provinces, qui a envoyé à ce sujet une 
notice au Congrès. C'est encore une fontaine voûtée en 
forme de grotte. 

La source est abritée sous une arcade ogivale , cou- 
ronnée d'un fronton au milieu duquel on voit l'écusson 
de Gaucher de Sainte-Marthe, maire de Poitiers en 1579, 

Un autre écusson placé au centre du pignon latéral 
n'a pu être restitué ; mais il doit remonter au XVP. siècle, 
comme le petit monument élevé sur la fontaine. 

L'écusson qu'on voit au fond de l'arcade, sous la voûte, 
, est celui de RenéCitoys, qui était maire de Poitiers en 1663. 
I - En avant de la voûte se développe , à Poitiers comme 
à Cully, le réservoir qui reçoit les eaux de la source. 

Après cette énumération de ces divers édifices, que 
l'on peut appeler fontaines-grottes , M, de Caumont a 
passé aux fontaines à grands réservoirs octogones ou 
ronds isolés sur les places ou dans les carrefours, dont 
quelques-unes doivent remonter jusqu'au Xlir. siècle. 

La plupart de ces réservoirs ont au centre un pié- 
destal ou une vasque d'où l'eau sort pour venir se ré- 
pandre dans le réservoir. 

Au XV*. ou au XVr. siècle, ces fontaines se sont 
multipliées; on les retrouve représentées fréquemment 
dans les vitraux et les peintures murales. Quelques-unes 
ont été fondues en métal. 



152 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Jl faudrait des dessins pour faire connaître les prin- 
cipaux monuments de ce genre qui existent encore. 

M. de Caumont s'est borné à citer les fontaines de Bruns- 
wich, de Nuremberg, et plusieurs autres du XVP. siècle, 
dans lesquelles on trouve des figures mythologiques. 

Il a terminé son improvisation en engageant les délé- 
gués des Sociétés savantes à recueillir et à dessiner les 
différentes fontaines monumentales antérieures auXVIIP. 
siècle qu'ils pouiTont rencontrer, afin que l'on puisse 
bientôt connaître tous les types qui méritent d'être obser- 
vés. 

M. Pernot cite la fontaine du souterrain dit de Sabiniis, 
à Langres. Il fait passer ensuite , sous les yeux de l'As- 
semblée , un dessin curieux , celui d'une fontaine autre- 
fois placée sur le parvis de la cathédrale , à Meaux. Des 
chroniques de Meaux disent que ce fut le comte Thibaut de 
Champagne qui fit construire cette fontaine; on ne dit 
pas l'époque , mais elle est facile à deviner par son style 
ogival; elle existait de lZi92 à 1512 , mais était plus an- 
cienne. Elle fut dessinée , et sans doute recopiée , par 
un curé de l'église de St. -Thibaut de Meaux ; il se nom- 
mait Janvier et écrivit l'histoire de sa ville natale (Meaux); 
il a laissé six volumes de manuscrits dans lesquels sont de 
grands dessins très-curieux, quoique laissant beaucoup à 
désirer. Le sujet de cette singulière fontaine était incon- 
venant : c'était , dit-on , la Vierge lançant deux jets d'eau 
par les seins. Aussi plusieurs ont-ils cru reconnaître 
plutôt, dans cette bizarre statue , Vénus et l'Amour. 

Un membre rappelle l'existence d'une fontaine ana- 
logue , à Bruxelles, le célèbre Manidn-piss. A Lyon , le 
nom de la rue de V Enfant qui pisse rappelle encore le 
souvenir d'une fontaine du même genre. 




VUE DE LA ^ONTAINÊ PLACÉE DEVANT LA CATHÉDRALB DE MEAUX, 

( D'après le dessin de M. Pernot. ) 



15Zi INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. Bordeaux dit qu'en Normandie la construction des 
fontaines devint un des grands travaux d'utilité publique, 
au commencement du XVI*. siècle. On possède encore 
les noms de plusieurs architectes et ingénieurs en ce 
genre. M. Bordeaux publiera un document curieux sur 
Marin Lebourgeois, peintre d'Henri IV, qui probable- 
ment dirigea rétablissement des fontaines de Lisieux 
et de Falaise. Rouen possède encore des fontaines très- 
monumentales : celle de la Croix de pierre , bâtie sous 
le cardinal d'Amboise ; celle de la Grosse , aussi du 
style ogival-fleuri ; celle de la rue de la Savonnerie , 
groupe de la renaissance représentant le mont Parnasse, 
avec Pégase et les Muses , adossé à Tancien hôtel 
des Évêques de Lisieux. Dans la même rue de la Savon- 
nerie, une plaque de marbre marque l'emplacement 
de la maison de Jacques Lelieur , poète rouennais, 
prince du palinod, qui fit exécuter un manuscrit fameux, 
le LivîX' des fontaines , dont les miniatures ont été 
lithographiées en fac-similé par M. de Jolimont, et 
forment un recueil d'une importance capitale pour la 
question en discussion. Il ne faut pas oublier non 
plus la très-belle fontaine , érigée sous Louis XV , au 
pied de la Grosse-Horloge de Rouen : c'est un bel échan- 
tillon de sculpture rococo, qui s'harmonise bien avec les 
édifices environnants, et produit un effet très-pitto- 
resque. Aussi , a-t-elle été dernièrement photographiée 
en grand format. 

M. Bordeaux nomme aussi les superbes fontaines qui 
existaient au château de Gaillon , et la jolie fontaine que 
l'on voit encore à Mantes , devant l'Hôtel-de-Ville, 

M. Parker rapporte qu'en Ecosse la mode des fontaines 
prit aussi dans tous les châteaux au XVP. et auXyjyt!,.,, 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 155 

siècle. Il y en a de magnifiques. En Angleterre elles sont 
rares. 

M. de Caumont a trouvé , à Limoges , de grandes 
vasques en granit , qui lui ont paru, ainsi qu'à M. V. 
Petit , appartenir au XIIP. siècle. 

M. Gadebled dit un mot des fontaines de Dieppe. 

M. Gosse a dessiné une trentaine de belles fontaines 
dans la Suisse allemande ; elles sont du X\\ et du XVr. 
siècle. 

A propos d'une discussion élevée par MM. de Mailly 
et de Caumont sur l'élargissement des rues, M. Boula- 
tignier voudrait associer les améliorations modernes 
avec la conservation des monuments de notre passé. 
Il n'est pas le partisan absolu de ces éternelles rues 
droites , longues de plusieurs kilomètres , dont on s'est 
engoué , et où l'on ne pourra se tenir ni en été ni 
en hiver. On a trop dédaigné, de nos jours, l'expérience 
des aïeux , et peut-être faudra-t-il revenir aux lignes 
courbes pour le tracé de nos rues. Ces paroles ont été 
vivement applaudies. 

Vun des Secrélaires^génèraux , 
Raymond Bordeaux, 



156 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

SÉANCE DU 17 AVRIL* 

( Présidence de M. Parker , d'Oxford. ) 

La séance est ouverte à 2 heures. 

Siègent au bureau : MM. de Gaumont ; le général vi- 
comte DE BORELLi ; le général Peytiet , grand-officier 
de la Légion-d'Honneur , membre du Corps législatif ; 
le comte de La Ferrière-Percy, de l'Orne. 

M. Victor Petit remplit les fonctions de secrétaire. 

M. de Gaumont , revenant sur Tune des questions qui 
ont été étudiées la veille , invite M. Pernot à donner de 
nouveaux détails sur une fontaine érigée à Meaux , au 
milieu de la place publique , devant la cathédrale. 

Il présente , au nom de ce dernier , un dessin de la 
fontaine de Ribeauvillé (Ilaut-Rhin). 

M. Pernot dit qu'il n'a rien absolument à ajouter aux 
observations qu'il a faites à la séance précédente , sur la 
fontaine de Meaux , observations qui étaient motivées par 
la vue d'un dessin qu'on a tout lieu de croire exact, malgré 
le peu d'habileté d'exécution ; que ce dessin, quia été mon- 
tré au Gongrès, est un calque fidèle du dessin original ; et, 
qu'enfin, il est impossible de se méprendre ou de ne pas re- 
connaître le sujet représenté par l'artiste sculpteur. Gelui- 
ci a surmonté la fontaine d'un groupe de la Vierge et de 
l'Enfant-Jésus accompagnés par divers saints. M. Pernot 
ajoute que , selon lui, et d'après le dessin, il n'est pas 
douteux qu'un filet d'eau sortait de chacun des seins de 
la Vierge, et que TEnfant-Jésus rappelait l'action du fa- 
meux Mannekcn-Piss y de Bruxelles. D'ailleurs, cette 
fontaine a été décrite par un historien du diocèse de 
Meaux , dans un grand ouvrage qu'on peut encore con- 




1-BRL"VAI 

^'VE DE LA FOJCTAINE DE UIBEA ITILLÉ (lIAUT-RHm). 



158 lîNSTlTUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

sulter , et dans lequel on trouve le nom de Tartisle et 
aussi la date d'exécution de la fontaine , qui apparte- 
nait à Part de la renaissance. 

M. Victor Petit, demandant à répondre brièvement 
au préopinant , témoigne le regret de n'avoir pas vu le 
dessin qui a été soumis au Congrès , lequel dessin, d'après 
l'indication de M. de Caumont , sera copié et gravé pour 
le Bulletin monumental et V Annuaire de l'Institut des 
provinces. M, Victor Petit se demande si on ne peut pas 
révoquer en doute l'exactitude de ce dessin ; si même il 
n'est pas entièrement imaginaire ou apocryphe ; ou si , 
du moins, on ne doit pas croire que le dessinateur s'est 
plu , par une étrange fantaisie , à ajouter les trois filets 
d'eau suspects. 

MM. Pernot et Thiollet s'empressent d'assurer que, dans 
le dessin, les trois filets d'eau sortaient bien de la Vierge 
et de l'Enfant-Jésus ; que le doute n'est pas possible. 

M. Victor Petit, malgré cette affirmation, repousse 
comme imaginaire ce détail du dessin signalé au Congrès 
et croit fermement que si l'art de la renaissance , no- 
tamment en Italie , s'est montré prodigue de filets d'eau , 
ces mêmes filets d'eau s'échappent exclusivement du 
corps des dieux et des déesses de la Fable. Les admi- 
rables fontaines monumentales qu'on voit encore dans 
plusieurs villes d'Italie , témoignent qu'à l'époque de la 
renaissance les scènes mythologiques étaient seules repro- 
duites ou représentées avec autant de matérialisme. M. 
Victor Petit termine en réclamant, comme une chose utile 
aux études d'iconographie chrétienne, une sorte d'enquête 
archéologique relativement à la fontaine de Meaux , dont 
il ne récuse pas l'existence , mais dont il repousse éner- 
giquement les filets d'eau qui font seuls l'objet du débat. 



i 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 159 

M. le comte de Mellet, tout en comprenant et approu- 
vant la pensée du préopinant, croit cependant que le 
dessin de la fontaine de Meaux peut être très-exact. Il ne 
faut pas oublier qu'il s'agit d'un monument datant du 
XVP. siècle , et , qu'à cette époque , les ecclésiastiques 
eux-mêmes ne se montraient pas bien sévères pour les 
œuvres d'art. 

M. le comte de Bonneuil , qui a examiné avec attention 
le dessin communiqué par M. Pernot, fait remarquer que 
la statue de la Vierge est représentée vêtue pudiquement 
et la robe à peine entr'ouverte, vers l'extrémité des seins. 

M. de Bonneuil ajoute qu'il aura bientôt l'occasion de 
se procurer tous les renseignements possibles, durant un 
prochain voyage qu'il compte faire à Meaux. 

M. de Gaumont déclare que l'incident est vidé et veut 
appeler l'attention du Congrès sur les deux précédentes 
questions dont l'examen avait été renvoyé à la séance de 
ce jour. Il s'agit des 17^ et 18*. questions, relatives aux 
études commencées sur l'état de l'art durant les périodes 
mérovingienne et cariovingienne ^ périodes intéres- 
santes et fructueuses à étudier de nouveau sous Le 
ra'pport de la statuaire et de l'ornementation. 

Qui ne sait, dit M, de Caumont que, en Italie et 
dans le midi de la France, on a conservé et utilisé, 
dans plusieurs reconstructions d'églises , des fûts de 
marbre et quelquefois des chapiteaux antiques ? En sup- 
posant qu'une partie de ces fragments, ce qui est certain 
pour quelques-uns, proviennent de monuments romains 
et n'aient rien de chrétien , il y en a d'autres incontesta- 
blement qui ont été taillés à l'époque mérovingienne ; et 
comme alors on imitait l'architecture antique, autant que 
le pouvaient les artistes du temps , en copiant ce qu'on 



160 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

avait sous la main , en prenant pour patron tantôt un 
chapiteau corinthien provenant d'un péristyle , tantôt des 
chapiteaux et des moulures provenant de la décoration 
intérieure des maisons antiques , publiques ou privées , 
il dut en résulter des variétés assez grandes dans les 
galbes et la composition : il y avait, sous la domination 
romaine , une assez grande liberté , et , conséquemment , 
beaucoup de variété dans les ornements ; la fantaisie 
s'écartait plus ou moins de la règle. Il dut y avoir , dans 
quelques cas , dans les édifices privés surtout, autant de 
dissemblance que nous en voyons entre la décoration 
architectonique de nos cafés et celle des monuments 
publics, tels que la Bourse et la Madeleine. 

L'école mérovingienne qui , dans ses églises générale- 
ment peu spacieuses, utilisait les chapiteaux qu'elle trou- 
vait tout faits et les complétait en en copiant d'autres, est 
donc, continue M. de Caumont, une époque qui fournira 
des données très-intéressantes et très-curieuses. Mais il 
faut, pour se livrer à cette étude, un œil exercé ; il ne 
faut pas retomber dans les erreurs de nos devanciers, qui 
voyaient si souvent des monuments des premiers siècles 
dans les églises romanes du XP. On a donc fait sagement 
d'attendre que la science archéologique fût avancée , et 
nous touchons à l'époque où l'on pourra , sans danger , 
recommander cette étude, mais non pas à tous les anti- 
quaires. Elle devra particulièrement convenir à ceux qui 
ont beaucoup vu et comparé ; ce ne sont pas les hommes 
sédentaires, et qui n'ont exploré que leur province, qui 
pourront s'y livrer avec fruit. 

M. de Caumont a mentionné rapidement ensuite les 
églises qu'il a précédemment signalées comme antérieures 
au XI*. siècle et comme appartenant à diverses époques , 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 161 

à partir du V^ siècle jusqu'au X*. Il cite , dans l'Ouest , 
l'église de Savenières , près d'Angers , figurée pour la 
première fois, en 1830, dans son Cours d'antiquités 
monumentales ; la chapelle de Langon , près de Redon ; 
la Basse-Œuvre , à Beauvais ; l'église de Vieux-Pont-en- 
Auge (Calvados) ; les églises de Suèvres et de Gennes (en 
«'partie). Le plus important des monuments mérovingiens 
est certainement, dans l'Ouest, ce qui reste du baptistère 
de St. -Jean de Poitiers. Les chapiteaux de cet édifice sont 
tous en marbre. M. de Caumont , le premier de tous , 
donna des notions positives sur cet édifice en 1830. On 
sait qu'il existe extérieurement , entre les fenêtres , des 
tables de pierre appliquées dans la maçonnerie , et dont 
la partie supérieure est coupée en forme de fronton. 
M. de Caumont indique le caractère des moulures en 
méplat qui ornent ces pièces , et il y trouve le caractère, 
parfaitement certain, du ciseau de Tépoque mérovin- 
gienne; il a montré, pour le prouver, un de ces morceaux 
aujourd'hui dans le musée de Poitiers. Il est maintenant 
certain que l'on ne possède plus d'ancien que le transept 
et le chevet de l'église St. -Jean ; les fondations de la nef pri- 
mitive , reconnues dans le jardin de l'évêché, ont prouvé 
que l'édifice était en forme de croix, comme les anciennes 
basiliques ; on comprend comment quelques pierres sem- 
blables , de forme et de style , à celles qui se voient dans 
la partie subsistante du baptistère , avaient été placées 
dans des constructions voisines. C'est le dessin d'une 
de ces pièces , aujourd'hui au musée de Poitiers , que 
M. de Caumont a présenté (voir la page suivante); il 
montre bien le faire des sculpteurs des premiers siècles 
du moyen-àge, M. de Caumont fait mouler plusieurs 
des chapiteaux du baptistère , ils seront dessinés d'après 



I 



162 INSTITDT DES PPxOVINCES DE FRANGE. 



ces moulages et plus lard reproduits par la gravure. 
M. de Caumont a présenté au Congrès, en atten- 
dant que ces moulages soient faits , les dessins de deux 
des chapiteaux du baptistère : Tun , encore en place , se 
compose d'une corbeille garnie d'un rang de feuilles 
d'acanthe surmontées de volutes, réunies par une torsade 
composite , que M. de Caumont signale comme ayant dû 
être très-fréquemment exécuté dans les premiers siècles 
du moyen-âge. 




DEUX DES CHAPITEAUX DE S*.-JEAN DE POITIERS. 



i6i INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

L'autre, qui provient de la nef supprimée et que Ton 
a trouvé dans le déblai, sous le pavé, présente au-dessus 
des feuilles d'acanthe deux rangs de moulures en creux 
que le dessin , p. 163, fait connaître. On trouve des des- 
sins à peu près semblables sur des poteries présumées 
mérovingiennes. 

M. Victor Petit a pris ensuite la parole : pendant long- 
temps il avait pensé que l'architecture antique avait été 
tout entière représentée par les cinq ordres classés par les 
grands architectes italiens de la renaissance , et notam- 
ment Vignole , qui a eu la gloire de laisser son nom à une 
œuvre fort estimée encore et qui n'a pas cessé de servir 
de point de départ pour les études architecturales de 
l'antiquité. M. Victor Petit avoue, qu'après avoir copié 
minutieusement et servilement son a Vignole » , il pensait 
connaître les ordres antiques , et , en quelque sorte , les 
savoir par cœur et pouvoir en reconnaître les moindres 
détails. Aussi , fut-il grandement surpris en visitant 
l'Italie , et la ville de Rome tout particulièrement, de ne 
reconnaître presque nulle part, dans leur rigoureuse simi- 
litude , ces fameux cinq ordres antiques dessinés et me- 
surés par Vignole , Palladio et autres architectes illustres 
de l'Italie. Tout au contraire, les types principaux de 
l'architecture antique présentent une variété infinie , va- 
riété qui augmente dans les édifices dont la date de con- 
struction se rapproche des premiers temps de l'ère chré- 
tienne , à ce point qu'il devient réellement fort difficile de 
préciser « l'ordre » auquel appartiennent tels ou tels en- 
tablements , chapiteaux , bases , colonnes , etc. , qu'on 
retrouve encore en très-grand nombre dans les églises 
bâties aux xr. et XIP. siècles , avec des débris, ou si l'on 
veut, avec les matériaux de temples ou d'édifices antiques. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 165 

Les chapiteaux, notamment, présentent une diversité de 
forme et d'ornementation qui défie absolument toute 
classification ; toutefois ils off'rent dans leur agencement 
une richesse et une souplesse de ciseau extrêmement 
remarquables. Ainsi les parties creuses sont fouillées pro- 
fondément et témoignent d'une entente parfaite des effets 
pittoresques, vus à distance, des ombres et des lumières. 
Les reliefs sont ménagés avec un soin extrême et gardent 
l'empreinte d'une main habile et indépendante. En étu- 
diant les chapiteaux antiques qui furent utiHsés , vers les 
XF. et XIP. siècles, pour soutenir la retombée des voûtes 
de quelques-unes des églises de Rome , on fait cette re- 
marque qui n'est pas sans importance : c'est que des cha- 
piteaux d'un style analogue se retrouvent en certain 
nombre dans différents monuments delà France; que, 
jusqu'à présent, ils ont été classés uniformément comme 
appartenant à l'époque mérovingienne et carlovingienne ; 
tandis qu'on pourrait les faire remonter à une époque plus 
ancienne , en les rattachant aux édifices publics et privés 
construits durant la période gallo-romaine. 

M. de Caumont appuie fortement l'opinion de M. Victor 
Petit. Il est évident , dit-il , que les artistes romains vou- 
laient la variété dans C unité y tandis que l'école moderne 
a voulu V invariabilité et par suite la monotonie dans 
l'unité des ordres. Pour preuve de la variété dont les 
sculpteurs gallo-romains savaient faire usage , M. de 
Caumont cite les chapiteaux antiques, très-beaux, qui ont 
été utilisés tout près de Paris, dans l'église de Mont- 
martre ; ce sont des chapiteaux corinthiens dont aucun 
ne ressemble à l'autre, et pourtant tout porte à croire 
qu'ils ont autrefois appartenu au même édifice. 

M. de Caumont croit du reste que, si un très-grand 



166 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

nombre de chapiteaux employés à Tépoque mérovin- 
gienne proviennent de monuments romains préexistants , 
comme Ta dit M. Victor Petit , il y en a aussi qui ont dû 
être sculptés à cette époque ; il croit , par exemple , que 
les chapiteaux dont il a présenté Tesquisse (ceux de St.- 
Jean de Poitiers, p. 163 ), ont été faits pour cette église et 
ne peuvent provenir de monuments préexistants. 

Plusieurs membres ont pris la parole. M. de Bonis a 
expliqué comment Vignole et ses contemporains , rédui- 
sant Tarchitecture antique aux types les plus purs, et 
composant un cadre nouveau pour les architectes, ont dé- 
truit les variétés dont parlaient MM. de Caumont et Victor 
Petit : évidemment l'architecture moderne est à Tarchi- 
tecture antique ce que serait la langue de Cicéron , com- 
parée aux idiomes que Ton parlait de son temps dans les 
provinces et dans les faubourgs de Rome. Reste à savoir 
si Part ainsi épuré vaut Part avec ses inspirations natu- 
relles, que regrettent si vivement MM. de Caumont et 
Victor Petit. 

M. Pernot pense que la variété ou, si l'on veut, la 
diversité d'ornementation doit tenir au défaut d'écoles 
architecturales , surtout en ce qui concerne les Gaules , 
pays conquis, et où les esclaves qui avaient du talent 
étaient employés à la construction des édifices publics. 

M. Gadebled parle de l'influence romaine sur la civili- 
sation de la Gaule , et sur les œuvres d'art importées 
d'Italie en France. Il pense que l'influence romaine a été 
assez puissante pour imposer ses formes, ses goûts et 
ses traditions d'art. 

M. le conseiller Tailliar , de Douai, partage le même 
avis ; il trouve tout naturel que l'art mérovingien ait con- 
tinué Part gallo-romain. La conquête franque a mis un 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 167 

terme à la puissance romaine ; mais elle n'a détruit ni 
Tancienne organisation , ni le cadre même de Fadminis* 
Iration impériale. Le monarque gallo- franc prenait le titre 
de viî' illustris y titre que la Notice de l'Empire attribue 
aux premiers personnages romains. Les dignités de pa- 
trice , de duc , de comte , sont maintenues. Les institu- 
tions restent debout. La curie ne reçoit que les modifica- 
tions rendues nécessaires par ravènement du christianisme 
et le changement de gouvernement; on peut hre à ce 
sujet , les Formules de Marculfe et autres. Si les institu- 
tions romaines se conservent ainsi à travers les siècles , 
pourquoi les monuments qui en sont pour ainsi dire la 
représentation, pourquoi l'art romain qui les érigeait, 
n'auraient-ils pas conservé leurs principaux caractères? 

Passant à l'époque carlovingienne , ou , pour moins 
préciser les limites de temps , a une époque un peu moins 
ancienne que celle des églises précédemment citées, 
M. de Caumont cite une église très-connue déjà, celle de 
Germiny-les-Prés , qui a été souvent décrite, à cause de 
la date à peu près certaine de ses parties primitives, 
puis il renvoie aux détails qu'il a dcmnés à la Société 
française d'archéologie sur l'église de Cravan , près Chi- 
non , dans un rapport qu'il compte imprimer prochaine- 
ment dans le Bulletin, 

« Comme on le voit, a dit M. de Caumont , par le des- 
« sin très-exact que je présente , du côté méridional de 
« l'église de Cravan, les fenêtres sont garnies d'un en- 
« cadrement cintré orné de billettes , et alternent avec 
« des frontons dont les rampants et la base sont garnis 
«du même ornement. Ces fenêtres et ces frontons se con- 
« tinuent sur la façade occidentale ; mais le centre de 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 169 

« celte façade ayant été reconstruit, les frontons n'existent 
« plus qu'en partie près des angles qui joignent le mur 
(( occidental aux murs latéraux du Nord et du Sud ; on 
« peut d'ailleurs se convaincre que l'ordonnance était la 
« même : je crois être sûr qu'il y avait au-dessus du por- 
te tail occidental trois fenêtres et quatre frontons. » 

Il sera plus amplement question de cette église dans 
un travail que prépare M. de Caumont sur les caractères 
de l'art carlovingien. Mais il insiste dès ce moment sur 
les rapports qu'offre , avec celle de Cravan , l'église de 
St. -Généreux, dont il avait donné, il y a long-temps, 
une esquisse incomplète, suffisante toutefois pour indi- 
quer cette analogie. 







PORTION DES MURS LATÉRAUX DE SAINT-GÉNÉROUX. 



Si l'église de St. -Généreux (Deux-Sèvres) offre plu- 
sieurs rapports incontestables avec l'église de Cravan, 
Sl.-^lesme de Chinon, quoique du XP. siècle, présente 
encore dans ses fenêtres latérales et dans ses appareils, 
les mêmes dispositions que les églises de Cravan et deSt.- 
Généroux. 

L'église de Cravan offre un petit appareil très-caracté- 
risé, dont les assises sont séparées par des lignes, non 

8 



170 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de briques , comme à Tépoque romaine ou dans les 
temps qui ont suivi , mais par des chaînes en pierres de 
taille. 

Ainsi, dit M. de Caumont , on peut trouver la filiation 
de ces édifices et les rattacher à une souche commune , 
à un type qui dut être en usage aux époques antérieures 
au X% siècle, mais qui tirait son origine de plus haut et 
qu'on pourrait faire remonter jusqu'au baptistère St. -Jean 
de Poitiers. 

« Je viens de citer en courant , a continué jM. de Cau- 
« mont , quelques monuments mérovingiens et carlovin- 
« giens encore debout. 

« Mais si nous faisons Tinventaire des fragments, 
« tels que : chapiteaux , fragments de corniche , mou- 
« lures diverses , qui ont été replacés dans des édi- 
a fices postérieurs , ou même déposés dans des 
« musées, nous aurons à exploiter une mine consi- 
« dérable. 

« J'ai décrit et figuré dans le Bulletin monumental 
« (t. XXII) , quelques-uns de ceux provenant de Verlou , 
« près de Nantes, déposés dans le musée de cette 
ville. 

« J'ai cité deux chapiteaux anciens dans la crypte de 
« St.-Brice, faubourg de Chartres, reconnus par M. Paul 
« Durand. 

« On connaît, par la description que j'en ai donnée, 
« il y a 25 ans, les chapiteaux et les colonnes en mar- 
te bre qui existent dans la crypte de Jouarre qui renferme 
« des tombeaux extrêmement curieux. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 171 

J'ai figuré des chapiteaux de même style et de même 




CHAPITEAU MÉROVINGIEN DU MUSÉE d" ARLES. 



Cl époque que l'on voit au musée d'Arles. 

« Le musée de la Société des Antiquaires de Normandie 
a possède quelques fragments mérovingiens , provenant 
« de l'ancienne église de St.-Samson-sur-Risle ; d'autres, 
« provenant de la même abbaye , existent dans le mu- 
« sée d'Évreux. Je les ai figurés, il y a long-temps, dans 
« mon Cours d'antiquités (pi. XLVII). 

« Je citais dernièrement , dans le XXIP. volume du 
u Bulletin monumental , des moulures existant dans 
« les murs de la cathédrale du Puy et dans les bâtiments 
« voisins de cet édifice. 



172 INSTITOT DES PROVINCES DE FRANCE, 






l)il»M. 



JL 



iismiE 




ji iii"i" 



V 



« Peut-être doit-on citer aussi les sculptures incrustées 
«f dans la tour de St. -Germain d'Auxerre et que nous 
« avons reproduites dans notre Abécédaire d'arcliéo- 
« Logic, 




^^a 




« J'ai fait remarquer il y a long-temps, dans mon Cows 
« d'antiquités , que certains entrelacs , dont j'ai donné 
(' des spécimens et qui offrent quelquefois l'image de 
« nattes , peuvent caractériser une époque ancienne : 



1 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 173 

« nous les avons signalés aussi sur un des chapiteaux de 




« St.-Samson-sur-RisIe et sur un très-grand nombre 




l « d'agrafes mérovingiennes et carlovingiennes. 



i7ii INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« Le chapiteau de St.-Samson , qui vient d'être figuré, 
« nous offre encore un détail qui paraît aussi caractériser 
« une époque fort ancienne : ce sont des espèces de pal- 
<c mes allongées et peu fouillées qui garnissent les côtés 
« de la corbeille. Cet ornement, facile à sculpter, se voit 
u sur des pierres historiées replacées dans les parements 
M de certaines églises des XV, et XIP. siècles, con- 
« slruites avec des matériaux préexistants. Et s'il n'est 
(( pas toujours partout un caractère certain , au moins 
« annonce-t-il une date ancienne et , en général , anté- 
« rieure à la seconde moitié du XP. siècle. 

« Je pourrais indiquer bien d'autres fragments pré- 




COLONNE ET CHAPITEAU DE FLLDE, 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 175 

x( cieux , notamment ceux qui proviennent du palais de 
« Charlemagne à Ingeelhem et qui ont été récemment 
« publiés par M. Koach-Smitli , de Londres; ceux de 
« Fulde , signalés par M. le baron de Quast , Tannée 
« dernière , etc. , etc. , etc. 

« Mais il faut se borner à des indications; je pré- 
« pare un mémoire étendu sur ce sujet. Il suffît, et 
« je crois l'avoir fait, de démontrer que cette élude 
« est opportune, qu'elle peut être faite avec cer- 
a titude de succès et que le sujet est encore neuf. Il 
« résultera , de cette discussion , qu'il existe des carac- 
« tères au moyen desquels on peut reconnaître le 
« travail des époques mérovingienne et carlovin- 
« gienne , et que les matériaux ne manquent pas à 
« qui sait les rechercher et les examiner soigneuse- 
« ment. » 

La 19^ question présente également un vif intérêt, 
en ce qui touche la classification chronologique des 
sépultures aux époques mérovingienne et cariovin- 
gicnne. 

M. de Caumont cite une foule de tombeaux dont 
les couvercles portent une double croix ; une grande 
partie de ces sarcophages doivent être anciens : bien 
qu'on ne puisse affirmer que le type ne s'est pas per- 
pétué jusqu'au XP. siècle , M. de Caumont affirme qu'ils 
sont en général anlérieiîrs à cette date , quand d'ailleurs 
ils présentent à l'extérieur certaines moulures qu'il in- 
dique. 

M. Thiollet qui avait, il y a long-temps, dessiné la 
collection de tombes que l'on voit à Civeaux, en Poitou , 
a présenté ses dessins, M. de Caumont a désigné parmi 



176 INSTITUT ÛES PROVINCES DE FRANCE. 

ces types ceux qui lui paraissent antérieurs au XP. siècle. 
En voici quelques-uns. 




SARCOPHAGES DU POITOU 

{ Présumés antérieurs au XP. siècle, ) 



Après quelques observations présentées par MM. Bor-. 
deaux , Thiollet et Pernot , M, de Caumont reprend la 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 177 

parole et cite deux couvercles de sarcophages déposés au 
musée d'antiquités de Poitiers, et qu'il croit pouvoir être 
rapportés aux temps carlovingiens ou mérovingiens. En 
voici l'esquisse. 




Pagar sculp. 
DEUX COLVERCLES DE SARCOPHAGES CONSERVÉS AU MUSÉE DE POITIERS. 

Ils portent l'un et l'autre une croix dont la forme offre 






178 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

des rapports avec celle que M. Gomart a dessinée dans le 
caveau qui renferme le tombeau de saint Quentin , et dont 
l'antiquité ne peut être douteuse. 



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SCULPTURES DANS LE CAVEAU l^K SAINT QUENTIN. 

M. de Caumont a terminé en rappelant les quelques 
renseignements donnés, dans une séance précédente , par 
M. Darcel. Ces renseignements , très-sommaires, peuvent 
être complétés par les figures de tombeaux placées dans 
le vr. volume de son Cours d'antiquités et dans son 
Abécédaire d'archéotogie auxquels il renvoie , aussi bien 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 179 

qu'aux nombreux mémoires qui en ont traité dans les 
vingt-deux volumes déjà publiés du Bulletin monu- 
mental. 

Personne ne demandant plus la parole, M. le Président 
pose la 21*. question du programme, ainsi conçue : 

« La chronologie des cloches a-t-elle été suffisamment 
« étudiée ? A quelles causes doit-on attribuer la supério- 
« rite des cloches du moyen-âge, sous le rapport de la 
x( qualité du son ; quelles étaient la nature et la pro- 
<£ portion des métaux habituellement employés dans leur 
« fabrication? » 

M. le comte de Mellet a soulevé de nouveau cette ques- 
tion qui avait été posée déjà au Congrès de Chàlons , mais 
qui resta indécise. La pensée de l'auteur était de cher- 
cher à connaître quels pouvaient être les travaux ou les 
recherches à faire sur les cloches anciennes, au point de 
vue industriel ou de fabrication. Il en est , continue M. de 
Mellet, des cloches modernes comme des vitraux modernes: 
elles sont inférieures en qualité et en beauté de son aux 
cloches anciennes, plus durables et plus pures que celles 
d'à-présent. Enfin M. de Mellet se demande si cette supé- 
riorité incontestable tient au mélange de métaux qui, 
dit-on, étaient jetés dans le métal en fusion. 

Plusieurs membres du Congrès établissent que l'analyse 
du métal des cloches n'a pas fait retrouver la trace de 
métal précieux , ou n'aurait pu la faire reconnaître qu'en 
infime quantité. 

M. Parker, consulté sur la valeur et la quahté des 
cloches anglaises , dit que, depuis long-temps, on s'est 
occupé de cette question en Angleterre. Les analyses les 
plus précises n'ont jamais fait retrouver d'or ou d'argent. 



180 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Plusieurs cloches nouvelles sont excellentes et donnent 
des sons magnifiques. La qualité et la sonorité des cloches 
tiennent à la forme donnée au métal et aussi à l'épaisseur 
de ce métal. M. Denison a fait, à ce sujet, de longues et 
savantes recherches. 

Divers membres engagent une discussion sur la com- 
position du métal dit « métal de cloches » , avec lequel 
on fabriqua , durant la République , des sous qui avaient 
une couleur particulière. 

M. de Caumont pense qu'on n'a pas assez recherché et 
décrit les clochettes des églises. Il rappelle combien est 
curieuse la clochette romane dont M. Didron a publié 
des fac-similé, et voudrait qu'on recherchât toutes celles 
qui existent encore dans les trésors des églises. Un très- 
grand nombre remontent auXVI^ siècle. M. Du Chatelher 
vient de lui envoyer, pour être soumis au Congrès, le 
dessin d'une clochette de ce genre qui remonte à l'an 
1575. 

M. Parker, répondant à une nouvelle demande sur 
l'époque où l'on fit en Angleterre les plus belles cloches ; 
dit qu'on en fit de belles et de laides à toutes les époques ; 
que les cloches d'Angleterre ne lui semblent pas différer 
beaucoup de celles de France. 

MM. Tailliar,Gomart, Dréolle et Parker citent diverses 
cloches ou clochettes qui étaient durant le moyen-âge 
déjà célèbres, soit sous le rapport historique au point de 
vue des coutumes municipales , soit comme objets reli- 
gieux et reliques. Ces divers membres s'accordent à re- 
connaître le rôle important que les cloches communales 
ont été appelées à remplir dans l'histoire des villes du 
Nord de la France et en Belgique. Plusieurs ouvrages 
Ont été publiés sur ce sujet. 



182 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. de Caumont pense qu'il est toujours utile d'explorer 
les clochers de nos campagnes , pour visiter les cloches 
qui s'y trouvent et dont quelques-unes peuvent être très- 
anciennes. Il cite celle de Fontenailles (Calvados), décrite 
dans sa Statistique monumentale de ce département, et 
qui est de 1202. Bon nombre de cloches des XVP. , 
XVII*. et XVIIP, siècles portent des inscriptions qui 
méritent d'être relevées et publiées, parce qu'elles 
mentionnent , avec leurs titres et dignités , les notabilités 
du pays qui les ont nommées, le curé existant, etc. Tous 
ces documents sont intéressants pour l'histoire locale. 

M. le comte de iMailly dit qu'en effet l'histoire des 
cloches lui paraît fort importante : c'est dans l'étude des 
inscriptions qui couvrent les cloches anciennes , qu'on 
peut retrouver plus sûrement les noms des familles 
éteintes, qu'il serait en conséquence désirable que MM. 
les ecclésiastiques , au lieu d'engager leurs paroissiens à 
fondre les vieilles cloches, cherchassent au contraire à 
les conserver, ou tout au moins , si cela n'était pas pos- 
sible, ne négligeassent pas de relever et de copier, avec le 
plus grand soin , les noms et les armoiries des seigneurs 
bienfaiteurs de la paroisse, toujours inscrits ou gravés 
sur les cloches anciennes. M. de Mailly cite plusieurs 
cloches de la province du Maine , dont il a relevé et con- 
servé les inscriptions; il insiste surtout, pour que l'atten- 
tion de MM. les Curés de campagne soit de nouveau 
appelée sur tous les objets anciens qui appartiennent à 
leurs égUses. On pourrait solliciter l'appui des évêques. 

M. de Caumont , approuvant les idées exprimées par 
M. de Mailly, est forcé de reconnaître un mouvement de 
ralentissement pour les études archéologiques dans les 
séminaires : déjà, plus de quinze cours d'archéologie ont 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 183 

été supprimés , à sa connaissance , après avoir été faits 
pendant plusieurs années. C'est là un fait bien regrettable, 
en ce qui touche à l'instruction archéologique des curés 
de campagne , qui obtiennent souvent de leurs parois- 
siens des sommes assez considérables , destinées presque 
toujours à défigurer ou à gâter leur église par de préten- 
dues restaurations. M. de Gaumont cite plusieurs traits 
de curés de village qui rivahsent d'émulation pour tout 
« remettre à neuf. » 

Le mal serait moins grand , si l'éducation archéologique 
était plus générale dans les séminaires. Je désire, dit l'ora- 
teur, en terminant , que mes paroles soient consignées au 
procès-verbal de la séance. 

L'heure avancée ne permettant plus d'aborder une 
autre question , la séance est levée à Ix heures et renvoyée 
au lendemain. 

Le Secrétaire y 

Victor Petit, 
De l'Institut des provinces^ 



SEANCE DV 18 AVRIL 1857. 
( Présidence de M. Boulatignier , conseiller d'État. ) 

Le bureau est occupé par MM. de Gaumont, le comte 
de Mailly, le vicomte Du Moncel , Parker, le marquis 
DE Tanlay. 

M. de Bouis remplit les fonctions de secrétaire. 

M. Raymond Bordeaux lit le procès* verbal de la séance 
précédente , qui est adopté. 

M. Parker développe la pensée qu'il avait émise l'année 
dernière et qui a fait une nécessité de s'occuper , dans 



ISA INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

chaque Société archéologique des départements , de 
donner la date exacte des grands monuments du moyen- 
âge qui y ont été édifiés ; c'est le seul moyen de donner 
une base solide à l'histoire de l'architecture, qui est 
celle de la civilisation. Joignant l'exemple au précepte, 
M. Parker donne la liste suivante des dates pour quelques- 
uns d'entr'eux : 

1152-1182. L'abbaye de Kirstall (comté d'York). 
Style roman secondaire avec ogive. 

1155-1191. L'église de Senhs. Style de transition. 

1157-1211. La maison du Chapitre, à St.-Georges-de- 
Bocherville (Seine-Inférieure). Style roman secondaire 
de transition. 

1160-1185. Les arcades et la nef de la cathédrale de 
Bayeux. Style roman secondaire. 

1163-1182. Le chevet de l'église de St. -Germain- des- 
Prés. Style de transition très-lourd , moins avancé que 
Notre-Dame. 

1168-1212. La cathédrale de Soissons. L'abside du 
Midi appartient à la première église, commencée en 1168. 
M. Parker ne donne pas de date précise pour cette por- 
tion dont le style lui paraît très-mauvais. 

1168. La cathédrale de Sens. Une chapelle et quelques 
portions des murs sont de cette époque. Elle fut presque 
entièrement ruinée par un incendie en 118/i : la plus 
grande partie du monument est donc postérieure à cette 
date; il y a une grande ressemblance avec l'église de 
Coutances , du style de transition. 

1175-118/i. Le chœur de la cathédrale de Coutances, 
rebâti après l'incendie, est dans un style de transition 
très-remarquable , mais qui se modifiait pour ainsi dire 
chaque année. L'abside de cette église est dans un style 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 185 

presqu'entièrement gothique , très-léger. Les travaux 
furent achevés en 118/i. 

1177-118^1. L'hôpital et Péglise de St. -Jean, à Angers, 
fondés et bâtis dans le temps de Henri II , roi d'Angle- 
terre, comte d'Anjou et de Poitou , duc de Normandie et 
de Guyenne. Le style en est entièrement gothique, très- 
léger. C'est un des monuments les plus avancés. 

1186-1226. L'éghse de la ville d'Eu (Normandie). 
Style presqu'entièrement gothique très-léger, fort élé- 
gant, mais avec des restes du style roman secondaire. 

119/1. La cathédrale de Chartres , ruinée par un in- 
cendie sous cette date ; le monument fut reconstruit 
alors, il ne resta de la construction primitive que la 
crypte et quelques autres portions peu importantes. 

1195-1205. La chapelle de la St^ -Vierge dans la ca- 
thédrale de Winchester. Style gothique pur à lancettes. 

1 195-121/i. Une portion de la nef et la partie occiden- 
tale de l'église de l'abbaye de St.-Alban , dans le comté 
de Huts. Style gothique pur. 

1195-1200. Le chœur de la cathédrale de Lincoln. 
Style gothique pur, très-léger. 

1198-1215. Le jubé de la cathédrale d'Ely, dans le 
comté deCambrigde. Style gothique pur, très-léger, à 
lancettes tréflées. 

1207-1235. Cathédrale de Rouen , rebâtie après l'in- 
cendie. Style gothique primitif très-élégant et très-léger. 

l\'l. Challe pense qu'il faut reporter la construction de 
la cathédrale de Sens à une date plus ancienne. C'est 
avant llZi3 qu'elle fut commencée par Henricus Aper , 
évêque. Cela est prouvé par la chronique de Clarius , qui 
donne cette année comme celle où mourut Henri-Ie- 
Sanglier. Ce passage de la chronique de Clarius était 



186 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

ignoré, quoiqu'elle eût été publiée par Duchesne et dans 
le Recueil des liistoriens de France; il a fallu qu'on re- 
trouvât à la Bibliothèque impériale un manuscrit où ce 
passage omis dans les ouvrages imprimés peut se lire en 
ces termes : Hic (episcopiis) incipit r^enovare ecclesiam 
S', Stephani et in ecclesia majori nom. — Le pape 
Alexandre III consacra l'autel de St. -Pierre, en 1160. 

On sait que le chœur de Sens ressemble beaucoup à 
celui de l'église de Cantorbéry , on y retrouve le même 
style de transition du roman au gothique ; ce qui ne doit 
pas étonner puisque l'architecte de cette cathédrale 
d'Angleterre fut Guillaume de Sens. M. Challe croit en 
outre devoir faire remarquer que , dans la tour de plomb 
accolée à l'église de Sens et qui fut construite, comme on 
le sait, par Philippe-Auguste, l'architecte revint davantage 
à l'architecture romane, ce qui aurait pu induire en erreur 
si on n'avait pas eu de documents écrits qui prouvent 
qu'elle est postérieure à l'église d'environ soixante années; 
car on sait , par la chronique du moine Godefroid , que 
l'incendie qui détruisit l'église eut lieu en 118/i. 

M. Raymond Bordeaux demande qu'on continue à 
placer cette question sur le programme du Congrès , et à 
la recommander à l'attention des Sociétés archéologiques. 
11 signale l'église ogivale des Andelys qui appartient au 
XIIP. siècle , dans laquelle il a découvert dernièrement 
une inscription dont il a pris l'empreinte : son état 
illisible présente un problême fort curieux. 

M. de Caumont exprime le désir que M. Parker précise 
mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici les caractères du style 
Planlagenet. 

M. Parker répondra à celte question dans une pro- 
chaine séance. 



CONGRÈS DES ACADEMIES. 187 

M. le comte de Mailly croit qu'il faut expliquer le 
passage du style roman à Togival par la nécessité des 
toits élevés dans notre climat qui a fait élever l'arc des 
voûtes. 

M. de Bonis ne peut partager cette opinion , qui ne lui 
parait pas justifiée par les toits de nos grands édifices , 
qui n'avaient pas , à l'origine de l'architecture ogivale , 
l'élévation qui leur fut donnée plus tard au XIV^ et au 
X\\ siècle. 

M. le comte de Mellet fait observer que l'origine de 
l'ogive a été traitée bien des fois; qu'elle n'est pas 
soumise au Congrès en ce moment. 

M. Parker veut profiter de sa présence au Congrès pour 
parler des deux églises décrites par M. l'abbé Cochet , 
dans le Bulletin monumental : la première a été rebâtie 
au XIIP. siècle dans le style ogival; la seconde, du 
XIII*. siècle aussi , mais un peu moins ancienne , appar- 
tient au style roman. 

La discussion sera continuée dans la prochaine séance. 

IjC Secrétaire^général i 
De Bouis. 



SEANCE DU 20 AVRIL 1857. 

Présidence de M, Nicias Gaillard , président à la Cour de 
cassation}. 

Siègent au bureau : MM. de Caumont ; Boulatignier ; 
l'abbé Lalanne , directeur du collège Stanislas ; d'Ozou- 
VILLE ; le baron Ernouf. 

M.R. Bordeaux remplit les fonctions de secrétaire. 



188 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

La 26^ question est mise en discussion. En voici le 
texte : 

« IN'est-il pas utile que les Sociétés savantes s'occupent 
« d'études hagiographiques plus qu'elles ne l'ont fait jus- 
« qu'ici? Doivent -elles laisser, comme elles le font, 
(( avancer ou retarder de plusieurs siècles , la venue des 
« premiers apôtres de nos diocèses ? » 

M. de Gaumont voudrait que, au moment où, dans tous 
les départements on s'occupe de ces études , les Sociétés 
savantes intervinssent. 

M. le comte de Mellet croit que tout le monde doit être 
d'accord sur l'utilité et l'intérêt des études hagio- 
graphiques : les saints ont joué un rôle éminent dans notre 
pays ; les uns , comme grands agriculteurs ; les autres , 
comme érudits ou comme orateurs ; d'autres enfin , 
comme mêlés aux affaires publiques. 

Quant au second point de la question , l'extrême anti- 
quité de l'arrivée de ces premiers missionnaires est plus 
délicate à traiter pour les esprits modérés. Les traditions 
anciennes méritent l'examen : il en est qui doivent avoir 
de l'autorité, d'autres qui doivent être discutées. Il ne 
faut pas croire que jusqu'au XVIP. siècle tout fût sous 
l'éteignoir. Cependant, au XVIP. siècle, on a révisé très- 
sévèrement l'hisloire de la vie des saints. Nous voudrions 
pouvoir dire qu'on l'a fait sans prévention ; mais parfois 
le vent souffle d'un seul côté et alors il faut que toutes 
les feuilles soient balayées de ce côté-là , tant l'entraîne- 
ment est grand I Sans être sévère pour certaine école , 
il est bon de réviser ces travaux hypercriliques du XVIP. 
siècle, et cette tâche doit appartenir légitimement à la 
moitié du XIX^ siècle , qui sera assurément une époque 
de réparation. Il est impossible de ne pas tenir compte 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 189 

du livre si savant de M. l'abbé Faillon , directeur au 
séminaire St.-Sulpice , les Monuments de l'apostolat 
de sainte Madeleine; et, dût-on ne pas avoir une convic- 
tion entière et garder des doutes , il faut reconnaître la 
haute valeur de ce livre érudit. 

' M. d'Ozouville , qui a publié sur ce sujet un recueil de 
lettres adressées au R. P. Piolin, bénédictin de l'abbaye 
de Solesmes (1) , est d'un avis diamétralement opposé. 
Suivant lui, tout l'ensemble du volume des Monuments 
de Provence ne contient, il faut bien l'avouer, qu'une 
immense illusion. On peut s'étonner , en effet, que les 
quinze principaux monuments qui servent de base à cet 
échafaudage soient restés inconnus jusqu'en 18Zi6. Le 
principal de ces documents, restés inédits jusqu'alors, est 
une Vie de sainte Madeleine , attribuée à Raban Maur, 
archevêque de Mayence vers 850 , et trouvée à Oxford , 
en Angleterre. Cette vie n'a d'autre rapport avec Raban 
Maur que de porter en tête le premier de ses deux noms: 
Rabanus, — De vita B. M. Magdalenœ ; elle n'a jamais 
été comprise dans les œuvres de l'archevêque de Mayence. 
En examinant cette vie, on trouve une foule de points 
qui permettent de reconnaître qu'elle a été écrite en 
Angleterre vers le milieu du XV^ siècle, et on y rencontre 
des passages motivés par l'hérésie contemporaine de 
Wicleff , sur le culte des images, la confession et l'abso- 
lution par le prêtre. De plus ce manuscrit contient un pa- 
rallèle entre sainte Marie-Madeleine et saint Jean-Baptiste, 

(!) Origines chrétiennes de ta Gaule; — Lettres au K P, 
Piolin; vol. in-8«., avec supplément, ensemble 328 pages. A 
Paris, chez Julien et Lanier, rue de Bussy, à» Prix : h fr. 



190 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

parallèle étrange, car aucun point de comparaison n'existe 
entre ces deux saints personnages. Or, il faut savoir que le 
collège d'Oxford , où cette légende a été trouvée , est 
dédié à sainte Madeleine et à saint Jean-Baptiste. De plus, 
ce collège a été fondé vers lZi50 , et c'est précisément 
Tépoque de la calligraphie du manuscrit. Cependant tout 
d'un coup , sans autorité et sans l'autorisation de per- 
sonne , l'éditeur d'une nouvelle édition des Pères de 
l'Église a inséré, dans sa collection, sous le nom de 
Raban Maur, cette vie jusque-là inédite de sainte Marie- 
Madeleine. Et voilà ce qui explique l'engouement nouveau ; 
car, comme l'a dit l'honorable préopinant, il est des temps 
où le vent se met tout d'un coup à souffler et à balayer du 
même côté les feuilles. Cette fois , ce ne sont pas seule- 
ment les feuilles qui ont été entraînées , mais aussi les 
arbres les plus forts et les plus verts. Voilà comment on est 
arrivé à substituer l'autorité d'un texte apocryphe, soi-di- 
sant de Raban Maur, à l'autorité admise jusqu'alors de 
Grégoire de Tours , de tous les autres monuments et de 
Raban Maur lui-même , dont le martyrologe fait mourir 
saint Lazare dans l'île de Chypre, où il était évêque , et 
sainte Marie-Madeleine à Jérusalem. 

Sur le fond de la question , M. d'Ozouville passe en 
revue d'autres arguments ; il rappelle que le premier à 
avoir contredit Grégoire de Tours et les autres titres de 
ce côté, est Hilduin, abbé de St.-Denis. A la fin du VIII*. 
siècle et au commencement du IX*. , l'Empire grec re- 
cherchant l'alliance de Charlemagne et ensuite de Louis- 
le-Débonnaire , le patriarche de Constantinople Tarasius , 
avait émis l'opinion d'une identité d'origine religieuse 
entre les deux peuples. En 828, une ambassade célèbre 
apporta en France les œuvres attribuées à saint Denis 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 191 

d'Athènes ou l'Aréopagiste , le déclarant le même que 
saint Denis de Paris. Le manuscrit fut remis , par les or- 
dres de Louis-Ie-Débonnaire, à Tabbé Hilduin, avec invi- 
tation de rechercher ce qu'il trouverait sur saint Denis. 
L'abbé, au lieu de s'adresser à l'enseignement public 
universellement admis , borna ses recherches dans l'inté- 
rieur des archives de son monastère ou de l'Église de 
Paris , et prétendit y découvrir l'identité des deux saints 
Denis. Mais il y a long-temps que les preuves alléguées 
sont reconnues frappées de nullité. Quant à l'enseigne- 
ment public à l'époque d'Hilduin, M. d'Ozouville invoque 
l'autorité *de Fréculphe , évêque de Lisieux , élève de 
l'abbaye de Fulda , en Allemagne , et employé dans les 
affaires de l'ambassade grecque de 828; Fréculphe, écri- 
vant une histoire ecclésiastique pour l'éducation du prince 
Charles , depuis Charles-le-Chauve , n'a pas d'autre avis 
que celui de Grégoire de Tours ; il en est de même 
d'Usuard , qui écrivait son Martyrologe célèbre dans l'ab- 
baye de St.-Germain-des-Prés, là précisément où siège 
le Congrès. Avant Hilduin , sous Louis-le-Débonnaire , on 
ne parle que d'une lettre de l'église d'Arles au Saint- 
Siège , en UbO, On y voit la mission de saint Trophime at- 
tribuée à saint Pierre. Mais, sauf ce seul mot, toute cette 
lettre est conforme à Grégoire de Tours ; et il faut que ce 
mot soit une interpolation ou bien que le mot de Pierre 
ne s'y trouve que comme synonyme d'un successeur de 
saint Pierre. Ce dernier avis est celui qu'embrasse l'his- 
torien Fleury , tout partisan qu'il se montre d'une église 
gallicane apostolique. 

M. d'Ozouville conclut en disant qu'il serait très-fâ- 
cheux , historiquement et moralement de céder à l'en- 
traînement dont nous sommes témoins, et il pense qu'il 



192 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

est très-important que les Sociétés savantes résistent à un 
revirement si subit. 

M. de Bouis constate avec plaisir que notre époque 
soit revenue à des études si graves, naguères l'objet d'un 
ignorant dédain. 

(( Il proclame l'importance de l'hagiographie comme étant 
évidente, incontestable : elle est en quelque sorte à Tordre 
du jour ; la Société de l'Histoire de France , en publiant 
les Op^ra minora de Grégoire de Tours, et le Marty- 
rologe romain de Chastelain, répond à ce besoin de 
notre temps. En Normandie , plusieurs de nos ecclésias- 
tiques instruits se livrent à ces études avec ifne grande 
ardeur ; on s'attache d'autant plus à ces glorieuses ori- 
gines de notre église nationale , qu'il ne nous en restera 
plus que le souvenir. Sans doute , il n'est guère possible 
que , dans des matières de ce genre , il n'y ait pas d'er- 
reurs ; ces erreurs peuvent blesser la vérité, mais jamais 
la conscience de chacun de nous , qui reste libre dans 
son for intérieur d'accepter ou de refuser les opinions 
diverses. Dans les légendes , même les plus contes- 
tables , on trouve des renseignements sur les mœurs , 
les idées , les pratiques , la hturgie , qui éclairent d'un 
jour merveilleux beaucoup de questions historiques. Il y 
a donc un intérêt réel dans ces études méprisées , dé- 
daignées par le siècle précédent ; et nos confrères , par 
la discussion qui vient d'avoir lieu , me prouvent que les 
esprits sérieux attachent beaucoup de prix à de savants 
travaux sur ce sujet. » 

M. le comte de Mellet répond que les légendes du bré- 
viaire romain , dont l'origine est si ancienne , accordent 
à nos Saints la plus haute antiquité; car le bréviaire 
romain , introduit dans la Gaule sous Charlemagne , 



CONCxRÈS DES ACADEMIES. 193 

était récité bien avant le VIII*. siècle, dans le reste de 
l'Occident. 

M. d'Ozouville réplique que jamais Rome n'a entendu 
prononcer ex cathedra sur ce sujet , elle ne donne à ces 
légendes qu'une autorité liturgique et non pas historique. 
Pour rédiger le Martyrologe , Rome a consulté les tra- 
ditions des églises ; c'est ce qui est arrivé dernièrement 
à Limoges lorsqu'on a révisé la liturgie , ainsi qu'on peut 
le voir dans le Mémoire de M. l'abbé Arbellot sur l'apos- 
tolat de saint Martial. En laissant dans le bréviaire que 
saint Martial fut envoyé par les apôtres , Rome n'a pas 
dit que cela fût démontré historiquement , encore bien 
moins que l'on fût obligé d'y croire , mais seulement que 
telle est la tradition de l'église de Limoges. Rome a trouvé 
cette église en possession des honneurs apostoliques , et 
elle ne veut pas les lui ôter. Mais , d'après le pape saint 
Sozime , saint Trophime d'Arles est le premier évêque 
arrivé en Gaule , et ce fut de la ville d'Arles que les 
sources du christianisme se répandirent ensuite sur toutes 
les Gaules. C'est un enseignement historique que tous les 
documents des neuf premiers siècles viennent corro- 
borer. 

M. l'abbé Lalanne ne demande pas la parole pour pro- 
longer la discussion , il veut seulement dire avec quel 
intérêt il a entendu un entretien si savant. Il abordera 
seulement le point de savoir s'il convient que les So- 
ciétés savantes discutent ces questions. La vérité ne peut 
que gagner à être examinée , pourvu qu'elle le soit de 
bonne foi. Ces questions ne sont pas neuves ; il y a long- 
temps déjà qu'on a abordé ces matières. On trouve dans 
VHistoîre de l'Église gallicane du P. de Longueval, une 
dissertation spéciale sur l'antiquité des églises; or, 

9 



19Zl INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

n'admet , comme remontant aux temps apostoliques , 
qu'un petit nombre d'évêchés. 

A ce sujet, M. Gadebled résume en ces termes la bi- 
bliographie des principales sources hagiographiques : 

« Les sources où Ton peut puiser l'histoire des saints 
semblent être de trois sortes : 

1°. Les monuments matériels : statues , figures , effi- 
gies et inscriptions, qui ont été conservées, ou qui se 
retrouvent , et qui ont quelque rapport avec la vie des 
premiers apôtres connus. 

On sait que deux publications importantes : celle des 
Catacombes de Rome et des Inscriptions chrétiennes 
de la Gaule , de M. E. Leblant, sont en voie d'exécution , 
sous les auspices du gouvernement français. Elles se- 
ront, sans nul doute, de quelque intérêt pour l'hagiogra- 
phie. 

2", Les manuscrits. Le nombre en est grand , et il est 
douteux que , désormais, on en rencontre beaucoup qui 
déjà n'aient pas été publiés. 

3". Les livres imprimés. Depuis l'origine de i'impri- 
merie , plusieurs grandes publications contenant des 
Vies des saints ont été répandues. Le plus fameux de ces 
livres est celui de Voragine, connu sous le titre de 
Legenda aurea , œuvre du XV^ siècle , pendant le cours 
duquel il n'a pas eu moins de 70 éditions ; c'est, du reste, 
un travail un peu mythologique dans lequel Thistoire 
est quelquefois en défaut. Mais l'ouvrage le plus impor- 
tant de ce genre est celui qu'a pubhé Boninus Mon- 
britius , sous le titre de Vie des Saints. Ce recueil, 
imprimé à Milan , vers lZi80 , d'après des manuscrits 
extraits des archives de St. -Jean de Latran , offre les 
caractères d'authenticité les plus recommandables. Cité 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 195 

fréquemment jusque dans le milieu du XVIP. siècle , 
il semble avoir été injustement un peu oublié. Il est vrai 
que le Sanctuarium de Monbrilius est devenu très- 
rare. 

Nous possédons encore un ouvrage de même nature, 
le Spcculuni historiale, de Vincent de Beauvais , tant de 
fois réimprimé, quoique très- volumineux. Ce travail est 
conforme à celui de Boninus Monbritius , et mérite de 
fixer l'attention. 

D. Chifflet , dans un de ses opuscules , a traité des 
saints primitifs de la Gaule , mais en termes concis , n'en 
ayant rapporté que ce qui lui paraissait être vrai au point 
de vue de l'histoire. » 

M. d;Ozouville rappelle que ïertullien , parlant de la 
destruction de Pompéi arrivée en 79, remarquait alors 
qu'il n'y avait pas de chrétiens en Campanie ; et cepen- 
dant Pompéi était aux portes de Rome, 

M. l'abbé Lalanne réplique que saint Irénée de Lyon, 
au IP. siècle , indique qu'avant lui il y avait des chrétiens 
dans les Gaules. 

M. l'abbé Brullée , chanoine de Sens , objecte à son 
tour que Tertullien , au IP. siècle , parle des églises ré- 
pandues dans les Gaules. 

M. d'Ozou ville entre dans des détails spéciaux et des 
applications à différents évêchés. 

M. l'abbé Lalanne remercie M. d'Ozouville de sa sa- 
vante dissertation : son érudition a vivement intéressé , 
et M. l'abbé Lalanne déclare que son sentiment diffère 
très-peu de l'opinion de M. d'Ozouville. 

M. le comte de Mellet voudrait qu'en formulant la 
question on s'en tînt à la première partie, ainsi conçue : 



196 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« N'est-il pas utile que les Sociétés savantes s'occupent 
« d'études hagiographiques plus qu'elles ne l'ont fait jus- 
« qu'ici ? » 

Faut-il admettre la seconde partie : 

« Doivent-elles laisser , comme elles le font , avancer 
« ou retarder de plusieurs siècles , selon le bon plaisir de 
« tels et tels , la venue des premiers apôtres de nos 
« diocèses? » 
M. de Caumont, qui se déclare l'auteur de cette question, 
en demande le maintien : il l'a posée , à la demande d'un 
grand nombre de personnes qui avaient envoyé diverses 
formules qu'il a fondues ensemble : 

Sur la proposition de M. Boulatignier, les mots selon le 
bon plaisir de tels et tels sont seuls supprimés. 

L'un des Secrétaires-généraux , 
Raymond Bordeaux. 

A l'ouverture de la séance suivante (du mardi 21 
avril), M. Bizeul a donné communication au Congrès 
de la note suivante , qui résume son opinion sur celte 
question de la prédication du christianisme dans les 
Gaules : 

Il me semble qu'on s'est un peu jeté en-dehors de la 
question. Il ne s'agit point d'élever des doutes sur l'exis- 
tence d'aucun saint ; personne ici ne me paraît être dans 
l'intention de devenir un dénicheur de saints , comme le 
docteur Launoy au XYIP. siècle; et bien moins encore, 
Dieu merci, de se produire comme sectateur de la philoso- 
phie incrédule du XVïIP. siècle : je ne vois parmi nous que 
des gens pleins de respect non-seulement pour la religion 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 197 

mais encore pour les vénérables personnages que TÉglise 
a canonisés. Les saints sont donc ici tout-à-fait hors de 
cause. 

Ce qu'on recherche, c'est l'époque à laquelle quelques- 
uns d'eux sont venus apporter le christianisme dans la 
Gaule , l'y faire fleurir et y former des agrégations reli- 
gieuses^ devenues plus tard ces évêchés dont la Notice des 
provinces nous a conservé les noms primitifs , et dont la 
plupart existent encore aujourd'hui. 

On a, certes , pendant long-temps cru qu'un assez grand 
nombre de ces pieux missionnaires avaient été envoyés 
dès le temps des apôtres. Chaque église aimait à rivaliser 
d'antiquité et ne se faisait pas faute, pour y parvenir, d'invo- 
quer des légendes plus ou moins authentiques; il en a été 
ainsi dans l'histoire civile^ qui, sous la plume de Tite-Live 
et de Justin comme sous celle des chroniqueurs du moyen- 
âge , a enveloppé les premières origines des peuples 
dans une accumulation de faits peu sûrs et d'époques 
fabuleuses. 

Les savants les plus renommés des XV^ et XVP. siècles 
ont accepté tout cela , sans la moindre répugnance. La 
critique historique n'était pas née encore. Mais , avec le 
XVIP. siècle, sont venus les grands et beaux travaux des 
congrégations savantes. Les Bénédictins et surtout les 
Bollandistes ont jeté une éclatante lumière sur la question 
qui nous occupe. Ils ont jugé avec une juste sévérité ces 
légendes pleines d'anachronismes, œuvres pour la plu- 
part des XP. et XIP. siècles et données en composition 
à de jeunes religieux. C'était le roman d'alors. 

Cette saine critique s'est égarée dans le XVIIP. siècle. Ce 
genre d'étude a disparu à peu près, sous le règne tyrannique 
des opinions philosophiques , et en présence de la triste 



198 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

frivolité de l'époque. Aujourd'hui qu'une réaction con- 
traire s'est manifestée , aujourd'hui que la méthode et 
les recherches historiques sont loyales et consciencieuses , 
ne pouvons-nous donc pas reprendre le thème des Bollan- 
distes et discuter le plus ou le moins de probabilité 
que présente , sous le rapport des époques , la mission 
sainte des apôtres de la Gaule ; apprécier ces traditions 
fort anciennes sans doute, mais qu'on peut, sans hérésie, 
combattre et ne pas admettre ? 

Cette étude se lie à une autre grande étude , celle de 
l'histoire de la Gaule aux IV^, V^ et VI*. siècles. 
Quelques bons esprits l'ont ébauchée, en traitant de 
l'établissementde la monarchie française. Chacun de nous 
ne peut-il pas essayer d'en éclaircir quelque partie ? 

Il est une chose qui m'a frappé dans la discussion , et 
que je crois devoir signaler ici , c'est qu'en parlant de 
l'importation de la religion chrétienne dans la Gaule, on. 
comprend toujours la Gaule dans son intégralité. C'est 
une faute grave, à mon avis. Il me semble impossible 
que cette importation ait été faite à une même époque. 
11 est sensible que les premières prédications, les pre- 
miers étabhssements sérieux, doivent avoir eu lieu dans 
cette lisière bordant l'Italie, dans cette Gaule narbon- 
naise , déjà romaine bien avant la conquête ; à Arles , à 
Lyon , à Autun , dans toute cette partie allant de la 
Méditerranée aux bords du Rhin ; dans cette partie de 
la Gaule que les historiens romains ont seule connue , 
dont ils ont uniquement parlé, tandis qu'ils ont gardé 
le silence le plus complet sur tout le reste. Or, ce reste 
se composait de tout l'Ouest de la Gaule, de ce que la 
Notice de l'Empire nomme le Tractus Armoricanus , 
formé de deux des Aquitaines , de deux des Lyonnaises et 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 199 

de la Sénonie ; je pourrais même y ajouter le Tractus 
JServicanus, ou la première Belgique. 

Comment saurions-nous quelque chose de tout ce 
pays, sous le rapport de l'introduction du christianisme 
au I". siècle de notre ère, quand nous ignorons 
complètement ce qui s'y est passé sous le rapport poli- 
tique? Réduits à raisonner par induction, comment 
croire que ce vaste territoire occidental avait dès-lors 
des apôtres, des évoques, enfin des églises fondées, quand 
les premiers martyrs de la Gaule ne remontent qu'à 
l'an 177 ? 

Il faut avouer que, si les partisans d'un apostolat rela- 
tivement plus moderne n'ont pas une somme bien com- 
plète de preuves , les plus sages inductions sont vérita- 
blement pour eux; tandis que leurs adversaires ont à 
peine à présenter des traditions que la moindre critique 
fait disparaître , ainsi que l'a si bien prouvé , dans la 
dernière séance , le savant M. d'Ozouville. 

Dans une pareille question , les études doivent être 
larges. Il faut montrer le fort comme le faible et ne rien 
dissimuler; il faut , s'il est possible , débarrasser la ma- 
tière de tous ses nuages et nous efforcer de l'élever au 
rang de thème véritablement historique ; il faut qu'on 
voie bien clairement que tous nos efforts ont tendu à la 
recherche de la vérité , si nous ne voulons pas que nos 
travaux soient jugés avec un dédain, souvent fort igno- 
rant , par ceux qui sont hostiles à tout ce qui a rapport à 
la Religion , jc'est-à-dire par nos vrais adversaires à tous. 



SOCf INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

SÉANCE DU 21 AVRIL. 

( Présidence de M. le comte de Mailly. ) 

Le bureau est composé de MM. Bourjot Saint-Hilaire, 
BouLATiGNiER , DE Caumont , directeur ; A. de Bure. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. le Directeur annonce que Tordre du jour appelle la 
discussion des questions 27, 28, 29 et 30 du programme, 
relatives à l'histoire de Tagriculture. 

Il pense qu'il importe beaucoup que les Sociétés sa- 
vantes, à l'exemple de la Société d'agriculture, sciences 
et arts de l'Eure , s'occupent à provoquer des recherches 
et des travaux sur l'état de l'agriculture et des agricul- 
teurs au moyen-âge , de manière à faire connaître les 
procédés de culture, les plantes cultivées, le prix des 
terres , celui des fermages , la disposition des bâtiments , 
granges, écuries et autres pièces, destinés à l'exploitation 
rurale , en même temps que leur construction. Il faut 
aussi recueillir tout ce qu'on pourra sur les anciens in- 
struments aratoires et les outils. On a déjà dans les plans 
des abbayes de bonnes indications , qui peuvent servir 
de point de départ. Le plan de l'abbaye de St.-Gall a été 
publié en Angleterre avec d'excellents commentaires , il 
fournit déjà de précieux renseignements ; un autre ou- 
vrage excellent à signaler sur ces études est celui de 
M. L. Delisle , couronné d'abord par la Société libre 
de l'Eure , puis par l'Académie des inscriptions , qui 
appellera bientôt , sans aucun doute , l'auteur à siéger 
dans son sein. Depuis lors , ajoute M. de Caumont , 
M. Delisle a continué à compléter ses documents. Le car- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 201 

tulaire de St.-Vigor de Bayeux lui a permis de fixer, d'une 
façon assez positive, le prix des fermages dans cette 
portion de la France au XIIP. siècle. Beaucoup de rou- 
leaux de comptes, jusqu'à ce jour restés inexplorés dans 
nos archives, amèneront, sans aucun doute, à des 
conclusions solides ceux qui pourront se livrer à ces 
études. 

M. le comte de Mailly ajoute aux documents signalés 
par M. de Caumont, qu'on trouvera des renseignements 
très- précis dans les anciens aveux et dans un livre fort 
ancien , intitulé : De la propriété des choses, 

M. Gadebled pense que M. L. Delisle, dans son savant 
ouvrage sur VÉtat de L'agriculture au moyen-âge , en 
Normandie , s'est trop inspiré des documents fournis par 
les cartulaires des abbayes ; il aurait désiré qu'à ceux-ci 
il en eût adjoint d'autres , tirés des archives civiles , c'est 
ainsi, par exemple, qu'il eût trouvé, dans cette salle 
basse et humide , qui est une véritable cave , dans les 
archives du Palais-de- Justice de Rouen, si riches et si 
heureusement conservées jusqu'à nous , une collection 
de plus de 12,000 volumes des actes des tabellions et des 
notaires , depuis le temps de Philippe-le-Bel jusqu'à la 
Révolution. Les savants qui voudront écrire sur l'histoire 
de l'agriculture au moyen-âge , doivent certainement ne 
pas négliger une source aussi abondante de renseigne- 
ments. Il rappelle que le livre De la propriété des 
choses est dû à un moine savant du XIV^ siècle, nommé 
Barlholomeus de Brambella, et que la singulière tra- 
duction de son titre : De proprictate 7^einimy qui fut 
adoptée , l'a fait nommer le propriétaire des choses. 

M. Boulatignier fait remarquer que , dans la manière 
dont on avait conçu jusqu'à notre temps l'histoire natio- 



202 INSTITUT DES PPiOVINCES DE FRANCE. 

nale, beaucoup de matières se trouvaient comme englobées 
dans une histoire écrite d'une façon trop générale. Il faut 
revenir à des études plus spéciales sur des matières trop 
négligées, comme celle de l'histoire de l'agriculture. Il y 
a des époques où les documents manquent, et il faut bien 
se garder de tomber dans cette dangereuse pratique de 
quelques écrivains , signalée par M. Daunou , qui sont 
d'autant plus affîrmatifs qu'il y a moins de preuves et qui 
commencent à douter lorsque le nombre des monuments 
écrits leur permettrait d'asseoir leurs jugements. Il y 
a donc un intérêt réel à poursuivre l'exploration des 
sources. 

M. deLonguemar et M. l'abbé Barbier de Montault, 
de Poitiers, n'ayant pu assister au Congrès, ont envoyé 
des notes fort étendues, sur les travaux agricoles au 
moyen-âge, dont les zodiaques nous ont transmis les 
diverses époques. 

M. le Secrétaire donne lecture de ces deux travaux qui 
répondent à la 29*. question du programme. 

M. Paquerée fait remarquer que l'examen des zodiaques 
pourrait faire croire que l'ordre des saisons a changé; 
cependant, si Ton veut bien se souvenir qu'il y a des années 
où l'on vendange exceptionnellement en septembre, quoi- 
que cela arrive plus ordinairement en octobre, on pourra 
penser que les artistes qui ont sculpté ou peint les zo- 
diaques , étaient libres de choisir une des deux époques. 

Il faut ajouter d'ailleurs que les artisans maçons ou 
les moines dessinateurs des manuscrits, qui en sont les 
auteurs, voyageaient; qu'ils ont pu adopter pour la 
représentation du Zodiaque, celle qui était adoptée dans 
leur province et porter dans le Nord celle du Midi , et 
réciproquement. Il termine enfin par cette considération 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 20S 

que les agriculteurs, même à peu de distance les uns 
des autres , ont pu avoir des méthodes différentes : 
ainsi, près de Bordeaux, on taille la vigne en octobre, 
tandis qu'à dix kilomètres de là , dans la Dordogne , on 
la taille en mars. Rien donc ne lui semble prouver le 
changement des saisons. 

M. Sellier appuie l'observation tirée des deux époques 
pour le provignage qui se retrouve en Champagne. 

M. de Caumont insiste sur les connaissances utiles, 
pour la forme et la nature des instruments d'agriculture, 
qu'on peut obtenir par les représentations de ces zodia- 
ques. Les charrues , les herses , les rouleaux , les serpes , 
les faux , les faucilles, s'y retrouvent avec les formes que 
nous voyons autour de nous. 

La séance est levée à cinq heures. 

* ^ Le Secrétaire, 

DE Bouis. 



SÉANCE DE CLOTURE DU 22 AVRIL. 

( Présidence de M. de Keridec. ) 

MM. RossEY , le comte Van der Straten-Ponthoz et 
le vicomte de Cussy composent le bureau. 

M. Raymond Bordeaux remplit les fonctions de secré- 
taire. 

Aucune discussion ne s'est élevée sur la30^ question, 
qui était ainsi conçue : 
« Les Sociétés d'agriculture ne doivent-elles pas re- 



204 INSTITUT DES PrxOVINCES DE FRANCE. 

« cueillir toutes les traditions relatives aux anciens pro- 

« cédés de culture ; les pratiques qui vont cesser , les 

« meubles qui vont disparaître, ne méritent-ils pas 

« qu'on en conserve le souvenir? Ne sont-ce pas là des 

« éléments précieux pour Thistoire de Tagriculture ? » 

On donne lecture de la SI*", question, ainsi conçue : 

« Quelle est la puissance des Sociétés savantes pour la 
« production et l'élaboration d'œuvres sérieuses ? Dans 
« quels cas la supériorité des travaux collectifs se ren- 
« contre-t-elle ? Quand et comment la division du tra- 
« vail est-elle possible et nécessaire ? L'association est- 
<( elle possible pour les monographies , etc. ? » 

Cette question ne donne d'abord lieu à aucune obser- 
vation , plusieurs exemplaires du programme ne la portant 
pas à son rang d'ordre. Cependant la question ayant été 
relue , M. Sellier a formulé son opinion en ces termes : 

« Il est difficile que le même homme, à moins d'être 
une rare exception , élabore seul une œuvre qui suppose 
tout à la fois des connaissances scientifiques ou littéraires 
très-diverses. Lorsqu'il s'agira donc d'une œuvre de cette 
nature, la mise en commun des travaux des capacités de 
diverses sortes qui se rencontrent dans les Sociétés sa- 
vantes , pourra présenter de grands avantages ; il n'en 
serait pas de même s'il s'agissait de la confection d'un 
ouvrage qui dût conserver , par son unité , le cachet de 
son auteur. L'association serait encore utile pour les mo- 
nographies , surtout celles qui s'appliquent aux monu- 
ments , car elles doivent comprendre , avec la partie 
historique , la description détaillée de l'édifice , celle des 
objets d'art qui s'y rencontrent et la reproduction du tout 
par le dessin. Chacune de ces parties du travail pourrait, 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 205 

on le conçoit, être confiée à autant de spécialités diffé- 
rentes , et l'ensemble ne pourrait qu'en profiter. » 

M. Bordeaux croit qu'en fait on suppose aux Sociétés 
savantes une puissance d'élaboration beaucoup plus 
grande que celle que ces Compagnies possèdent réelle- 
ment. Trop souvent , dans le sein même du Congrès , 
quand une question paraît difficile et lourde à traiter , 
un bon nombre de voix sont d'avis de la renvoyer aux 
Sociétés savantes des départements. Cependant ces so- 
ciétés mènent très-rarement à bonne fin des travaux sé- 
rieux et de longue haleine : la plupart sont encombrées 
d'une foule de membres inertes et impropres à tout la- 
beur soigné. Ceux même qui agissent manquent souvent 
de persévérance, et ne travaillent que par veine et pour 
charmer quelques loisirs passagers. Le recrutement de 
ces compagnies est d'ailleurs parfois difficile, et on se 
trouve forcé d'admettre dans certaines sociétés des ^gens 
peu lettrés, et dont le rôle est tout simplement celui d'un 
abonné. Les premières académies provinciales , formées 
au siècle dernier, étaient autrement difficiles sur les ad- 
missions, et le titre d'académicien , même en province , 
avait sa valeur. 

Aujourd'hui, un bon nombre de sociétés sont des 
espèces de cercles où l'on est reçu pour son argent. 
C'est même un heureux hasard quand ces associés su- 
perflus veulent bien garder un silence modeste ; car , 
trop souvent , ils contribuent à grossir les collections 
généralement encombrantes, de poésies incolores, de dis- 
cours verbeux , et de rapports sans portée. Les Sociétés 
savantes produisent, chaque année, des monceaux de 
volumes qui vont s'entasser dans les greniers des biblio- 
thèques , et où les bons mémoires sont vraiment noyés 



206 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANGE. 

dans le pêle-mêle des articles de remplissage. Trop de 
sociétés tiennent absolument à faire paraître régulière- 
ment un volume. 

Mais ces travaux sont rarement collectifs. Les travaux 
collectifs sont en général Tœuvre de commissions , les- 
quelles ne font rien , ou produisent ces rapports indigestes 
dont je parlais tout à l'heure. Comment faire un travail 
collectif dans certaines villes où chaque spécialité compte 
souvent à peine un seul adepte ? S'agit-il de faire de Tar- 
cliéologie ? comment entreprendre une œuvre collective 
si vous n'avez qu'un archéologue ? Si vous en aviez deux , 
encore faudrait-il qu'ils s'entendissent. Il arrive alors 
ce que j'ai vu : on compose une commission d'agriculture 
avec un fermier , un poète , un receveur d'enregistre- 
trement , un mathématicien et un notaire. Ou bien on 
donne à juger une question scabreuse d'archéologie à un 
groupe de membres dans lequel on fait entrer, par 
exemple, un ou deux employés quelconques, un journa- 
liste , un instituteur , un horticulteur , un ingénieur et 
deux ou trois plaisants bien décidés à rire de l'archéo- 
logie et de ceux de leurs confrères qui croient en faire 

sérieusement Les beaux résultats que l'on obtient 

alors! 

Cependant cet état de choses, trop général dans la plupart 
des villes, est fâcheux. Certains travaux, par leur étendue, 
par leur caractère complexe , s(5nt au-dessus des forces 
d'un seul homme. Comment mènera bien, par exemple, la 
flore d'une contrée sans collaborateurs ? Combien serait-il 
profitable de voir unir des spécialités diverses à l'accom- 
plissement d'un même but ? Voici une cathédrale à décrire : 
qui osera tout seul en entreprendre l'étude? qui se déci- 
dera à dépenser plusieurs années de sa vie à exécuter une 



CONGRÈS DES ACADÉMIES, 20l 

monographie qui procurerait peu de gloire ? Mais si l'ar- 
chéologue, promoteur et directeur de l'œuvre, avait, 
pour le seconder, des collaborateurs zélés; si, tandis 
qu'il rédige le texte, un paléographe scrutait les ar- 
chives ; si un architecte levait les plans , dessinait les 
coupes, traçait les profils , cotait les dimensions ; si un 
ou plusieurs dessinateurs amis faisaient les dessins d'en- 
semble , les vues , les intérieurs ; si un autre photogra- 
phiait les statues ; si , la besogne se partageant de plus 
en plus , on trouvait un homme de bonne volonté pour 
calquer les vitraux , un second pour estamper les pierres 
tombales , un troisième pour mouler les détails délicats : 
n'est-il pas évident que l'on élèverait , comme par en- 
chantement et en quelque sorte sans effort , un monu- 
ment à l'art et à l'histoire? Mais , supposez qu'une même 
ville recèle assez d'hommes instruits qui s'entendent 
pour mener à bonne fin une pareille œuvre , l'éditeur 
manquera, et cependant c'est un des services que 
peuvent rendre les Sociétés savantes , que de publier des 
ouvrages au-dessus des ressources de simples parti- 
culiers. 

M. le marquis de Ménilglaise ne croit pas que l'on 
puisse trouver de formule ni de principe pour servir de 
réponse et de solution à la question. La question est une 
question de fait, sans conclusion rigoureuse : tout 
se réduit à dire qu'il faut obéir aux circonstances. Quand 
quelqu'un peut faire le travail tout seul , qu'il le fasse , 
sinon que l'on se groupe. 

On passe à l'examen des questions 32, 33, 3/i , 35 , 
36 et 37 , ainsi conçues : 
« Quels principes orthographiques doivent être sui* 



208 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« vis dans la publication des anciens manuscrits? — 
« Faut-il pousser l'exactitude jusqu'à proscrire la ponc- 
« tuation, les accents et l'usage des capitales ? » 

« Quelles règles convient-il d'adopter dans la réim- 
« pression des anciens documents et des anciens auteurs 
« Doit-on , lorsque d'ailleurs on conserve la vieille or- 
« Ihographe, introduire la distinction actuelle entre les 
i( I , les J , les U et les V ? Jusqu'à quel point faut-il res- 
« pecter les fantaisies orthographiques introduites à la fin 
« du XVIIP. siècle par quelques imprimeurs , telles que 
(( la multiplication des lettres capitales , la suppression 
« des lettres doubles , etc. ? » 

« Pour préciser ces règles , ne doit-on pas distinguer 
({ le cas où il s'agit de la reproduction intégrale d'un 
« ancien écrivain , et celui où il s'agit de citations in- 
« corporées dans un ouvrage moderne ? » 

« Déterminer les principes à suivre pour la reproduc- 
« tion des inscriptions , des lettres et documents auto- 
« graphes, des manuscrits écrits avec soin , des impres- 
« sions rares et la publication des simples archives, ou 
« la réimpression d'ouvrages courants et sans physio- 
V nomie typographique. » 

« N'est-il pas urgent d'adopter, en cette matière, un 
« système raisonné en présence de la bigarrure et des 
« errements contradictoires suivis, dans la plupart 
« des publications faites par les Sociétés des dépar- 
ie tements ? » 

« La rédaction d'un Manuel où les divers systèmes or- 

. « thographiques français seraient classés par époques ; 

<( où les règles typographiques des divers siècles seraient 

« formulées , ne serait-elle pas utile pour les éditeurs et 

« les imprimeurs ? » 



CONGRES DES ACADÉMIES. 209 

M. Bordeaux ouvre la discussion en ces termes : 

J'ai proposé h M, de Caumont la position de ces ques- 
tions sur notre programme , à cause de l'embarras que 
l'on éprouve lorsqu'on a à faire imprimer des textes an- 
ciens. J'ai éprouvé moi-même cet embarras et je me 
suis trouvé dans une grande perplexité en présence des 
méthodes contradictoires et des usages très-différents des 
imprimeries auxquelles j'ai eu affaire. Il m'a semblé que 
le Congrès ferait bien de tracer quelques règles pour 
servir de guide en cette matière , où l'on est livré à toutes 
les variations des protes et des correcteurs. 

M. Sellier formule ainsi son opinion : 

« La 32*. question s'applique aux anciens manuscrits ; 
c'est-à-dire , à des ouvrages qui n'ont pas encore vu le 
jour. Ces ouvrages peuvent être publiés dans deux buts 
différents : ou l'on veut en faire l'objet d'une lecture que 
j'appellerai courante, par exemple , s'il s'agit de manu- 
scrits contenant, soit des documents historiques, soit des 
mémoires qui peuvent intéresser le public ; ou bien la 
publication de ces manuscrits ne s'adresse qu'à un petit 
nombre d'hommes éminents, comme une sorte de curio- 
sité littéraire , scientifique ou artistique. 

Dans le premier cas , c'est l'orthographe courante qu'il 
faut adopter, avec la ponctuation et les accents actuelle- 
ment en usage ; dans le second , il faudra se conformer 
exactement à l'orthographe de l'auteur , et supprimer 
comme lui , la ponctuation , les accents , l'usage des 
capitales , et même employer les 1 pour les J et les V 
pour les U. 

Quant à la réimpression des anciens documents et des 
anciens auteurs , la même distinction semble devoir être 
établie, 



210 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Les fantaisies orthographiques de la fin du XVIIl*. siècle 
doivent, à mon avis , être complètement proscrites, car 
elles n'ont aucune raison d'être. La tentative faite à cette 
époque , par les imprimeurs qui les ont introduites , 
est restée sans résultat à cause de la bizarrerie qui avait 
présidé à cette innovation et qui a été ainsi condamnée 
par Texpérience. 

S'il s'agit de citations d'ouvrages anciens incorporées 
dans un ouvrage moderne, l'orthographe ancienne devra 
être conservée , parce que ces citations étant né- 
cessairement assez courtes , la lecture n'en sera pas 
pénible , et qu'elles ressortiront mieux , suivant le désir 
de l'auteur , au milieu de l'ouvrage dans lequel il les 
aura recueillies. 

35®. question. Cette question ne semble présenter au- 
cune difficulté. Il faudra , suivant moi , suivre l'ortho- 
graphe ancienne pour les inscriptions , les lettres et les 
documents autographes , les manuscrits écrits avec soin 
et les impressions rares. Les inscriptions devront être re- 
produites exactement , avec les caractères qui les com- 
posent, et même avec la ponctuation qui se trouve entre 
chacun des mots, si c'est ainsi qu'elle a été établie. Quant 
aux autres publications mentionnées dans la question , 
il faudra suivre l'orthographe actuelle. 

Sur la 36®. question , je suis d'avis que l'urgence si- 
gnalée existe , et que le Congrès rendra à la bibliogra- 
phie un éminent service en excitant les Sociétés sa- 
vantes à adopter une marche uniforme. 

Le Manuel dont parle la 37®. question serait d'une 
utilité évidente , et il est à souhaiter que le Congrès en 
patronne la rédaction. M. Raymond Bordeaux, notre col- 
lègue , l'un des secrétaires-généraux du Congrès , au- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 211 

leur de cette partie du programme , sera sans doute 
invité à s'en charger, » 

M. Gosse a été spécialement chargé, par la Société 
d'histoire de Genève , d'appuyer sur l'utilité pratique de 
cette question d'orthographe et de typographie historique. 

HISTOIRE DE LA RELIURE DES LIVRES. 

La discussion des 38% et 39*. questions , relatives à la 
reliure des livres , a remph le surplus de la séance. Voici 
en quels termes le programme formulait ces questions : 

« L'art de relier les livres intéresse les bibliophiles. 
« Les reliures exécutées pour certains amateurs fameux, 
« tels que Grolier, au XVP. siècle, le comte d'Hoym, etc., 
« sont justement recherchées. Faire connaître chronolo- 
« giquement les diverses époques de cet art, les noms 
« des principaux amateurs , des artistes les plus réputés, 
« des graveurs qui ont dessiné et exécuté des fers et des 
« ornements. Faire connaître les collections les plus re- 
(( marquables sous ce rapport, qui existent en pro- 
ie vince. « 

« A notre époque très-peu d'ouvriers , surtout en pro- 
« vince, savent exécuter des reliures pouvant satisfaire 
« des gens de goût. Comment relever cet art , principa- 
« lement dans les départements ? » 

M. Bordeaux croit que les Sociétés savantes des dépar- 
tements pourraient trouver, dans ces questions, un 
aliment nouveau pour réveiller leurs séances. Le côté 
artistique de la bibliomanie est trop négligé en province. 
Cependant certaines reliures anciennes sont de véritables 
monuments, et les gens de goût doivent quelqu'estime 
aux curieuses reliures en bois du XV*. siècle , aux orne- 



-is* 



t 



212 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

menls gaufrés des reliures semi-gothiques du commen- 
cement du XVP siècle et des reliures de la Suisse alle- 
mande. 

L'histoire de la reliure au moyen-âge serait longue à 
faire. Frère Herman , habile relieur de manuscrits , venu 
en Angleterre lors de la conquête, devint évêque de 
Salisbury. 

On dit que remploi du maroquin fut imaginé par 
le roi de Hongrie Mathias Corvin, bibliophile enragé, 
dont les volumes sont estampés de sa devise , un corbeau 
tenant dans son bec un anneau d'or. Il paraît que la 
bibliothèque impériale de Vienne possède encore environ 
300 volumes de sa collection. 

Plusieurs statues de la cathédrale de Chartres tiennent 
des livres représentant de riches reliures du XIIP. siècle. 

Au Louvre , la statue couchée du prince de Carpi , ou- 
vrage de bronze de Paul Ponce Trebati , tient à la main 
un livre figuré avec une reliure de la renaissance d'un 
beau dessin. 

Le goût exquis des dessinateurs de la renaissance se 
retrouve dans les compartiments ingénieux exécutés sur 
le plat des livres, sous Henri H et Henri HI. Vigneul- 
Marville raconte que l'ambassadeur Grolier dessinait lui- 
même les combinaisons de filets et d'arabesques élégam- 
ment tracées sur ses volumes. Les reliures de Le Gascon, 
de Maioli et de Dusseuil sont encore des chefs-d'œuvre , 
et il n'est rien de plus splendide pour orner une biblio- 
thèque que les beaux volumes , tout semés de fleurs-de- 
lis , donnés en prix dans les collèges des Jésuites, sous 
Louis XHI et Louis XIV. Les reliures jansénistes con- 
trastent, par la sombre couleur de leur dos en veau brun, 
avec les luisantes enveloppes des volumes reliés en vélin 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 213 

blanc par les libraires hollandais et allemands. Ces re- 
liures blanches , qui craignent peu les vers et l'humidité, 
sont devenues le modèle dont Bradel s'est servi , deux 
cents ans plus tard, pour inventer ses cartonnages. Chez 
les libraires de Leyde, de Rotterdam et de la Haye, le 
vélin reste sans dorures ; en Italie , au contraire , où la 
mode des reliures blanches est aussi fort accréditée, des 
fers variés viennent rehausser le parchemin. Le vélin 
cordé donne bonne mine à un livre d'érudition. Mais le 
maroquin du Levant rivalise, sous Louis XÏV et Louis XV, 
avec le veau fauve dont la blonde couleur fait si bien va- 
loir les grands écussons armoriés , frappés en or, sur le 
plat des volumes. Le maroquin Lavallière , avec sa nuance 
effacée et ses tons gris-poussière , apparaît à son tour , 
précurseur des reliures en veau-écaille , à la mode aux 
approches de la Révolution. L'art du doreur s'exerce sur 
les almanachs royaux et sur les semaines-saintes des- 
tinées aux gens de la Cour. Mais ces dorures sont souvent 
lourdes et confuses, et bien loin de l'élégance des dorures 
à mille points et à petits fers. Certains volumes de prix 
sont revêtus de chagrin, c'est-à-dire de la peau rugueuse 
et soUde du chien de mer. Cependant son grain offense 
les mains délicates qui lui préfèrent le maroquin écrase. 
Les rehures molles figurent au nombre des reliures 
singulières. Voici des gardes de toutes sortes, en 
maroquin , en tabis , en moire et en soie plus légère ; 
en voici en papier doré , marbré , onde , veiné de 
toutes manières. Le papier peigne rivalise avec le 
papier tourniquet sur la garde des m-li"- et des in-12. 
Des ex-libris finement gravés et ornés d'armoiries, 
sont collés par les riches amateurs, sur la garde ainsi 
décorée. Jusqu'au milieu du XVIP. siècle, la garde 



2i/l INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

était toujours blanche (1) ; au XVIII®. on la couvre 
d'enjolivements , on la polit au fer , on l'entoure d'une 
large dentelle dorée à petits fers. Tous les livres ont dé- 
sormais au dos une étiquette ou pièce, en maroquin 
rouge ou vert , tranchant avec les nerfs. Le veau marbré 
et le veau granit se partagent les reliures courantes. La 
tranche elle-même , gaufrée , ciselée , antiquéc à la re- 
naissance, est tantôt rouge, tantôt dorée. La dorure a 
un reflet verdâtre jusqu'au milieu du XVIF. siècle ; 
plus tard on l'apphque sur une assiette à la sanguine , 
apprêt orangé qui lui donne un ton plus chaud. Sou- 
vent encore la tranche a été marbrée avant de recevoir 
l'or , et les marbrures apparaissent sous un certain jour. 
Dusseuil , Padeloup (2) , Derome , Bozerian , Kœhler , 
Dura , Thompson , Niédrée , Thouvenin , Simier , Beau- 
zonnet , Cape , Petit , voilà des noms de relieurs de di- 
verses époques , dont les ouvrages enflamment la passion 
des amateurs. Boyet, Ginain , Anguerrand, Purgold , 

(1) TiillemaiU des Réaux, dans ses Historiettes , parlant de 
la Guirlande de Julie, ce manuscrit offert à Julie d'Angennes 
et qui était écrit de la main du fameux Nicolas Jarry, dit 
qu'il avait été relié le plus galamment du monde. Il en décrit 

^^^ ainsi la reliure : « Le livre est tout couvert des chiffres de 
mademoiselle de Rambouillet. Il est relié en maroquin du 
Levant des deux côtés, au lieu qu'aux autres livres, il y a 
du papier marbré seulement. 11 y a une fausse couverture de 
frangipane... » 

(2) L'usage de signer les reliures est assez récent. Padeloup 
mettait quelquefois à l'intérieur des siennes une étiquette 
gravée, ainsi conçue : Helié par Padeloup te jeune, place Sor- 
bonne, à Paris, Les reliures ainsi signées de Padeloup sont 
recherchées à cause de leur rareté. 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 215 

Lorlic , Lefebvre , Ottmann-Duplanil , Vogel , le soi- 
gneux Courteval , Ducastin , Biziaux , Gruel , Closs , 
Hardy , figurent aussi au rang des bons artistes. 

Plusieurs relieurs anglais sont également fameux. On 
cite surtout parmi eux Robert Payne , qui commença 
à travailler vers 1766 , et dont les reliures sont d'un goût 
et d'une élégance incomparables. Il appelait maroquin 
à la vénitienne, un certain maroquin olivâtre qu'il 
employait pour ses reliures aristocratiques. Il restau- 
rait admirablement les livres gothiques. Un livre sorti 
de son atelier a un cachet qui le fait reconnaître entre 
mille. 

Il y a des reliures anciennes , d'ouvriers inconnus , 
qui sont de vrais chefs-d'œuvre. Mais aujourd'hui, en pro- 
vince, la plupart des reheurs ne sont que de vulgaires ma- 
nœuvres (1). Beaucoup de bibliothécaires et de soi-disant 
amateurs font preuve du goût le plus dépravé , en faisant 
habiller à la moderne des livres naguères revêtus de pré- 
cieuses reliures originales. Ces gens-là traitent les hvres 
comme certains propriétaires traitent leurs maisons ou 
leurs châteaux , en faisant couvrir de plâtre des façades 
précieusement historiées , ou en abattant les tourelles 
féodales ou les beaux toits surélevés. L'art de restaurer 
une ancienne reliure est trop peu connu. Cependant les 
reliures exécutées pour des amateurs fameux , tels que 
Grolier , le comte d'Hoym , Longepierre , M'"^ de Pom- 
padour, atteignent aujourd'hui, dans les ventes, des 
prix exorbitants. En présence de cette recherche^ que 
dire du vandalisme indifférent de certaines villes qui , 
précisément, mettent au rebut les livres les plus précieux 

(1) On cite à Rouen les reliures de Cassassus» 



M^^^^^ït 



216 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

par rillustralion de leur origine ? A Évreux , la munici- 
palité a laissé pourrir de rares volumes à reliures ita- 
liennes en vélin blanc , où brillaient les armoiries du 
célèbre cardinal Du Perron , évoque d'Évreux. A Lou- 
viers, il y a quelques années, on vendit les doubles, 
discrètement , afin d'éviter les formalités ; et les exem- 
plaires que Ton préféra garder pour la bibliothèque de 
la ville, furent précisément ceux dont la reliure était 
unie. On ne se soucia pas des reliures qui portaient Tera- 
preinte de la personnalité d'un ancien possesseur , et des 
volumes splendides , couverts d'ornements de la renais- 
sance et provenant de la Chartreuse de Gaillon , furent 
vendus par lots aux fripiers et aux ferrailleurs. C'étaient 
des volumes aux armes du cardinal de Bourbon , malgré 
lui roi de la Ligue. Ces actes de vandalisme sont fré- 
quents , et le catalogue de la bibliothèque de M. Ch. 
Giraud atteste que la bibliothèque impériale de Vienne, 
en Autriche , a elle-même livré à l'encan des douzaines 
de volumes aux armes du prince Eugène de Savoie , bi- 
bliophile fameux autant qu'illustre général... 

M. Dréolle répond que si les auteurs de ces actes de 
vandalisme savaient ce que les reliures précieuses se 
vendent à Londres , au lieu de les détruire , ils les ven- 
draient. VAthcnœum anglais de cette semaine annon- 
çait des prix fabuleux. 

M. Marionneau raconte qu'il existait à Bordeaux, dans 
la bibliothèque de la ville , un exemplaire des œuvres de 
Montaigne avec des notes de sa main. On a jugé à pro- 
pos de lui donner une reliure neuve ; or , en rognant les 
marges , on a précisément ôté les annotations auto- 
graphes.... (Hilarité) .. 

M. Marionneau croit qu'il serait très-utile de popula- 



CONGRÈS DES ACADÉMIES. 217 

riser un peu le bon goût de ce côté , dans les départe- 
ments ; car dans beaucoup de grandes villes il n'y a 
que de mauvais relieurs. A Bordeaux , il n'y a pas un seul 
atelier de reliure où Ton sache exécuter un travail un peu 
soigné. 

Plusieurs membres prennent la parole pour se plaindre 
de rinhabileté des relieurs , dans leurs villes respectives ; 
on signale toutefois un relieur très-intelligent dans la 
ville de Troyes. 

M. le vicomte de Kéridec prend la parole pour an- 
noncer que les questions inscrites au programme ont 
été examinées; il félicite les membres du Congrès de 
rassiduité avec laquelle ils ont suivi les séances , et il les 
invile à venir tous, l'année prochaine, continuer l'œuvre 
à laquelle ils ont pris part cette année : il remercie, au 
nom de tous. M, de Caumont du dévouement qu'il 
apporte à l'organisation du Congrès et à la direction des 
séances. 

M. de Caumont répond qu'il est heureux de voir 
l'intérêt et l'utilité des congrès appréciée par les hommes 
les plus éminents de la France , et qu'il continuera d'ap- 
porter tous ses soins à l'organisation des sessions. 

Il remercie le Congrès du concours qu'il veut bien lui 
prêter. 

L'un des Secrétaires-généraux, 
Raymond Bordeaux, 



10 



218 



INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 




RAPPORT 

suu 

LES TRAVAUX ET LES PUBLIGÂTIOÎ^S ACADÉMIQUES DES PROVINCES 

pendant l'année 1856, 

d'après les renseignements communiqués au congrès 
des délégués des sociétés savantes, 

PENDANT LA SESSION d'aVRIL 1857; 

Par M. SELLIER, l'an des secrétaires-générauï do Congrès. 



Messieurs, 

En chargeant, celte année, le rapporteur général des 
travaux et des publications académiques des provinces 
pendant Tannée 1856 de présider la partie de vos séances 
qui a été consacrée, chaque jour, aux comptes-rendus par- 
tiels présentés par MM. les délégués des diverses Sociétés 
savantes, notre éminent Directeur a voulu que votre rap- 
porteur fût en position d'exciter, d'une manière plus 
spéciale , le zèle des membres de cette Assemblée et de 
réunir ainsi les éléments d'un travail plus complet. Ce but, 
je m'empresse de le dire, a été atteint ; et, à quelques ex- 
ceptions près , je pourrai vous soumettre l'analyse de 
tout ce qui a été fait de bon et d'utile par chacune des 
Sociétés académiques dont les représentants se sont fait 
remarquer, dans cette enceinte, autant par leur dévoue- 
ment aux intérêts de la science que par leurs talents. 
C'est un progrès , Messieurs ; car , il faut bien le recon- 



220 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

naître , vous aviez , pendant les années précédentes , à 
regretter de nombreuses lacunes dans l'exposé qui vou* 
était soumis , et les lecteurs de VAnmiaiî^e publié par 
r Institut des provinces étaient privés d'une foule de do- 
cuments qui ont trouvé place, à la vérité, dans des publi- 
cations locales , mais auxquels leur rapprochement, dans 
un travail d'ensemble , peut seul assurer de l'intérêt et 
une réelle utilité. 

Félicitons-nous, d'un autre côté, de voir mieux com- 
prise, d'année en année, une institution dont l'immense 
avantage est de livrer publiquement aux savantes et 
lumineuses discussions d'hommes compétents des ques- 
tions scientifiques , littéraires, agricoles et industrielles, 
aussi variées qu'importantes, et de mettre en commun 
les connaissances acquises sur tous les points de k 
France. 

L'appel qui a été fait par l'Institut des provinces a 
été entendu : jamais vous n'aviez compté de plus nom- 
breuses délégations ; des Sociétés qui , jusqu'à présent , 
s'étaient tenues éloignées de vous , sont aujourd'hui re- 
présentées dans cette enceinte; de nombreux rapports ,. 
dressés par nos collègues sur les travaux de leurs sociétés 
respectives , ont été lus et déposés sur votre bureau ; 
d'autres sociétés enfin vous ont fait hommage de leurs 
publications annuelles , et la tâche de votre rapporteur 
se bornera ainsi, soit à la transcription des notes qui lui 
ont été remises, soit à une analyse que les sociétés auraient 
eu intérêt à présenter elles-mêmes, mais qu'il s'efforcera 
de rendre aussi exacte qu'il lui sera possible de le faire. 

La marche adoptée dans les rapports précédents 'est 
celle qui sera suivie dans mon nouveau travail ; quoi- 
qu'elle ait pour résultat de confondre des travaux de 



I 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 221 

diverses natures, elle présentera cependant cet avantage, 
de mettre en même temps sous vos yeux tous les travaux 
d'un même département, et tous ceux de chaque Société 
savante. 

C'est aussi par chaque département que j'aurai à vous 
entretenir des ouvrages qui ont été offerts au Congrès. 
Les bornes imposées à mon rapport ne me permettront 
souvent, à mon grand regret, que de vous en soumettre 
une analyse très-sommaire ; je serai heureux, toutefois , 
d'avoir pu appeler votre attention sur des œuvres que la 
lecture seule pourra vous faire apprécier selon leur mérite. 

Aisne. 

Le Comice agricole de l'arrondissement de SL- 
Quentin (1) , qui a fait hommage au Congrès du V*. vo- 
îume de ses Bulletins , poursuit avec régularité le cours 
de ses travaux, et l'on peut dire que ses publications, ses 
efforts , ne sont pas sans influence sur le progrès qu'on 
voit se révéler dans l'industrie agricole de sa circonscrip- 
tion. 

Ses concours annuels sont toujours nombreux et re- 
marquables , surtout ceux des bêtes ovines. 

Le concours universel de 1856 a démontré que le dé- 
partement de TAisne tient le premier rang pour la pro- 
duction des métis-mérinos , et l'on peut féliciter les 
éleveurs de ce département d'être arrivés à réunir des 
qualités qui semblaient inconciliables : la finesse, la 
longueur et le tassé de la laine, et d'être parvenus à 
donner à leurs moutons ces formes larges et arrondies 

(1) Not« de M. Ciu Gomart, 



222 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

qui annoncent la propension à faire de la viande, et que la 
nature semblait avoir refusées à la race mérinos primitive. 
Les essais de culture de plantes nouvelles ou de va- 
riétés de plantes, les essais comparatifs d'engrais , ont 
continué d'occuper l'attention du Comice; grâce à son 
patronage , des associations se sont formées pour l'achat 
d'animaux perfectionnés , pour l'introduction de variétés 
de froment plus productives, pour l'achat du guano. 
Ces associations ont rendu les achats plus économiques 
et l'amélioration accessible à toutes les bourses. 

Des instruments nouveaux, ou perfectionnés, ont été 
introduits en grand nombre. 

C'est une voie nouvelle dans laquelle le Comice de 
St. -Quentin a cherché à guider les praticiens avec toute 
la prudence convenable , en réitérant, par des concours , 
les essais sous les yeux des cultivateurs, afin de les 
mettre à même d'apprécier quels sont les meilleurs 
instruments et aussi quels résultats ils peuvent attendre 
du semage et du sarclage en lignes. 

Les machines à battre sont nombreuses; et h Bul- 
letin du Comice de SL-Quentin nous apprend que le 
nombre s'en élevait, il y a un an, à 122 pour l'arrondisse- 
ment. Ce nombre, déjà considérable, s'est encore accru 
depuis. Mais une des améhorations les plus intéressantes, 
c'est l'introduction, dans chaque canton , de machines à 
battre locomobiles, mues par la vapeur, qui se trans- 
portent de grange en grange , de ferme en ferme , pour 
battre à domicile les produits de la terre. C'est Là une 
grande facilité donnée à la petite culture, atteinte par 
l'insuffisance des bras, et qui hésite à établir des ma- 
chines à battre. Aujourd'hui le petit cultivateur peut 
facilement et économiquement faire battre sa récolte par 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. 223 

la locomobile de son canton qui , à un jour donné , 
l'affranchit d'un travail ingrat et lui donne les moyens 
de disposer , quand il veut , du produit de sa terre. 

M. Ch. Gomart vous a offert sa brochure contenant la 
description du camp romain de Vermand. La notice de 
notre collègue vous a fait connaître un établissement 
intéressant , en même temps qu'elle vous a mis à même 
d'apprécier de nouveau la science archéologique de son 
auteur. 

Allier. 

a La Société d'Èmidation de l'Allier , dit M. de Bure, 
son délégué, a marché avec ardeur dans la voie qu'elle 
s'est tracée depuis long-temps «t dans laquelle elle a été 
encouragée par notre savant Directeur. Ses études se sont 
principalement dirigées vers l'histoire et l'archéologie, et, 
sous ce double rapport , les résultats ont été assez favo- 
rables. L'idée d'une bibliothèque formée d'ouvrages con- 
cernant le Bourbonnais , t)u écrits par des auteurs ori- 
ginaires du pays , est suivie avec persévérance et succès. 
Les fouilles faites en différents endroits , et surtout sur les 
bords de l'Allier , ont enrichi la collection de la Société 
d'émulation , de manière à lui donner un réel intérêt. La 
géologie et la paléontologie n'ont pas été oubliées , et de 
remarquables échantillons ont été réunis. La numismatique 
et l'art héraldique ont été l'objet de travaux sérieux de 
MM. Clairefond et de Soultrait. L'armoriai publié par ce 
dernier en fait foi. L'année a été bonne , en somme , et la 
Société n'a pas déchu ; ses efforts lui acquièrent une place 
honorable parmi les sociétés du centre de la France. 

« Depuis quelques années, elle a établi des séances corn- 



224 INSTITUT DES PROVINCES DE FRA.NCE. 

lïiunes aux Sociétés Édiienne et Nivernaise. Les Assises 
scientifiques du centre de la France , qui paraissent de- 
voir se tenir cette année à Moulins , donneront à ces 
réunions un caractère plus important et une direction 
plus sûre. Je ne veux pas oublier de vous parler ici de 
Touvrage si considérable , que publie M, Girard , sous les 
auspices de la Société qui Ta couronné en iSbli , sur le 
naturaliste Perron et l'état comparé de la science au 
commencement de ce siècle et à notre époque. 

« Les fouilles exécutées , pour les fondations de la ca- 
thédrale , sur remplacement du château de nos anciens 
souverains , dont le donjon est toujours menacé de de- 
struction, ont fourni à M. Esmonnot le sujet d'une note in- 
téressante qu'il a enrichie de planches. Le même membre 
a fait un travail , accompagné de cinq planches, sur les 
objets trouvés au domaine des Laris. Ce petit Panthéon a 
paru à plusieurs d'entre vous digne d'intérêt. M. Tudot 
a publié une notice sur les marques des potiers romains , 
une étude historique sur la mairie de Moulins , un pre- 
mier travail sur les vestiges des voies romaines en Bour- 
bonnais. Ces trois articles sont ornés de planches exécu- 
tées avec le talent de ce dessinateur, déjà connu par des 
travaux nombreux dans l'ancien Bourbonnais et l'an- 
cienne Auvergne. Il nous a encore donné une notice sur 
des objets de céramique trouvés dans un puits à Picus , 
près Dompierre , et une note sur les fouilles de M. l'abbé 
Cochet à Lillebonne ;, cette note est aussi accompagnée 
d'une planche. 

a M. Chazaud a lu un travail très- important sur 
les communes du Bourbonnais au moyen-âge; une note 
sur la population de St.-Pourçain aux XTV*. et XV*. 
siècles , et sur la patrie de Jacques Cœun 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 225 

€ Des notes précieuses ont été fournies par M. Bertrand 
sur les fouilles à exécuter dans Tarrondissement de la 
Palisse. M. Dubief a fait une étude surdon Juan, et une 
autr^ sur la condition des femmes dans la famille romaine; 
travaux très-soignés et très-intéressants. 

« M. Etienne Méplain a continué ses études sur la ju- 
risprudence et les jurisconsultes bourbonnais ; sa no- 
tice est remarquable. M. de La Guérenne , sous le titre 
de : Tableau de Vorigine et des 'progrès de l'autorité 
royale en France , a fait un véritable cours d'histoire 
nationale. 

« On doit à M. Tabbé Boudant une note sur les ca- 
pitaines gouverneurs du château de Chan telle , dernier 
séjour du connétable dans son duché. 

« M. Clairefond a étudié les monnaies et le monnayage 
dans le Bourbonnais, 

« M. de Séréville a rédigé une notice sur le généra 
Rabusson ; et M. IMeilheurat, la biographie de M. Hen- 
nequin , député aux États-Généraux. 

« Des vers ont été adressés à la Société par MM, de 
Chavigny et Adolphe Michel; celui-ci est l'auteur d'une 
grande partie de V Ancien Bourbonnais qu'il a continué à 
la mort d'Achille Allier , enlevé si jeune à ses travaux. 

« La littérature a été représentée aussi par les tra- 
vaux consciencieux de M. Le Gagneur, proviseur du Lycée, 
sur le rôle des mères dans nos trois grands tragiques, » 

Ardennes. 

Les Sociétés du département des Ardennes ne vous ont 
pas fourni l'analyse de leurs travaux , et je n'ai à vous 
parler ici que d'une publication poétique importante, 



226 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

due à la plume élégante, facile, harmonieuse et pleine 
de sentiment, de M. Chéri Pauffin, de Rethel, membre 
de rinstitut des provinces. JVI. Pauffin a mis en vente , 
au profit des pauvres, la deuxième édition de ses Chants 
du soir. Trente nouveaux morceaux de poésie ont été 
ajoutés à la première édition, dont la publication remonte 
aujourd'hui à dix années. 

C'est faire suffisamment l'éloge de l'ouvrage , que de 
vous dire qu'il a été honoré des suffrages de MM. J. Janin, 
de Lamartine, Alexandre Guiraud et de Pongerville. 

« L'expression , dit à l'auteur M. Jules Janin , me 
« paraît simple et châtiée; le vers est chaste et correct; 
« le style est de la bonne école; enfin, vous avez ce grand 
« mérite, celui de vous arrêter à temps, même dans vos 
<( émotions intimes. » 

« Je désire à votre poésie, écrite son tour M. Alexandre 
« Guiraud , tout le succès qu'elle mérite , et c'est lui en 
« souhaiter beaucoup. » 

Ai-je besoin d'insister davantage , Messieurs , pour 
vous engager, quoique dans notre siècle positif la poésie 
soit peu à l'ordre du jour , à lire cette œuvre consacrée 
presque tout entière à nos gloires et à nos douleurs 
nationales ? 

Aube. 

La Société académique de l'Aube (i) se partage en 
quatre sections ; agriculture, sciences, arts, belles-lettres. 

Quoique ces sections confondent souvent leurs efforts, 
et se prêtent un mutuel appui , je rendrai compte de 
leurs travaux par chapitres séparés. 

(1) Note envoyée par M. A. Gayot, secrétaire de la Société. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 227 

Agriculture, — Le premier travail , par ordre de date, 
concernant la science agricole, est un rapport sur un 
nouveau mode de cultiver la vigne, et sur un nouveau 
cépage, introduit à Villenauxe par M. Gentil-Jacob. Ce 
rapport , œuvre de deux savants viticulteurs , MM. Eu- 
gène Nay et Cornet , est entièrement favorable à la 
méthode de M. Gentil-Jacob qui a l'avantage d'être plus 
économique , plus productive que la culture en usage 
jusqu'alors. Quant au nouveau plant dit pineau de Mar- 
seille , il a présenté, dans ces deux dernières années, la 
propriété de remonter, après la gelée , et de produire de 
nouveaux bourgeons fructifères , assez abondants pour 
donner une récolte complète. L'état florissant de ces 
treilles, à la vendange dernière^ contrastait d'une manière 
significative avec la complète stérilité des anciens cépages. 

La sollicitude de la Société pour la culture de la vigne 
qui est la seule richesse de la partie Est du département 
de l'Aube , a motivé encore deux rapports , d'un vif 
intérêt : l'un sur un nouveau mode de traiter la maladie 
de la vigne, indiqué par M. Thiraut, vice-président de 
la Société des Sciences de St.-Étienne; l'autre sur un 
procédé contre la coulure de la vigne, dont l'inventeur 
est M. Troubat. M. le docteur Prié, membre associé, a 
continué , de son côté , ses recherches savantes sur 
l'oïdium, et sur les moyens de le guérir. 

Je citerai ensuite : 1**. un mémoire de M. Léon Debreuze, 
membre correspondant , sur la nature et la propriété 
des terres ; mémoire concis, clair, tout pratique , où la 
science est mise à la portée du plus humble cultivateur; 

2". Un rapport de M. Bosseur , membre résidant , sur 
les essais de culture d'un nouveau froment , nommé blé 
prince Albert ; 



228 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

3«. Enfin, un travail excellent de M. Oudard, pharma- 
cien , sur la conservation des engrais. 

La section d'agriculture a continué, en 1856 , Tœuvre 
commencée en 1853 pour le drainage. Grâce à ses efforts, 
à ses encouragements , aux exemples donnés par ses 
membres, les terres, à la fois les plus fertiles et les plus 
difficiles à cultiver du département, vont être débarras- 
sées des eaux qui les noyaient et donneront des produits 
constants et réguliers. 

C'est encore la section d'agriculture qui a soutenu le 
poids des comices agricoles, et qui a fourni, en grande 
partie, les commissions chargées de la visite des fermes 
et les jurys d'examen. 

Sciences. — La section des sciences est venue en aide 
à la section d'agriculture par un mémoire de M. Clément- 
Mullet, suivi d'un rapport de M. Boutiot, sur les gisements 
de phosphate calcaire dans le département de l'Aube ; — 
par un travail excellent de M. Jules Ray, sur gz^c/^/we^ 
animaux réputés nuisibles en agriculture ; — par une 
note de M. Legrand , sur VOïdium pini qui a fait mal- 
heureusement son apparition dans les plantations de la 
Champagne ;— et enfin , par une notice de M. le docteur 
Prié , sur la carie du maïs. 

On lui doit , en outre , un excellent rapport sur la 
création projetée d'une manufacture de porcelaine à 
Villenauxe. M. Uhrich, membre résidant, est l'auteur de 
ce travail, qui contient l'analyse des terres sur lesquelles 
les auteurs de cette grande entreprise fondent leurs espé- 
rances de réussite. 

Je citerai encore un rapport de M. le docteur Bédor 
sur les accidents qui atteignent le plus souvent les ou- 
vriers dans les manufactures ; — et une note , de 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 229 

M. Dutailly , membre associé, sur ses procédés de pisci- 
culture. 

Enfin je mentionnerai, d'une manière toute particulière, 
deux travaux d'une grande importance : un Mémoire sur 
la galvanoplastie , par M. Jules Maison , et la Mono- 
graphie des Unios de France , par M. Drouet. Ce der- 
nier ouvrage est une histoire et une description complète 
des coquilles d'eau douce désignées par les naturalistes 
sous le nom d'Unios;}! prendra rang parmi les traités 
classiques d'histoire naturelle. Il est accompagné de neuf 
planches , et a paru dans le premier semestre des Mé- 
moires de la Société pour 1857. 

Ai'ts.—LcL section des arts a rempli sa mission naturelle 
en présidant aux plans et aux décorations artistiques des 
monuments en construction dans le département, et notam- 
ment de l'Hôtel-de-Ville de Troyes. Elle a poursuivi sa 
grande entreprise de l'érection d'une statue au pape Urbain 
IV ; — elle a la direction du musée départemental dont les 
richesses s'accroissent sans cesse, grâce à son excellente 
initiative ;— elle a,entre autres services, puissamment con- 
tribué à la revendication de la magnifique châsse de saint 
Aubin qui avait été soustraite par la cupidité privée à l'éghse 
de Yillenauxe;-— elle a été moins heureuse dans la demande 
en grâce si pressante, qu'elle avait adressée à l'Adminis- 
tration municipale de Troyes, en faveur de quelques restes 
précieux de l'architecture militaire du moyen-âge. 

En documents écrits , on doit à la section des arts : 

1°. L'inscription gravée sur la porte du château de la 
Tour , dernier vestige des constructions romanes dues 
aux comtes de Champagne; 

T, Un rapport , de M. Camusat de Vaugourdon , feur la 
découverte de 3,500 médailles faite à Gléry ; 



230 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

3*. Un rapport de M. Fléchey sur deux mosaïques 
gallo-romaines trouvées dans les fouilles du nouvel abat- 
toir , à Troyes ; 

Zi^ Un rapport de M. le docteur Prié sur les décou- 
vertes faites au tumulus de Fiel. 

5^ Un rapport de M. d'Arbois de Jubainville sur 
deux nappes d'autel, du XIP. et du XV^ siècle, trouvées 
à Lentilles, et sur une tombe antique à la Ville-aux-Bois ; 

6**. Une note (avec planche) , sur deux vases, du XIV*. 
siècle, trouvés à Troyes, dans la démolition des remparts. 

Belles-lettres, — La section des belles-lettres n'a pas 
été en arrière du mouvement des autres sections. 

Elle est chargée d'une mission délicate et laborieuse, 
celle de faire , par chaque séance , l'analyse des ou- 
vrages envoyés dans le mois par les sociétés correspon- 
dantes. Ce devoir a été rempli , avec une grande supério- 
rité , par Tun de ses membres , M. le baron Doyen. 

On doit , en outre , à la section des fettres une foule 
de rapports sur des travaux historiques ou littéraires , 
qu'il serait trop long d'énumérer. 

Au nombre des travaux originaux qu'elle a produits, 
on remarque un apologue, de M. l'abbé Tridon , intitulé : 
La petite vigne et le vigneron; — une note sur la date 
précise de la fondation de l'fJôtel-Dieu de Troyes, et un 
document sur les quatre petits hôpitaux de Troyes avant 
1225, par M. d'Arbois de Jubainville ; — une traduction 
(avec commentaires) des poésies attribuées au rabbin 
Raschi , par M. Clément-iMullet;— une biographie de Ville- 
hardouin , et une vie de Juvénal des Ursins, par M. l'abbé 
Etienne Georges ; — un mémoire de M. Gérost , membre 
associé, intitulé : Annales de C abbaye de Nesle; — 
une note sur le partage des eaux de la Seine au-dessus de 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 231 

Troyes, et un mémoire sur une cave romane, découverte à 
Ramerupt, par M. d'Arbois de Jubainville; — des recherches 
historiques et archéologiques sur les restes mortels d'Ur- 
bain IV, par M. Tabbé Coffînet; — une monographie de 
TégUse de Bar-sur-Seine , par M. Tabbé Tridon; — une 
notice sur Nicolas Bourbon , par M. Jacquot , membre 
associé. 

Enfin, comme poésies : des stances, de M. Dosseur, sur 
Urbain IV , et une ravissante boutade de M. le baron 
Doyen , intitulée : Promenade autour de mon jardin. 

Le grand nombre et la diversité des travaux de la So- 
ciété académique de TAube a empêché d'en faire une 
analyse plus complète. Cette simple nomenclature suf- 
fira pour faire apprécier le zèle et les connaissances des 
membres qui la composent. 

Aude. 

M. Mahul , délégué de la Société des Arts et Sciences 
de Carcassonne, vous a présenté ainsi qu'il suit, le ré- 
sumé des travaux de celte Compagnie : 

(( M. Louis Barbes a fait don au musée de la Société 
de six deniers d'argent, d'Eudes, roi de France, frappés à 
Garcassonne ; ce qui prouve qu'au IX^ siècle , un ateher 
monétaire était établi dans cette ville. 

« M. le Préfet de l'Aude a annoncé qu'il venait de re- 
cevoir du Ministre de la maison de l'Empereur un fac- 
similé de la bulle du pape Agapet (951 ), dont l'original, 
sur papyrus , faisait partie des titres conservés aux ar- 
chives de l'abbaye de la Grasse , diocèse de Garcassonne. 
L'original n'a pu être réintégré aux archives dépar- 
tementales de l'Aude. Par suite du don que le Préfet du 



232 ' INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

déparlement s'était cru autorisé à faire au Roi , en 1826, 
il est resté déposé à la Bibliothèque impériale du Louvre. 

« La Société a reçu de M. Cornet, l'un de ses membres, 
le don, pour sa bibliothèque, d'un exemplaire des Prin- 
cipes de la Philosophie de Descartes (Elzevir, in-Zi". )^ 
donné par Descartes lui-même à un prédicateur du nom 
d'Ogier, secrétaire du comte d'Avaux de Mesmes, l'un des 
plénipotentiaires de la France au Congrès de Munster. Cet 
exemplaire porte, écrite de la main de Descartes , l'anno- 
tation suivante, placée au bas du titre : « Fr^ Ogier 
« acris judicii senatore censenda proponit Des Cartes. »> 
— Sur la première garde on lit , écrites de la main 
d'Ogier, les lignes qui suivent : « Hagâ Comitis missus 
« liber ab au tore cum epistola monasterium Westofa- 
« lorum ubi nunc temporis commoror , in comilatu 
« Claudii Memmii Avauxii Mecenalis mei ad pac. 
« — 18 septembre le/i/i. — F. Ogier. » Ce volume ren- 
ferme une remarque écrite de la main d'Ogier, en marge 
de la page 30 du livre intitulé : Dissertalio de Me-^ 
thodo f et provoquée par le célèbre axiome de Des- 
cartes : « Ego cogito, ergo sum, sive existe. » 

« La Société a été informée, par le même membre, que 
la Commission de la Bibliothèque avait cru devoir établir, 
d'une manière isolée et toute spéciale, la partie de la 
bibliothèque qui concerne la province, le département et 
la ville. 

« M. Mahul, membre de la Société, a communiqué 
une lettre de M. Tournai , secrétaire de la Commission 
archéologique de Narbonne, qui contient d'intéressants 
détails : 

« 1°. Sur les armoiries de l'archevêque Pierre de Mont- 
brun, sculptées sur une des tours de l'archevêché (au- 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 233 

jourd'hui rHôtel-de-Ville ) , que cet archevêque a fait 
bâtir ; 

M 2". Sur deux bornes milliaires romaines conservées 
dans Téglise de St.-Conat-sur-Aude (ancien FLcxus), 
détruites par la municipalité de 18/i8 ; 

« 3^ Sur les fouilles exécutées proche de Karbonne , 
pour le chemin de fer du Midi, et qui ont mis au jour la 
statue d'un Faune , et trois inscriptions funéraires chré- 
tiennes de l'époque des Visigoths (Vr. siècle). 

« Il a été fait don au Musée , par M. l'abbé Bize , au- 
mônier de l'Hôtel-Dieu de Carcassonne, de plusieurs 
poids anciens de cette ville. 

« M. Denisse , membre de la Société , l'a avertie 
qu'une pierre taillée , posée par les astronomes Méchain 
et Delambre à l,lii mètres de la tour de St. -Vincent 
de Carcassonne , et servant à indiquer le passage du mé- 
ridien de Paris , est dans un état complet de subversion. 
Il a exprimé le vœu que cette pierre fût remplacée par un 
monument indicatif d'un caractère simple. M. le Maire de 
Carcassonne a déclaré s'emparer de la question et a 
promis d'y donner suite, auxfrais du budget municipal. 

« M. O. Rolland du Roquau a offert à la Société, 
dont il fait partie , une plaque en métal, trouvée à Azille , 
ancien diocèse de Narbonne , où sont gravées les armes 
de la maison de Condé, avec l'inscription d'une loge 
maçonnique de Carcassonne. 

<c M. Mahul , membre de la Société, lui a fait hommage 
du 1". volume de son livre ayant pour titre : Cartuiaire 
et archives de l'ancien diocèse et de l'arrondissement 
administratif de Carcassonne (in-Zi**.). » 

« Enfin , un ouvrage intitulé ; Hospices de Narbonne ; 
Classement des archives antérieures à 1790 (un vol 



23/l INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

in-4". ) a été adressé à la Société par M. H. Faure , Tun 
des administrateurs de ces hospices. » 

Votre rapporteur doit ajouter que, suivant ce qui 
résulte des procès-verbaux des séances de la Société, 
le Garlulaire de M. Mahul , qui témoigne de l'éru- 
dition profonde et des recherches persévérantes de son 
auteur, a été accueilli par ses collègues avec la plus 
vive sympathie. 

Une seconde publication a été faite par le même 
auteur, elle est intitulée : Éloge liistoy^ique d'Armand 
Bazin de Besons , 71*. évêque de Garcassonne. 

Cet ouvrage est aussi remarquable par le talent de 
l'écrivain que par l'intérêt qui s'attache à la noble vie du 
saint prélat, objet de sa notice historique. 

AVEYRON (1). 

Il y a près de vingt ans que quelques jeunes hommes, 
mus par l'amour de la science et du progrès , conçurent 
la pensée de fonder la Société des Lettres , Sciences et 
Arts de t'Aveyron. A leur appel , un grand nombre de 
compatriotes et d'étrangers vinrent se grouper autour 
d'eux. On traça le programme des études, on établit la 
règle qui devait régir la Société. Les fondements du 
Musée de Rodez furent jetés , et la population , s'asso- 
ciant au vœu des fondateurs, n'a pas cessé depuis ce 
moment de l'enrichir de ses dons. Un grand nombre 
d'écrivains consacrèrent leur plume à des questions 
d'histoire locale, à l'examen de nos vieux monuments, à 
l'investigation des sciences naturelles à peine effleurées 

(i) Communication de M. Léopold Bourguet , au nom de la 
Société dont il est membre. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 235 

dans un pays où la nature s'est montrée si prodigue. 

Il en est résulté d'importants avantages : d'une part , 
on a recueilli des documents précieux et fait d'utiles dé- 
couvertes ; de l'autre, de sages critiques et des avertis- 
sements réitérés ont amené la fin ou tout au moins le 
ralentissement de ces dégradations et de ces restaurations 
barbares qui, depuis longues années, affligeaient les amis 
des arts par les travestissements de mauvais goût 
qu'elles faisaient subir aux monuments légués par les 
siècles passés. 

La Société a exploré toutes les richesses végétales et 
toutes les productions du règne minéral, si abondantes et 
si variées sur le sol de l'Aveyron , et dont les nombreux 
spécimens réunis au Musée mettent à la portée de chacun 
de faciles moyens d'étude et d'observation. 

C'est à la Société des Lettres, Sciences et Arts qu'on 
doit la connaissance de cet amphithéâtre romain vague- 
ment indiqué par quelques-uns de nos annahstes, et 
dont l'origine se lie au plus précieux souvenir de notre 
histoire locale , la conversion de nos pères à la foi chré- 
tienne. On lui doit la découverte de cet antique aqueduc 
qui , grâce à la persévérance de quelques-uns de ses 
membres , va retourner à sa destination primitive et 
doter la ville de Rodez d'un bienfait dont elle était privée 
depuis tant de siècles. 

En effet, l'année 1856 a vu commencer l'exécution 
d'un magnifique travail dont la conception et l'initiative 
sont dues à la Société. La ville de Rodez, située sur un 
mamelon dépourvu de sources , est sur le point de voir 
enfin couler en abondance, dans ses rues, d'excellentes 
eaux que l'on est allé chercher à une distance de 25 kilo- 
mètres, à travers de profondes vallées. Il a fallu, pour 



236 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

mener l'œuvre à bonne fin, tout le zèle de la Société et 
les plus honorables efforts de plusieurs de ses membres. 

« H y a long-temps déjà que la Société chargea une 
commission d'explorer un conduit souterrain , connu 
dans le pays sous le nom de Cave des Anglais, M. Lunet, 
secrétaire de la Société , qui s'acquitte de ses fonctions 
avec un soin au-dessus de tout éloge, publia un mémoire 
dans lequel il constata que la Cave des Anglais était un 
aqueduc dont Torigine remontait à l'époque de la domi- 
nation romaine, et qui avait, sans doute, alors servi à con- 
duire à Rodez les eaux de Vors. M. Lunet à qui revient en 
grande partie l'honneur du projet, c'est justice à le procla- 
mer, invitait le Conseil municipal de Rodez à faire examiner 
s'il était possible de restaurer Paquéduc et |de le rendre à 
sa destination primitive. Quelque temps après , en I8Z1O, 
M. Boissonnade, architecte du départemenr, émit l'avis 
que l'on pourrait se contenter d'une restauration par- 
tielle et traverser la vallée de l'Aveyron au moyen d'une 
conduite forcée. Le Conseil municipal refusa de voter des 
fonds pour l'exploration de l'aquéduc. Mais on n'aban- 
donna pas l'idée de fournir la ville d'eaux potables. 
iM. Lunet renouvela, en 1851, sa proposition touchant 
l'aquéduc romain. La Société nomma une nouvelle com- 
mission qui fut présidée par M. Gommier, ancien ingé- 
nieur en chef des ponts et chaussées. Elle déclara , le 
7 décembre 1852, qu'en réparant l'aquéduc romain et en 
établissant un siphon de 100 mètres de flèche, on pour- 
rait amener à Rodez des eaux saines et abondantes. Un 
nouveau rapport de M. Lunet, et un très-bon mémoire de 
M. Blondeau, professeur de physique au Lycée et membre 
de la Société, complétèrent le savant travail de M. Boisson- 
nade, et déterminèrent enfin le Conseil de la commune 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 237 

à voter une somme de 1,000 fr. pour Texploralion de 
Taquéduc. 

« Dès ce moment, la science avait triomphé. Le rapport 
de M. Romain, agent-voyer en chef du département, fut 
de tous points favorable au projet de la Société. L'aqué- 
duc est maintenant restauré en grande partie. Les 
vallées qui séparent Vors de Rodez seront franchies au 
moyen de siphons en tôle bitumée de Chameroi, Le 
dernier de ces siphons , qui n'a pas moins de 125 mètres 
de flèche , est peut-être le plus grand qui ait jamais 
existé. Bientôt Rodez recevra, tous les jours, 150 litres 
d'eau pour chacun de ses 12,000 habitants, et la Société 
aura assuré la conservation d'un monument historique 
de la plus haute antiquité. 

« M. Boisse, ingénieur des mines, a envoyé à la Société 
la copie d'une esquisse de la grande carte géologique de 
L'Aveyi^on, Cette carte présente assez de détails pour être 
du plus grand secours aux savants, aux industriels et aux 
agriculteurs. On aura une idée de l'importance et de 
l'étendue de ce travail, quand on saura que l'auteur y a 
distingué vingt-six natures différentes de terrains par 
vingt-six teintes spéciales, et qu'il n'y a pas, pour ainsi 
dire, 1 kilomètre carré du département qui ait échappé 
à son exploration. Les terrains primitifs ou cristallisés 
qui forment, en quelque sorte, le noyau du département, 
et qui constituent notamment tout le massif du Lévezou, 
y sont étudiés avec le soin le plus minutieux et subdivisés 
en cinq natures de roches, distinguées chacune par une 
teinte particulière. 

a Les terrains de transition, si intéressants dans le 
département de l'Aveyron par le terrain tioiiiller qui 
forme leur étage supérieur , y comprennent trois subdi- 
visions et, par conséquent, trois teintes. 



238 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« Le terrain liouiller y est surtout , et on en comprend 
le motif, Tobjet de l'étude la plus détaillée et la plus 
consciencieuse. Toutes les plaques de ce terrain qui 
affleurent au jour sont soigneusement indiquées ; leurs 
moindres lambeaux sont exactement relevés, et leurs 
relations avec les terrains avoisinants , si utiles à bien 
apprécier pour les explorateurs de mines, paraissent 
avoir été observées et notées avec autant de sagacité que 
de précision. 

« Le terrain de trias , qui comprend ces grès rouges 
si fréquents dans le département et qui présente une 
formation gypseuse dans l'arrondissement de St. -Afrique, 
y est distingué en trois subdivisions par trois teintes. 

« Le terrain jurassique, grande formation calcaire, 
dont les cultures forment un contraste si frappant avec 
celles des terrains à base siliceuse, y présente trois de ses 
étages habituels, y compris le lias, et s'y trouve subdivisé 
en cinq zones ou horizons par cinq teintes différentes. 

« Le terrain tertiaire moyen, qui ne forme que de 
petits lambeaux épars à la surface des autres terrains ^ 
au nord , à l'ouest et au sud-ouest du déparlement , est 
divisé en deux teintes. 

« Ces terrains alluviens, qui remplissent les bas-fonds 
des vallées et forment quelques dépôts d'origine très- 
récente sur le flanc des autres formations, comportent 
également deux teintes. 

<{ Les roches éruptives enfin, telles que les porphyres, 
les basaltes, les trachyles, etc., qui se sont fait jour à 
travers les autres terrains dans un grand nombre de 
points du département, sont distinguées en six catégories 
ou six teintes , et ont exigé peut-être, à elles seules, une 
étude de détail plus minutieuse que tout le reste des 
autres terrains. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 239 

M M. Boisse n'a voulu rester, en aucune partie de son 
travail, au-dessous de la tâche qu'il s'était proposée, et il 
a eu le soin d'indiquer sur sa carte tous les gîtes de 
minerais métalliques connus dans le département, en les 
subdivisant , suivant leur nature, en quatre catégories. 

« Il y a aussi indiqué les sources minérales, les prin- 
cipales carrières et les diverses usines. 

« Il y a marqué , enfin , les périmètres de toutes les 
concessions, soit de gîtes de combustibles minéraux, 
soit de minerais métalliques , instituées jusqu'ici. 

« M. Boisse a joint à sa carte une feuille de coupes , 
présentant sept coupes de terrains prises dans toutes les 
directions , d'une extrémité à l'autre du département , 
et combinées de manière à donner une idée exacte des 
relations de superposition qui existent entre nos diverses 
formations géologiques ; on y retrouve clairement la 
trace des principaux mouvements que cette partie de 
l'écorce du globe a subis à diverses époques , et on y re- 
connaît la part qu'ont eue alternativement, dans la con- 
figuration actuelle du relief du sol, les mouvements 
internes de la croûte terrestre , et les grandes érosions 
' qui ont labouré sa surface. 

« Cet exposé rapide présenté à la Société par M. de 
JNerville , ingénieur en chef des mines , qui en est 
membre , suffit pour montrer tout l'intérêt scientifique 
et l'incontestable utilité pratique du remarquable travail 
de l'un des membres les plus instruits de ce corps 
savant. » 

M. Hippolyte de Barreau a publié le 3^ volume de son 
ouvrage intitulé : Documents historiques et généalo- 
giques sur les familles et les hommes remarquables 
du Rouergue, dans les temps anciens et modernes. 



2ZlO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« Dans cet ouvrage, M. de Barreau apprécie l'origine de 
familles , les suit pas à pas dans leurs transformations à 
travers les âges , étudie les grands personnages qu'elles 
ont produits, indique le rang qu'elles occupaient dans 
Tancienne société , raconte leurs services éminents, le 
relations qu'elles avaient entre elles , et revendique celles 
qui, après avoir quitté la terre natale, sont allées grandir 
sur un sol étranger. 

« L'honorable Président de la Société des Lettres , 
Sciences et Arts de l'Aveyron n'a rien négligé pour rendre 
son livre aussi complet que possible, et l'on peut dire de 
lui que , non moins ardent que ces naturalistes qui 
fouillent dans les entrailles de la terre pour retrouver les 
antiques races des premiers habitants du globe, il est tout 
aussi heureux lorsque , après bien des peines et des re- 
cherches , il est parvenu à reproduire quelques-unes de 
ces nobles lignées dont le nom , depuis des siècles, gisait 
ignoré dans la poussière. 

« M. de Barreau a divisé son ouvrage en deux parties. 
Dans la première , il donne un coup-d'œil sur l'établisse- 
ment féodal , pour servir d'introduction à l'histoire gé- 
néalogique de la noblesse du Rouergue , et examine l'état 
du pays avant la grande révolution qui en changea le 
régime. Il y est tour à tour question de la propriété , de 
la servitude, de l'origine des fiefs et de leur constitution , 
des droits féodaux, des justices seigneuriales , des lois et 
coutumes, des guerres et combats privés, des commence- 
ments de la noblesse et des progrès de sa puissance, 
M. de Barreau continue en parlant de la chevalerie, des 
croisades, des armoiries, des troubadours, des costumes 
nationaux, de l'architecture féodale; et, après un rapide 
aperçu des causes qui amenèrent la fin du gouvernement 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 2Zll 

féodal, il termine par diverses remarques qui complètent 
l'histoire politique de la noblesse* 

« Dans la seconde partie, le savant historien parle de 
la noblesse moderne, celle de TEmpire et de la Restau- 
ration. 

cl Cette seconde partie contiendra une notice sur la 
Légion-d'Ilonneuret un grand nombre d'articles biogra- 
phiques sur les membres de cet ordre. Viendront ensuite 
des mémoires sur les anciens Templiers , sur Tordre de 
Malte , sur les autres ordres équestres existant avant la 
Uévolution, sur les personnages du pays qui ont occupé 
des emplois auprès des souverains, sur les évêques , tant 
anciens que modernes, originaires duRouergue, et sur 
les hommes éminents de Tordre civil et de Tordre mi- 
litaire. L'ouvrage se terminera par une notice sur les 
anciens états du Rouergue et par une liste raisonnée de 
tous les châteaux du pays, classés par cantons et par 
arrondissements. 

« Le quatrième et dernier volume des Documents his- 
toriques et généalogiques ne tardera pas à être achevé. 

« M. de Barrau , qui dirige la Société avec tant d'in- 
telligence et de dévouement, ne s'est pas contenté de 
donner un ouvrage historique d'une grande valeur; il a 
entrepris encore d'importants travaux sur les sciences 
naturelles , et il vient de mettre la dernière main à la 
Floi^e de l'Avctjrony qui était réclamée depuis long- 
temps. 

« La Société des Lettres , Sciences et Arts , a déjà 
publié sept volumes de Mémoires, 

« Le huitième est actuellement sous presse ; il con- 
tiendra : 

a l^ Un travail inédit de l'historien Monleil; 

11 



2/|2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« 2". Un rapport sur Tamphi théâtre et l'aqueduc romain 
de Rodez, ayant conduit des eaux potables dans celte ville ; 

« 3". Des études sur les mots patois qui dérivent de 
l'anglais ; 

« /r. Des études géologiques sur le département ; 

« 5". Une promenade scientifique au bassin d'Aubin ; 

« 6". Des études critiques sur une histoire de saint 
Paulin de Nôle; 

« 7^ L'examen de quelques projets d'amener des 
eaux potables à Rodez ; 

« Le neuvième volume donnera VHisîoire du Jan- 
sénisme dans le Botter gue, » 

Calvados. 

Vous devez à M. Bouîatignier , délégué, et à M. J. 
Travers, secrétaire de V Académie des Sciences , A7'ls 
et Belles-Lettrées de Caen , le résumé suivant des tra- 
vaux de celte savante Académie : 

<( Dans la note que nous avons eu l'honneur de mettre, 
l'année dernière, sous les yeux de l'Institut des provinces 
et du Congrès des délégués des Sociétés savantes des 
départements, nous disions que l'Académie des Sciences, 
Arts et Belles-Lettres de Caen avait sous presse un vo- 
lume. Ce volume , publié vers le milieu de l'année , n'a 
point paru inférieur aux précédents. Un des mémoires 
qui le composent, ayant été connu pendant l'impression , 
a eu coup &ur coup trois éditions : il est vrai que ce 
mémoire scientifique est de notre confrère , M. Th. Du 
Moncel. 

« Mais la nouvelle publication est aujourd'hui connue. 
Plus de cent Sociétés correspondantes l'ont rcçwe; plus de 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 2/l3 

350 exemplaires ont, en outre, été distribués aux mem- 
bres résidants, aux membres associés, aux bibliothèques 
publiques et aux journaux ; laissons à d'autres le soin 
d'apprécier les divers travaux qui composent le volume 
de 1856 , et ne parlons au Congrès que de ce que tous ou 
à peu près tous ses membres ignorent. 

« On a vu dans V Annuaire de l'Institut des provinces 

*' de 1856 , p. 233 , que , reconnue Société d'utilité pu- 
blique le 10 août 1853, l'Académie de Caen avait pu 
accepter deux legs de 12,000 fr. chacun , que lui avaient 
faits MM. Le Sauvage et Lair ; et que, grâce à cette double 
libéralité, elle avait pu ouvrir un double concours. Ainsi, 
sur la fondation de M. Le Sauvage , elle a offert un prix 
de fà valeur de 800 fr. au meilleur mémoire sur la ques- 
tion suivante : Action de l'électricité sur Corganisation 
humaine dans Cétat de santé et dans l'état de maladie. 
D'après le programme , ce prix devait être décerné à la 
fin de 1856. Le concours n'est pas encore jugé. 

« La somme léguée par M. Lair à l'Académie et à la 
Société d'Agriculture de Caen , qui doivent en loucher 
alternativement la rente annuelle , a donné le moyen 
d'offrir un second prix, d'égale valeur, au meilleur mé- 

^ moire historique sur le Parlement de Normandie, de- 
puis sa translation à Caen, au mois de juin 1589, 
jusqu'à son retour à Rouen, en avril 159/|. Mais 
c'est seulement en 1858 que le concours sera clos et que 
le prix pourra être accordé. 

En indiquant les matières principales traitées dans les 
douze dernières séances mensuelles de l'Académie , se 
terminant à celle de juillet 1856 qui clôt l'année aca- 
démique 1855-1856 , nous trouvons sommairement ; 
Pour les Sciences : — un rapport de M. Du Moncel 



2^^ INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

sur un savant ouvrage où M. le capitaine de vaisseau 
Lartigue a exposé son système des vents; — une démons- 
tration , par le même auteur , de plusieurs solutions 
qu'il a trouvées pour divers problèmes d'électricité; 
— un exposé , par le même, de ses découvertes ré- 
centes , à l'appui duquel il a fait fonctionner un de ses 
instruments pour rendre ses théories tout-à-fait sensibles 
par l'expérience ; — un mémoire de mathématiques 
transcendantes , par M. Girault ; — un travail plein de 
faits curieux sur l'intelligence des animaux , par M. Eu- 
des-Deslongchamps ; — des recherches , fort étendues, 
de M. rierre , sur la distribution des matières azotées 
dans les différentes parties de la betterave ; — enfin un 
traité de la rage , par M. Le Cœur. 

« Poîir les Arts et les Lettres : — un fragment de vo- 
yage, intitulé : Venise et Florence expliquant le génie 
de leurs peintres ; - un épisode d'un roman historique 
tiré de l'histoire de la Normandie, à l'époque de Jean- 
sans-Terre , par M. Courty ; — une analyse de prônes 
inédits du XlIP. siècle, en langue française, attribués 
à Maurice de Sully , par M. Ilippeau : — une biographie 
de Pierre du Bosc , ministre du saint Évangile à Caen, de 
L6Zi5 à 1685 , par le même ; — un morceau sur les colo- 
ries françaises et principalement sur la Guadeloupe, par 
>.î. Rabou ; — Sur la démocratie athénienne, par M. 
(^y^âlei- _ Tableau de la civilisation musulmane, par 
M. l^rançois ; - Fragment d'une histoire de l'islamisme, 
par le même ; — Sur la loi d'accroissement et de décrois- 
scment de la population , par M. G. Besnard ; — Rapport 
Hir l'ouvrage de aVî. Martin, intitulé : La vie future y par 
l\. Roger; — Rapport de M. Lecerf, sur Le Devoir, 
ouvrasro, do M. .Iules Simon ; — Théorie de la traduction, 



tRAVÂUX DES ACADÉxMIES EN 1856. 2Zl5 

par le même ;— Mémoire de littérature, à roccasion de la 
théorie de M. Lecerf, par M. Joly;— Mémoire en réponse 
à quelques assertions de M. Joly, par M. G. Besnard; 
— Mon avis sur la question des théories Uttéraires de 
MM, hesnard et Joly, par M. Travers; — Extrait des 
livres qiCon ne lit plus (analyse du traité des Herma- 
phrodits (sic) de Jacques Duval , médecin de la fin du 
XVr. siècle et du commencement du XVIP.), par le même ; 
'— Fragment des Mémoires de Vismes , directeur de 
ropéra en 1778, rédigés et abrégés par le même ; — Bio- 
graphie de Jean Simon. Addition à la vie et aux œuvres 
de Nicolas Vauquelin des Yveteaux , et Mémoire sur les 
patois , par le même ; — enfin des pièces de vers , par 
M""*. Lucie Coueffin, M"^'. de Montaran , MM Le Flaguais, 
Michaux et Vieillard. 

« Plusieurs des mémoires ci-dessus mentionnés sont 
d'une étendue telle , qu'il a fallu les lire en plusieurs 
séances, et toutes les séances ont été si bien remplies, 
on pourrait dire si chargées, qu'aucune n'a pu épuiser 
l'ordre du jour. » 

hdi Société française d'archéologie , sous l'active im- 
pulsion de son illustre et infatigable Directeur, a tenu, en 
1856, deux séances générales administratives à Paris, 
deux séances générales à la Rochelle , deux séances ad- 
ministratives à Gournay ( Seine-Inférieure ) , six séances 
administratives à Gaen, une séance générale à Chartres 
et une autre séance au Mans. 

Le Congrès archéologique de France a siégé pendant 
six jours à Nantes. 

La Société française avait, en outre, été réunie pendant 
quatre jours à Louviers. Le Compte-rendu du Congrès 



2Zl6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

archéologique tenu à Nantes et des séances générales 
de Louviers est sur le point de paraître. 

Le Bulletin monumental y publié par la Société, est 
parvenu à son 23^ volume, et forme une des collections de 
Mémoires archéologiques les plus intéressantes. Le 22'. 
volume, publié en 1856, se compose de 680 pages et 
comprend, outre les chroniques et les procès-verbaux 
des séances, trente-trois mémoires d'un haut intérêt , la 
plupart illustrés de figures. 

La Société tiendra, en 1857, son Congrès archéologique 
à Mende , le 2U août, et à Valence, le 29 du même mois. 

V Association normande (1), qui se composait Tannée 
dernière de 1720 membres, en a eu 17ZiO en 1856 ; elle 
a tenu à Gournay (Seine-Inférieure) son 2/i*. Congrès 
provincial agricole et industriel , préparé par les soins 
de MM. Mabire et d'Ernemont , membres du Conseil gé- 
néral , inspecteurs de l'Association. Des séances, des dis- 
cussions pleines d'intérêt; diverses excursions agrono- 
miques; un concours magnifique de bestiaux et d'instru- 
ments aratoires, tels sont les faits qui ont distingué cette 
mémorable session, qui s'est terminée par une distribution 
solennelle de prix, faite sous la présidence de M. E. Le 
Roy, préfet de la Seine-Inférieure, par un banquet de 
trois cents couverts et par des fêtes pour lesquelles la 
petite ville de Gournay avait voté 6,000 fr. Cette année , 
l'Association tiendra son Congrès provincial annuel à 
Alençon { Orne ) , du 15 au 20 juillet. 

En 1856 , l'Association s'est aussi réunie six fois à 
Caen, et une fois à Louviers, en séance administrative. 

Ses recettes se sont élevées à 12,306 fr; 

(1) Noie de M. de Caumont. 



TRAVAUX. DES ACADÉMIES EN 1856. 1kl 

Ses dépenses, à 11,978 fr. 

Les primes, médailles et récompenses diverses accor- 
dées par l'Association figurent pour plus de 5,000 fr. 
dans le chapitre de la dépense. 

V Annuaire imprimé en 1856, et qui a paru en janvier 
1857, est, comme ses devanciers, un livre vraiment 
intéressant et composé de mémoires substantiels. Ce 
volume ;, qui comprend xc et 575 pages, est imprimé avec 
* soin et illustré de vignettes sur bois. Après les mémoires 
et les procès-verbaux des séances générales, vient, comme 
dans les années précédentes , le chapitre des Nouvelles 
de C agriculture, des sciences^ de Cindustne et des 
arts y lequel renferme une série d'articles courts et bien 
choisis sur des faits constatés en 1856 et qui intéressent 
particulièrement la province. 

Un chapitre particulier est consacré à rendre compte 
des concours agricoles en 1856 dans la province. 

V Annuaire se termine, selon l'usage, par des Notices 
biographiques sur les membres que l'Association a ré- 
cemment perdus; elles sont, dans ce volume, au nombre 
de quatorze. 

Aucune Société ne fait paraître plus régulièrement ses 
mémoires que l'Association normande , et n'en publie de 
meilleurs. Nous approuvons beaucoup l'usage qu'elle a 
adopté de les donner dans un annuaire , qui est non- 
seulement reçu par tous ses membres, mais que le public 
recherche également, et qui devient chaque année plus 
répandu. 

La Société Linnéenne de Normandie (1) continue avec 

(i) Noie de M. de Caumont. 



1^ 



2/l8 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

un grand succès ses travaux et ses publications ; elle 
maintient , grâce au talent de son Secrétaire et de quel- 
ques autres membres éminemment instruits, sa haute 
position scientifique; nous n'avons qu'un regret à ex- 
primer, c'est que ses Méinolrcs ne soient tirés qu'à deux 
cents exemplaires, et que l'échange avec les Sociétés 
savantes en soit, par suite, assez restreint. Toutes les 
grandes Sociétés savantes de l'Allemagne, de la Prusse, 
des Pays-Bas, de l'Angleterre font un tel cas des Mé- 
moires de la Société Lînnécnne, que quelques-unes ont 
offert des collections de trente et quarante volumes in-li". 
pour obtenir la collection de la Société Linnéenne, arrivée 
en 1856 au 10^ volume. 

Ce volume, in-h". de lxxx et SUS pages, est un des 
plus importants que la Société ait publiés. L'histoire de 
la Société, les rapports du Secrétaire sur ses travaux, et 
les procès-verbaux de deux excursions occupent les 80 
pages numérotées en chiffres romains. On trouve, parmi 
les notices , celle qui est relative à Corganisation du 
Nautile flambé , par M. Vrolick , secrétaire de l'Aca- 
démie des Pays-Bas, accompagnée de deux grandes plan- 
ches. 

i\î. E.-Deslongchamps donne ensuite une note détaillée 
sur des empreintes ou traces d'animaux observées 
depuis long-temps au vcd d'Aubin, près de Trun, sur 
des bancs de grès intermédiaire (grès de Coradoc) ; 
une planche reproduit ces curieuses empreintes. 

Ln travail , de ]\1. Suess , sur l'appareil brachial des 
Théc idées est suivi d'une Note sur le même sujet , par 
]\î. E. Deslongchamps (deux planches). 

La plus grande partie du volume est occupée par le 
travail intitulé : Introduction à l'histoire naturelle des 



TRAVAUX DES ACADÉMIES ExN 1856. i>li9 

Brachiopodes vivants et fossiles, par M. Th. Davidson, 
membre de Tlnslilut des provinces ; ce travail est com- 
posé de près de 200 pages, et accompagné de neuf grandes 
planches renfermant près de 300 figures. 

On remarque encore, dans ce volume, la/) .'^cr/p/èon 
d'un nouveau genre de coquilles bivalves fossiles ( Eiig- 
mus), par M. Deslongchamps; mémoire accompagné de 
deux planches ; — des Observations sur la botanique 
de Ja Manche (environs deSt.-Lo), par M. Tabbé Talon; 
— des Observations météorologiques de M. Le Boucher, 
en 1851, 1852, 1853, 185Zi et 1855 ; et plusieurs petits mé- 
moires sur des coquilles fossiles , par M. Deslongchamps. 

« La Société d'Agriculture^ Beaux-Arts et Littira- 
tzire de Bayeux, vous a dit M. le vicomte de Cussy, 
son délégué, toujours animée du même esprit, n'a pas 
cessé de faire progresser, dans la mesure de son influence 
et de son pouvoir , le programme qu'elle s'est imposé. 
Des réunions pour élucider les questions le plus à Tordre 
du jour sont heureusement suivies ; des expositions agri- 
coles, des concours de charrues, des récompenses aux 
serviteurs fidèles moralisent la population en lui faisant 
dûment apprécier les avantages du travail et de la bonne 
conduite. En un mot, cette Société, présidée par un 
homme aussi honorable qu'érudit, M. le président Pezet, 
qui consacre ses loisirs à faire connaître l'histoire et la 
législation de cette partie de la Normandie et l'histoire de 
ses monuments les plus intéressants , continue de mé- 
riter la confiance de tous les gens de bien , amis de leur 
pays. 

« La Bibliothèque de Bayeux, toujours confiée aux 
soins éclairés de M. E. Lambert, s'est enrichie , en 1856 , 



250 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

crun nombre notable tfouvrages de choix dus, soit à la 
munificence du Gouvernement, soit à celle des particu- 
liers. Son Musée a vu ses collections diverses également 
augmentées, et les personnes studieuses trouvent, dans 
Tobligeance du laborieux gardien de ce précieux dépôt, 
tous les moyens possibles de satisfaire leur amour des 
lettres et des beaux-arts. » 

M. de Caumont vous a fait hommage de deux brochures 
fntitulées. Tune : Le Casteilum gallo-romain de Lai- 
çay , près de Tours , et Tautre : ISote sur les murs 
(jallo-romains de Dax , toutes deux ornées de plusieurs 
planches. Notre honorable Directeur n'a pas besoin de 
mes éloges; vous voudrez tous lire, dans le Bulletin mo- 
numental, rintéressanle description de ces beaux débris 
de la Gaule romaine, et vous joindrez vos protestations à 
celles de l'auteur contre la tendance , trop prononcée 
aujourd'hui, qu'ont certaines villes de vouloir étendre 
leur enceinte aux dépens des plus respectables monu- 
ments de l'antiquité. Espérons que la conservation des 
murs de Dax pourra se concilier avec les intérêts de cette 
cité, et que l'influence de l'Administration supérieure 
viendra sanctionner les réclamations si bien motivées de 
M. de Caumont. 

M. J. Travers vous a adressé sa Biographie de M. Louis 
Du Bois, de Lisieux, dont M. Guizot a dit que, savant 
aussi laborieux que modeste , il s'était voué à l'étude 
de tout ce qui peut intéresser la Normandie, sa patrie, 
en ajoutant qu'il était connu par d'utiles travaux sur 
les antiquités et là statistique de cette belle province. 
L'œuvre de M, J. Travers se fait remarquer par toutes 
les qualités qui distinguent cet écrivain. 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. 251 

Charente-Inférieure. 

Vous avez reçu, deM.C. Brisson, membre de l'Académie 
de la Rochelle, un recueil de fables. 

On remarque , dans les nombreuses fables qui le com- 
posent, la qualité du genre, c'est-à-dire, de la facilité, 
de la clarté, une certaine élégance; elles peuvent se faire 
lire, même après celles de nos grands fabulistes. 

Gôtes-du-Nord. 

M. le vicomte Paul de Genouillac, délégué du Comicc 
centrai agricole de Dinan, vous a fourni , sur les tra- 
vaux de ce comice, les renseignements suivants : 

Cette Société , qui réunit au chef- lieu de l'arrondisse- 
ment les comices de tous les cantons , un seul excepté , 
celui de Matignon , donne une vive impulsion à l'agricul- 
ture. Chaque année, une fête agricole dans l'un des 
cantons vient stimuler le zèle des cultivateurs et réussit 
presque toujours à leur faire abandonner quelques-unes 
de leurs vieilles routines. Depuis peu de temps, on a vu 
les instruments perfectionnés prendre faveur; l'araire 
Dombasle , la machine à battre , les coupe-racines , les 
coupe-ajoncs, les pressoirs à nouveaux systèmes se trou- 
vent maintenant en assez grand nombre dans plusieurs 
communes , et ce progrès est certainement dû aux efforts 
du Comice central. Un résultat non moins avantageux se 
fait aussi remarquer dans les cultures. Les plantes sar- 
clées commencent à prendre une large place dans l'as- 
solement des terres; les prairies artificielles , pour cela , 
ne sont pas négligées, et chaque année en voit augmenter 



252 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la culture ; les conseils des comices obtiennent souvent 
aujourd'hui de faire rompre, après les coupes d'un an, 
cet herbage que la paresse et l'insouciance faisaient 
garder trois ou quatre ans. 

Le drainage a été l'objet de mesures très-efficaces de la 
part du Comice. Une machine à fabriquer les tuyaux a 
été achetée et confiée à un habile ouvrier ; des tuyaux 
ont été livrés dans l'arrondissement à des prix réduits 
î!U moyen d'une indemnité payée par le Comice. Des 
travaux ont été entrepris et exécutés avec succès, et ce 
n'est peut-être pas anticiper sur l'avenir, que de signaler 
ceux qui sont en cours d'exécution. M. Larère, vice- 
président du Comice, commence en ce moment un drai- 
nage qui s'étendra sur 100 hectares. Le canton où il opère 
est très-arriéré, les terres y sont très-humides. Nul doute 
que cet exemple n'ait la plus heureuse influence, en 
faisant voir les avantages de l'assainissement d'un sol que 
l'humidité rend absolument improductif. 

Les grèves de nos côtes, et divers gisements dans l'in- 
térieur des terres nous fournissent des sables coquilliers 
dont l'usage prend chaque année plus d'accroissement ; 
c'est une source inépuisable de richesses pour ceux qui 
peuvent y recourir sans des frais trop élevés. Malheureu- 
sement on en fait souvent abus; trop fréquemment on 
les emploie sans égard à leur valeur naturelle , ni à la 
nature du sol ou on les porte, et on néglige la fabrication 
du lumier d'étable. La vente des pailles est un mal 
contre lequel luttent les propriétaires ; mais la propriété 
divisée, cultivée par le petit propriétaire lui-même, se 
trouve sans défense. Après la diminution des litières 
vient inévitablement la vente trop précoce des bestiaux 
et, par suite, rinsuffisance du fumier d'étable. Le Comice, 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 253 

par les primes qu'il distribue à ses fêtes agricoles, combat 
autant qu'il le peut cet entraînement , et souvent avec 
succès. 

Les détails contenus dans les procès-verbaux des con- 
cours donnés en 1855 et 1856 feront, sans doute, apprécier 
les efiorts et les succès du Comice central de Dinan. 

**' DOUBS. 

Dans le compte, rendu par lui, des travaux de la Société 
d'Agriculture de Besançon et de la Société d'Émulation 
du département du Doubs, M. Bruand d'Uzelle s'exprime 
ainsi : 

<( La Société cV Agriculture de Besançon a été station- 
naire pendant plusieurs années, et ses travaux ont été 
peu considérables. Pourtant, depuis 1854, elle a secoué 
un peu son apathie, a apporté plusieurs modifications 
à son règlement , et ses membres paraissent décidés 
désormais à marcher plus fermement dans la voie du 
progrès, et à appliquer les diverses améliorations qui 
surgissent sur tant de points de la France. 

« Le concours régional de 185Zi a certes aidé à ce 
mouvement, à cette louable tendance; mais j'oserais 
dire que le voisinage d'une sœur, bien plutôt que d'une 
rivale y \di Société d'Émulation du Doubs, n'a pas été 
peut-être absolument étranger à la nouvelle activité qui 
semble devoir remplacer l'ancienne indolence. 

« Le territoire de Besançon offre, à 5 kilomètres en 
amont de la ville , sur un plateau élevé de 150 mètres 
environ , une plaine marécageuse , de près de 1 kilo- 
mètre de large, sur plusieurs de longueur, et qui est 
enlevée à l'agriculture, La plaine de Saône forme le 



254 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANGE. 

premier gradin de l'arête qui nous sépare de la Suisse ; 
les prairies qui la composent n'offrent que de la laîche et 
des joncs, et on les exploite en tourbières ; le peu de 
produit qu'on pourrait en tirer autrement, et de qualité 
très-inférieure , ne saurait souvent être enlevé à cause de 
l'abondance de l'eau qui recouvre parfois tout le sol, où 
dans certains endroits on ne marcherait qu'en enfonçant 
jusqu'à mi-jambe, et dont quelques autres parties sont 
entièrement inabordables. i %, 

« La Société d'Agriculture a naturellement désiré* 
d'appliquer des essais de drainage sur cette localité 
improductive ; grâce à l'inspiration de M. de La Peyrouze 
de Bonfils, préfet du Doubs, et de M. Parandier, ingénieur 
en chef des ponts-et-chaussées , des travaux ont été en- 
trepris sous la direction de M. Jeannenot, ancien élève 
du Comité agronomique de Versailles. Les avis n'étaient 
pas unanimes tout d'abord sur les chances de réussite ; 
mais le résultat est venu donner gain de cause à M. Jean- 
nenot. s^ 

« Ces mêmes terrains n'auraient jamais pu trouver 
d'amodiateurs h 10 fr. l'hectare, et l'on en offre actuel- 
lement de 110 à 120 fr. 

« Les agriculteurs de la localité, qui d'abord avaient 
tourné en dérision cette innovation et avaient montré 
même un certain esprit d'hostilité au commencement 
des travaux, ont été les premiers à changer tout-à-fait 
d'opinion, même avant d'avoir pu s'assurer d'une manière 
certaine de l'amélioration obtenue. 

« Du reste, comme toujours, il y a eu réaction : d'une 
incrédulité blâmable, ils ont passé à une confiance peut- 
être exagérée. On eût été heureux, il y a quelques années, 
de trouver à vendre de ces terrains à raison de 300 fr. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 255 

rhectare; aujourd'hui on en demande 1,200, 1,500 et 
même 1,800 fr. 

« La portion qu'on a affectée au drainage a élé divisée 
en plusieurs lots : une partie a été drainée simplement, 
sans autre opération ; une autre a été drainée et éco- 
buée ; une troisième , drainée , labourée et marnée ; 
enfin, on a laissé une petite portion sans y toucher, afin 
de maintenir tout à côté un point de comparaison entre 
l'état ancien et la situation nouvelle ; mais, neuf mois après 
le drainage qui avait été fait en juillet, c'est-à-dire dès 
le mois d'avril suivant , nous avons pu constater que la 
laîche et les joncs avaient été immédiatement remplacés 
par des graminées. Un rapport circonstancié a dû être fait 
par M. Jeannenot sur tous ces travaux et sur leurs résul- 
tats. La Société d'Agriculture en a ordonné récemment 
l'impression. Nous pourrons donc incessamment soumettre 
ce document aux membres du Congrès. 

« Je viens de prononcer le nom de la Société d'Ému- 
lation du Doubs; j'aurais eu, sans doute, une délégation à 
remphr en son nom , et à vous rendre compte de ses 
travaux , si mon départ de Besançon n'avait été fixé le 
jour même d'une séance qui ne devait avoir lieu que le 
soir. 

(( Cependant quoique, en cette circonstance, je ne sois 
pas délégué spécialement , je ne crois pas devoir passer 
sous silence les œuvres de cette Société, dont j'ai été l'un 
des fondateurs , en 1840, le secrétaire pendant 10 ans 
( de 18/i3 à 1853), et dont j'ai eu l'honneur d'occuper la 
présidence annuelle en 1854. 

« Depuis 1840, ses publications ont témoigné de son 
utilité et du zèle de ses membres. Plusieurs mémoires 
ont attiré l'attention du monde savant ; je citerai ^ 



256 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

en botanique, les nolices de M. Grenier (anleiir de la 
ISoiivclle Faune française , conjointement avec M, Go- 
dron) ; en gôologie minéralogique, les mémoires de M. A. 
Delerre ; en archéologie , la notice de M. A. Delacroix 
sur l'ancienne Alesia, En entomologie , un catalogue du 
Doubs , publié par la Société , comprend plus de 1,700 
espèces , et peut être regardé, je crois , comme le plus 
complet de la province. Un travail de M. Delerre, sirr 

# les porphyres des Vosges, a valu à la Société une allo- 
cation de 600 fr. de la part du Ministre; la Monographie 
des Lépidoptères nuisibles a obtenu deux médailles 
d'argent : Tune, du Comité central d'agriculture, en 
1850; l'autre, de la Société impériale d'horticulture du 
Rhône, à son exposition de 1856. On peut n'être pas 
de l'avis de M. Delacroix sur Alesia; mais, évidem- 
ment, la question qu'il a soulevée est pleine d'intérêt ; 
la manière dont il l'a traitée dénote du talent et des 
études approfondies, et, selon moi, si M. Delacroix 

j! avait tort sur un point , il aurait raison sur un autre , à 
savoir qu'Alise, en Auxois, ne doit et ne peut pas être 
V Alesia détruite par Jules César. Je ne m'étendrai pas 
davantage sur un sujet important que des hommes d'un 
mérite transcendant sont en train d'éclaircir, et cela 
avec un talent que je suis loin d'égaler : je citerai 
M. Quicherat, professeur à l'École des chartes, etc. 

« Je mets sous les yeux de la Commission la hvraison 
de 1856, qui pourra donner une idée de la persévérance 
avec laquelle les membres de la Société poursuivent la 
lâche commencée en 18/i0, » 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 257 

Drôme. 

M. Tabbé Jouve, chanoine de la cathédrale de Va- 
lence , membre de Plnslilut des provinces , en expri- 
mant, dans sa lettre du 13 de ce mois, tous les regrets 
qu'il éprouve de ne pouvoir, à cause de la très-grave 
maladie de Tévêque de son diocèse , venir prendre part 
aux travaux du Congrès, donne les renseignements sui- 
vants sur les travaux de quelques-uns de ses compatriotes 
de la Drôme. 

Il cite : 

« l^ Un Dictionnaire manuscrit (en deux volumes 
in-Zi". de ZiOO pages chacun), intitulé : Origine , signifi- 
cation et étymologie des noms propres d'hommes et 
de localités , disposés par ordre alphabétique , par 
M. A. de Costou de Montélimart. C'est un travail fort in- 
téressant , à cause des noms historiques dont il expose 
l'origine et les diverses phases , et qui , en dénotant 
beaucoup d'érudition, suppose de longues et patientes 
recherches , très-curieuses d'ailleurs. 

« T, Un manuscrit, de Ixhl pages in-/i^, de M. l'abbé 
Nadal, actuellement chanoine titulaire de Valence, in- 
titulé : Les Adhémar et M""*, de Sévigné, Il s'agît de 
l'illustre famille des Adhémar de Monteil (plus tard Mon- 
télimart), Si l'on en excepte la partie simplement généa- 
logique, on peut dire que l'histoire de celte noble et 
grande famille , qui tient en même temps au Dauphiné et 
k la Provence; qui fournit, à la première croisade , un 
légat du pape, dans la personne d' Adhémar, évêque du 
Puy , à l'église , d'illustres prélats , et à l'armée , de 
vaillants capitaines , était digne de devenir le sujet d'un 



258 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

ouvrage spécial, lorsqu'on songe surtout que le nom et 
Texistence d'une femme célèbre du siècle de Louis XIV , 
M"*', de Sévigné, sont venus s'unir étroitement à elle, 
pour lui donner un nouveau lustre et l'immortaliser, au 
moment même où elle tendait à son déclin. Ce travail 
inédit se recommande autant par la facilité et la clarté 
du style que par les recherches consciencieuses et inté- 
ressantes auxquelles il a donné lieu. Il est divisé en vingt- 
six chapitres ; on y lit avec plaisir la Notice sur l'ancienne 
éghse collégiale (aujourd'hui paroissiale) de Grignan , 
attenante au château , et sur le chapitre insigne que les 
Adhémar y avaient fondé. 

« 3^ Deux notices historiques, de M. l'abbé Vincent, 
curé dans ce diocèse et membre de l'Institut historique 
de France, sur les communes d'Etoile et de Livron, 
près Valence, L'auteur, que le Conseil général de 
la Drôme encourage dans ses recherches et publications 
par une allocation annuelle de 300 fr., a déjà publié 
une dizaine de notices sur diverses autres communes 
de ce département. Ces petits volumes, imprimés à 
Valence avec beaucoup de soin , se distinguent par un 
style de narration facile , coulant et imagé , sur un 
fond de saine érudition , enrichi de détails curieux et 
inédits. M. l'abbé Vincent est sur le point de terminer 
deux notices complètes et beaucoup plus importantes que 
leurs aînées : l'une sur la ville de Nyons-les-Baronnies , 
l'autre sur celle de Montélimart. 

« k\ Enfin, M. Tabbé Nadal , cité plus haut, a publié 
un beau volume in-8^ de 700 pages , intitulé : Histoire 
hagiologiqiie du diocèse de Valence. 

« Quant à mon Dictionnaire d'esthétique, dit M. l'abbé 
Jouve, je m'en rapporte à vos soins pour en faire mention 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 259 

au Congrès , si vous le jugez convenable , ainsi que de 
mon Guide Valentinois» » 

Vous suppléerez, Messieurs, au laconisme de Tauteur 
sur les deux savants ouvrages qu'il ne fait qu'indiquer. 

Eure. 

M. Emile Colombel, secrétaire perpétuel de la Société 
libre d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles^Lettres 
de l'Eure , nous a fait parvenir une note sur les travaux 
de cette Société qui se préoccupe toujours , de la manière 
la plus efficace , des intérêts agricoles de sa circonscrip- 
tion. Depuis plusieurs années , ses efforts tendent surtout 
à introduire dans les exploitations rurales l'emploi des 
machines à battre , à propager le drainage , à faire com- 
prendre aux campagnes l'importance des engrais , à en- 
seigner et répandre les meilleurs procédés pour leur 
conservation et leur manipulation. 

Les résultats qu'elle a eu à constater dans les concours 
ouverts par ses soins démontrent qu'elle ne s'est pas épuisée 
en vaines tentatives. On peut dire aujourd'hui que, dans 
les fermes, la cause des machines à battre est gagnée. — 
Pour les engrais, le progrès, quoique plus lent, est ce- 
pendant remarquable et l'on a trouvé dans plusieurs 
exploitations des installations irréprochables pour les 
plates-formes et les fosses à purin. — Quant au drainage, 
la Société ne s'est pas contentée des bulletins périodiques 
qu'elle publie sur toutes les questions dignes de son 
attention : elle a fait étirer plusieurs milliers de tuyaux 
qu'elle donne en primes ou à prix réduit aux cultivateurs 
qui adoptent cet excellent moyen d'assainissement. Elle 



$60 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

a pu , dans son concours de Pacy , en septembre dernier, 
décerner huit prix et un plus grand nombre de mentions 
honorables, pour récompenser des travaux vraiment im~ 
portants. Elle a cru devoir aussi, et c'est là une excel- 
lente pensée, encourager les ouvriers draineurs, qui 
manquent encore d'expérience et d'habileté et dont Tap- 
tilude est si indispensable pour la bonne exécution d'un 
drainage. Cinq primes ont reçu cette destination. 

Il faut citer ici un travail que la Société est en train de 
publier et qui est l'œuvre de M. Antoine Passy, son an- 
cien président: nous voulons parler de la carte géologique 
du département de l'Eure , carte précieuse à plus d'un 
point de vue et qui servira de guide certain pour l'appli- 
cation du drainage. Le nom de son auteur suffît pour 
en faire apprécier le mérite. 

Cette Société organise en outre, chaque année, un con- 
cours pour le labourage et pour l'amélioration des bes- 
tiaux , et , chaque année aussi , elle accorde des récom- 
penses aux domestiques ruraux dont le dévouement et les 
longs services ont mérité une distinction. 

Enfin, on lui doit une innovation récente et qui est 
destinée à avoir un grand retentissement en France , c'est 
le concours de chevaux qu'elle a institué à Evreux à l'oc- 
casion du Concours régional du mois de mai dernier. 
Aveo» ses seules ressources, et grâce à la généreuse ini- 
tiative de M. le Préfet de l'Eure , son président , elle a 
fait un essai , sans précédent jusqu'alors , et les résultats 
obtenus permettent d'affirmer que cette épreuve réussie 
sera pour elle un titre de gloire. Quoique l'époque ne 
permît pas d'appeler à la lutte les pouhnières, et fît crain- 
dre que les étalons eux-mêmes ne pussent être facilement 
déplacés pendant plusieurs jours, 94 éleveurs se sont 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. 2ôi 

cependant fait inscrire, et 71 ont présenté des sujets pour 
la plupart admirables. Le rapporteur du jury d'examen 
exprimait le vœu que TÉlat, frappé du succès obtenu, 
voulût bien subventionner ces sortes d'encouragements. 
Nous ne pouvons que nous joindre à lui dans une même 
pensée. 

Le Concours régional a été encore , pour la Société , 
Toccasion de préparer une exposition de produits horti- 
coles. Cette gracieuse exhibition , à laquelle les départe- 
ments voisins avaient été conviés, était le meilleur sti- 
mulant pour les horticulteurs, et les prix décernés ont 
récompensé de véritables mérites. 

Les travaux littéraires de la Société de l'Eure , dans ces 
derniers temps, méritent une mention toute spéciale. 

On se rappelle en effet, ajoute M. Colombel , la fa- 
meuse découverte d'un cimetière mérovingien due à l'ima- 
gination féconde de M. Lenormand , de l'Institut. La 
Société désigna une commission pour examiner la question 
soulevée par le savant archéologue, et deux rapports 
remarquables , dont la publication fut accueillie avec une 
grande faveur, mirent en lumière les résultats de l'en- 
quête à laquelle on s'était livré. Depuis cette publication, 
le silence significatif qui se fait, à l'Institut même, autour 
de la brillante découverte , et de nombreux témoignages 
venus de divers points de la science , prouvent assej^ que 
la Commission est parvenue à jeter quelque jour sur cet 
étrange mystère. 

La Société a publié , dans son dernier recueil , un ou- 
vrage important de l'un de ses membres, M. de Beau- 
repaire ; c'est V Histoire de la vicomte de l'Eau de 
Boiien. Éditer de pareilles œuvres, c'est acquérir des 
droits à l'estime de tous les amis de la science. 



262 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

MM. Léon Métayer et Gardin fils vous ont fait hom- 
mage de leur deuxième rapport sur la découverte de 
constructions et sépultures gallo-romaines dans la com- 
mune de Menneval , près Bernay. 

Gironde. 

La Société Linnéenne de Bordeauôc, représentée au- 
près de vous par M. Paquerée, a commencé dignement, 
cette année , la publication de la 3'. série de ses actes , 
en insérant dans son 21*. volume quelques travaux scien- 
tifiques remarquables, parmi lesquels on peut citer le 
Z^^ et dernier Supplément au Catalogue des plantes pha- 
nérogames de la Dordogne , par M. Des Moulins , pré- 
sident; — Prodromus Lichenam Galliœ et Algeriœ, 
par le docteur Nillander; — une Monographie du genre 
Thara du docteur Walman, de Stockolm , traduite du 
suédois par le savant auteur de Touvrage qui précède ; 
• — une Monographie du genre Testacelle, par MM. Gas- 
siès et Fischer ; — enfin , les Relations d'un voyage 
d'exploration dans Vile de Crète, entrepris sous les 
auspices du Muséum d'histoire naturelle de Paris , par 
M, Raulin , professeur de géologie à la Faculté de Bor- 
deaux , ancien vice-secrétaire de la Société géologique de 
Fraiice , etc. 

Son Excellence le Ministre actuel de Tinstruction pu- 
blique a gracieusement accordé à la Société Linnéenne 
de Bordeaux une somme de 1,000 fr. , pour subvenir aux 
frais que nécessitait la gravure d'une Carte géologique 
qui accompagne cet important travail. Cette Compagnie, 
comme on le voit, travaille sérieusement; chaque jour, 
le cercle de sa correspondance s'agrandit et, grâce à son 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 263 

influence, le goût des sciences naturelles se propage au 
milieu d'une population nombreuse qui > il y a quelques 
années à peine , se livrait exclusivement au commerce et 
aux pratiques surannées d'une agriculture routinière. 
Enfin , la Société Linnéenne n'est pas étrangère au succès 
qu'obtient le Comité régional , que la Société impériale 
d'acclimatation vient de fonder à Bordeaux. 

MM. Marionau et Paquerée auraient voulu présenter 
un rapport sur les travaux des sections du Sud-Ouest 
de l'Institut des provinces et de la Société française 
d'archéologie , mais les documents leur ont manqué. Ces 
Messieurs ont dû se borner, en conséquence, à constater 
le zèle et l'activité des hommes éminents qui les com- 
posent. Le mandat dont leurs délégués ont été honorés 
n'est ainsi qu'un témoignage de l'intérêt sympathique 
qu'ils prennent aux savantes recherches du Congrès. 

Parmi les publications faites dans le département de la 
Gironde, votre rapporteur doit vous signaler : 

1°. Une Instruction simplifiée pour l'essai et le choix 
des eaux cC irrigation, par le professeur d'agriculture 
de la Gironde, chargé de l'inspection agricole de ce dé^ 
parlement. 

Cette brochure contient de précieuses indications pra- 
tiques, à l'usage des cultivateurs qui voudront convertir 
leurs terres arables en prairies naturelles. 

2°. Des Etudes pratiques sur l'art de dessécher, par 
M. le marquis Ch. de Bryas. 

Ces études, qui sont le fruit du travail éclairé d'uii^ 
homme compétent , forment la ^*. partie de ses publi- 
cations sur la même matière , et contiennent la relation 



264 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

d'un voyage par lui fait en Angleterre, en Irlande, en 
Ecosse et dans le pays de Galles, 

ILLE-ET-VILAINE. 

Il y a un an, M. Amédée Berlin, délégué près de 
vous par la Société d'agriculture et d'industrie d'Ille-et- 
Vilaine , vous donnait un aperçu de l'état agricole de ce 
département. 

M. le vicomte Paul de Genouillac, délégué actuel de 
cette Société , vous annonce que , dans le courant de 
cette année, les travaux de l'agriculture ne se sont 
point ralentis. Ainsi, en 1852, trente-deux comices vous 
étaient signalés; et, au mois de septembre 1856, qua- 
rante comices donnaient des fêles agricoles dont les ré- 
sultats constatent, sur plusieurs points, des progrès réels. 

La Société n'est point étrangère à celte action ; sou- 
vent elle a provoqué et encouragé les efforts des co- 
mices. Elle-même a pris un nouveau développement : 
aujourd'hui elle compte plus de deux cents membres 
habitant les diverses communes, même les plus éloignées 
du chef-lieu du département où se tiennent ses séances. 
Le Journal d'agriculture pratique , qu'elle publie , 
répandu à peu de frais dans la campagne, y fait connaître 
les progrès de l'agriculture et signale aux cultivateurs les 
améliorations dont leurs terres sont susceptibles. Dans 
les séances mensuelles de la Société , des questions d'un 
véritable intérêt local sont discutées. C'est ainsi que, celte 
année , l'amélioration de la race bovine a été l'objet 
de sérieuses contestations. Cette fois encore on a 
opposé à l'amélioration obtenue par des croisements 
celle qu'on obtient par sélection. L'on a voulu exclure 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. ^65 

des concours le taureau auquel on reprochait d'être issu 
d'un métis , et, sur ce point, s'est élevée la question de 
l'ancienneté de la race Rennoise. Ces discussions souvent 
sans solution , si elles n'aboutissent pas immédiatement , 
portent cependant des fruits et excitent , des deux parts , 
les contradicteurs à faire triompher leurs opinions par 
la production, dans les concours, d'animaux perfec- 
tionnés. 

Chaque année , un concours est donné dans l'un des 
arrondissements du département. En 1856, il avait lieu 
à Montfort. Le compte-rendu de cette fête, compris aux 
numéros du journal des 2 et 16 novembre dernier, fait 
voir l'impulsion que la Société imprime à l'agriculture du 
pays, et combien déjà on peut constater de progrès réalisés. 
Des plantes sarclées, des prairies artificielles , se trouvent 
aujourd'hui dans des terres que l'on croyait impropres à 
ces cultures. Les engrais étrangers , le noir-animal , le 
guano, le sablon coquillier, la chaux, les marnes de 
mer, sont transportés, mais toujours à trop grands frais, 
dans les campagnes. Ces essais font , chaque jour, dé- 
plorer davantage l'état si impraticable des chemins 
ruraux. Le drainage a été opéré avec succès sur de 
grandes étendues; la Société fait tous ses efforts pour 
développer de plus en plus ce moyen d'assainisse- 
ment dans un pays où se trouvent tant de terres 
froides et humides. Les primes données aux concours 
de bestiaux sont un puissant mobile auprès des culti- 
vateurs ; aussi de nombreux prix figurent-ils au pro- 
gramme pour la race des vaches laitières, qui constitue 
une portion considérable des produits du département. 
La race porcine, non plus, n'est pas négligée; la So- 
ciété croit devoir faire de nouveaux efforts pour substi- 

12 



I 



266 INSTITUT DES PROVIKCES DE FRANCE. 

tuer à celle du pays les belles races de divers comtés 
de l'Angleterre. 

La fabrique si remarquable d'instruments agricoles 
de M. Bodin met la Société à même de propager l'emploi 
de ces nouveaux moyens d'action : c'est ainsi que la plu- 
part des primes sont transformées en instruments per- 
fectionnés. 

La Société essaie aussi de répandre dans les cam- 
pagnes des connaissances positives sur l'agriculture. 
Elle engage les instituteurs primaires à donner des 
notions à leurs élèves, et à ouvrir des conférences agri- 
coles le dimanche. Des ouvrages élémentaires d'agricul- 
ture , des abonnements à des journaux agricoles , ont 
été distribués en primes au concours de 1856 ; de 
nouveaux encouragements sont inscrits au programme 
du concours de 1857. 

Outre la publication du Journal d'agriculture pra- 
tique, paraissant le 2 et le 16 de chaque mois, et dont la 
collection, pour 1856, vous a été offerte par la Société 
d'agriculture et d'industrie , des publications faites par 
des membres de cette Société ne doivent pas être ou- 
bliées. M. Malagutti, doyen de la Faculté des Sciences 
de Rennes , a fait paraître en 1856 la suite de son Cours 
de chimie agricole, et, au commencement de cette 
année , un Petit cours de chimie agricole à l'usage des 
écoles primaires. M. Bodin , directeur de l'Ecole d'agri- 
culture de Rennes, a publié, en 1856 : 

1". La troisième édition des Eléments d'agriculture , 
ou leçons d'agriculture appliquées au département d'Ille- 
et-Vilaine ; 

2^ V Herbier agricole, pour les élèves des Trois^ 
Croix et ceux de l'Ecole normale , avec 110 figures ; 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 267 

o"*. Des Lectures et promenades agricoles pour les 
enfants des écoles primaires ; 

li\ Enfin on doit à M. Gagon , conseiller à la Cour, 
une brochure , récemment imprimée , sur V Agriculture 
de ^ancienne provAnce de Bretagne, 

Ces divers ouvrages et ceux non moins populaires de 
M. Bertin, répandus dans le département avec le concours 
de la Société, y produiront sans doute d'heureux résultats 
et sont, au surplus , une nouvelle preuve du zèle et de la 
bonne volonté de leurs auteurs , aussi bien que de Pem- 
pressement de la Société à profiter de tout ce qui peut 
hâter les progrès de l'agriculture. 

L'intérêt que vous portez à toutes les institutions qui 
se rattachent à l'agriculture sera l'excuse d'une digression 
à laquelle je crois pouvoir me livrer : le nom de M. Bodin 
a été prononcé dans la noie qui précède. Ce ne sera 
donc pas sortir tout-à-fait de mon sujet, que de tran- 
scrire ici les détails fournis à votre rapporteur sur 
l'école d'agriculture que cet agronome distingué dirige 
avec tant de succès. Quoique déjà une partie de ces 
détails soit connue de plusieurs d'entre vous , il m'a 
paru utile de les reproduire , en les rapprochant des ré- 
sultats nouvellement obtenus ; vous jugerez mieux des 
progrès que j'ai à vous signaler. Aujourd'hui d'ail- 
leurs que le Gouvernement se propose d'introduire l'en- 
seignement agricole dans les écoles normales primaires , 
il m'a semblé que des documents sur une importante 
école d'agriculture, quoique sa création remonte à I8/1O, 
auraient en quelque sorte le mérite de l'actualité. 

Un homme dont la carrière a été trop courte, M. Le- 
grand, recteur de l'Académie de Rennes, constamment 



268 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCK- 

occupé de faire pénétrer une instruction solide dans Tes 
campagnes, eut l'idée neuve et féconde d'allier rensei- 
gnement de l'agriculture à renseignement primaire. Il 
était convaincu que Tinstruction primaire ne serait pro- 
fitable qu'autant qu'elle se rattacherait aux besoins des 
cultivateurs et à leur profession. En effet, l'instruction dé- 
pourvue d'une application spéciale, et donnée incomplète- 
ment, devient plutôt un fléau qu'un bienfait pour la société. 

Lorsque le jeune paysan , en apprenant à lire , s'habi- 
tuera aux idées de théorie agricole raisonnée , il ne dé- 
daignera plus la profession de son père et restera fermier 
comme lui , mais avec cette différence que les bons prin- 
cipes qui lui auront été donnés par son maître lui per- 
mettront de tirer un meilleur parti du sol qu'il cultivera. 

Pour arriver plus sûrement jusqu'aux élèves, M. Legrand 
pensa qu'il fallait d'abord instruire les maîtres ; il fît, en 
conséquence,tous ses efforts pourunir l'enseignement agri- 
cole à l'instruction qui se donnait à l'École normale pri- 
maire récemment fondée à Rennes, et réunissant les élè- 
ves-maîtres des cinq départements de l'ancienne Bretagne. 

Cette vaste combinaison, qui, au premier abord, ne 
fut appréciée que de bien peu de personnes, avait besoin 
d'être appuyée fortement par l'autorilé. Des hommes 
éclairés et désintéressés sollicitèrent le Gouvernement , 
qui accorda quelques secours et permit de fonder un 
cours d'agriculture à l'École normale. 

Ce n'était pas assez. La volonté ferme de M. Legrand 
suppléant à ce qui manquait d'ailleurs en appui et en 
ressources , on obtint enfin du Gouvernement l'autori- 
sation de louer une petite ferme, et quelques fonds furent 
votés par le Conseil général pour cet objet. 
La terre de Gros-Malhon, d'une étendue de 8 hectares 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856, 269 

seulement , et située tout près de TÉcole normale, fut 
donc prise à bail en 1832. 

Une si petite ferme paraît bien peu de chose pour une 
entreprise de ce genre; les bâtiments étaient, en outre, 
comme ceux de presque toutes les fermes de Bretagne, 
en mauvais état et mal appropriés à leur destination. 
C'était commencer avec d^s difficultés de toutes sortes et 
dans une position où plus d'un se fût découragé. 

Cependant, on avait proposé à M. Bodin de créer et 
de diriger l'école projetée. Il venait de passer dix-huit 
mois à l'école de Grignon, et était revenu cultiver quelques 
arpents de terre que possédait son père dans le départe- 
ment de la Sartbe. M. Bodin crut la tâche au-dessus de ses 
forces; avant d'essayer de l'accomplir, il voulut retourner 
pendant six mois à Grignon , où il trouva dans les leçons 
de l'habile directeur ce qui pouvait encore lui manquer. 

Il arriva donc à Rennes en octobre 1832. Il commença 
à l'École normale des leçons d'agriculture théorique , et 
mit la petite ferme en état de servir bientôt de base à ces 
leçons. 

D'abord, les personnes qui examinèrent de bien près 
l'entreprise furent les seules qui ne trouvèrent pas cette 
petite école trop mesquine et presque ridicule. Les débuts 
inaperçus, pour ainsi dire, furent probablement une chance 
de succès. Si l'école eût été plus vaste et mieux installée, 
on eût été plus exigeant , et quiconque a mis la main à 
l'œuvre sait que les succès en agriculture ne peuvent être 
que lents. D'un autre côté, une position aussi humble ne 
pouvait exciter l'envie, et l'on sait encore àjquelles jalousies 
sont en butte ceux dont la position peut faire ombrage. 

La troisième année, quelques élèves internes furent 
admis gratuitement à la ferme, et, les ressources n'étant 







270 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

pas suffisantes pour les entretenir, M. le Ministre de 
Tagriculture accorda 1,800 fr. pour la pension de six 
jeunes cultivateurs. Quoique pris au hasard, les premiers 
élèves eurent des succès, et d'autres sujets se présen- 
tèrent bientôt. 

Tous les essais ayant à peu près réussi et les cultures 
ayant été appréciées , Futilité d'une école d'agriculture 
ne fut plus contestée, non-seulement dans ses rapports 
avec l'École normale, mais aussi et plus particulièrement 
pour l'avantage de l'agriculture. 

On songea donc à donner plus d'extension à l'établis- 
sement, et le Conseil général , sollicité par quelques-uns 
de ses membres dévoués aux intérêts de l'agriculture , 
nomma une commission pour faire un nouveau bail avec 
le propriétaire de la petite ferme , ou louer une terre 
plus considérable. 

Heureusement pour l'avenir de l'école, ces Messieurs 
avaient compris toute l'importance de leur mission , et , 
malgré le peu d'étendue des pouvoirs qui leur étaient 
confiés , ils n'hésitèrent pas à louer la ferme des Trois- 
Croix, d'un prix de fermage annuel de 3,500 fr. 

Le Conseil général avait fixé aux membres de sa Com- 
mission une allocation de 2,000 fr. seulement ; le sur- 
plus dut être acquitté par M. Bodin. Du reste, cet 
arrangement plaçait ainsi le directeur dans la position 
d'un fermier , et l'entreprise n'inspira que plus de con- 
fiance. 

Le bail des Trois-Groix fut continué jusqu'en 1850. A 
cette dernière date, il fut renouvelé pour quatorze années, 
avec une augmentation de fermage de 500 fr. , et une 
autre ferme, nommée Coëtlogon, fut ajoutée à l'école. 

Ces deux fermes , réunies et contiguês , forment une 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 271 

étendue de 65 hectares, que M. Bodin loue entièrement 
pour son compte , moyennant 8,000 fr. Le département 
lui donne, sur ce prix de fermage, une indemnité de 
2,000 fr. et paie la pension de six boursiers. 

M. le Ministre de l'agriculture et du commerce accorde 
aussi à Técole douze boursiers. 

Les bâtiments des deux fermes, mal appropriés aux 
besoins de l'exploitation, ont dû être augmentés. M. Bo- 
din a fait construire, à ses frais, très-simplement et 
économiquement , des étables et autres bâtiments , et les 
deux fermes entretiennent soixante bêtes à cornes et six 
chevaux. 

Une fabrique d'instruments aratoires fut annexée à 
l'école. On lui doit en Bretagne la connaissance et l'usage 
des instruments perfectionnés, et maintenant elle en- 
voie ses produits dans toutes les parties de la France. 
Cette fabrique, qui commençait, il y a vingt-deux ans, 
avec un forgeron et un menuisier, occupe aujourd'hui 
plus de cent ouvriers , et produit , chaque année , environ 
quinze cents instruments. 

Les leçons d'agriculture avaient été interrompues à 
l'École normale, en 18/iO, par des circonstances indé- 
pendantes de la volonté de M. Bodin. Sur les instances 
de l'autorité départementale et de M. le Recteur de 
l'Académie , elles furent reprises en janvier 1856. 

Les élèves de l'École normale sont amenés deux fois 
par semaine à l'École d'agriculture, dont ils suivent les 
travaux, tout en recevant les enseignements théoriques 
qui s'y rattachent. 

M. de Genouillac vous annonce que déjà les leçons 
reçues par ces élèves ont produit de bons effets et donnent 
de justes espérances pour l'avenir ; mais , selon lui , il est 



272 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

à regretter qu'une autre école normale , celle qui a été 
fondée à Ploèrmel (Morbihan), par M. Tabbé Jean-Marie 
de La Mennais, et qui fournit aussi de nombreux insti- 
tuteurs primaires aux cinq départements de la même 
province, ne puisse pas profiter, comme celle du 
département d'Ille-et-Vilaine , des avantages que lui 
procurerait la fréquentation d'une école d'agriculture 
voisine de Ploërmel. 

M. Amédée Berlin , ancien sous-préfet de Fougères et 
ancien représentant d'iUe-et- Vilaine , dont vous con- 
naissez tout le zèle pour l'agriculture , a fait hommage 
au Congrès de diverses brochures, savoir : 1^ Statistique 
des subsistances et des comices agricoles (deux vo- 
lumes) ; 2". le C^^cdo agricole, Z\ édition, entièrement 
neuve ; 3". Infériorité de la France en agriculture ; 
moyen de la faire cesser en créant l'enseignement 
agricole rural général, permanent, sur place, à 
domicile et cnpublic; Zi^ Réforme agricole; moyen de 
faire cesser Cinfériorité de la France en agriculture. 
A cet envoi , M. Bertin a joint , à l'adresse de M. le Pré- 
sident du Congrès, la lettre suivante, dont je dois vous 
donner lecture, parce qu'elle résume les vues de son 
auteur et qu'elle annonce, en même temps, comment il a 
lui-même mis en pratique ses recommandations : 

« Ne pouvant être à Paris au moment de la réunion 
du Congrès des délégués des Sociétés savantes, j'ai 
l'honneur de vous adresser , pour en faire hommage au 
Congrès, divers écrits dont quelques-uns répondent, je 
crois, à trois des questions posées dans le programme de 
la session de 1857. Pour moi, cela ne fait aucun doute ; 
mais je sais combien il faut de temps pour amener la 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 273 

conviction dans les esprits , même lorsque Ton peut 
invoquer le succès à son appui. Un petit écrit, que je 
vous adresse pour être distribué, intitulé : Réforme 
agricole, résume mon système, mes moyens et leurs 
résultats; il répond à la 2^ question du programme. Je 
fais l'expérience de tous ces mécanismes dans deux 
communes d'un esprit différent : dans Tune, à Montaigu, 
tout marche à merveille: les plus anciens, comme les 
plus jeunes , sont animés des meilleures intentions ; 
60 personnes y ont régulièrement suivi les conférences 
du dimanche, et, comme ce ne sont pas toujours les 
mêmes , 300 au moins y ont assisté ; /4O ménages sont 
inscrits pour la lecture de la bibliothèque, mais un plus 
grand nombre prennent part à cette lecture. A SL- 
Oermain,qui est cependant la commune que j'habite, 
cela va moins bien; les habitants sont plus mal disposés, 
mais, néanmoins, ils suivent l'impulsion donnée, 

« Dans les deux communes, la question de la fabri- 
cation des fumiers est une question résolue, mise en 
pratique par beaucoup de cultivateurs et qui sera très- 
promptement vulgarisée ; et cependant tout cela date 
d'hier; c'est l'œuvre de mes Opuscules et du Calendrier- 
affiche, qui n'est qu'au numéro AO; car les conférences 
du dimanche ne sont assez nombreuses , pour produire 
de l'effet, que depuis le mois de novembre et même 
depuis février, et elles ne réussissent pas encore à St.- 
Oermain. 

« J'ai donc raison de dire que , quelque moyen d'en- 
seignement que l'on emploie , pourvu qu'il y ait répé- 
tition à domicile et en réunion , il y a succès , parce 
qu'il y a agitation agricole entretenue. Et , en effet , 
dans ces deux communes, et même dans les communes 






Tik INSTITUT DES PROVIINCÈS DE FRANCE. 

voisines, on ne parle que d'améliorations agricoles dans 
toutes les conversations. Le jardin-agricole-école que 
j'ai créé, attire beaucoup l'attention des habitants, et 
sera visité par un grand nombre de personnes qui y 
viendront de très-loin. 

« Que le Gouvernement crée un Moniteiiy^-agricoie- 
affiche illustré ; qu'il fasse prendre aux Préfets des 
arrêtés de police sanitaire sur la tenue des fumiers 
(voir celui que j'ai formulé page 167 des Comices cigri- 
coles ) , V agitation agricole générale naîtra par ces 
deux seuls faits; ce sera la meilleure préparation à 
l'établissement et au succès des autres moyens que je 
propose et que je mets en pratique. Le droit de Tadmi- 
nislration, dans cette matière, n'est pas douteux ; si 
j'étais maire ou préfet, je n'hésiterais pas à prendre un 
arrêté sur cette matière. C'est la meilleure solution des 
deux questions 6 et 7 du programme du Congrès. L'année 
dernière, lorsqu'au Congrès vous énonçâtes le titre de mon 
projet d'arrêté sur la bonne tenue des fumiers rendue 
obligatoire par mesure de santé publique , un sourire 
assez général , peu favorable à ce projet , accueillit vos 
paroles; j'espère que, cette année, l'idée, étant présentée 
par le Congrès lui-même , recevra un meilleur accueil* » 

Lndre-et-Loire. 

Vous avez regretté, Messieurs, que la Société archéo- 
logique de Touraine , dont les communications sont tou- 
jours si importantes, n'ait pas été, pendant cette session , 
représentée au milieu de vous. Je dois cependant men- 
tionner l'envoi, qui vous a été fait par M. André Salmon, 
vice-président de cette Société , d'une publication inti- 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 275 

tulée : Marché fait avec des maçons pour la construc" 
tion de certaines pay^ies du château de Chambord. 
Cet intéressant document, qui se rattache à l'histoire 
de Tun des plus magnifiques châteaux de France, porte 
la date du 9 mai i^hti. 

Loire. 

Une société nouvelle , qui a pris le litre de Société 
impériale d'agriculture, industrie, sciences, arts et belles- 
lettres du département de la Loire, s'est formée tout ré- 
cemment à St. -Etienne, nouveau chef-lieu de ce dépar- 
tement ; elle ne pouvait encore vous faire connaître ses 
travaux , et son délégué a dû se borner à vous remettre 
un exemplaire de ses statuts. Les noms des membres 
distingués qui composent le bureau de cette société pour 
1857, et celui de son délégué actuel, vous permettent 
de compter , pour les sessions ultérieures du Congrès , 
sur une active et utile collaboration. 

Dans le bulletin de la Société des sciences naturelles 
et des arts de St. -Etienne, publié en 1856, j'ai remarqué , 
outre le compte-rendu de chacune des séances de cette 
société , et diverses planches se rattachant à la botanique 
et à des sujets de tératologie : 1°. une notice nécrologique 
sur M, Barthélémy Courbon , ancien président de la 
Société, par M. de la Tour-Varan; 2^ le compte-rendu 
des travaux du Congrès des délégués des Sociétés sa- 
vantes de France pendant sa session de 1855. Ce remar. 
quable travail, très-lucide et très-complet, est l'œuvre 
de M. d'Albigny de Villeneuve , secrétaire et délégué de 
la Société , aujourd'hui membre de l'Institut des pro- 



276 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

vinces. Permettez à votre rapporteur de regretter que 
nos collègues du Congrès ne prennent pas généralement 
Thabitude de rendre compte à leurs compagnies de tout 
ce qui se passe dans cette enceinte pendant vos sessions. 
Les Sociétés représentées au milieu de vous connaî- 
traient beaucoup plus tôt Timportance, toujours crois- 
sante, de vos travaux, et pourraient ainsi, avant la 
publication de votre Annuaire ^ profiter de vos enseigne- 
ments, se conformer à vos recommandations et pré- 
parer, pour Tannée suivante, la solution des questions 
restées indécises^ ou des questions nouvelles sur les- 
quelles vous auriez appelé leur attention. 

Le bulletin de la Société des sciences et des arts se 
termine par la résolution qu'a prise cette société de se 
réunir à la Société agricole et industrielle, nouvellement 
établie à St. -Etienne, pour ne former avec elle qu'une 
seule et même compagnie. 

LOIRE-iNFERIEURE. 

Dans une de vos séances, M. Bizeul, de Blain, dé- 
légué de la Société archéologique de Nantes, vous a lu 
la note suivante : 

(( Il ne vous a pas été rendu compte, l'an passé, des 
travaux de la Société archéologique de Nantes pour 1855. 
Je ne puis le faire aujourd'hui, mais je crois bon de 
-vous dire que cette Société a continué avec régularité 
«es séances mensuelles, et que ces séances ont presque 
toutes présenté d'intéressants travaux , ayant principa- 
lement pour objet des recherches archéologiques et to- 
pographiques dans le pays Nantois et dans le Bas-Poitou. 

« Le même zèle, les mêmes travaux n'ont point fait 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. 277 

défaut en 1856. M, le baron de Wismes , qui prépare 
un Album du Maine et de PAnjou , remarquable par de 
très-beaux dessins des monuments principaux de ces 
deux provinces, nous a lu le texte qu'il a joint à la vue 
du château de Lassay , texte plein d'intérêt par la de- 
scription du monument, et plus encore par la mention 
fort curieuse et piquante des personnages célèbres qui 
l'ont habité. 

« M. de La Borderie , l'un des élèves les plus distin- 
gués de l'École des chartes , chargé à Nantes de la clas- 
sification des archives historiques et ducales de la pro- 
vince de Bretagne, s'est. occupé de revoir le procès des 
quatre malheureux gentilshommes bretons décapités à 
Nantes , en 1720 , comme rebelles à l'autorité du roi ; 
il a fait sur cette matière un travail de longue haleine, 
et d'autant plus intéressant qu'il pourra jeter un jour 
tout nouveau sur cette affaire , et amener à discerner 
les différences et le peu de connexion qu'elle présente 
avec la conspiration de Cellamare et les intrigues de la 
duchesse du Maine. 

« M. Bizeul, de Blain, a Iule commencement d'une 
description de l'enceinte romaine de Nantes dans les 
fondations de laquelle on a retrouvé des sculptures , 
des inscriptions, des pièces d'architecture, comme en 
tant d'autres villes. Cette enceinte, dont il existe encore 
d'assez petits fragments, mais dont on peut presque 
partout reconnaître le périmètre, était à petit appareil 
et à cordons de briques. 

« M. de La Borderie nous a raconté , dans plusieurs 
séances, un voyage archéologique fait en Basse-Bretagne, 
à Landernau , Roscofe, St.-Pol-de-Léon , St.-Erbot, 
etc, Nous espérons que ces récits pleins d'intérêt seront 



278 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

reproduits dans nos Mémoires , et prouveront que celte 
région si reculée de notre péninsule bretonne , que ce 
Quimper-Corentin , que ce Landernau , trop souvent 
l'objet des quolibets parisiens , méritent qu'on ne s'écrie 
pas avec le bon , mais malin La Fontaine : 

Dieu nous préserve du voyage I 

« La réunion , à Nantes, du Congrès archéologique de 
France avait stimulé notre zèle. Nous avons hâté l'éta- 
blissement de notre musée dans l'ancienne et grande 
chapelle de l'Oratoire. Le catalogue en a été rédigé et 
imprimé en moins de quinze jours , grâce au zèle si 
actif de MM. Parenteau et Armand Guéraud. Ce cata- 
logue , à beaucoup d'articles duquel les auteurs ont joint 
des notes explicatives , toujours utiles , souvent eu- ■ 
rieuses , mentionne 3,825 objets , dont l,5Zi/i monnaies ^ 
et médailles anciennes et modernes, et 2,281 en terre 
cuite, pierre, plâtre, bois, métal; des plans, cartes, des- 
sins , gravures , portraits peints , toiles peintes , étoffes 
brodées , verres, etc.; et , chaque jour, cette collection 
s'augmente par quelques acquisitions et surtout par des 
dons particuliers. Il en résultera que la ville de Nantes 
sera dotée d'un établissement scientifique qui lui man- 
quait. 

« L'absence d'un musée archéologique h Nantes était 
d'autant plus regrettable , qu'elle a été cause de la perte 
d'un grand nombre d'antiques de toutes sortes, parce 
qu'on ne savait où les placer. Aujourd'hui il n'en est 
plus ainsi , et l'on s'occupe de faire de nouvelles fouilles 
dans les endroits mêmes où les fondations de nos mu- 
railles romaines en ont déjà fourni , et d'où sont sorties 
nos plus importantes inscriptions. M. Bizeul , de Blain , a 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. 279 

été chargé d'indiquer les endroits qui présenteraient le 
plus de facilités pour exécuter de nouvelles fouilles dont 
les résultats satisfaisants sont presque assurés. Un mé- 
moire a été lu à ce sujet. 

i( Les poteries romaines et autres objets en terre cuite 
de notre musée se sont singulièrement accrus par des 
fouilles qui ont eu lieu en deux endroits principaux du 
paysNantois, d'abord àBlain, ancienne ville romaine, 
mais surtout à Rezay, établissement romain considé- 
rable, où le percement d'un chemin de grande com- 
munication, traversant tout le terrain formé de ruines, 
a mis au jour une étonnante quantité d'objets antiques , 
tous recueillis avec soin par M. Vandier , l'un de nos 
membres fondateurs , qui a bien voulu se charger de 
l'arrangement et de la conservation de notre musée , 
tâche fastidieuse , souvent pénible , mais qu'on ne pou* 
vait confier à de meilleures mains, à un zèle plus 
généreux. 

« Je dois rappeler ici que M. Vandier nous tient in- 
formés, chaque année, par un rapport d'une parfaite 
exactitude, de tout ce que nous acquérons annuelle- 
ment de richesses archéologiques , et de toutes les ma- 
tières qui ont été traitées dans nos séances. Ce travail , 
fort bien fait , présente en quelques pages la substance 
de nos procès-verbaux. 

« Je ne puis terminer cette note sans exprimer le 
regret qu'il ne vous ait pas été envoyé un précis des 
travaux de l'Association bretonne, tant sous le rapport 
agricole que sous le rapport archéologique. La session 
de St.-Brieuc , en 1856 , a dignement inauguré la di- 
rection générale confiée à M. le comte de CalTarelli. Je 
ne puis entrer dans aucun détail , n'étant nullement 



280 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

préparé à cette tâche. Mais je puis du moins signaler 
à l'Assemblée deux travaux très-remarquables de notre 
jeune et savant confrère , M. Ramé , qui a démontré , 
de la manière la plus convaincante , Page et la destina- 
tion de ce qu'on a nommé le temple de Lan-Leff ; puis 
nous a fourni, sur la destination des bâtiments de l'an- 
cienne abbaye de Beauport, près de Paimpol (Gôtes- 
du-Nord ) , les explications les plus savantes et les plus 
complètes. » 

M. Dupuis, délégué de la Société archéologique de 
l'Orléanais, vous a, dans un rapport étendu, donné 
d'intéressants détails sur l'origine et la constitution de 
cette Société, qui date de 18/i9, sur sa bibliothèque, sur 
son musée , et sur les excursions que font ses membres 
pour protéger les monuments menacés de destruction; je 
regrette que la limite dans laquelle doit être renfermé 
mon rapport ne me permette pas de les reproduire, 
M. Dupuis s'est ensuite exprimé ainsi : 

« Nous avons maintenant. Messieurs, à vous entre- 
tenir de nos travaux proprement dits. 

« Ce sont : 1*. nos publications ; 2". les avis que nous 
avons donnés; S**, les découvertes que nous avons pu 
faire; /i**. la conservation ou la restauration de monu- 
ments obtenues par nos soins. 

« Quant à nos pubhcations , 26 bulletins trimestriels 
ont paru : ils renferment , outre le compte-rendu des 
séances , une foule de documents , de renseignements 
sur l'histoire poHtique , artistique ou littéraire de la pro- 
vince, sur ses monuments, les objets d'art; ces docu- 
ments, sans offrir l'importance ou sans comporter l'éten- 
due d'un mémoire, présentent parfois un intérêt réel. 



TRAVAUX DES ACADÉJÎIES EN 1856. 281 

« Trois volumes d'annales ont été publiés; le qua- 
trième est sous presse. Les deux premiers contiennent 
32 mémoires en plus grande partie relatifs à des événe- 
ments ou à des monuments de la localité. Le troisième 
est consacré à la publication de lettres de rois de France 
et surtout d'Henri IV , adressées à la ville de Chartres. 
11 a vivement intéressé les personnes qui se préoccupent 
de recherches historiques. 

« Des maires, des curés, des corporations, voulant 
mettre la science d'accord avec le bon goût , nous ont 
demandé des avis sur des restaurations et des embellis- 
sements à faire à leurs monuments , à leurs églises , sur 
des projets de médailles ou de jetons. 

« Ainsi , M. le maire d'Orléans a demandé à la Société 
un rapport sur les restaurations à faire à son Hôtel-de- 
Ville, et sur la médaille à frapper en commémoration de 
l'inauguration de la statue de Jeanne d'Arc ; M. le Préfet 
du Loiret, un projet de la médaille destinée aux médecins 
cantonaux ; notre Institut musical , un modèle de jetons ; 
M. le Curé de St. -Laurent d'Orléans, un avis sur la dis- 
position de l'entrée de la crypte de son église. 

« Parmi les points historiques, que nous avons 
éclaircis et auxquels des mémoires ont été consacrés , 
nous signalerons : 

« Le lieu où mourut Henri I". de France ; 

« Celui où fut donnée la bataille de Patay ; 

u L'endroit où fut assassiné , par Poltrot , le duc de 
Guise ; 

« Les détails du siège de Montargis et de sa levée par 
Dunois, en 11x26, — Et , à ce propos , nous avons émis le 
vœu que le monument commémoratif de la première 
victoire du grand capitaine , détruit en 1793 , fût rétabli. 



282 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« Parmi les lieux incertains ou inconnus, fixés ou re- 
connus, nous indiquerons : 

« Une mansion romaine à Bazoches ; 

« Un établissement romain à Suèvres ; 

« L'emplacement de l'ancien Brivodurum à Ouzouer- 
sur-Trézée , près de Briare ; 

« Un théâtre romain à Triguères, monument unique 
dans nos contrées , où l'on connaît plusieurs cirques ; 
mais où jamais l'existence d'un théâtre n'avait été si- 
gnalée. 

« Une découverte plus précieuse encore, c'est celle 
que vient de faire l'un de nos plus zélés collègues, 
M. Pillon, et à laquelle il s'est empressé d'associer la 
Société archéologique, l'invention de la grotte de saint 
Mesmin, ancienne caverne druidique, creusée dans la 
falaise de la Loire , en face de la vieille abbaye de Mici ; 
grotte à l'entrée de laquelle se trouvent deux magnifiques 
piliers mérovingiens et communiquant jadis avec le sanc- 
tuaire de l'église de la chapelle St. -Mesmin par un esca- 
lier dont les débris se voient encore. Ce fut là que le 
saint fondateur de Mici voulut être enterré. Depuis un 
temps immémorial , cette grotte était bouchée et la tra- 
dition seule gardait le souvenir de son existence , sans 
rien révéler sur sa situation. Sa découverte, fruit de per- 
sévérantes et courageuses investigations , est pour la 
religion et pour la science un heureux événement. 

« Mais de toutes les recherches, celle dont le succès qui 
l'a suivie nous a causé le plus de joie et qui nous semble 
vraiment un titre à la reconnaissance publique, c'est 
celle que, l'an dernier, nous avons opérée dans l'église de 
Notre-Dame de Gléry. 

« Là existe une chapelle, mise sous l'invocation de 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 283 

saint Jean, et connue sous le nom de chapelle des Lon- 
gueville. 

« Bâtie par Dunois, ornée de ses armes et de celles de 
Marie d'Harcourt, sa femme, et destinée à la sépulture 
de sa famille , l'histoire et la tradition disaient qu'il y 
avait été enterré ; mais la tradition disait aussi qu'à 
plusieurs époques de nos troubles civils , ces tombeaux 
avaient été violés et qu'ils ne conservaient plus rien des 
restes glorieux qui leur avaient été confiés. 

« Des fouilles pratiquées dans cette chapelle nous ont 
fait retrouver, à côté d'un caveau où quelques ossements 
de femme et d'enfant étaient mêlés> la terre qui le rem- 
plissait , à des débris de sculpture , de meneaux brisés , 
de pierres et de planches de bières , deux petits caveaux 
construits côte à côte où reposaient deux cercueils intacts, 
l'un , en bois , consommé par le temps , c'était celui de 
François II de Longueville, fils de Dunois; l'autre, en 
plomb, portant une inscription et des armes, contenait 
le corps embaumé d'Agnès de Savoie, sa bru. De petits 
pots, renfermant du charbon, étaient placés autour de 
ces cercueils. 

« Dans cette même chapelle , les fouilles ont révélé 
l'existence d'un caveau s'avançant sous l'autel ; caveau 
d'honneur évidemment. Il avait été violé. De la terre, 
des débris , le remplissaient et , parmi cette terre et ces 
débris, des ossements étaient épars. Ces ossements 
étaient forts; quelque chose qui inspirait le respect sem- 
blait émaner d'eux. Recueillis avec un soin religieux et 
assemblés sur le sol de l'église , ils se sont trouvés re- 
constituer un squelette complet ; une seule des vertèbres 
cervicales manquait; c'était celui d'un homme de haute 
stature, robuste, âgé, atteint de la goutte , ayant , d'après 



286 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la flexion des jambes , passé à cheval une partie de sa vie. 
A ces signes, à d'autres encore , il ne restait aucun doute 
possible : nous avions retrouvé les restes du Bâtard d'Or- 
léans , du compagnon de Jeanne d'Arc , du libérateur de 
la France. Ces restes, recueillis avec respect, renfermés 
dans une tombe , ont été , à la suite d'une cérémonie re- 
ligieuse , déposés de nouveau dans leur caveau rendu à 
son état primitif. 

« Quelquefois l'autorité locale a invoqué notre appui 
et nous a demandé de joindre nos réclamations aux 
siennes pour la conservation ou la restauration de monu- 
ments. Plus souvent , c'est d'office et de nous-mêmes que 
nous avons signalé l'état fâcheux de ces monuments et 
lâché de les arracher à la dégradation et à la destruction. 

« C'est ainsi que nous avons obtenu le déblaiement , 
souhaité depuis si long-temps, de la crypte de St. -Benoît- 
sur-Loire, et tout récemment de celle de St-Aignan 
d'Orléans ; que nous avons contribué à obtenir la restau- 
ration de la crypte de St. -A vit , construction mérovin- 
gienne, selon les uns, caiiovingienne , selon d'autres, 
découverte dans le jardin du séminaire d'Orléans. 

« Ainsi nous a été accordée la conservation du clocher 
de St. -Martin de Vendôme, et nous avons attiré l'atten- 
tion sur les fresques , alors très-menacées , de la chapelle 
St. -Gilles de Montoire et de la chapelle de St. -Genou, à 
Celles-sur-Cher. 

« Les dessins de ces deux fresques, habilement re- 
levés, sont dans nos cartons et prêts à être publiés dès 
que nos ressources nous le permettront. 

« Ainsi nous avons conservé, par des plans et des 
dessins, le souvenir de châteaux, qui, comme celui de 
Chemault, jadis habité par Henri IV, comme celui de 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 285 

Bellegarde , tombaient sous la hache du vandalisme el 
de la bande noire. 

(( Kous avons taché de protéger contre rincurié et 
rindifférence , soit de l'autorité, soit de leurs posses- 
seurs, de précieux restes: ici, les curieuses grottes 
druidiques de Montoire; là, les vitraux de Cour-sur- 
Loire, et la crypte de Téglise de St.-Aignan-sur-Cher, 
changée en magasin de tonnellerie. 

« A plusieurs fois, nous avons signalé le péril qui 
menace les voûtes de notre magnifique église de St.- 
Benoît : en ce moment encore, nous réclamons avec 
instance , et le Ministre vient d'écouter nos doléances. 

« L'édilité d'Orléans avait ordonné que les façades 
des maisons de la ville fussent reblanchies ou regrattées. 
, Nous avons, par nos remontrances, sauvé de cet ou- 
trage les façades de nos vieilles maieons historiques. 

« Nous venons de faire mieux encore en leur faveur , 
et je vous demande, Messieurs, la permission d'entrer 
dans quelques détails sur une idée qui , je l'espère , 
aura votre sympathie , car elle est toute de conservation. 
« Orléans renferme un assez grand nombre de maisons 
remarquables par l'élégance de leurs façades et les dé- 
tails de leur architecture. Presque toutes sont de l'époque 
de la renaissance, qui y a prodigué les plus gracieux 
caprices de son ornementation. Elles sont situées dans 
les vieux quartiers de la ville. Quelques-unes sont in- 
habitées et servent de magasins; on conçoit à quels 
dangers elles sont exposées. Celles qui sont habitées 
sont peut-être sujettes à plus de périls encore. Elles 
doivent , en effet , être appropriées aux besoins des loge- 
ments, à ceux du commerce. Les exigences de la vie 
moderne s'arrangent mal des dispositions anciennes. 



286 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Pour avoir plus de jour , on supprime les meneaux des 
fenêtres , on agrandit des ouvertures; on abat des cor- 
niches , on déplace ou Ton détruit un escalier en pierre ; 
de délicates sculptures sont noyées dans le badigeon ou 
mutilées par le ciseau qui les gratte. Toutes celles à qui 
on touche ainsi sont déshonorées; quelques-unes ont 
complètement disparu , et les amis des arts gémissaient 
de ce vandalisme qui continuait ses ravages sous leurs 
yeux mêmes, sans qu'ils pussent faire autre chose qu'ex- 
primer des regrets inutiles. 

« Une idée née dans le sein de la Société archéo- 
logique, approuvée par elle, patronnée par plusieurs de 
ses membres , s'est réalisée en un projet déjà en cours 
d'exécution et qui doit soustraire ces maisons à la de- 
struction plus ou moins prochaine qui les menace. A 
cet effet , quelques personnes se sont réunies et ont con- 
stitué une société dont le but est d'acheter, de con- 
server et de restaurer les maisons remarquables d'Or- 
léans. Le fonds social est formé à l'aide d'actions de 
100 fr. chacune. Les maisons seront louées sous des 
conditions de surveillance et de conservation. Le prix 
de cette location servira à donner aux sociétaires un in- 
térêt de 3 °io. Le surplus des revenus sera employé à 
la restauration et à la création d'un fonds de réserve 
destiné à faire de nouvelles acquisitions. 

« Déjà une maison, l'une des plus remarquables et 
des plus menacées, est acquise; et, dans ce moment, 
trente personnes, par le moyen d'un prospectus, ap- 
pellent leurs concitoyens à se joindre à elles pour con- 
courir à cette œuvre de protection. Vingt d'entre elles 
sont membres de la Société archéologique. Leur appel 
sera entendu , nous n'en faisons nul doute. INous ne 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 287 

doutons pas non plus que l'élan donné dans notre ville 
par la Société ne soit pour beaucoup dans ce succès. 

« Nous bornerons ici le compte -rendu des travaux et 
des projets principaux de la Société archéologique de 
rorléanais, ayant à cœur de le faire le pkis succincte- 
ment possible et de ne pas abuser de vos moments. 

« Permettez-nous, toutefois, de vous signaler l'entre- 
prise de trois œuvres de longue haleine et dont l'achève- 
ment exige le laps de plusieurs années : 

« i\ Une carte archéologique de l'Orléanais; 

a 2**. Une histoire statistique des fiefs de la province; 

« 3^ Et un armoriai des feudataires , villes et com- 
munautés de cette province. 

« Ces travaux, mis à chef, offriront de puissants 
secours à l'étude de notre histoire locale. Des commis- 
sions spéciales sont chargées de recueillir et de mettre 
en ordre les matériaux. 

« Voilà, Messieurs, un aperçu très-abrégé de ce qu'a 
exécuté jusqu'à ce jour ou entrepris la Société archéo- 
logique de l'Orléanais. Bien posée dans l'opinion, elle 
espère tout de l'avenir. Elle a pu déjà, dans la courte 
durée de son existence, rendre quelques services : elle 
compte par la suite en rendre davantage. Elle veut ici 
témoigner de sa gratitude pour l'appui et les secours 
bienveillants qu'elle n'a cessé de rencontrer. Elle veut , 
avant tout , être juste en reportant l'honneur de ce 
qu'elle a pu faire de bien à notre savant et honorable 
directeur, M. de Caumont. C'est son initiative éclairée 
qui a ouvert la carrière où elle tâche de le suivre : c'est 
son zèle infatigable qui la guide et l'encourage. » 

M. Charles-Auguste Grivet est un ouvrier-poète, émule 



288 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

des Reboul, des Jasmin , des Durand, des Hégésippe 
Moreau. Son recueil de poésies, qui ne comprend pas 
moins de 369 pages , est précédé d'une notice sur l'au- 
teur, par M. Dupuis, vice-président du Tribunal civil 
d'Orléans , dont je viens de reproduire le remarquable 
rapport. ^. 

« Vos compositions, disait Béranger à M. Grivet, dans 
« sa lettre datée de Passy, le 5 décembre 18Zi3, sont 
« presque toutes conçues et exécutées avec goût et 
« talent ; ce qui me surprend , autant que leur mérite , 
« c'est que votre nom n'ait pas plus de retentissement 
« à Paris. Beaucoup d'éloges ont été prodigués à des 
« vers qui sont loin de valoir les vôtres , et je regrette 
« de vivre loin du monde des journaux , ce qui m'em- 
« pêche d'en obtenir la justice qui vous est due , etc. » 

Mon appréciation, après celle de l'illustre chanson- 
nier , serait plus que téméraire ; aussi me bornerai-je à 
vous recommander, pour la lecture de ce nouveau vo- 
lume de poésies , une indifférence moindre que celle du 
monde des journaux parisiens. 

Maine-et-Loire. 

La Société industrielle (V Angers et du département 
de Maine-et-Loire n'est pas restée inactive pendant 
l'année qui vient de s'écouler. 

Le rapport sommaire sur ses travaux , que vous a pré- 
senté M. Leroyer, son délégué, vous en convaincra et 
vous fera voir qu'elle marche dans la voie du progrès , 
fidèle à la noble mission qu'elle s'est donnée de tra- 
vailler à la recherche , à la propagation des sciences , 
et surtout des sciences pratiques , dans l'intérêt de tous; 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 289 

à rinstruction , et par suite à ramélioration du sort du 
cultivateur en particulier, sans négliger les lettres, l'his- 
toire et les beaux-arts , sources de si douces jouissances 
pour les esprits cultivés. 

Elle vient de publier son vingt-septième Bulletin 
annuel , usage qu'elle n'a pas manqué de suivre depuis 
1830. Ses séances générales mensuelles ont été au 
nombre de dix. Si je n'étais obligé, dit M. Leroyer, de 
me renfermer dans des limites aussi étroites, je vous 
dirais, in extenso, quelques-unes des communications 
soumises à ses ordres du jour et qui sont consignées 
dans son intéressant Bulletin; cette lecture, j'en suis 
certain, aurait pour vous un vif intérêt. L'exposé des 
divers comités qui composent la Société, et qui tous, 
dans le courant de l'année, ont eu à s'occuper des 
questions de leur ressort, vous donnera du moins une 
idée de la variété et de l'importance de ces questions. 
Ces comités sont au nombre de onze : 

1". Comité d'agriculture ; 
^ des beaux-arts ; 

3". — hippique ; 

II", •— d'horticulture et d'histoire naturelle ; 

5^ — d'hygiène ; 

6". — de littérature , histoire et géographie; 

7". — de mécanique ; 
. S**. — de physique et chimie ; 

9°. — des prisons ; 
10°. — ■ de statistique et d'économie; 
ir. — de viticulture et d'œnologie. 

Parmi les communications les plus importantes con- 
tenues dans le Bulletin de ta Société, je citerai d'abord 

celles qui ont été faites par son honorable président ; 

13 



290 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

elles sont nombreuses, grâce à ractivité et au zèle qm 
ne cessent de l'animer : 

1«. Communication relative à M» David, dC Angers y 
à la suite de laquelle il a été décidé que le buste de 
l'illustre statuaire serait placé dans la salle des séances. 

2". Communication sur des expériences faites sur 
la nature et les produits de nouvelles espèces de 
vigne, introduite s dans le déparlement de Maine-et- 
Loire, Vous savez, Messieurs, de quelle importance est 
la question vinicole dans l'Anjou. C'est sous l'empire de 
cette question que, depuis quinze ans et plus, M. Gufl- 
lory aîné , dans sa propriété de la Roche~au-Moine , 
consacre environ 3 hectares à des expériences com- 
paratives sur la culture et les produits de nouvelles 
espèces de vigne. Grâce à lui , après des essais longs et 
persévérants sur des plants de toute provenance , le 
département s'est vu doté de cépages de variétés plus 
hâtives, tels que le Carmenet-Sauvignon, pour les vins 
de choix; le Liverdun et le Mâtin, pour les vins rouges 
communs. Déjà , par ses ^oins , quarante mille cros- 
settes environ de ces cépages ont été réparties entre une 
vingtaine de propriétaires, dans treize communes du 
département. 

3». Communication sur le drainage en Maine-et- 
Loire, Il résulte, de cette communication, que le dépar- 
tement de Maine-et-Loire est un de ceux où la pratique 
du drainage a reçu le plus de développements, et , si ce 
n'est l'œuvre de la Société , elle y a puissamment con- 
tribué. MM. Bordillon et Lebanier , membres de la Société, 
qui ont commencé ces travaux , ont trouvé de nombreux • 
imitateurs dans plusieurs élèves de M. Lebanier et dans 
un grand nombre de propriétaires éclairés. Enfin , 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 291 

M. H. Pineau , ingénieur agricole à Ghâleauneuf , a exé- 
cuté de nombreux et importants travaux ; 750 à 800 
hectares ont été assainis par des travaux de drainage. 

La Société, par l'entremise du Préfet de Maine-et- 
Loire, a obtenu du Ministre de l'agriculture une sub- 
vention de 800 fr. pour l'acquisition de deux machines à 
fabriquer les tuyaux de drainage , destinées aux arron- 
dissements d'Angers et de Beaugé. 

Zi°. Communication à l'occasion de l'établissement , 
à Angers, d'une école supérieure des lettres et des 
sciences. Dans cette communication , M. Guillory fait 
ressortir la part qu'a prise la Société à l'obtention de 
cette faveur; elle s'est constamment préoccupée depuis 
1837 de la question de créer, à Angers, des cours 
publics et gratuits. Cette communication se termine 
par des citations de documents historiques curieux con- 
cernant l'ancienne Faculté de Droit d'Angers. 

5°. Lettre à i¥. le Préfet sur les moyens de pro- 
céder au remplacement des récoltes dans les terrains 
inondés, 

6*». T^ote sur l'emploi économique des engrais 
liquides qui s'écoulent des fumiers et des étables, 

7<». Communication sur la cidtU7^e du lin de 'Flandre 
et régénération des graines, 

go^ Proposition ayant pour objet de réunir ^dans une 
suite d'articles, l'indication et la date des brevets d'in- 
vention et de perfectionnement pris dans le départe- 
ment de Maine-et-Loire (liste qui se trouve dans le 
Bulletin], 

Je citerai ensuite un article intitulé : Quelques obser- 
vations pratiques d'agriculture, dû à M. Bodin, membre 
de la Société, directeur de l'École d'agriculture de Rennes ; 



292 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

nommer Fauteur, c'est dire combien l'article présente 
d'intérêt. 

Une note fort intéressante , due à M. E. Ghevreul , de 
r Institut, membre honoraire de la Société industrielle, 
intitulée: Considérations sur les oiivrages d'agriculture 
du XVlir* siècle, de Duhamel-Dumonceau et du mar- 
quis de Turbilly. Un premier chapitre des extraits de 
l'ouvrage du marquis de Turbilly traite du défrichement 
des mauvaises terres , sables vifs et brûlants ; le chapitre 
deuxième, du défrichement des terres médiocres; le cha- 
pitre troisième , des bonnes terres. Dans un appendice 
qui suit, il est parlé des engrais d'origine minérale et 
d'origine organique, prescrits par le marquis de Turbilly, 
et de récobuage , au point de vue théorique et pratique. 

A propos du drainage , je citerai encore un article de 
i\l. H. Pineau, intitulé : Une question de drainage; — 
une note sur le drainage du cimetière de l'Ouest de la 
ville d'Angers, et quelques observations sur le drainage 
en général, dues à M. Gh. Lebanier ; — enfin, une lettre 
de M. G. de Jousselin sur divers travaux de drainage 
exécutés sur le domaine de la Bénaudlère, M. de Jous- 
selin utilise les eaux provenant des drains pour irriguer 
les prés. 

Il faut conclure, des expériences nombreuses faites 
par MM. Lebanier et Pineau, qu'en principe on doit 
donner la préférence aux drains profonds. 

Remède infaillible contre la propagation de la ma- 
ladie des pommes de terre, par M. Ottmann, père, 
membre honoraire de la Société. 

Une note sur la construction d'une étable, à la Bé- 
naudière, chez M. de Jousselin. 

Bapport , au nom d'une commission spéciale , sur 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 293 

le projet d'association pour ta vente en détait de ta 
viande de boucherie, par M. Janin, membre titulaire 
de la Société. 

Un rapport sur l'ouvrage de ]\ï. de Valserres ayant 
pour titre : Diatogues populaires sur te droit rural, 
par M. H. Pineau. 

Rapport, au nom du Comité de Mécanique , sur un 
système de ferrure de croisée, par M. Varanne-Aubry, 
membre titulaire. 

ISote sur un mode de fondation économique dans tes 
terrains marécageux , par M. Launay-Pieau, architecte, 
membre titulaire. 

Discours d^ ouverture du Cours de botanique à C école 
d'enseignement supérieur des sciences et des lettres 
d'Angers , le 30 avril \ 856 , par M. A. Boreau , secrétaire 
de la Société industrielle. 

Note sur l'ouvrage de l'abbé Paramelle, intitulé : Uart 
de découvrir les sources, par M. L. Tavernier , membre 
titulaire. 

Rapport, au nom d'un Comité spécial, sur l'ap- 
pareil à lessive de M. Moret,^^dx M. Janin. 

Charte et tarif de la cloison d'Angers , en 1373, par 
M. P. Marchegay, archiviste de la Société industrielle 
( Cette note contient des détails fort curieux. ) 

Le Ministre de Louis XI et le Chapelain de Ghâteau- 
Gonthier , par le même. 

Prix des grains^ en Anjou, depuis le XP» siècle 
j usqu'en 1855 , par M. L. Raimbault , membre titulaire. 

I^ote sur une boucle d'attelage^ avec ai^dillon à re- 
traite ^ par M. Charles de Beauvoys, membre titulaire. 

Rapport, au nom du Comité d'économie domestique, 
sur la silicatisation des pierres tendres et sur un 



29/l INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

endîiù liydrofugc, par M. E. Gripon , membre titulaire. 

Rapport sur plusieurs ouvrages de M, le baron 
Trouvé, membre honoraire de la Société , par M. Au- 
bert , membre titulaire. 

Moyen de prévenir les inondations dans la vallée de 
CAuthion , par M. V. Ilouyau , membre honoraire. 

Récolte des cantharides , par M. Charles de Beauvoys. 

L'espèce galline au Concours agricole universel de 
1856, par M. L. J. Couchel, membre titulaire. 

Tels sont les titres d'autant de chapitres intéressants 
renfermés dans le Bulletin, 

On y trouve enfin la relation des travaux des Comices 
agricoles : 

Du canton de Chemillé ; 

— de Thouarcé ; 

— du Lion-d'Angers ; 

Celle des concours du Comice agricole du canton de 
Châteauneuf , à Cherré , et du Comice agricole du canton 
de St. -Florent, à St.-Laurent-du-Mottay ; 

Et un Rapport sur le IQ""'. concours départemental 
d'animaux domestiques ,^dir M. F. Janin, 

L'horticulture a pris , dans l'Anjou , un tel développe- 
ment , une telle importance , que la Société a cru devoir 
charger un de ses membres, M. L. Tavernier, de lui 
faire un rapport sur le Catalogue descriptif et raisonné 
des arbres fruitiers et d'ornement de l'établissement 
de M. A. Leroy. 

M. A. Leroy étend ses pépinières sur plus de 100 hec- 
tares de terre ; il occupe 200 ouvriers et expédie à 
l'étranger des arbres fruitiers et d'ornement par centaines 
de mille. 

La Société Boit à M. Menière, son bibliothécaire, des 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 295 

observations météorologiques faites à Angers , obser- 
vations consciencieuses consignées , jour par jour, pour 
tous les mois de Tannée. 

Dans le but d'introduire ou de propager les plantes 
reconnues avantageuses, la Société a fait de nombreuses 
distributions de graines. 

Pour entretenir Tes prit de recherche , elle a des expo- 
sitions mensuelles où figurent des échantillons des pro- 
duits de Tagriculture et de l'horticulture ; les machines 
aratoires et autres ; en un mot , tout ce qui est l'objet 
des recherches des naturalistes , des géologues , etc. 

Ces expositions ont enrichi les collections de la Société, 
déjà nombreuses par les dons des exposants. 

M, Millet, membre de l'Institut des provinces et de 
beaucoup d'autres sociétés savantes, vous a offert un 
ouvrage important, publié à Angers, en 1856, et ne 
contenant pas moins de Zi52 pages. Cette œuvre est inti- 
tulée : Etat actuel de l'agriculture dans le départe- 
ment de Maine-et-Loire , et de quelques moyens de 
lui venir en aide. 

Dans une classe première , l'auteur traite de l'agro- 
nomie ou de l'agriculture proprement dite. La première 
partie de celte classe s'applique aux cultures arables et à 
l'éducation des animaux domestiques ; la deuxième partie, 
à l'arboriculture, c'est-à-dire à la cullure des arbres 
fruitiers champêtres, ou fructiculture; à celle de la vigne, 
ou viticulture; à celle du houblon; à la culture et à 
l'aménagement des bois et forêts, ou sylviculture. Dans la 
troisième partie, l'auteur recherche : l'* les moyens auxi- 
liaires ; 2\ les causes qui nuisent à l'agriculture ; 3". les 
moyens préservatifs et réparateurs. 



296 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

L'iiorticullure fait l'objet de la classe seconde ; elle se 
divise en : l^ culture maraîchère ou culture des légumes ; 
2». culture des arbres fruitiers. 

Ce livre contient beaucoup de très-bons renseignements, 
et il serait à désirer que, dans chaque département, un 
travail analogue fît connaître les cultures de chaque loca- 
lité et les produits fournis par elle. On regrette cependant 
l'absence, en tête du volume, d'une carte du département 
de Maine-et-Loire, qui eût mis le lecteur en position de 
suivre plus facilement les descriptions. 

Vous avez encore reçu deux brochures , imprimées 
dans le même département : 1". les Travaux du Comice 
horticole de Maine-et-Loire; 2". la Pomologie de Maine- 
et-Loire^ U\ livraison , publiée par le même Comice. Je 
regrette, à cause de l'intérêt qui s'y attache, qu'elles ne 
soient pas susceptibles d'analyse. 

Manche. 

Le compte-rendu ci-après, dressé par M. Delachapelle, 
secrétaire de la Société Impériale académique de Cher- 
bourg , vous fera voir que cette Société n'est pas restée 
au-dessous de la tâche qu'elle a entreprise : 

Sciences physiques et naturelles. — M. Besnou a lu 
deux mémoires importants: Vun, sur VOïdium auran- 
tiacum , l'autre sur les subsistances et les denrées des- 
tinées à l'ahmentation publique. 

M. le docteur Loisel a communiqué à la Société deux 
rapports destinés à être mis sous les yeux de l'Autorité 
administrative : l'un, sur quelques cas de fièvre typhoïde 
observés dans une commune rurale , et que l'on regarde 
à tort comme constituant une sorte d'épidémie; le se- 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. !297 

cond, sur le choix d'un emplacement pour le nouvel 
hospice , à Cherbourg. 

M. Bertrand-Lachesnée a signalé l'existence , dans des 
localités de l'arrondissement , de diverses plantes rares , 
du moins dans le pays , savoir : à Gréville , VAquilegia 
vulgaris, le Carcx paniculata, le Rosa tomentosa; 
à Tourlaville, VHieracium sylvaticum , \% Platanlhera 
bifolia, le Jiinciis capitalus ; à Cherbourg, le Cepha- 
laria pilosa, etc. 

Histoire et archéologie. — Cette branche de connais- 
sances est toujours cultivée avec zèle par la Société ; 
on ne fait ici que mentionner les travaux les plus im- 
portants en ce genre. 

M. de Pontaumont a lu : 

Une notice sur deux ex-voto du XII*. ou du XIIP. 
siècle , à Gatteville ; 

Une notice sur les armoiries de la vicomte de Va- 
lognes ; 

Une notice sur les extractions de pierres, à Cherbourg, 
en 1788; 

Un résumé d'un rapport sur le Pré-au-Roi. 

M. Noël , directeur de la Société , lui a présenté un 
mémoire étendu et approfondi sur l'administration mu- 
nicipale , à Cherbourg , depuis 1800. 

M. Victor Lesène a lu : 

Une notice sur les armoiries de Desroches-Orange ; 

Une note sur le prétendu passage , à Cherbourg , de 
la reine Marguerite d'Anjou. M. Lesène s'attache à prou- 
ver que la tradition qui fait venir cette reine à Cher- 
bourg n'est fondée sur aucun témoignage digne de 
foi. 

Le même membre a lu une note sur les fleurs , et 



29& INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

spécialement les roses considérées comme symboles et 
attributs ; 

Un relevé de plusieurs inscriptions, recueillies dans 
Téglise d'Equeurdreville ; 

Une notice sur les Boucaniers ou flibustiers ; 

Une autre notice sur les anciens registres de Tétat 
civil , à Cherbourg. Ce travail signale des particularités 
curieuses. 

M. Denis-Lagarde a présenté : 

Un rapport sur la Description du inusée iconogra^ 
phîque de Lyon , par M. Gommarmond ; 

Une note sur des médailles grecques. 

M. Lesdos a donné un mémoire sur VHistoire de 
la ville de Cherbourg, 

Littérature, — Biographie, — M. le docteur Dufour 
a lu une notice sur M. Alexandre , ancien médecin en chef 
de la Marine , membre titulaire de la Société. Cette notice 
est un digne hommage rendu à la mémoire d'un homme 
distingué, d'un excellent confrère , dont la Société acadé- 
mique regrette la perte , et conservera le souvenir. 

M. de Pontaumont a lu : 

Des Souvenirs de V abbaye de Cherbourg au temps 
du duc d'Harcourt ; 

Une Légende des environs de Cherbourg, Dans ce 
dernier travail, l'auteur, ordinairement scrupuleux et 
exact dans les recherches historiques et archéologiques, 
a donné un libre essor à son imagination ; il en est de 
même de son histoire du château de Tourlaville. 

M. l'abbé Leroy a lu un Voyage à Rome, 

M. Janvier a communiqué à la Société : 

Des Fragments de Voyages à Kio- Janeiro, à Callao, 
et autres lieux; 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 299 

Un mémoire sur Taïti. 

M, -de Lapparent a lu des fables , en vers , pour la 
plupart imitées de Lessing ; on a remarqué le tour vif 
et concis de ces opuscules, et la forte morale qu'ils 
renferment. 

M. Armand Guiffart a présenté à la Société une tra- 
duction complète des Élégies de Tibulle. Cet ouvrage 
annonce un talent réel , et atteste une connaissance 
approfondie de l'auteur latin , en même temps que la 
vivacité de l'imagination et du style chez le traducteur. 

M. de La Londe a donné lecture d'une pièce de vers , 
intitulée : Regrets» 

M, Bazan , associé-correspondant , a adressé à la So- 
ciété : 

Un Coup'd'œil sur ta Littérature française pendant 
la première moitié du XIX', siècle ; 

Une Èpitre aux Dames ; 

Une épître, intitulée : L'homme, tyran de la femme ; 
et divers autres opuscules. 

iVl. E. Delachapelle a présenté : 

Une Esquisse d'un Cours de Logique, 1". partie; 

Un article intitulé : Pope et son École ; 

Une Épître à une Paysanne, 

La Société a reçu un très-grand nombre d'envois et de 
communications : elle continue à entretenir et à étendre 
ses rapports avec les Sociétés savantes de France et avec 
l'Institution Smithsonienne , à New-Yorck. 

M. Besnou , vice -président, pour 1857, de la Société 
des sciences naturelles, autorisée à prendre le titre 
d'Impériale par un décret en date du 31 mars 185/i, 
vous a fait parvenir le sommaire suivant des travaux 



âOO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

compris dans le volume qu'elle vient de publier pour 
Tannée 1856 : 

Agriculture, — Renoiiée tinctoriale , sa richesse 
en indigo^ par M. Besnou. 

Anatomic végétale, — Anatomie des plantes aériennes 
de la famille des Orchidées, avec planches, par M. 
Chalin, de l'école de Pharmacie. 

Astronomie, — Nouvelle planète , découverte par M. 
Chacornac. 

Botanique, — • Bernarques sur la now.enclature géné- 
rique des algues , par IVJ. A. Le Jolis ; — Synopsis du 
genre Arthonia, par le docteur W. Nylander ; — Liste 
des Des7nidiées , observées en Basse -ISormandie , avec 
planches , par M. de Brébisson ; — Instruction sur la 
récolte , l* étude et la préparation des algues , par 
M. E. Bornet ; — Description de 3 nouveaux lichens, 
avec planches, par le .Même; — Sur les anthéridées 
du Fegatella conica, par M. G. Thuret; — Commu- 
nication d'un nouveau procédé de dessécher et de 
conserver la couleur et les formes des plantes , par 
M. Théod. Du Moncel. 

Chimie appliquée, -— Essai d'un mélange d'huiles 
fixes y constatation de leur nature et des proportions 
du mélange , par M. Besnou ; — Examen de l'huile 
de foie de morue , par M. Besnou ; — Moyen de pré- 
venir les dépôts terreux et salins dans les chaudières 
à vapeur, pap M. Besnou ; •— Expériences à ce sujet par 
M. Verjus, maître mécanicien, et M* L.-L. Fleury;^ — 
Examen chimique et panification de farines étran- 
gères provenant d'Amérique ; causes de leur infério- 
rité, par M. Besnou. 

Electricité, — Sur le développement des courants 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 301 

d'induction , par M. Th. Du Moncel ; •— Relais r/ie'o- 
tomiques, par le même ; — Nouvelle disposition des 
piles , par le même ;— Transmission des courants dans 
les conducteui's humides , par le même ; — Mesureur 
électrique, par le même. 

Entomologie, • — Découvertes de genres et espèces 
nouvelles dans l'arrondissement de Cherbourg, par 
M. Bertrand-Lachesnée ; — Monographie du genre He- 
riades de la famille des Apicides , par M. le docteur 
W. Nylander. 

Géographie, — Sur C expédition du Nil Blanc et la 
détermination des positions géographiques , par M. E. 
Liais. 

Géographie astronomique, — Détermination des lon- 
gitudes indépendamment de la verticale, par M. Liais. 

Géologie, — Notes géologiques sur le département 
de la Manche, par M. Bonnissent; — Notes géologi- 
ques sur diverses localités du département , par M. J. 
Lesdos. 

Herborisation, — Topographie botanique, et décou- 
vertes de quelques plantes nouvelles , par MM. A. Le 
Jolis et Bertrand-Lachesnée. 

Horlogerie électrique, — Disposition nouvelle pour 
7nénager le contact des horloges électriques, par M. E. 
Liais ; — Action du moteur sur la durée des oscilla^ 
tions du pendule, par le même. 

Hygiène publique, — Analyse des eaux de la Divette, 
par M. Besnou ; — Considérations sur les causes de 
l'apparition de C Oïdium aurantiacum dans le pain, 
par le même. 

Industrie, — Coût d'extraction des roches sous^ma- 
rines , par M. le docteur Payerne. 



302 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCEi 

Magnétisme. — Sur la force portante et aspirante 
des aimants, par M. Th. Du Moncel. 

Mathématiques. — Preuve des règles fondamentales 
de C arithmétique , par M. de Lapparent ; — Démonstra- 
tion des principes fondamentaux sur lesquels repo- 
sent les caractères de divisibilité des nombres entiers 
par des valeurs entières quelconques , par le même. 

Mécanique appliquée. — Appareil destiné à indiquer 
la vitesse des corps en mouvement et les avantages 
que l'on pourrait en retirer par C application aux 
locomotives des chemins de fer, par M. Menant. 

Météorologie. — Chute de grêle observée^ à Carteret^ 
par M. Allix, lieutenant de vaisseau; — Anémomètres 
à indications continues, par M. Th. Du Moncel;— ^2^r 
les confections des indications du pluviomètre, par 
M. L.-L. Fleury; — Observations udomé trique s , par 
le même ; — Sur le nombre des orages à Cherbourg 
pendant une longue période , par le même. 

Orographie. — Essai sur l'histoire naturelle de l'ar- 
chipel de Mendana ou des Marquises ( 1". partie , 
Géologie et minéralogie ) , par M. Édélestan Jardin. 

Physique. — Sur les longueurs des fils propres à 
donner aux électro-^aimants leur maximum de force , 
par M. Th. Du Moncel; — Température de l'air, par 
M. Em. Liais ; — Sur les relations qui existent entre 
les chaleurs latentes des dissolutions des sels incom- 
patibles et les chaleurs spécifiques des dissolutions des 
mêmes sels , par M. L.-L. Fleury. 

Physique appliquée, — Baromètre et sphéromètre 
électriques , par M. Th. Du Moncel ; — Moniteurs élec- 
triques des chemins de fer, par le même ; — Moniteurs 
électriques pour les hauts-fonds , par le même ; — Per- 



I 



TRAVAUX DES ÀCADiÉMIES EN 1856. 303 

fectionnement à son régulateur électro-solaire , par 
le même ; — Bemarques sur le procédé employé par 
M. Besnou pour constater les proportions d'un mé- 
lange d'huiles fixes , et de son application possible 
par le calcul à un nombre indéterminé dans le mé- 
lange, par M. L.-L. Fleury ; — Nouveau système pour 
retirer automatiquement , en temps convenable , un 
objet quelconque soumis à une action physique ou chi- 
mique, par M. Th. Du Moncel. 

Physique du globe, — Influence de la torsion sur 
les déterminations de la déclinaison avec les bous- 
soles où l'aiguille est suspendue par un fd, par M, E. 
Liais ; — Sur la détermination du centre de gravité 
. d'un barreau aimanté, par le même ;-—Maréographie 
électrique, par M. Th. Du Moncel ; —i?a5 6/e marée, 
par M. Em. Liais ; — Sur la stabilité de l'état thermo- 
métrique actuel de la surface du globe , par le même. 

Toxicologie, «— Sur les précautions à prendre pour 
constater la présence de la strychnine et de la mor- 
phine dans le cas d'empoisonnement , par M. Besnou. 

Uranographie appliquée, — Avantages que l'on peut 
retirer de l'établissement de cartes monographiques 
pour conserver , sans aucune altération possible, les 
dates précises, si nécessaires à l'histoire , par le capi- 
taine de vaisseau Boutzkoy , directeur de l'École Impé- 
riale navale de Russie. 

Pendant Tannée qui vient de s'écouler , la Société 
d'archéologie, sciences et arts d' Av7xinches n'est point, 
non plus , restée inactive. 

La première partie du volume de ses Mémoires actuel- 
lement sous presse renferme, en effet, de nombreux 



30li INSTITUT DES Î>I10VINCES DE FRANCE. 

travaux , parmi lesquels on remarque : Des recherclies 
sur l'établissement de la Monarchie française dans les 
Gaules ; et sur le meurtre de Thomas Becket , par 
M. Gustave de Clinchamp , président de la Société. 

Un rapport sur les travaux de Cannée , par M. Phi- 
lippe Loyer , secrétaire. 

Un curieux travail de M. Beautemps-Beaupré, entrepris 
sur différentes brochures relatives au dessèchement de 
la baie du Mont-St.-Michel. 

Un rapport de M. Le Héricher, sur le dessèchement de 
la baie du Mont-Michel , envisagé au triple point de vue 
de l'archéologie, de l'art et de l'histoire. 

Un Essai, par le même auteur, sur la botanique po- 
pulaire de Normandie et d' Angleterre; travail qui 
témoigne d'une érudition ingénieuse et variée. 

Diverses notes, de M. André-Marie Laisné, sur l'origine 
du dicton : « Etre tout évèque d*Avranches ; » — sur la 
valeur des formules ; « Per cultellum , cum cultello ; 
Gum missali , per capillum; » — et des notices remplies 
de détails précieux sur Desrues, sur Alexandre de Ville- 
dieu et sur le Psalterium juste litigantium , de Jacques 
de Campront ; enfin des recherches archéologiques sur 
les églises de l'ancien diocèse d'Avranches. 

Une notice surlestableaux de confrérie, et en particulier 
sur le tableau du Rosaire de St,-Quentin ; et une étude 
étendue sur les poésies populaires de la Basse-Normandie, 
par M. Eugène de Beaurepaire. 

Indépendamment de ces travaux, la Société a entendu 
la lecture de beaucoup d'autres mémoires et rapports , 
parmi lesquels nous citerons les suivants : 

Revue des constructions nouvelles de l'Avranchin, 
par M. Ed. Le Héricher. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 305 

Excursion en Bretagne , par le même. 

Analyse de divers travaux publiés récemment à 
Avranches par des auteurs anglais, par le même. 

De la civilisation gauloise^ par M. le vicomte de 
Guitton de La Villeberge. 

Étude sur la religion des brahmes et sur le brah- 
misme, par M. le capitaine Passart , ancien comman- 
dant du Comptoir de Mahé. 

Étude sur les cérémonies funéraires des Indous , 
par le même. 

De l'éducation dans la famille , par M. Groult , 
régent de Logique. 

Nouvelles notes sur Alexandre de Viliedieu, par 
M. Laisné vice-président , membre de la Société Fran- 
çaise. 

Notes sur les paroisses de St,-Satumin et de Notre- 
Dame-des-Champs , par le même. 

De l'identité des calendriers de certaines années, 
par le même. 

Aperçu de l'ancienne législation relativement aux 
moulins, par M. Durand, juge. 

Des croix doubles et de l'architecture du moyen- 
âge , par M. Parey , agent-voyer. 

De quelques sermons français du XIV, siècle, at- 
tribués à Maurice de Sully , archevêque de Paris , 
par M. Eugène de Beaurepaire. 

Les poésies allégoriques , et La chasse du ceîf privé, 
par le même. 

Du mouvement archéologique et littéraire en Nor- 
mandie, par le même. 

Sonnet de Courval et son Pamphlet contre les char- 
latans et pseudo-médecins, par le même. 



506 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Histoire de l'Hospice d'Avranches et de quelques 
institutions charitables y par M. Gh. de Beaurepaire, 
membre correspondant. 

Poésies , par M. Emile Le Pelletier , substitut à 
Lourdes , membre correspondant. 

Traductions en vers , par MM. Lemonnier et Hucley. 

Rapports divers sur les fouilles de la rue Ormont, 
du château du Parc, de St. -Aubin, par MM. Renaut, 
Laisné et de Beaurepaire. 

Mentionnons , en finissant , les accroissements rapides 
du musée de tableaux et d'antiquités, et la restauration 
de la toile de Staccony , exécutée , sur la demande de 
la Société, par les soins d'un artiste aussi habile que 
zélé , M. F. Robiquet. 

Marne. 

M. Debacq , secrétaire et délégué de la Société acadé- 
mique de la Marne, vous a, dans votre première séance, 
donné lecture de Texposé qui va suivre , des travaux de 
cette Société , rédigé par M. Caquot qui la préside : 

« La Société d'agriculture, commerce, sciences et arts 
du département de la Marne, grâce à la bienveillance de 
M. le Ministre de l'Instruction publique, correspond 
gratuitement avec 223 Sociétés françaises qui s'occupent, 
comme elle, de tout ce qui tend à l'amélioration et au 
bien-être du pays. 

« On conçoit quel intérêt doit résulter de ce mutuel 
échange de pensées, d'études, d'expériences, toutes 
dirigées vers un même but , dans des régions diverses, et 
par conséquent avec des préoccupations et sous des as- 
pects variés, sinon différents. Cet intérêt est le même 
dans le Congrès des délégués des Sociétés savantes ; ici 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 307 

seulement, il est plus vif, il est en action. Les intelli- 
gences , les pensées , les expériences y sont en présence 
et se touchent la main. 

« M. Sellier, un des délégués de la Société de la Marne , 
dans un rapport tout à la fois vif et concis, complet et 
lucide, en passant en revue toutes les matières discutées 
dans les conférences du Congrès de Tan dernier, nous a 
fait , en quelque sorte , assister à ses savants débats. 

« C'a été une heureuse diversion à nos travaux plus 
calmes , plus isolés , à nos travaux de famille, dont nous 
allons , en peu de mots, dresser la rapide nomenclature. 

« L'agriculture est toujours placée par nous au premier 
rang. 

« Les rapports de MM. Duguet, J. Lamairesse, Boulard , 
Salle , ont tour à tour appelé l'attention sur la culture 
des céréales , l'emploi du blé dur, les avantages du sar- 
clage , de l'élève et du croisement des animaux de la 
ferme , sur l'essai de machines agricoles , telles qu'un 
semoir , une faucheuse ; et , si les résultats n'ont pas 
tous répondu aux promesses , il faut laisser une bonne 
part du mécompte à l'inexpérience des manipulateurs , et 
peut-être aussi des constructeurs eux-mêmes. 

« Les écrits de M. le marquis de Bryas, de M. Eugène 
Lamairesse, de M. Van der Strate n-Ponthoz, ont beaucoup 
fait pour le drainage; des essais fructueux , déjà en cours 
d'exécution dans le département, feront plus encore. 
L'agriculteur n'accepte les améliorations que lorsqu'il les a 
vues et jugées par lui-même. 

« On se préoccupe de ce qu'on appelle, avec exagération, 
la désertion des campagnes pour les villes. La Société a 
ouvert une enquête départementale sur ce fait qui inté- 
resse à la fois l'économiste , le philosophe et le moraliste. 



308 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANGE. 

Avec ses correspondants , et M. Caquot , son rapporteur, 
elle a été heureuse de reconnaître qu'il n'y avait là qu'un 
mouvement naturel de mieux-être et de civilisation. 

« Depuis un demi-siècle, en effet, la situation des culti- 
vateurs n'a pas discontinué, aussi bien que celle de toutes 
les classes de la Société , de marcher en s'améliorant. 

« Les maisons enterrées et sans jour ont fait place , pour 
l'homme et pour les animaux , à des habitations élevées , 
bien aérées , où la lumière pénètre aisément , et avec 
elle , la santé et ses suites. 

« Le langage s'est amélioré ; on sait écrire , on se rend 
compte des recettes et des dépenses. Quelque grands- 
parens , comme une protestation peut-être , ont conservé 
le costume de leur jeune temps , leurs habitudes rus- 
tiques; mais, à côté d'eux, une génération non moins 
robuste , plus soigneuse des facilités de la vie , apporte 
quelques délicatesses qui la rapprochent des usages de la 
ville. 

« Ainsi , le niveau tend à s'établir dans une juste pro- 
portion. Cette transition, il est vrai, comme tous les 
changements , ne s'est pas opérée sans quelque pertur- 
bation ; mais Téquilibre se fera par la force même des 
choses, et les instruments de culture, les machines agri- 
coles remplaceront avec avantage les bras qui ailleurs 
créeront d'autres produits, d'autres richesses. 

« M. le Ministre de l'agriculture et du commerce a fait 
relever, dans toute la France, les anciens usages auxquels 
nos lois se réfèrent, à défaut de réglementation spéciale. 
« La Société ne pouvait rester indifférente à cette espèce 
de parère. Deux de ses membres, MM. Caquot et Sellier, 
ont fait partie de la Commission départementale chargée 
de coordonner les renseignements obtenus. Ce travail 



I 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 309 

d'ensemble , dressé par M. Caquot, fait partie des mé- 
moires de 1856. Ce sont des renseignements historiques 
et réglementaires que Ton consultera toujours avec fruit , 
même quand ils cesseraient d'avoir force de loi. 

« A l'occasion de récompenses décernées à l'horticulture, 
M. Royer a dressé une statistique de la culture maraî- 
chère dans le département , en regard de celle des envi- 
rons de Paris. 

« L'apiculture a trouvé, dans M. l'abbé Aubert, un zélé 
propagateur et , dans la Société , des encouragements et 
des récompenses. 

« Dès 1855, il aétéproposé,pour sujet de prix à décerner 
en 1857, la rédaction d'un Manuel d'agriculture appli- 
cable au département de la Marne. Pour étudier la ma- 
tière dans tous ses détails, et préparer, au besoin, le 
Manuel lui-même, une Commission est formée et son 
travail s'élabore. 

« M. Jules Lamairesse a appelé l'attention de la Compa- 
gnie sur des essais tentés en Allemagne , avec un certain 
succès, pour extraire, des feuilles du pin sylvestre , un 
résidu doux et moelleux que l'on a nommé laine végétale 
et qui , pour certains usages assez nombreux , remplace- 
rait , avec avantage, la laine elle-même. 

« Un article du Bulletin du Puy-de-Dôme (novembre 
1855) avait fait, parmi les viticulteurs de la Société, une 
certaine sensation. Cet article indique un moyen de 
donner au vin un bouquet agréable. Ce moyen est aussi 
indiqué dans une brochure imprimée à Mulhouse , et qui 
existait dans une bibliothèque de Châlons, trois ans avant 
la publication de ce bulletin. Une personne qui a habité 
Bordeaux, signale le procédé du Bulletin du Puy-de- 
Dôme comme mis en pratique dans les vignobles du 



310 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANGE. 

Bordelais. Ce procédé consiste à recueillir les pétales des 
fleurs de la vigne après la fécondation , à les conserver 
desséchés dans des vases de verre bien bouchés et 
tenus au sec , et à les introduire dans le vin nouveau au 
moment de sa fermentation. 

« Il est à remarquer toutefois que le poids des pétales 
indiqué pour la quantité 'du vin que Ton veut améliorer a 
paru en désaccord avec la minime récolte qu'il est phy- 
siquement possible d'obtenir. 

« Dans ces circonstances , la Société ne pouvait laisser 
inaperçu ce projet d'amélioration. Elle Ta publié (Journal 
de la Marne, 13 février 1856 ). Elle a sollicité des essais, 
elle a demandé des explications partout où il lui a paru 
possible d'en obtenir ; elle attend le résultat de cette 
publicité et des essais demandés. Provisoirement, elle 
croit devoir consigner ici le fait, ne fût-ce que pour con- 
stater sa sollicitude toujours éveillée. 

« MM. Salle , Debacq , Faure et Mohen , en analysant 
les procès-verbaux des séances de l'Académie des 
sciences , en ont suivi les constants progrès , et les ont 
plus spécialement appréciés dans leurs rapports avec la 
pratique agricole et manufacturière , sans cependant né- 
gliger le vaste domaine de la science spéculative. 

« De ces conférences a surgi,notamment,une discussion 
sur l'emploi des nodules de phosphate de chaux, qui se 
trouvent en grande quantité dans le département de la 
Marne, sur les territoires de Sermaize et de Vienne-le- 
Château, et qui, après trituration, paraissent devoir 
fournir un puissant engrais. 

(( L'histoire, l'archéologie ont apporté une heureuse 
variété dans les travaux de l'année. 

« Rendant compte de publications émanées de Sociétés 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 311 

correspondantes , M. Garinet a décrit avec détail la co- 
lonne de Gussy (Gôte-d'Or) , et a savamment discuté les 
diverses opinions des archéologues sur la question de 
savoir quelle est l'époque de son érection , et quelle en 
était originairement la destination. Il a aussi donné deux 
notices , Tune sur M. Barbé-Marbois , biographie acci- 
dentée; l'autre, sur les Mémoires de Saint-Simon, 
écrivain qui mérite d'être étudié , mais avec une certaine 
réserve. 

« M. Sellier a parlé de l'histoire de la ville de St.- 
Quentin , publiée par le savant et judicieux M. Charles 
Gomart, et de mémoires d'archéologie, travaux sérieux que 
M. Raymond Bordeaux fait marcher de front avec les 
graves méditations du droit et les luttes du barreau. 

« La description du musée lapidaire de Lyon par le doc- 
teur Gommarmond, a donné à M. l'abbé Musart l'occasion 
de louer l'auteur et d'admirer la collection. 

« M. l'abbé Aubert , dans une monographie de la com- 
mune de Juvigny , monographie qui lui a mérité une 
médaille , a su intéresser, et rappeler quelques faits qui 
touchent à l'histoire nationale. 

« La grâce et l'esprit de M. d'Otreppe de Bouvette ont 
trouvé , dans M. Sellier , un gracieux et spirituel inter- 
prète, à l'occasion , soit de ses Tablettes Liégeoises^ soit 
de la piquante inauguration de la nouvelle salle de la 
Société libre d'Émulation de Liège. 

« Un travail qui a exigé de nombreuses recherches , 
VHistoire des arquebusiers de Châlons-sur-Marne , 
a dignement couronné l'année 1856. L'auteur, M. Sellier, 
prend la compagnie à sa création, d'abord compagnie 
d'arbalétriers, formée en 1357 pour servir de garde au 
Dauphin Gharles, fils de Jean II, alors prisonnier des 



312 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Anglais. Il la suit dans tout le cours de son existence et 
de ses transformations , jusqu'au 2 juillet 1790, jour où , 
en exécution d'un décret du 18 juin précédent, elle est 
venue, entourée des regrets et de la reconnaissance de ses 
concitoyens, déposer son étendard dans la cathédrale, 
aux voûtes de laquelle , selon le décret , il devait rester 
suspendu pour y être consacré à l'union, à la concorde 
et à la paix, 

« Mais le décret n'avait pas compté sur le vent des ré- 
volutions. 

« M. Joppé, se plaçant à un point de vue élevé, a traité 
de la responsabilité morale de l'écrivain et a trouvé de 
dignes et belles paroles pour flétrir la popularité acquise 
par l'impudeur , et pour honorer le respect de soi-même, 
qui ne va jamais sans le respect de tous. 

« M. Demaiche , dans un ingénieux travail, détachant 
des Poésies d'Horace tout ce que l'auteur a laissé percer 
de ses habitudes, de ses affections, de ses goûts, de sa 
vie intime , a composé, avec ces matériaux ainsi rappro- 
chés, une piquante étude dans laquelle il montre le 
voluptueux ami de Mécène , le convive recherché des 
grands , le chantre du vieux Falerne , du savoureux 
Cécube, l'amant des Glycères à la ceinture flottante, 
repoussant, avec ennui, tous ces enchantements, se 
faisant par goût homme rustique, se promenant à 
l'ombre de sa chère Tibur, s'asseyant à une table cham- 
pêtre, garnie d'une coupe pleine d'eau fraîche prise à la 
fontaine voisine , et mangeant avec volupté la fève , cou- 
sine de Pythagore , les légumes au petit lard , l'oignon 
odorant, l'oseille des prairies et la mauve rafraîchissante. 

« Oh! paradoxe charmant! que vous venez bien à point 
dans un temps où réussit tout ce qui est paradoxe ! Mais 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. 313 

malgré VOUS, Horace sera toujours l'homme de la société 
polie, Tami des plaisirs élégants, le poêle de la philo- 
sophie facile , l'auteur aimé des gens de goût , des 
hommes du monde , des esprits distingués ; Horace sera 
toujours Horace. 

t< M. Chaubry, baron de Troncenord, soulevant le voile 
que les peintres- verriers ont jeté sur leur vie et leurs 
travaux , a fait de savantes recherches pour retrouver 
ceux d'entre eux auxquels la Champagne peut , à juste 
titre , revendiquer l'honneur d'avoir donné le jour. Ces 
artisans que deux vertus inspiraient , la piété et la mo- 
destie, construisaient, dans les grandes basiliques et 
jusque dans les humbles églises de villages , ces belles 
verrières dont quelques-unes ont échappé à la destruction 
du temps , à la dévastation des révolutions , et font en- 
core l'admiration et le désespoir de leurs modernes 
émules. Ils les abandonnaient en quelque sorte , sans 
songer à laisser à ces enfants de leur génie une marque 
quelconque de reconnaissance. L'œuvre restait , l'ouvrier 
disparaissait. Il a fallu à M. Chaubry de longues études 
pour faire revivre ces compatriotes inconnus, pour re- 
trouver leur filiation, et leur restituer les œuvres qui leur 
appartenaient. C'est une belle illustration que M. Chaubry 
vient de remettre en lumière. 

<( N'oublions pas ici le travail soutenu et remarquable 
de M. Debacq, sur les travaux de la Société, en 1856 ; 
il suffit de l'indiquer pour être certain qu'il sera digne- 
ment apprécié. 

<i Toutefois , à celte occasion , nous réparerons ici un 
oubli involontaire commis par lui, et bien excusable au 
milieu des nombreux matériaux qui ont servi de base à 
son compte-rendu. Il s'agit d'une traduction française 

iU * 



31A INSTITUT DES PROVI^XES DE FRANCE. 

du Manuel d'Épictètc, par M. Tabbé Cordier, sur 
laquelle M. Joppé a fait un savant rapport, et des Poésies 
d'Agnès de Navarre-Champagne, dame de Foix , seizième 
volume de la collection des poètes de Champagne avant 
le XVI*. siècle, publiées par M. Tarbé, membre corres- 
pondant. 

« Enfin la Société, dans les nombreux volumes qu'elle 
a reçus , a trouvé de riches aliments à son goût pour les 
lettres : impossible de les rappeler ici , même sommaire- 
ment. Tout en se reconnaissant inhabile à se poser comme 
juge et encore moins comme partie, en cette affaire, 
elle voit, non sans un certain orgueil , que la province se 
permet quelquefois de rivaliser avec la capitale d'éru- 
dition, de saine critique, de goût, de bien-dire et 
d'élégance. » 

V Académie impériale de Reims n'a pas fourni à 
votre rapporteur la note de ses travaux ; je tâcherai ce- 
pendant d'y suppléer en vous faisant connaître , d'après 
le compte-rendu imprimé du secrétaire de cette Société 
savante, ce qu'elle a fait de plus remarquable pendant 
l'année qui vient de s'écouler. 

J'y trouve ; l^ un rapport de M. Elambert , sur une 
découverte de M. le docteur Gérard , ayant pour objet un 
procédé fort simple pour préparer l'argent chimiquement 
pur, et séparer, à volonté,- le cuivre ou l'argent d'une 
liqueur contenant du cuivre et de l'argent en dissolution ; 
2^ l'opinion, émise par M. le docteur Landouzy, que, lors 
de la paralysie de la face , indépendante des lésions du 
cerveau , il y a exaltation de l'ouïe : opinion confirmée 
par de récentes expériences d'électricité ; 3". l'annonce 
d'un travail important de M. Chevilliet , professeur 



I 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 315 

an Lycée de Besançon , membre honoraire de l'Aca- 
démie ; et , en attendant , une note qui pourrait 
bien avoir plus de valeur dans la science que n'en ont 
souvent de gros livres, car elle explique un théorème 
arithmologique d'Euler, relatif à la nature des nombres, 
qui a la plus grande importance et dont la solution 
n'avait pas été trouvée jusqu'à présent ; /i°. un travail de 
M. Sornin , consistant en une méthode générale pour 
obtenir l'équation de la transformée d'une courbe tracée 
sur un cône ou un cylindre , lorsqu'on développe les sur- 
faces de ces corps sur un plan; 5**. un ouvrage de 
M. Garcet, ancien secrétaire de l'Académie, qui, sous 
une forme abordable aux intelligences ordinaires, pré- 
sente les notions les plus précises sur la cosmographie et 
l'astronomie physique; 6". les Eléments de botanique , 
que M. de Meissas a offerts à l'Académie, dont il 
est membre, et une autre communication du même 
auteur, relative à l'étabhssement de fortes rampes ou 
de courbes d'un faible rayon dans la construction des 
voies ferrées ; 7". un mémoire de M. le docteur Caillot 
sur l'hygiène publique et privée de la ville de Reims; 
8". une communication de M. Amé, membre correspon- 
dant, sur la mosaïque romaine, qui a été placée, il y a 
quelques années, dans une des chapelles de la cathédrale 
de Reims ; et une étude du même architecte sur la cha- 
pelle de Tarchevêché de Reims, prise comme modèle 
d'édifices de petites dimensions ; 9^ deux mémoires de 
M. Lorin , intitulés : l'un, Conjectures sur les Diises ou 
Dusiens des anciens Gaulois, et sur l'étymologie de 
leur nom ; l'autre, Essai sur le Labariim, et plus spé- 
cialement sur l'étymologie de ce mot; 10**. des fragments 
de l'histoire de la Ligue à Reims , par M. Henry ; 11^ un 



316 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

nouveau volume , dont j'ai déjà parlé, de la collection, 
par M. Fr. Tarbé, des poètes champenois du moyen-âge ; 
12*. la description faite, par le même auteur , de la 
situation morale de l'Amérique du Nord , et parti- 
culièrement des États de l'Union ; 13^ les Études de 
M. Poinsignon sur les origines de la société moderne, 
et sur les quatre premiers siècles du moyen-âge , dont il 
a extrait, pour les offrir à l'Académie, divers chapitres 
d'un haut intérêt; i[x°. le savant rapport de M. Soullié sur 
cette communication; 15". la découverte, par M. Du- 
quénelle, de collyres revêtus d'une marque indiquant 
leur origine, et d'instruments de chirurgie, encore cou- 
verts d'ornements en argent , qui prouvent l'aisance de 
celui qui s'en servait , et le luxe que l'art savait donner 
aux moindres objets à l'époque où notre pays était sous 
la domination roniaine; 16". les Panégyriques de la 
Sainte Vierge, extraits des Pères de l'Église, par 
M. l'abbé Poussin, et le savant examen qu'a fait de ce 
livre M. Demaiche. 
En littérature , l'Académie a entendu : Un mol sur 
■ Descartes , par M. Robillard ; l'intéressante description 
de la vie du monde et de quelques-uns des effets de ses 
séductions, sous le titre de : Lionel Dutilloy , par le 
même ; un discours de M. Poussin sur l'éloquence des 
Pères de l'Église, destiné à précéder, comme préface, les 
Extraits des mêmes Pères qu'il vient de publier pour 
servir à la chaire ; la continuation des études de M. l'abbé 
Bouché, sur Balmès ; des remarques sur V Avare et 
V Amphitryon de Molière; une petite pièce sur la mort 
de Mgr. Sibour, archevêque de Paris, et plusieurs fables, 
par M. Lorin; un conte de M. Violette; des fables de 
M. Clicquot ; une lecture de M. Robillard , intitulée : 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 317 

Réflexions à bâtons rompus, sur la tendance réa- 
liste de la littérature actuelle et du drame en particulier; 
et, enfin, la suite de la traduction, en vers français, des 
Idylles de Théocrite, par M. Soullié, qui, au dire de 
FAcadémie , est toujours à la hauteur de son modèle , 
dont il reproduit la simplicité et la grâce naïve. 

L'Académie , qui s'occupe également d'agriculture, a 
constaté , sur le rapport de M. Sutaine , les essais de 
diverses cultures et les travaux de dessèchement que 
M. le docteur Jules Guyot a fait heureusement pratiquer 
sur l'ancien domaine de Sillery, qui appartient aujour- 
d'hui à M. Jacquesson etdont le nom est si connu dans 
le monde entier. 

Les concours de l'Académie ont fait naître, l'an der- 
nier, plusieurs travaux très-remarquables : 1^ une 
description de l'iconographie intérieure de la cathédrale 
de Reims , par M, l'abbé Tourneur , ancien secrétaire- 
général, aujourd'hui archiprêtre de Sedan et membre 
honoraire ; 2^ un mémoire important de M. Mourin , 
professeur d'histoire à Bourges, et membre honoraire , 
sur la révolution qui a fait arriver les Capétiens au 
trône, et sur la part qu'ont prise à cette révolution les 
archevêques de Reims ; 3". une histoire de l'imprimerie 
à Reims , par M. l'abbé Cerf. Les deux premiers de ces 
travaux, qui ont valu à leurs auteurs : l'un, le prix d'ar- 
chéologie, l'autre, le prix d'histoire, sont ou doivent 
être imprimés. 

Je dois mentionner, avec éloges , le zèle avec lequel 
l'Académie continue à publier , en dehors de ses travaux 
ordinaires , les documents qui intéressent le plus le pays, 
quoiqu'elle ne reçoive , pour ainsi dire , aucune subven- 
tion pour l'impression coûteuse de ces documents. A la 



318 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

dispendieuse édition du Marlot français , en quatre 
gros volumes in-Zi"., ont succédé: V Histoire de Reims, 
par Flodoard, en deux volumes in-8^ ; la Chronique 
du même (un vol. in-8".), et enfin VHisloire des Gantes, 
de Piiclier (un gros vol. in-8".). La traduction de ce der- 
nier ouvrage par M. Poinsignon , avec les notes qui l'ac- 
compagnent, est un travail tout-à-fail sérieux et qui fait 
honneur à l'Académie. Enfin, l'an dernier, elle a commencé 
à faire imprimer des mémoires fort curieux sur l'époque 
de la Ligue, par Pussot, maître-charpentier à Reims. 
Cette publication, dontle texte est emprunté à un manus- 
crit de la bibliothèque de Reims, se poursuit avec activité. 

M. le baron Chaubry de Troncenord vous a fait hom- 
vè mage de son rapport au Conseil général de la Marne, dans 
sa session de 1856, sur l'état et les besoins des monu- 
ments historiques de ce département. 

Haute-Marne. 

Les travaux de la Société historique et ayxhéolO' 
gique de Langrcs ont été forcément interrompus; elle 
vient cependant de les reprendre , et de publier une 
livi-aison de ses Mémoires. M. Pernot , son délégué , 
espère qu'à l'avenir cette société réparera le temps perdu. 
En attendant, il vous a entretenus des ouvrages ou 
des travaux personnels des hommes studieux de son 
pays, correspondants ou non de la Société, à la tête 
desquels il place, cette année, M. Carnaudet, biblio- 
thécaire de Chaumont, qui a publié : 

i". Pendant l'année 18Zi6, La Haute-Marne , lîevne 
champenoise; in-Zi". il serait bien à désirer que cet 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 319 

important et intéressant recueil qui avait, si Ton peut 
dire , la ixiriété pour devise , pût se continuer ; 

2". ISotcs et documents pour servir à Chistoirc de 
Château-Vitain [ 1 volume in-8°., avec planches); 

3". Annualise administratif, statistique et commer- 
cial du département de la Haute-Marne ( l'*'. année 
1856 ; in-12 ). La publication de ce recueil est une excel- 
lente idée de M, Garnaudet, qui est aussi, outre son titre 
de bibliothécaire de Chaumont , rédacteur en chef du 
journal l'Union de la Haute-Marne, Espérons que l'au- 
teur pourra y insérer, par la suite, quelques articles sur 
les souvenirs qui se rattachent au nom des sires de 
Joinville , des princes de Lorraine , de la Maison de 
Guise, de Marie Stuart, puis de cette grande figure 
historique , comme le dit M. Guizot, qui tient de l'ange 
et du héros, et que l'on nomme Jeanne d'Arc, etc. 

M. Fériel, procureur impérial à Chaumont, s'oc- 
cupe sans relâche de l'histoire complète de tout ce 
qui a rapport au château de Joinville ; il veut ainsi 
augmenter encore tout ce qu'il a écrit de bon sur son 
-pays natal. Les archives du département lui viennent 
en aide , et l'on attend avec impatience son excellent 
travail. 

Un ecclésiastique , correspondant du Comité de la 
langue , de l'histoire et des arts , connu déjà par d'im.- 
portantes publications sur l'ancienne abbaye de Monlié- 
render, son pays natal, vient de publier une Notice 
historique sur te prieuré de Coudes, près Chaumont, 
Cet ecclésiastique est M. Bouillevaux, curé de Perthes. 
11 a recherché, avec une patience de Bénédictin, tout 
ce que les établissements monastiques d'une partie de 
la Champagne, établissements si long-temps dédaignés, 



320 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANGE. 

avaient eu d'utilité pour la France. Il fait voir , dans sa 
Notice sur Coudes j que ces moines, ces religieux du 
inoyen-àge , si méprisés au XVllP. siècle , n'ont pas seu- 
lement sauvé du naufrage les sciences , les lettres et les 
arts , mais qu'ils ont été , selon lui, les défenseurs, les 
bienfaiteurs des nations et des peuples. Enfin, le plus 
petit monastère a contribué , pour sa part, à la grande 
œuvre de régénération qui a occupé tout le moyen-âge. 
Des vues de Coudes, exécutées par M. Hector Guyot , 
professeur de dessin au lycée de Chaumont , accom- 
pagnent l'ouvrage de M. l'abbé Bouillevaux. 

Le même goût de recherches , sur ces pieux établisse- 
ments, a gagné M. Pernot. Il vient de terminer, après dix- 
huit mois de recherches consciencieuses, \d^ Nomenclature 
de toutes les abbayes, monastères oumaisons religieuses 
des diocèses de la France. Il donne le nom de chaque mo- 
nastère, en français et en latin; l'époque de sa fondation, 
le nom du fondateur , si cela est possible ; sous quel saint 
ou quelle sainte la maison est consacrée ; il dit si le nom du 
patron ou de la patronne a changé, l'époque de la réforme 
du couvent , et quel était l'ordre rehgieux qui l'habitait. 
Dans un autre genre de recherches , IVl. Pernot vient de 
terminer une collection de dessins , reproduisant le dra- 
peau historique que pourrait avoir chaque département de 
la France, en mettant sur ce drapeau les armes de la ville 
chef-lieu du département, au milieu delà croix blanche de 
l'époque des croisades , puis , dans les quatre angles , les 
couleurs qui distinguaient anciennement les provinces de 
France, comme cela avait lieu , avant 1789, pour les dra- 
peaux des milices provinciales : ainsi, pour la Normandie, 
le rouge cramoisi ; le Limousin et la Bretagne , le blanc ; 
la Champagne , le bleu de roi ; la Flandre et la Provence ,^ 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. o2l 

le jaune ; le Poitou, le rouge ; la Touraine , le violet ; 
la Bourgogne , le bleu céleste , etc. , etc. ; enfin , la Lor- 
raine, le noir et jaune, 

A l'occasion d'une question , bien décidée cepen- 
dant , celle de savoir si Jeanne d'Arc était Lorraine ou 
Champenoise, c'est-à-dire, Française, M. Pernot a 
publié une carte; puis, deux mots bien simples, en 
réponse à la brochure de M. Lepage , de Nancy , sur ce 
sujet. 

V Histoire des Pères de la Mercy , par M. l'abbé 
Godard, professeur au séminaire de Langres, a paru, par 
fragments , dans le journal V Union de la Haute-Marne , 
et l'on s'occupe d'en faire un volume qui sera plein 
d'intérêt. 

Un vénérable ecclésiastique , né à Vignory, cet endroit 
qui possède une église romane si bien restaurée par 
M. Boswilwald, architecte diocésain, M. Maupris , fait 
imprimer, en ce moment, l'histoire, très-intéressante, 
de Vignory et de son château. Les noms les plus nobles 
et les plus grands de notre histoire , comme les d'Am- 
boise, les Béthnne, etc. , se rattachent aux ruines de ce 
château si pittoresquement placées. ^^. Pernot a secondé 
les intentions de l'auteur en exécutant plusieurs vues 
rappelant des souvenirs historiques et archéologiques , 
qu'il faut plus que jamais garantir de l'oubli. 

Mayenne. 

J'aurais à vous rendre compte de l'important ouvrage, 
en 2 volumes , de M. le comte d'Ozouville , intitulé : 
Origines chrétiennes de la Gaule ( Lettres au B. P. 
dom Paul Piolin, religieux bénédictin de la Congre- 



3'i2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

gation de France , à Soiesme , en réponse aux ob- 
jections contre Cintroduction du christianisme dans les 
Gaules au IP. et au IIP, siècles), si, dans vos séances du 
18 et du 20 de ce mois , vous n'aviez entendu Fauteur lui- 
même justifier, avec un remarquable talent de discussion 
et une logique serrée , Topinion qu'il a émise dans son 
ouvrage. Tout ce que doit donc aujourd'hui en dire votre 
rapporteur, c'est qu'il l'a lu avec le plus vif intérêt et 
qu'il vous engage à suivre son exemple. 

Morbihan. 

M, le vicomte de Kéridec vous a remis une note 
sur les travaux de la Société archéologique du Mor- 
bihan, 

Cette Société, fondée il y a plusieurs années, s'est 
livrée, en 1856, sous la présidence de M. Jacquemel, 
ingénieur en chef des ponts-et-chaussées , à des travaux 
d'une grande importance et d'un grand intérêt. Ils se di- 
visent ainsi qu'il suit : 

Philologie, — M. Le Joubioux a fait connaître à la So- 
ciété trente-quatre proverbes bretons, recueillis par 
M. l'abbé Guillaume de Kergrist , et qu'il a traduits en 
français. — • M. Rosenzweig a donné lecture de frag- 
ments d'un roman de chevalerie qu'il a pu déchiffrer sur 
deux feuilles de parchemin servant d'enveloppe à des re- 
gistres d'audience déposés aux archives départementales, 
et y a ajouté des réflexions sur les personnages qui 
figurent dans ces feuilles manuscrites. 

Histoire, — M. de Keranflecli : Vie de saint Gu- 
duat, patron de Locoal-Mendon , rétablie sur les docu- 
ments les plus authentiques comparés avec la tradition 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 323 

locale. — M. Tabbé Mouillard : Histoire du chapitre 
et de la cathédrale de Vannes. — Antiquité de la 
création du chapitre de Vannes. — Noms des cha- 
noines et autres membres du clergé diocésain devenus 
évêques ou abbés. — Revenus du chapitre. — Constitu- 
tion du haut et du bas-chœur. — Fondations pieuses en 
leur honneur. — Travaux de construction de la cathé- 
drale. — Luttes à la Révolution. — Noms des chanoines 
à cette époque. — Prestation de serment des évêques de 
Vannes; leur entrée dans la ville (i/iO/i). — Installation 
d'un archidiacre (1596).— Bulles de Nicolas V, Calixte Kl, 
Pie II et Sixte IV, relatives à la construction de la 
' cathédrale et aux indulgences accordées à ceux qui y par- 
ticiperaient par leurs aumônes.— Études sur Tarchitecture 
des diverses parties de la construction. — M. Fouquet : 
Lettres d'un Breton à un Breton, — Légendes sur Josse- 
lin. — Établissement de la chapelle de Notre-Dame-du- 
Roncier. — Les lavandières. — La filandière de nuit. — 
Usages divers répandus sur plusieurs points du départe- 
ment. — M. Lallemand : Saint Clair, évêque et confesseur, 
premier apôtre des pays de Nantes et de Vannes. Sa vie , 
son culte, notice historique. — Tombeau de saint Clair 
à Réguiny. — A quelle époque a eu lieu^ dans les pays de 
Nantes et de Vannes, la mission de saint Clair? — Par 
qui y a-t-il été envoyé? — Saint Clair a-t-il été évêque de ^ 
Nantes et y a-t-il fondé un évêché?— M, Lallemand répond 
successivement à ces trois questions. — M. L. Galles : 
Histoire du prieuré de St^-Martinde Josselin, membre 
de la célèbre abbaye de Marmoutiers , à Taide de trente- 
quatre documents authentiques. — IVL Rosenzweig : Du 
droit de quintaine en Bretagne ; soulèvement cju^iL 
excite dans deux bourgs des GHes-du-Nord. — 



32à INSTITUT DES PROVINCES Ï)E FRANCE. 

M. Lalleniand ; Étude historique sur la série des 
empereurs dont les mcdaillcs ont été trouvées dans 
le monument gallo-romain du Lodo, en Arradon. 

Archéologie proprement dite, — M. de Keranflech : 
^otes recueillies dans une excursion à travers le Fi- 
«/5^àY>.— Description de St.-Divy, du château de Tréma- 
san; de celui de la Roche-Morice; légende sur ce dernier. 

— M. de La Fruglaye : Notes sur un tumulus de la 
commune de Moustoir-ac, — Dolmens, débris de pote- 
ries romaines , instruments en fer , médailles , couteau 
en silex, celtse; table d'un dolmen soutenue par des pi- 
liers en maçonnerie ; pierres à cuvettes ; découverte de 
sept vases funéraires ; traces d'une caisse en bois; dis- 
que en terre cuite. — M. de Fréminville : Rapport 
sur la butte de Titmiac, — Dessin et notice relatifs 
à une pierre à bassins creusée de cannelures régu- 
lières, en Moustoir-ac. — Commission composée de 
iMM. L. Galles, de Fréminville, Grégoire et Taslé fils. 

— Fouilles du Lodo et de Mané-Bourgerel , en Arradon. 

— Découverte de deux établissements gallo-romains. 
—Nombreuses médailles romaines.— Poteries.— Rapports 
et plans. — M. Rosenzw^eig : Rapport sur la borne de 
Mériadec , en Plumcrgat , signalée par Cayt-Délandre. 

— Lecture d'une inscription lapidaire recueillie à 
Kerplons , en Baden. — M. Jacquemet , président : 
Notice sur les vitraux de l'église de Beignon et sur 
les travaux de restauration qui y sont projetés, — 
M. de Langlais : Notice sur l'église de St.-Gildas 
de Rhuis. — Nécessité des réparations. — Fouilles exté- 
rieures près de la chapelle de la Vierge. — Découverte 
d'un tombeau. — M. L. Galles : Description détaillée 
du château d'Elven et de ses fortifications. — M* Le 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 325 

Bouëdec : Lettre relative à la restauration du calvaire 
de Guéhenno, — M. Rosenzweig : Rapport sur la borne 
de St.'Ghristophe , en Elven, — Réfutation de la lecture 
qu'on a adoptée jusqu'à ce jour pour la dernière ligne 
de l'inscription. — ^ M. de Frémin ville : Notice sur la 
chapelle de Notre-Dame de Quelven, — M. de Frémin- 
ville : Dessins et Notice sur quatre pierres tombales 
placées en-dehors du chœur de l'église de St,-Gildas de 
Bhuis, — M. L. Galles : Desanption des cinq pierres 
tombales situées dans le chœur de la même église. — 

— M. Mouillard : Notice sur une armoirie brodée du 
XVlir, siècle, provenant de l'église de Sulniac, — 

— M. de Fréminville : Note sur une pierre sculptée du 
cimetière de LandauL — Recherches sur les pieîTes 
maln-liève ; leur usage ; dessins et inscriptions qu'elles 
portent le plus souvent ; étymologie de leur nom. 

Le musée archéologique , nouvellement créé , possède 
de nombreux fragments de poteries trouvés sous des dol- 
mens, et une collection de trois cents médailles romaines 
recueillies dans le département. 

Les publications de ^ 856 sont : 

Une Vie de saint Vincent Ferrier , par M. l'abbé 
Mouillard. 

sous presse , une Monographie , fort intéressante , 
de ta cathédrale de Vannes , par le même auteur. 

M. Lallemand a publié un Annuaire qui contient des 
documents historiques d'intérêt local ; une notice sur 
les découvertes archéologiques et numismatiques faites 
dans l'année , et la statistique d'un des cantons. 

Il existe, à Vannes, une société philomathique qui s'oc- 
cupe particulièrement d'histoire naturelle, et de la con- 
servation de la bibliothèque. 



326 institut des provinces de france, 

Moselle. 

Vous devez à M. le colonel Ilennocquc, délégué de la 
Société d'histoire naturelle de la ville de Metz , le 
comple-rendu des travaux de cette Société. L'intérêt 
scientifique qu'il présente , et la difficulté d'en faire 
l'analyse, m'imposent l'obligation de le transcrire textuel- 
lement ; 

« Dans rimpossibilité de donner la série des sujets qui 
ont été traités par la Société d'histoire naturelle de Metz , 
en 1856, il ne sera question, dans ce court aperçu, que de 
ceux qui ont quelque importance, au point de vue des 
progrès de la science, ou de son application aux différentes 
branches de l'industrie. En résumant les travaux de cette 
Société, on suivra l'ordre naturel des matières. 

(( La géologie départementale vient en première ligne. 

« Pour combattre la supposition gratuite d'un contact 
immédiat du grès supra-liasique avec le calcaire oolithique 
et celle d'une transition insensible de l'un à l'autre, la 
constitution de l'oolithe a été de nouveau représentée avec 
détail et reste des mieux étudiées , non-seulement dans 
la Moselle, mais encore dans la Meurthe, ainsi que dans 
la Meuse. La connaissance de tout ce qui s'y rattache , 
favorisée par de nombreuses recherches , par des fouilles 
et d'importants travaux , que les besoins de l'industrie 
métallurgique ont fait multiplier à l'infini , autorise , au 
lieu d'en admettre la suppression en aucun point , à 
regarder le gîte d'hydroxyde oolithique comme un horizon 
géologique des mieux connus ; seulement, il est loin de 
présenter partout le même développement. D'une puis- 
sance remarquable à l'Ouest, et surtout à l'extrémité nord 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 327 

du plateau jurassique, il se réduit considérablement à la 
hauteur de Metz, ce qui a pu induire en erreur, quand, en 
le recherchant, sans disposer des moyens suffisants d'ex- 
ploration , on a cru ne pas le rencontrer au St. -Quentin. 
C'est par conséquent ce développement inégal qui est 
seul incontestable, et il semble tenir à ce que le fonds, 
occupé par la mer jurassique, s'est affaissé au-dessous de 
son niveau primitif, à mesure qu'il se recouvrait de 
sédiments nouveaux. 

(( De l'étage oolithique passant aux lias, la conviction de 
l'importance que présente toujours l'étude comparée des 
terrains d'une même époque dans des pays différents , 
pour fixer dans le nôtre avec plus de précision les con- 
naissances à cet égard , a fait établir une comparaison 
de ce genre , entre le lias inférieur de la Moselle et celui 
de la Souabe. L'un et l'autre ont paru identiques, offrir 
les mêmes fossiles et présenter les mêmes conditions 
stratigraphiques et pétrographiques. 

<( Au-dessous du bone-bed , recouvrant lui-même un 
grès jaune siliceux appartenant à la formation triasique, 
se trouve la première assise liasique, désignée sous le nom 
d'assise à Ammonites psilonotus. Elle se compose de 
plusieurs bancs de calcaire bitumineux ou gréseux, parfois 
recouverts de minces lits de grès. Moins riches en fossiles 
dans nos contrées qu'en Souabe, nous pouvons expliquer 
cette différence par l'insuffisance des explorations dans les 
trois points très-peu étendus où seulement elle a été 
reconnue jusqu'à ce jour. 

(( Une seconde assise , constituée par un massif de grès 
que séparent trois lits à cardinies , et parfois un seul , 
représente le grès de Hettange ou de Luxembourg. On y 
reconnaît un grès à Angulatiis et successivement une 



328 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

roche cuivreuse à turritelles, une roche tendre où ce 
dernier fossile prédomine encore, accompagné de nom- 
breux gastéropodes ; une première gryphée s'y trouve 
aussi, et se termine par un lit renfermant des fucoïdes. 
Puis, apparaissent des déblais dont les pierres, carriées à 
leur surface supérieure, semblent indiquer l'action puis- 
sante des flots ; tandis qu'à leur surface inférieure, elles 
présentent des reliefs et des creux d'astéries, ainsi que des 
tubes allongés de vermiculaires. Dans nos contrées , ce 
grès renferme cinq fois plus de fossiles, que dans la 
Souabe ; les lits à cardinies , à gastéropodes et à fucoïdes 
y sont également plus développés. En outre , dans une 
carrière, à Zœtrich près de Hettange , se remarquent, un 
lit supérieur, entièrement pétri de perforants indices d'un 
rivage, et des plaques d'une grande dimension couvertes 
de tubes allongés, déprimés dans le milieu, et attribuables "^ 
h des térébellaires. 

(( La troisième assise correspond au calcaire à gryphées 
proprement dit. Elle se compose d'alternances de bancs 
calcaires, de marnes ou d'argile. Sa partie supérieure est 
occupée par un lit à grandes cardinies et par d'autres lits 
plus minces, garnis d'entroques, et recouverts par des 
couches marneuses pétrolifères. 

Les éléments de composition pour cette partie du lias 
inférieur, mieux développés et plus abondants en fossiles 
dans notre département qu'en Souabe, restent néanmoins 
identiques dans les deux pays. Dans l'un, comme 
dans l'autre, un certain banc, plus homogène et plus 
continu , est exploité pour en tirer des dalles et des 
parements de cheminées; mais la couche à grandes 
cardinies et celle à pentacrines nous font défaut , la 
première n'ayant encore été reconnue qu'à Rimogne, 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 329 

près de Mézières, dans les Ardennes. Quant aux marnes 
supérieures pétrolifères que caractérise une bélemnite, 
la première du genre qui apparaisse, elles n'ont jusqu'à 
ce jour été constatées qu'au pont de Magny et près 
d'Ars-Laquenexi. 

« Quoi qu'il en soit cependant , et les derniers de ces 
faits comme quelques autres le laissent pressentir, 
l'identité dont il est question n'est pas à considérer 
d'une manière absolue et générale : il y a plutôt à penser, 
au contraire , qu'une similitude réelle n'existe que dans 
les environs de Hettange; elle est surtout déterminée 
par l'absence des marnes rouges, fournissant ailleurs 
chez nous un bon horizon , et par la présence du grès 
lui-même qui , en Souabe , représenterait plutôt Tétat 
normal d'une formation , que ce qui plus positivement 
constitue cet état dans les autres parties de notre 
département , où également le banc de calcaire , exploité 
pour être converti en tablettes , ne représente qu'une 
particularité exceptionnelle, qui est loin de se reproduire 
dans toute l'étendue de l'assise , comparée à celle dans 
laquelle, en Souabe, on en indique l'existence. 

« Comme tribut paléontologique , après les obser- 
vations et réflexions géologiques qui précèdent, nous 
avons eu à enregistrer , parmi les mollusques céphalo- 
podes , assez rares dans la Moselle , la découverte d'un 
fossile nouveau au point de vue du genre et de l'espèce. 
Il appartient au lias supérieur et en même temps à 
l'étage oolithique inférieur. 

Des traces d'ornements, de tubercules et d'articulations 
sur quelques portions de cylindres un peu arqués , con- 
stituant sa partie moyenne, ont paru suffire pour caracté- 
riser en lui un Ancyloceras , qui , en raison des grandes 



330 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

dimensions qui Téloignent des espèces du même genre 
déjà connues , a reçu la dénomination spécifique de 
Moscllcnsis, 

« D'autres tentatives de détermination , appliquées 
également à des coquilles fossiles, n'étant pas toujours 
sans difficulté , surtout dans les cas où les espèces trop 
voisines les unes des autres tendent sans cesse à se 
confondre, il n'a pas paru sans intérêt de chercher , en 
examinant des séries de gryphées , quels pouvaient être 
les caractères les plus propres à constituer entre elles des 
différences invariables,quelles que soient d'ailleurs la taille 
ou les modifications de forme qu'elles sont susceptibles de 
présenter , suivant leur âge ou les conditions du terrain 
qu'elles ont occupé. 

« Parmi elles, et pour ce qui concerne le champ d'explo- 
ration qui nous est ouvert , se distinguent, la Gryphée ar- 
quée, caractéristique du lias inférieur; la Gryphée oblique, 
appartenant au calcaire ocreux , et la Gryphée cymbium, 
aux grès médiolasiques et aux marnes oxfordiennes. 

« La première , la Gryphée arquée , se reconnaît 
aisément à sa forme arrondie sur le dos , et plus parti- 
cuhèrement à son talon allongé, recourbé en crochet, 
et à sa nervure latérale , qui , partant du talon , n'arrive 
pas jusqu'au bord de la coquille. Dans cette espèce , la 
cicatrice d'adhérence, toujours supérieure , n'est jamais 
latérale ni inférieure, comme dans les autres, et sa valve 
paraît coupée carrément pour l'insertion du ligament. 

Le talon, encore recourbé en crochet et proéminent, 
est déjà sensiblement comprimé dans la Gryphée oblique, 
qui n'offre plus de nervure latérale. L'absence de ce der- 
nier caractère, avec la brièveté du talon, distingue la 
Gryphée cymbium , qui est en outre plutôt aplatie et 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 331 

élargie qu'arrondie et allongée dans sa forme générale. 
Comme Tun des caractères de cette dernière qui ne sont 
pas non plus à négliger, sont encore à noter les orne- 
ments de la valve supérieure, constitués par des stries 
fines et régulières, disposées parallèlement entre chacun 
de ses plis d'accroissement. 

(( Comme l'histoire des corps organisés fossiles, celle 
des substances minérales appartient à la géologie, et, à 
ce titre, dans l'ordre de matières que nous suivons, un 
mot sur le gisement de cuivre carbonate , vert et bleu , 
remis en exploitation et observé sur les lieux,aux environs 
de Vaudrevange, trouve ici sa place. Après avoir suivi les 
traces de cette exploitation à une époque déjà très-reculée, 
et apprécié ce qu'elle promet d'être aujourd'hui, donnant, 
en traitant le minerai par l'acide hydrochlorique aflaibli , 
25 kilogrammes de cuivre métallique pour une surface 
de i mètre carré, on arrive à cette conclusion que de 
semblables tentatives seraient possibles à Hargarten , à 
Falck, à Orenthal, près de St.-Avold, et qu'elles fourni- 
raient une nouvelle ressource dans cette partie de notre 
département, déjà favorisée par ses forges et par l'étendue 
de son important bassin houillier. 

(( Les sciences naturelles , bien qu'elles embrassent la 
connaissance de tous les phénomènes de la nature , ont 
leurs limites; la Société, d'histoire naturelle de Metz ne 
s'est jamais proposé d'en parcourir en entier le domaine. 
Cependant , quelquefois elle est entraînée , par l'un ou 
l'autre de ses membres, en dehors du cercle qu'elle s'est 
tracé. C'est ainsi que dernièrement l'un d'eux , témoin 
oculaire et rapporteur obligé de l'événement , a appelé 
son attention sur quelques effets bizarres , attribuables à 
Félectricité ; voici le fait : 



332 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« Le 21 août 1856, après quelques jours d'un temps 
très-sec et une température de 2k degrés centigrades, de 
gros nuages, venus presque en même temps de l'Ouest 
et de l'Est, furent, en se rejoignant , accompagnés d'un 
coup de vent très-impétueux parti du Sud-Ouest , et la 
foudre tombait sur une longue pile d'obus de l'arsenal ; 
à quelque distance de ce point, deux ouvriers en 
ressentaient également , mais peu gravement , les effets. 
Au tiers de la longueur de l'une des faces latérales de la 
pile frappée , et dans laquelle le choc semble s'être exclu- 
sivement concentré , iliO environ des projectiles dont elle 
se composait furent arrachés et projetés en avant vers 
la gauche. Il y laissèrent une brèche, formée aux dépens 
de la couche d'obus extérieure , et sans dérangement des 
couches intérieures ; seulement dans ces dernières, plu- 
sieurs obus furent retournés , et leur œil perdit , pour 
devenir supérieur, la position inférieure qui réglemen- 
tairement lui est assignée. Il y eut aussi à remarquer dans 
la couche extérieure , au point où s'est limité Parra- 
chement , que plusieurs autres obus, formant une rangée 
inclinée , restèrent comme suspendus , et dans une 
situation d'équilibre instable. 

« La pile ainsi atteinte, orientée à peu près Nord-Sud , 
distante de /lO mètres des paratonnerres placés sur les 
bâtiments voisins, repose sur un lit de pierre calcaire 
concassée , d'une épaisseur suffisante pour la préserver, 
par sa perméabilité, de l'humidité susceptible de provenir 
du sol. 

Dans cette dernière circonstance , où il n'est plus 
ofTert au fluide électrique que de faibles moyens d'écou- 
lement, jointe à celle de se trouver en dehors de la sphère 
d'activité des paratonnerres, on peut aisément concevoir 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 333 

que la pile a pu devenir elle-même un centre de puissante 
attraction; maison s'explique plus difficilement comment 
des obus restés en place ont éprouvé un mouvement 
de rotation , malgré l'énorme pression qu'ils ont à 
supporter par douze points de contact. Dans ce cas, 
le fluide électrique, en pénétrant par l'œil dont est pourvu 
l'obus, représentant une sphère creuse à parois quelque- 
fois inégales, y a-t-il produit, en se répandant à sa surface 
intérieure , des forces tangentielles , qui l'ont forcé à 
glisser et à tourner sur lui-même ? Une supposition à 
cet égard ne laisserait aucun doute , si l'on admettait en 
preuve des traces circulaires de frottement remarquées 
à l'extérieur, et qui peut-être eussent été plus sensibles 
encore sur des projectiles plus récemment colcotarisés 
que ne l'étaient ceux dont il vient d'être question. 

« Ce qui frappe dans ce fait, c'est l'intervention d'une 
puissance mystérieuse à rechercher pour en diriger, s'il 
est possible , l'action. Un pareil sujet , sans doute , est 
bien digne d'être recommandé à toutes les réflexions. 
Mais il n'est pas le seul à mériter un semblable pri- 
vilège , et en quittant la physique , un instant abordée , 
pour revenir à l'histoire naturelle proprement dite, nous 
en citerons d'autres qui, sans se rattacher à des mani- 
festations aussi éclatantes des forces répandues dans 
l'univers, n'en ont pas moins les leurs dans une mesure 
assez riche en surprises , pour que Ton soit entraîné à 
s'occuper d'eux à leur tour. Relatifs à l'entomologie , ils 
ressortent d'une suite d'études ayant pour objet les insectes 
nuisibles aux arbres fruitiers, et aux poiriers en particulier. 
Plus de 130 espèces, contre lesquelles de justes préven- 
tions sont établies, ont été examinées et signalées non- 
seulement spécifiquement , mais encore d'après leurs 



334 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

mœurs et la nature des dégâts qui souvent en font de 
véritables fléaux; et, de ce travail est résulté un traité 
spécial d'entomologie appliquée , d'une utilité incontes- 
table, toutes les fois qu'il s'agit de déployer, contre les 
aggressions et les ruses infinies des plus petits êtres, 
toutes les ressources que suggère l'esprit d'observation. 

« Pour satisfaire des intérêts plus graves encore , 
parmi les nombreux parasites du blé , une Gécidomyie , 
dite Mosellane, parce qu'elle a semblé différer des autres 
espèces déjà décrites, du même genre, et remplacer^dans 
nos contrées la Gecîdomyia tritici, reconnue ailleurs, 
en France , pour faire subir à nos récoltes en froment 
les plus déplorables déficits, a participé avec autant 
d'à-propos aux recherches dont les arbres fruitiers ont 
d'abord fourni le sujet. 

« Les larves jaunes, annelées, apodes, de J/2 milli- 
mètre de largeur sur 2 millimètres au plus de longueur, 
de ce petit diptère, assez généralement accompagné d'un 
platigaster, son antagoniste providentiel, envahissaient 
déjà, en juin, un grand nombre d'épis et avaient attaqué, 
soit le dixième , soit le vingtième des grains que chacun 
d'eux devait produire. L'époque de leur naissance a 
coïncidé avec celle de la fécondation des ovaires, sur 
lesquels elles restent fixées tant qu'ils ne sont pas 
épuisés ou durcis par les progrès de la maturité , qui , 
en s'avançant vers son terme, indique alors le moment 
de leur retraite et celui du choix qu'elles font d'un lieu 
favorable à leur dernière métamorphose. Dans ce court 
espace de temps , on a de la peine à se faire une idée de 
l'étendue des ravages qu'elles ont causés et des pertes 
qu'elles ont fait éprouver. Ces pertes, évaluées approxi- 
mativement et d'après le dépouillement de 300 épis en- 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 335 

viron, pris au hasard dans 32 communes, s'élèvent 
au chiffre énorme de 70,000 hectolitres, représentant 
2,000,000 en numéraire d'après le prix du blé sur les 
marchés de Metz , en 1856. 

« Ce que je viens d'énoncer lapidement, dans le 
but d'aider à la découverte des moyens propres à sauve- 
garder la fortune publique, ne m'arrêtera pas dans l'expo- 
sition non moins succincte qui me reste à faire de 
quelques communications botaniques, parce que dans 
celles-ci, à leur tour, on trouvera peut-être autant 
de valeur que dans les précédentes , si l'on veut , en 
les considérant au point de vue de la science elle- 
même , y voir le témoignage d'un grand amour pour 
elle, ayant pour foyer la société qui vous demande 
de vouloir bien devenir l'interprète de ses efforts. Ces 
communications , en effet , elle les a provoquées en 
contribuant avec empressement à la restauration du 
Jardin botanique de la ville, et en la poursuivant avec 
persévérance; elle pense ainsi pouvoir appeler sur cet 
établissement la faveur qui doit s'y attacher, si l'on 
est sûr d'y rencontrer, parfaitement classées, un grand 
nombre d'espèces de choix , et de préférence toutes 
celles qui spécialisent davantage la végétation du dépar- 
lement; la réunion, enfin, des circonstances les plus 
propres à répandre et à développer , de plus en plus , 
le goût pour l'étude des plantes , affranchie des diffi- 
cultés qu'elle présente toujours à son début. A tous ces 
soins la statistique phytographique a gagné immensé- 
ment. Pour certaines plantes , on est arrivé à reconnaître 
un plus grand nombre de stations , et la découverte 
inattendue d'une vingtaine d'autres a été réalisée avec 
bonheur. Peu de flores locales ont pu , dans un aussi 



336 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

court espace de temps, s'enrichir autant que la flore de 
la Moselle. Les récentes acquisitions, successivement an- 
noncées , qui légitimement sont à y introduire, constitue- 
ront , en réunissant les notices détaillées qui les con - 
cernent , une intéressante addition aux publications dont 
l'initiative est laissée à la Société. 

(( En terminant cet exposé , je dois faire connaître à 
l'Institut des provinces que les travaux de la Société d'his- 
toire naturelle de Metz , tous les jours mieux appréciés 
par la population, lui ont acquis le concours de plusieurs 
jeunes gens studieux' qui se livrent, avec ardeur et suc- 
cès , à l'étude des sciences naturelles , et que plusieurs 
membres du clergé même s'associent tous les jours à 
ses travaux. La Société de Metz est heureuse de pouvoir 
constater ce résultat de ses efforts. » 

M. F. -M. Chabert, membre titulaire de l'Académie 
impériale de Metz, membre honoraire de la Société grand- 
ducale de Luxembourg , membre correspondant des Aca- 
démies du Gard , de Nancy , etc. , vous a adressé plu- 
sieurs publications importantes qui dénotent , dans leur 
jeune auteur , avec le goût éclairé des recherches histo- 
riques, des connaissances variées. Ces ouvrages sont : 

1". Le Journal du siège de Metz, en 1552 (Docu- 
ments relatifs à l'organisation de l'armée de l'empereur 
Charles-Quint et à ses travaux devant cette place ; et 
description de médailles frappées à l'occasion de la levée 
du siège). 

C'est une édition nouvelle et complète de la relation 
de ce siège, par Bertrand de Bergerac, avec la Préface 
et les variantes de la réimpression de CoHignon , et le 
plan gravé par Sébastien Leclerc, augmentée de docu- 



tïîâVàux des académies en 1856. 337 

ïïients importants , entièrement inédits , relatifs à Tor- 
ganisation de l'armée impériale et à ses travaux devant 
Metz , faisant connaître les embarras de Charles-Quint , 
et contenant, en quelque sorte, le journal de sa vie pen- 
dant son séjour sous les murs de Metz et à Thionville , et 
enfin les réflexions de ce grand homme sur les causes qui 
le forcèrent à abandonner son entreprise. Ces docu- 
ments , extraits du bureau de Tancienne chancellerie im- 
périale , sont actuellement déposés aux archives royales 
d'Espagne , dans la ville de Simancas. 

2**. Une notice sur Charles-Louis- Auguste Fouquet , 
duc de Belle-Isle, gouverneur de la province des Trois- 
Évêchés, fondateur de l'Académie royale de Metz, ma- 
réchal et pair de France , ministre de la guerre , membre 
de l'Académie française , avec un précis historique des 
travaux et des embellissements exécutés dans la ville de 
Metz , de 1727 à 1761 ( 212 pages ). 

3". Les Chroniques de la noble ville et cité de Metz , 
par Jean Le Châtelain, réimprimées pour la première fois, 
et précédées de notes bibliographiques. — Ces chroniques 
sont en vers; elles sont, dit l'auteur, un monument sin- 
cère dans bon nombre de ses parties, et utiles à consulter 
pour l'histoire de Metz. La manière dont elles sont écrites 
égaiera de temps en temps le lecteur; elles renferment 
quantité de particularités curieuses et singulières qui le 
dédommageront des récils apocryphes qu'il pourra rencon- 
trer dans le commencement ( 97 pages). 

4°. Des notes pour servir à l'histoire de l'hôpital St.- 
Nicolas de la ville de Metz ( Extrait des Annales de la 
Charité, comprenant /i7 pages). 

5°. Un rapport sur la situation de la Société d'horticul- 
ture de la Moselle, dont M. Chabert est secrétaire-général. 

15 



358 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCHT^ 

Nord. 

M. Tailliar vous a rendu compte des Mémoires de 
ia Société impériale cC agriculture, sciences et arts 
de Douai , centrale du ISovd, 

Ces mémoires, concernant ragricuîture, l'horticulture, 
les sciences exactes et naturelles , les sciences morales 
et historiques , la littérature et les beaux-arts , com- 
prennent jusqu'ici deux séries r 

La première série , dont la première publication date 
de 1826 , se compose de treize volumes. A la fin du 
treizième volume se trouvent des tables générales , ré- 
digées avec beaucoup de soin par M. le conseiller Cahier. 
L'auteur , après avoir indiqué la tomaison des treize 
volumes, donne successivement la table alphabétique 
des auteurs, et celle des matières. Il y ajoute une table 
des matières contenues dans les deux volumes de bulle- 
tins agricoles publiés par la même Société , du 1*'^ 
novembre 18/i6 au 31 novembre ISZtS. 

Cette première série se complète par un volume in- 
titulé: Recueil d'actes des XW. et XIIP* siècles, en 
langue romane-wallonne du nord de la France , avec 
une introduction et des notes de M. le conseiller Tailliar, 
ancien président de la Société (Douai, 18Zi9). 

La seconde série , jusqu'en 1857, comprend trois vo- 
lumes. 

Le tome I (18/i9 à 1851) a été publié en 1852. Il 
contient notamment : 

Un Mémoire sur un fœtus humain monstrueux, 
par M. le docteur Maugin; 

Des Remarques sur le Patois, par le docteur Es- 



i 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 339 

calier, suivies d'un vocabulaire latin-français, de G. 
Briston (XIV% siècle); 

Un Essai sur l'histoire des institutions dans le nord 
de la France (i". partie, ère celtique ) ,par M. Tailliar, avec 
quatre planches représentant des pierres druidiques. 

Le tome II ( 1852-1853 ) a paru en 185^. On y re- 
marque plus particulièrement : 

Un Mémoire ^ de M. Le Glay, sur les Archives de 
l'abbaye de Marchienncs ; 

Un coup-d'œil sur quelques parties du musée de 
Douai, par M. Cahier ; 

De nouveaux souvenirs à Viisage des habitants de 
Douai, recueillis par M. Brassart. 

Le tome lit ( 1854-1855 ) a été imprimé en 1856. 

Le morceau le plus étendu de ce volume est un précis 
historique sur la maison de Harnes, par M. Démar- 
quette, avocat. Dans cet ouvrage, couronné par ia Société 
de Douai, on lit de curieuses indications sur le comté de 
Harnes, sonavouerie,sa mairie, et ses premiers seigneurs 
qui étaient en même temps connétables héréditaires de 
Flandre. L'auteur ajoute à son travail, comme appendice, 
un texte de la Chronique de ïurpin, traduite en 1207, par 
l'ordre de Michel de Harnes. Le texte de cette traduction, 
du XIIP. siècle, se trouve à la bibliothèque de Copenhague 
©û M. Démarquette l'a fait copier. 

Ce tome III contient encore : 

Des Fables , par MM. Denis etDerbigny; 

De savantes Becheixhes^et de pvécmux Documents , 
pour l'histoire des communes du nord de la France , par 
M. Taiîliar ; 

Un Essai sur la peinture litigieuse , avec une notice 
sur l'art flamand , par M. Asselin. 



J 



^liO INSTITÏÏT DES PROVINCES DE FKANCEV 

La Société continue, en outre, la publication de ses buîi- 
letins agricoles et horticoles qui forment déjà plusieurs- 
volumes. 

La Société Diinkerquoîse pou?' l'encouragement des^ 
sciences , des lettres et des arts (1) poursuit toujours 
avec le même zèle le but de son institution. 

Les travaux qui vous ont été signalés , au Congrès de 
Tannée dernière, ont été mentionnés et donnés en exemple 
dans les journaux des départements limitrophes, et jus- 
que dans un journal de la Guienne. Ils ont eu du 
retentissement dans quelques villes de la Belgique. En 
Espagne, on en a parlé dans un journal de Madrid. L'an- 
cienne domination espagnole sur nos contrées du nord de 
la France a inspiré à la Société Dunkerquoise l'idée de 
se faire des correspondants au centre de la péninsule. 
Cette heureuse pensée, due à l'initiative de M. Chamomin 
de Saint^Hrlaire , consul d'Espagne à Dunkerque et 
membre de la Société , amènera certainement des résul- 
tats utiles , profitables surtout à la science historique. 

Une autre inspiration, dont il faut louer la Société 
Dunkerquoise , a été la création d'un musée naval. On 
comprend combien la science nautique peut retirer de 
fruit d'un pareil établissement dans un port de mer. 

Aucune (Jes sections dont se compose la Société n'a 
négligé les travaux qui la concernent. 

La section des lettres a produit : des traductions de 
poèmes anglais de Chancer et de Byron, par M. Allard ; ~ 
la relation du naufrage du navire les Trois-Sceurs , par 

(1) Rapport de M. Carlier, délégué de la Société Dunker- 
quoise. 



I 



TRÂTÂUX DES ACADÉMIES EN 1856. 3Zil 

M, Conseil ; — V Histoire de la Flandre religieuse , par 
M. V. Derode ; cet ouvrage est sous presse ; — d'autres 
écrits du même auteur, intitulés : Le 'procès d'un curé 
de Dunkerque , en 1599 ; — De l'importance de la 
philologie; — L'Hôpital des fous, etc. 

Les procès-verbaux de la section des arts mentionnent 
deux plans de Dunkerque^ au XVI*. siècle et en 1851, 
par M. Leblond. On y trouve constatés les éloges accordés 
par Topinion publique au tableau de M. Desmidt, repré- 
sentant une des brillantes actions navales de Jean Bart. 
Cette toile remarquable est dans les proportions de quatre 
mètres sur trois. 

Les diverses branches des sciences ont été traitées dans 
les ouvrages suivants : Courbe comparative du mouve- 
ment de la navigation de Dunkerque , depuis le XIX*. 
siècle , par M. Decharme , ingénieur ; — Notice sur ta 
poulie Herrebrecht, par M. Everhaert; — Note sur une 
tige phénoménale de betterave^ par M. Ortille; — Notice 
sur le Corpus chronicorum Flandriœ; Notice sur l'église 
de West-Cappel, par M. Bonvarlet; — Notice sur les sei- 
gneurs de West-Cappel , par M. Cousin ; — Statistique 
de la population de Dunkerque, pour 1856, par M. V. 
Derode ; — Observations météorologiques, faites à Dun- 
kerque , en 1:856 , par le docteur Bobilier. 

Je citerai aussi les œuvres suivantes produites par les 
correspondants de la Société : Théorie de la fermenta- 
tion ; — Plan d'une cordcrie mécanique, par M. Andrieu. 
— De la tubercidisation des ga7ig lions bronchiques chez 
l'adulte , par MM. Duriau et Gleize ; — Notice sur une 
habitation gallo-i^omaine , trouvée à Fagny (Meuse), 
avec plans et dessins, par MM. Ortille et Ottman ;— iVoa'ce 
mr C abbaye de Beaupré, par le docteur Le Glay, archi- 



V 



3/l2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

viste du Nord ; — Lettres sur des médailles d'or gallo- 
romaines , découvertes à Ledringhem, par le docteur 
Morael de Wormliout. 

La Société prépare, en ce moment, la séance publique 
qu'elle lient chaque année , le M juin , jour de la fête 
locale. Ces réunions intéressent vivement la population ; 
elles exercent chaque fois sur elle plus d'autorité et 
d'influence. La solennité de la distribution des médailles, 
décernées aux meilleurs ouvrages scientifiques, artistiques 
et littéraires , envoyés au concours ouvert par la Société, 
offre un excellent moyen d'émulation, qu'approuveront 
tous les esprits que préoccupe le progrès intellectuel des 
masses. L'avenir ne peut qu'en recueillir de bons résultats. 

La Société Dunkerquoise a adopté une mesure d'un 
effet certain pour assurer sa marche vers le but pour 
lequel elle a été instituée. Elle a décidé que la perpétuité 
serait attachée aux fonctions de son secrétaire , et elle a 
confié ces fonctions au plus zélé de ses membres fon- 
dateurs , à M. Victor Derode , sous l'inspiration duquel 
fut élaboré , en 1851 , le règlement qui la régit. 

M.,Carlier, en sa qualité de délégué du Comité 
flamand de Finance, àDunkerqiie, vous a fait connaître 
les travaux de cette Société, instituée, en '1853, pour 
sauver de l'oubU le passé de l'histoire religieuse et ci- 
vile , des mœurs et des coutumes de la Flandre ; passé 
que nous voyons se démanteler chaque jour , et dont 
le langage seul nous est encore conservé intact. 

Au préalable, M. Carliervousa annoncé que le deuxième 
volume des Annales du Comité flamand, qui a paru 
l'année dernière, et dont le Congrès de 1856 a reçu un 
exemplaire, a valu à la Société les plus honorables éloges. 



IHÂTAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 3Zl3 

Il a été analysé dans la Rcviw des Sociétés savantes , et 
de clialeureux témoignages d'approbation lui sont venus 
de Belgique et d'Allemagne, pays avec lesquels notre 
langue nous conserve des affinités sympathiques. 

Depuis lors, un nouveau volume d'Annales a été 
préparé ; il est sous presse ^ et il contiendra, entre autres 
mémoires curieux , une notice de M. Victor Derode sur 
la pénalité , au XVI*. et au XVIP. siècles, dans la Flandre 
maritime , et notamment à Dunkerque. Tous les docu- 
ments de ce travail émanent des registres des sentences 
criminelles qui reposent aux archives de la mairie de 
<îette ville, et sont appuyés de leurs textes flamands. Les 
contrevenants à la défense de lire certains livres , sans 
doute ceux qui traitaient des matières de réforme reli- 
gieuse, étaient condamnés à payer une amende de 500 
carolus ; puis , en cas de récidive , les hommes avaient 
la « teste copée, » les femmes étaient « mises en terre 
toutes vives. » 

Une autre notice, non moins intéressante, est inti- 
tulée : Ypres et St^-Dizier; étude sur deux communes 
du moyen-dge» L'auteur y a étudié, sous toutes ses 
faces , le fait , unique dans notre histoire nationale , de 
la juridiction échevinale de la ville d' Ypres, en Flandre , 
établie en 1228 sur la ville de St.-Dizier, en Champagne, 
par le sire de Dampierre et de St.-Dizier, qui avait 
épousé la sœur de la comtesse Jeanne de Flandre. Cette 
suprématie de la ville flamande sur la ville champenoise 
fut maintenue , pendant deux siècles et demi , jusqu'en 
l/i70 ; presque toutes les consultations et les sentences 
qui la constatent ont été analysées dans le curieux travail 
de M. Carlier. 

Le Comité flamand a aussi adopté , sur sa proposition , 



3l^^ INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la publication d'un Bulletin mensuel , destiné à repro- 
duire l'esquisse de ses travaux intérieurs, et les notices 
de peu d'étendue, réservant aux volumes de ses Annales 
les mémoires de longue haleine. Deux numéros de ce 
Bulletin ont été déposés sur le bureau du Congrès. On 
remarquera, dans l'un d'eux, une notice sur l'argenterie 
et les ornements qui furent enlevés aux églises de la cir- 
conscription de Dunkerque à l'époque de la Convention. 
Le Bulletin mensuel sera adressé à tous les membres 
correspondants du Comité , et il aura pour effet de les 
intéresser à l'œuvre du Comité flamand , beaucoup plus 
que la seule publication annuelle d'un volume qV Annales 
qui n'était souvent pas envoyé à chacun d'eux. Ces rela- 
tions permanentes entretiendront le zèle des correspon- 
dants et les exciteront, sans doute, à prendre eux-mêmes 
leur place dans les publications ultérieures du Comité. 

Cette mesure répond aux questions qui avaient été 
discutées, dans la séance du 30 mars du Congrès de 
1856, sur les moyens d'augmenter la mise en circulation 
des publications académiques , et sur les améliorations à 
apporter dans la part que prennent les correspondants 
des Sociétés aux travaux communs. Elle aura également 
pour résultat de consolider et d'augmenter l'influence de 
la Société-mère , suivant le vœu exprimé alors par l'ho- 
norable directeur du Congrès. 

En dehors du Comité flamand, mais s'y rattachant 
intimement , il a été publié par ses membres , d'abord : 
la traduction, en vers français, d'un petit poème du 
célèbre Jacob Cats, intitulé : Kinderspel, ou les jeux 
de l'enfance. Cette traduction est due à M. l'abbé Bloeme 
de Roquetoire. Un autre ouvrage a paru ensuite , d'une 
plus haute portée scientifique et artistique ; il est du pré-* 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. o/l5 

sident du Comité flamand, M. Ed. de Coussemaker, cor- 
respondant de rinstitut de France. Le volume des Chants 
populaires des Flamands de France , accompagnés de 
leurs mélodies originales, a réalisé, d'une façon plus com- 
plète encore pour la Flandre, le beau travail que M. de 
La Villemarqué a publié sur les chants de la Bretagne. 
Il est fait à l'imitation des grands ouvrages des philo- 
logues allemands sur les chants populaires de leur pays. 
L'œuvre de M. de Coussemaker est aujourd'hui connue 
et appréciée des savants spéciaux qui s'intéressent à cette 
partie de l'art poétique et artistique qui sort directement 
de la source populaire. Cette œuvre garantit l'excel- 
lence de la direction d'études donnée au Comité flamand 
de France, et la continuation active de ses efl'orts vers 
le but de son institution, 

Orne. 

Dans la note suivante sur les travaux du Comice 
agricole de Putanges, M. le comte de Vigneral, son 
président, vous a fourni des renseignements pratiques 
dont vous apprécierez l'importance : 

« Les conférences mensuelles du Comice ont été pu- 
bliées jusqu'en 1853. — Celles qui ont eu lieu depuis 
cette époque le seront très-prochainement. J'indiquerai 
donc brièvement les questions qui ont été soumises, celte 
année , aux membres du Comice. 

« L'élude de l'application des instruments nouveaux 
a été l'objet des nombreuses conférences, dans lesquelles 
on a déterminé les avantages recueillis par l'expérience. 

« Il est difficile de substituer une chose nouvelle à 



3/l6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

une vieille routine. Ce n'est que par des exemples que 
Ton émeut l'habitant des campagnes. 

« Aussi , pour faire apprécier les avantages des se- 
moirs mécaniques , le Comice a-t-il procédé d'abord par 
la plantation à la main , à l'aide du plantoir Le Docte. 
Frappés de l'excessive économie de semence et de la 
beauté des récoltes, les cultivateurs ont compris, de 
visîi , que le semoir mécanique faisait mieux que la main 
de l'homme. 

« Le Comice a fait venir un semoir de Jacqnet-Ro- 
billard, d'Arras ; plusieurs cultivateurs en ont fait usage; 
cet instrument sera promptement propagé. — Que dire 
contre un instrument qui économise la moitié , et plus, 
de la semence; d'un instrument dont la propagation 
nous préserverait du déficit des années ordinaires ? 
En effet, si 12 millions d'hectares sont, chaque année , 
consacrés à la culture du blé, on emploie à l'ensemence- 
ment, par l'ancienne pratique , 2 hectolitres par hectare , 
soit 2Zi millions d'hectolitres. La moitié, ou le tiers au 
moins de cette quantité (c'est-à-dire 12 ou 8 millions 
d'hectolitres) serait donc ainsi réservée au commerce, et, 
en comblant le déficit habituel, nous réaliserions, chaque 
année , une économie de près de 200 millions. 

« Pour assurer la production du blé , il faut songer 
à l'engrais que réclament nos champs. Pour le produire 
en abondance, on doit accroître le nombre et la quahté 
du bétail : c'est dans cette double vue que le Comice a 
souvent agité la question de la nourriture des animaux, 
parce qu'elle est pratiquée par l'un des premiers agri- 
culteurs du Nord , M. Decrombecque. 

u Voyant l'insuffisance de la production de la viande 
démontrée par le prix, sans cesse croissant, de cette 



I 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. ol\7 

base de notre alimentation , le Comice n'a trouvé de 
remède à Finsuffisance du bétail qu'en augmentant, 
par le coupage et la fermentation des pailles et des four- 
rages , les moyens de nourrir , avec les produits ordi- 
naires de la ferme , un nombre d'animaux double et 
triple même de celui qui était précédemment entretenu 
sur la même ferme, 

« Pour obtenir cette fermentation , lorsque les pailles 
et les fourrages sont hachés, on les dépose dans des distri- 
butions faites en planches , et de grandeur nécessaire 
pour que chaque compartiment renferme la quantité 
de hachis nécessaire à la nourriture du bétail de la 
ferme, pendant un jour. On met 8 litres d'eau pour 
ko kilog. de paille ou de foin. On mélange avec soin , 
par parties , le tourteau et l'avoine. Quand on a ainsi 
disposé la nourriture , on la couvre de quelques 
planches, et l'on marche dessus pour opérer une forte 
compression ; puis l'on rejette un peu de paille hachée 
par-dessus les planches , afin de prévenir l'évaporation 
de la chaleur qui bientôt va se produire. 

(( On prépare, dans des compartiments séparés, le 
hachis des chevaux et des vaches , car le hachis pour 
les chevaux se compose d'avoine, de paille et de foin; 
on ne réduit point la quantité d'avoine que l'on est 
habitué à donner aux chevaux : cette quantité varie 
selon la force du cheval , et le travail exigé ; on hache 
environ 5 kilog. de paille et au plus 1 kilog. de foin 
par tête. Il faut laisser le mélange quarante-huit heures 
pour que Tavoine soit suffisamment fermentée et gon- 
flée. Quelquefois on y ajoute un peu de tourteau. 

« Pour les vaches à lait , on ne peut pas excéder , 
sans nuire à la qualité du lait , la quantité de 1 kilog. 



3/l8 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

et demi de tourteau ; la ration de paille est de 12 kilog. , 
par tête ; celle de foin , de la même quantité ; ces pro- 
portions dépendent cependant de la taille de Tanimal. Pour 
le bœuf , on élève la quantité de tourteau à U kilog. et 
plus , toujours selon les circonstances. Le hachis destiné 
aux animaux de Tespèce bovine ne doit rester que 2Zi 
licurcs dans les compartiments. 

« Il est indispensable d'établir un blutoir qui reçoive 
la paille hachée, pour la séparer de toute la poussière 
qu'elle renferme, et qui serait très-nuisible aux ani- 
maux. 

(( Les fourrages coupés en vert doivent être hachés, 
mais non fermentes: on évite ainsi un énorme gas- 
pillage. 

« Ainsi , par ce procédé , une ferme qui entretenait 
8 vaches, k génisses, ^ à 6 porcs et /i chevaux, a pu 
élever le nombre de ces animaux à 12 vaches laitières, 
10 génisses de un à deux ans , 3 taureaux et 2 bœufs 
utilisés au service de la ferme. 

« Il est vrai de dire que, dès aujourd'hui, les en- 
couragements qui ont été judicieusement accordés pour 
faire connaître les races bovines les plus disposées à 
prendre la graisse , et à la prendre de bonne heure, 
ue sont plus nécessaires. Ce n'est pas la graisse qui nous 
manque , c'est la matière à engraisser. 

(( Or, s'il est démontré, par la pratique, qu'il est 
possible, à l'aide de la fermentation et du coupage 
des pailles et des fourrages même les moins savoureux , 
de nourrir un nombre triple d'animaux sur la même 
ferme, le Gouvernement devrait désormais convertir 
en primes , accordées aux cultivateurs qui nourriraient 
le plus grand nombre d'animaux sur une surface donnée, 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 3/l9 

les encouragements accordés aux engraisseurs de bétail 
dans les concours de boucherie. 

« Le Comice a engagé aussi ses membres à essayer 
l'usage de la marne et de la terre pour la composition 
des litières : les fumiers ainsi préparés sont tout à la 
fois un engrais et un amendement ; et , en employant 
soit la marne pour les fumiers destinés aux terres d'un 
sol léger argileux , soit l'argile pour les fumiers destinés 
aux terres calcaires, on réunit les bases les plus riches 
et les moins dispendieuses. 

« Mais, a pensé encore le Comice, il faut, pour 
assurer le progrès agricole , songer avant tout à l'édu- 
cation et à l'instruction des populations rurales. 

« C'est avec raison que , pour combattre la désertion 
des campagnes , les hommes sérieux réclament un autre 
enseignement que celui qui est donné dans les écoles 
des deux sexes. 

M Avec une meilleure éducation , avec une instruc- 
tion agricole pratique , et non scientifique , il sera pos- 
sible aux cultivateurs intelligents et attentifs de modifier 
leurs habitudes routinières. Alors , par l'accroissement 
des produits , il y aura accroissement de salaire ; car , 
il faut tout dire , on aurait tort de penser qu'il est pos- 
sible de prévenir l'émigration des campagnes vers les 
villes sans la réunion de trois moyens signalés plus 
haut, savoir : l'éducation, l'instruction et l'élévation 
du salaire. 

« Le Comice de Putanges résume donc ses travaux 
de l'année dernière par les vœux suivants: 

« 1". Que, par tous les moyens possibles , le Gouver- 
nement propage l'introduction des instruments perfec- 
tionnés , notamment le hache-paille et les semoirs. 



350 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« 2°. Que , pour augmenter le nombre des animaux 
de boucherie, le Gouvernement remplace, par des primes 
attribuées aux cultivateurs qui nourriront le plus grand 
nombre d'animaux sur une surface donnée , les prix 
décernés aujourd'hui aux engraisseurs dans les concours 
de boucherie. 

« 3°. Que , pour combattre la désertion des cam- 
pagnes , on s'empresse d'aviser à une réforme complète 
de l'éducation et de l'instruction des enfants des deux 
sexes dans les campagnes. Ce vœu n'est que trop mo- 
tivé par les faits cités dans le rapport si remarquable , 
de M. Perrot , sur les prisons : ses chiffres ont une 
éloquence terrible. — En 1851 , les prisons recevaient 
/i,721 garçons, 836 filles, total : 5,557.— En 1855, 
les prisons s'ouvrirent à 7,908 garçons, à 1,910 filles, 
total : 9,818. » 

M. Pichon-Premôlé, maire de Séez, vous a lu, dans une 
de vos séances précédentes , un mémoire sur l'ensemble 
des améliorations agricoles qu'il a introduites dans l'ex- 
ploitation qu'il dirige depuis trente ans sur ses terres 
réunies de la Gour-d'Aunou et de la Bouverie , toutes 
deux situées au territoire d'Aunou-sur-Orne et, pour 
partie , sur le territoire de Séez. 

Déjà cette importante exploitation a valu à son pro- 
priétaire de très-honorables distinctions, entre autres, le 
litre de chevalier de la Légion-d'IIonneur. 

Vous avez entendu avec un vif intérêt les détails que 
vous a donnés M. Premêlé sur ses cultures et sur les 
résultats avantageux qu'il a obtenus, et vous regret- 
terez avec moi que la nature et les limites de mon rap- 
port ne me permettent pas de reproduire , même par 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EPÏ 1856. 351 

extrait, le travail remarquable soumis à votre appré- 
ciation; notre collègue trouvera d'ailleurs des juges 
compétents lors du prochain concours régional qui doit 
avoir lieu dans le département de POrne. 

Pas-de-Calais. 

Les mémoires que VAcadémie d'Arras (1) publie 
annuellement étant adressés au Congrès, il suffira 
d'abord de mentionner , dans ce rapport , les sujets 
d'un intérêt plus général qui sont traités dans ces 
mémoires : 

Considérations sur r Empire romain , par M. Le- 
cesne ; 

Notice sur Comivs, chef des Atré bâtes, par le 
même ; 

Etude sur le jurisconsulte iV. Gosson, d'Arras, par 
le même ; 

Un procès criminel au XV JP, siècle (celui de Saint- 
Prieul, gouverneur d'Arras), par le même ; 

Notice sur Quènes de Béthune, poète du Xir, siècle, 
conseiller de Beaudoin et gouverneur de Constan- 
tinople y par M. d'Héricourt ; 

Les poètes historiens»'— Chateaubriand, — Waterloo ; 
— Discussions relatives à la fondation d'hospices ré- 
gionaux et à l'aliénation des biens des hospices (pro- 
cès-verbaux) ;— Rapport sur les Fables de M. Derbigny^ 
par M. Delalleau ; 

La philosophie biblique et la philosophie rationaliste, 
par M. Robitaille ; 

(1) Note de M, le colonel Répécaud , président de rAcadémie. 



S-"'- 



352 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Rapport sur un ouvrage de M. de Caumont , par le 
même ; 

Rapport sur Vllistoirc de la démocratie athénienne , 
de M. Filon, doyen de la Faculté de Douai, par 
M. Broy ; 

Enfin, Tableau succinct des progrès récents des 
sciences et de L'industrie, • — Discussions des divers 
projets conçus pour le percement de l'isthme de 
Suez, 

Après ces indications, disons quelles sont les questions 
qui ont particulièrement occupé TAcadémie dans ses 
séances hebdomadaires. Dans la séance du 30 novembre 
1855, M. Lestoquoy a lu la première partie d'un mémoire 
ayant pour objet d'expliquer les battements du cœur ; il 
désirait que l'Académie émît son opinion sur le principe 
dynamique qui servait de base à son explication. Un 
membre de la Société, désigné à cet effet, s'est livré 
à l'examen de cette question, et son rapport, ainsi 
que le mémoire de M. Lestoquoy, sont déposés aux 
archives. 

Or, un an plus tard, en novembre 1856, dans une 
séance de l'Académie des sciences, il a été donné lecture 
d'un mémoire dans lequel le docteur Hiffelsheim , phy- 
siologiste allemand, attribue les battements du cœur à 
la même cause, en s'appuyant sur le même principe 
dynamique. 

Le docteur Lestoquoy est donc fondé à réclamer la 
priorité, et l'Académie a décidé que son président ap- 
puierait cette réclamation en certifiant les faits qui 
viennent d'être exposés. 

M. Billet , archiviste de l'Académie , a lu dans diverses 
séances : V Éloge de Turgot ; des Considérations sur 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 353 

Lamoignon-Maleslierbes ; une Appréciation Littéraire 
des œuvres de J. Delille, et enfin des observations sur un 
écrit de M. Vogué , relatif à Fétat de l'agriculture en 
Angleterre , comparé à sa situation en France. 

M. II. Corne, membre correspondant, ayant adressé 
à l'Académie un exemplaire de son nouvel ouvrage sur 
l'éducation, qui a pour titre : Adrien, M. Laroche a lu 
une analyse très-complète de cette importante production. 

M. l'abbé Carton, directeur de l'Institution des Sourds- 
Muets à Bruges , ayant également adressé à l'Académie 
un mémoire qu'il vient de publier et qui a été couronné 
par la Société centrale d'éducation et d'assistance des 
sourds-muets, M. Auguste Parenty, dans un rapport 
développé , a fait ressortir le mérite de la méthode pro- 
posée par M. Carton, pour instruire les sourds-muets dont 
l'admission n'a pu avoir lieu dans les institutions qui leur 
sont destinées ; et l'Académie , jugeant qu'il serait très- 
utile de répandre la connaissance de cette méthode , a 
chargé son président d'engager M. le Préfet à recom- 
mander l'ouvrage de M. l'abbé Carton aux maires et 
aux instituteurs du département ; ce magistrat s'est 
empressé de déférer à ce vœu. 

Tout récemment , M. d'Héricourt, dans une séance de 
l'Académie , a donné lecture d'une notice sur Isabelle de 
Hainaut , qui , sans doute , sera insérée dans le volume 
de Mémoires que la Société doit prochainement publier. 

La fréquence des séances s'oppose à ce que, dans 
toutes , il soit fait des lectures aussi importantes ; mais il 
arrive que les membres s'y entretiennent de questions 
qui ne sont pas sans intérêt. 

Ainsi , à l'époque où des inondations désolaient plu- 
sieurs de nos provinces , quelques-uns ayant parlé des 



r 



354 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

causes auxquelles on attribuait ces désastres , l'un d'eux 
qui, en 1815, avait eu occasion d'étudier le régime de 
la Loire et qui , quelques jours avant l'inondation de 
i8/i7, visitait les environs d'Orléans, a dit à quoi on 
pouvait attribuer le déversement du fleuve dans le bassin 
du Loiret , et par quel moyen , à son avis , on pour- 
rait prévenir une semblable catastrophe. 

A l'occasion du projet du docteur Grassi, de Milan, re- 
latif à l'ascension sur les rampes les plus rapides au moyen 
de cylindres enveloppés par une hélice , un membre a fait 
part à ses collègues de l'idée qu'il avait eue, dès long-temps, 
de remplir le même objet en plaçant contre les rails ( sur 
ces rampes ) des sortes de râteliers à dents cycloïdales. 

L'Académie a jugé utile d'insérer, dans le XXVIIP. vo- 
lume de ses Mémoires, quelques pièces manuscrites, telles 
que d'anciennes traductions des Pensées de Varron ; une 
préface des Homélies d'Origène, où il est question de 
Varron; la suite des Annales de Flandre, de Jacques 
Meyer , par son petit-neveu , Philippe Meyer. 

Elle a fait imprimer aussi d'anciens manuscrits plus 
étendus , mais séparément : 

1". Lq Journal de Dom Gérard Robert, religieux de 
l'abbaye de St.-Vaast d'Arras, où sont racontés des faits 
arrivés de son temps (2^ moitié du XV*. siècle), en la 
ville d'Arras, et qui ne sont pas étrangers à l'histoire de 
France ; 

2". La Chronique d'Arthois , de François Bauduin , 
jurisconsulte éminent du XVP. siècle, suivie de son 
advis sur le faict de la réformation de l'Église, 

Ces deux publications ont été offertes au Congrès. 

J^ notice suivante , sur lôs travaux de la Société des 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 355 

Antiquaires de la Morinie , est due à M. le marquis de 
Godefroy-Mesnilglaise, qui en est Tun des merabres les 
plus actifs et les plus éclairés. L'un des ouvrages qui y 
sont cités est le résultat de ses recherches ; c'est ce qui 
explique le laconisme avec lequel il en parle; vous 
suppléerez, Messieurs, à la discrétion de Fauteur, en 
accordant à son œuvre les éloges qu'elle mérite : 

« Cette Société continue ses investigations historiques 
et archéologiques. Peu nombreuse et donnant à ses 
travaux une direction sérieuse, elle procède avec lenteur. 
Le neuvième volume de ses Mémoires est de 185/i ; l'im- 
pression du dixième n'est pas assez avancée pour qu'il soit 
possible d'exposer les matières qui y sont traitées. Mais 
deux ouvrages publiés sous ses auspices ont été l'objet 
de distinctions signalées. L'édition de Lambert d'Ardre , 
chroniqueur de la fin du XIP. siècle, peu connu jus- 
qu'ici , donnée par M. le marquis de Godefroy-Mesnil- 
glaise, correspondant, a obtenu de l'Institut une mention 
très-honorable au Concours des antiquités nationales 
de 1855. Le premier volum-e de VHistoire des abbés 
de St, -Berlin , par M. Henri de Laplane, secrétaire- gé- 
néral, y a été honoré d'une mention pareille, et le suivant 
a mérité la première médaille au concours de 1856. La 
Société est fière d'un si beau succès que justifie l'im- 
portance et l'étendue de ce docte travail. On sait la haute 
antiquité de l'abbaye de St.-Bertin ; on sait quel rôle 
considérable elle a eu dans les premiers temps de la 
monarchie, et quelle a été son influence sur la civilisation 
de nos contrées du Nord-Ouest. M. de Laplane, qui 
précédemment avait exploré ses ruines avec tant d'in- 
telligence , s'est enfoncé résolument dans l'étude de ses 
volumineuses archives. Il a , entre autres, dépouillé les 



356 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCEr 

onze tomes in-folio du carlulaire transcrit par D. de 
Witte. C'est vous dire qu'il a consacré une patience et 
un zèle de Bénédictin à faire connaître au monde reli- 
gieux et savant la grande communauté bénédictine, 
pendant les onze siècles de son existence. Cette patience 
et ce zèle ne sont point épuisés , Dieu merci , et nous 
leur devrons bientôt un travail du même genre sur 
Tabbaye de Clairmarais, voisine de St.-Bertin, monu- 
ment de la présence de saint Bernard dans la Morinie. 
Comment, d'ailleurs, ne serait-il pas encouragé à mar- 
cher dans cette voie , lorsqu'un bref du Saint-Père , 
conçu dans les termes les plus flatteurs, vient de louer 
V Histoire des abbés de St.-Bertin? 

« La Société, par les soins de deux de ses membres , 
M. le conseiller Tailliar et M. l'avocat Courtois, a publié 
tout récemment : Les usaiges et anciennes coustumes 
de La conté de Guysnes , un vol. in-8^ Le texte , 
reproduit d'après un manuscrit du XV^ siècle, est pré- 
cédé d'une analyse raisonnée due à M. Tailliar , et d'un 
aperçu historique sur le comté et ses institutions , par 
M. Courtois , qui a déjà si bien élucidé la géographie de 
c^tte petite région. Un glossaire, et un plan de la ville et 
du château, gravé d'après un manuscrit de la Tour de 
Londres, complètent ce volume, témoignage curieux du 
droit féodal et municipal au moyen-âge. 

« Le Bidletin de la Société , qui paraît à des époques 
indéterminées, a mis en lumière, depuis dix-huit mois, 
plusieurs pièces inédites, intéressantes pour l'histoire 
locale, entre autres des complaintes sur la destruction de 
Terouane, par Charles-Quint, événement qui eut un si 
grand retentissement au XVP. siècle. 

a Le dernier concours ouvert par elle a été l'occasion 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 357 

d'une notice de M. le baron de Melicocq, sur les artistes 
dramatiques aux XIV*. et XV*. siècles ; notice qui a 
valu à son auteur une médaille d'argent. 

« Le concours prochain pose des questions graves, 
11 s'agit d'apprécier les institutions militaires du nord de 
la France, depuis Charlemagne jusqu'à François I". ; de 
discuter, en général, l'origine de la justice seigneu- 
riale, et, en particulier, la juridiction du monastère de 
St.-Bertin. 

« Enfin M. Vincent , de l'Académie des Inscriptions , 
que la Société s'honore de compter parmi ses membres, 
prépare une étude sur Ilesdin, sa ville natale, dont il 
voudra bien , je l'espère , donner quelque communication 
au Congrès. » 

IVl. le comte d'IIéricourt , secrétaire actuel de la 
Société centrale d'agriculture du Pas-de-Calais , a fait re- 
mettre à votre rapporteur le Bulletin agricole pubUé 
par cette société au commencement de cette année. 
Parmi les travaux, qui s'appliquent à l'année 1856, j'ai 
remarqué : 1°. deux discours prononcés, le 20 février, l'un 
par M. d'IIéricourt, l'autre par M. Clément, sur la 
tombe de M. Hocedé, excellent agriculteur, l'un des 
membres les plus distingués de la Société, dont il était 
depuis long-temps le secrétaire; 2\ le discours dans 
lequel, à la séance publique du 9 novembre, M. te 
baron d'Herlincourt , vice-président , a fait ressortir tout 
l'avantage que présenterait l'intelligente exploitation du 
sol par les propriétaires eux-mêmes; 3°. le savant rapport 
de M. d'IIéricourt sur les travaux annuels de la Société; 
h\ une note , par M. d'Herlincourt , sur les expériences 
du système Kennedy , pour les irrigations, faites à sa ferme 



358 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

d'Etrépagny; 5^ une notice développée sur la péripneu- 
nionie épizootique du gros bétail , par M. Mannechez, 

J'ajouterai à cette courte analyse la citation entière 
d'une lettre adressée à notre honorable Directeur par 
M. le comte d'Héricourt ; vous jugerez de l'importance de 
l'essai tenté par notre zélé collègue : 

<( On a beaucoup parlé , dit l'auteur de cette lettre , 
du repiquage des betteraves et des plantes d'horticulture. 
Permettez-moi de vous signaler un moyen employé par 
mon jardinier pour obtenir des couches à prix réduit. 

« Dans le Pas-de-Calais , le bois , ou , pour mieux 
dire , la tige d'œillettes n'était employée qu'au chauffage 
du four; on s'en servait aussi dans les chaumières pour 
obtenir un feu actif et brillant ; mais les cendres en étaient 
très-estimées pour les travaux delà buanderie, à cause 
des sels qui y sont contenus. Le sieur Alexandre Tur- 
lure résolut d'utihser ces matières comme engrais, et 
je crois inutile d'ajouter qu'il obtint d'heureux résultats. 
Encouragé dans ses efforts , il se servit des tiges d'œil- 
lettes, les lia par poignées , en forma des lits d'environ 
1 mètre de hauteur et les couvrit d'un peu de terre. Pour 
activer la fermentation , chaque lit doit être abondam- 
ment arrosé , le mot noijé serait plus exact. Je n'emploie 
plus que ce système pour les couches de mon jardin et 
j'obtiens, à un prix réduit, des résultats supérieurs à 
ceux du fumier organique. Toutefois, lorsque la tem- 
pérature est froide et que les gelées sévissent encore, les 
arrosements doivent être faits avec des engrais liquides. 
Par ce système, j'ai eu des laitues tout l'hiver, et, à 
plusieurs reprises , la fermentation était telle que l'on a 
dû saigner la couche : la fumée et la vapeur s'échap- 
paient très-épaisses. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 359 

« S'il y a avantage à repiquer les betteraves , question 
que je regarde encore comme très-controversée , l'emploi 
des tiges d'œillettes présentera certainement une grande 
économie. J'ajouterai que M. Decrombecque , maire de 
Lens , dont je n'ai pas à faire l'éloge après l'appréciation 
du Congrès, doit expérimenter ce système, et que 
M. Ca venue , directeur des contributions indirectes , en 
fera l'essai pour la culture du tabac. Il serait bon que la 
couche d'œillettes fût étudiée en divers points; et, si je 
me permets de la recommander, c'est que je m'appuie 
sur dix-huit mois d'expériences heureuses. 

« Vous apprécierez si cette communication est de na- 
ture à intéresser le Congrès et je vous abandonne cette 
, note écrite à la hâte , dans laquelle jevous prie de ne voir 
que le désir d'apporter mon faible tribut à une réunion 
qui, formée sous vos auspices , se montre, chaque année, 
de plus en plus digne des efforts de son directeur. » 

Vous devez encore à M. le comte d'Héricourt des 
détails sur les travaux de la Commission des antiquités 
départementales du Pas-de-Calais, Fondée par les soins 
et sous l'administration de M. Desmousseaux de Givré , 
cette Commission que dirige, depuis son origine , M. Har- 
baville , sans autres ressources qu'une modeste allocation 
de mille francs que lui accorde le Conseil général , a pubhé 
huit livraisons de la Statistique monumentale. Elle a 
enrichi cet ouvrage de gravures et de lithographies. Déjà 
ses travaux ont été mentionnés dans le compte-rendu de 
l'Institut des provinces ; je ne parlerai donc que de 
la dernière livraison , parue il y a quelques mois. Elle 
contient la description de deux monuments du XVI*. 
siècle : l'église d'Avesnes-le-Comte , par M. de Linas , 



360 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

membre non-résidant des comités historiques, et celle 
d'Ablain-St.-Nazaire. On peut s'étonner de voir réunis 
deux monuments d'une époque relativement moderne, 
mais ils se complètent l'un par l'autre. L'église d'Avesnes 
a une architecture intérieure d'une richesse qui ne le 
cède qu'à la hardiesse de ses formes ; Ablain-St.-Nazaire, 
au contraire , mérite une place dans la nomenclature des 
gloires architecturales de la France , par le fini et la 
légèreté de sc^n ornementation , l'élégance de ses cloche- 
tons , l'harmonie de toutes ses parties , la beauté de son 
portail et surtout par ses souvenirs historiques. Elevée 
par les Bpurbon-Carency , elle fut enrichie par la no- 
blesse artésienne , et je regrette de ne pouvoir raconter 
la charmante légende de son origine. 

Outre son Album ou sa Statistique monumentale , la 
Commission publie un Bulletin dont le troisième fascicule 
est sous presse. Il comprend les travaux de moindre impor- 
tance : les dissertations historiques, les discussions qui ont 
eu lieu au sein du Comité, le récit des excursions, la men- 
tion des fouilles faites dans le pays et des résultats qu'elles 
ont produits. Des dessins, confiés au crayon exercé de 
IVl. Robaut, de Douai, accompagnent le texte. Il est difficile 
de citer, car ce serait faire un choix pour lequel , avec sa 
modestie ordinaire , Mf le comte d'IIéricourt déclare son 
incompétence. On prend d'abord les sujets qui con- 
viennent davantage à certaines études spéciales, puis 
on arrive à connaître tout ce que contient le Bulletin. Tou- 
tefois, pour me renfermer dans l'espace restreint laissé au 
compte-rendu de chaque Société, je signalerai les com- 
munications de M. Grigny, architecte, sur les construc- 
tions des XP. et XIP. siècles , principalement en Artois ; 
celles de M. Tabbé Van Drivai , sur plusieurs tableaux 



TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1856. 361 

et notamment sur un pressoir mystique, conservé à 
Baralle, et sur diverses pierres tombales, que les soins 
de prêtres intelligents ne peuvent pas toujours préserver 
contre les destructions. 

M. Dancoisne d'Uénin-Liétard , qui possède une riche 
collection depuis long-temps connue des érudits , a 
entre autres travaux , établi de précieux rapprochements 
entre le scel communal d'Arras et une monnaie qu'on 
refusait d'attribuer à cette ville. C'est qu'en histoire tout 
se lie et qu'en vain l'on établit des classifications ; il n'est 
permis de rien négliger, nous devrions dire de rien 
ignorer, des documents que nous ont laissés les siècles 
glorieux du moyen-âge. 

En dehors de la Commission , des ouvrages ont été pu- 
bhés ; nous ne parlerons ni des communications faites 
à M. le Ministre de l'Instruction publique, ni des articles 
insérés dans les lievues belge et française , car on peut 
facilement les retrouver. M. Godin, archiviste en chef du 
Pas-de-Calais, et son collaborateur, ont terminé leur tra- 
vail sur les rues d'Arras ( 2 vol. in-8^ ). On se rappelle 
que le but de cet ouvrage est de sauver de l'oubli ces 
souvenirs que le temps efface chaque jour ; de décrire les 
rares monuments échappés aux révolutions; de rappeler 
des institutions dont on ne connaît presque plus le nom, 
ni les services qu'elles ont rendus ; d'indiquer, rue par 
rue , tous les établissements religieux , municipaux , 
féodaux , qui ont eu de Timporlance. M. le comte d'Hé- 
ricourtajoute que l'on comprendra qu'il ne lui appartient 
pas de juger un travail reçu avec sympathie par les habi- 
tants d'Arras, et encouragé de si nombreuses souscrip- 
tions, que les frais d'impression ont été plus que cou- 
verts par la ville elle-même où ce livre était édité. Vous 

16 



362 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

VOUS joindrez , Messieurs , à la population éclairée 
d'Arras pour rendre à l'ouvrage de MM. d'Héricourt et 
Godin la justice qui lui est due. 

En terminant , il faut ajouter que la Commission des 
antiquités départementales exerce une heureuse influence; 
qu'elle est souvent consultée pour des restaurations 
d'églises; qu'on lui signale les découvertes dues à la 
pioche du travailleur; qu'elle a trouvé, dans MM. les 
agents-voyers du département, d'utiles et d'intelligents 
auxiliaires; qu'en un mot, elle a le droit de se dire 
qu'elle a atteint le but de son institution. 

Saône-et-Loire. 

M. de Fontenay, en regrettant de ne pouvoir prendre 
part aux travaux du Congrès , vous a envoyé , au nom de 
la Société Ediwnne, V Essai sur le système défensif 
des Romains, dans le pays Ediien, par M. J.-C. 
Bulliot, membre de plusieurs Sociétés archéologiques 
(publication de la Société Eduenne, en 256 pages). A 
cette publication est jointe une carte des voies romaines 
et des retranchements romains de la cité Eduenne. 

Cet ouvrage contient de savantes recherches sur des 
retranchements antiques de quelques montagnes du pays 
Eduen, signalés à l'étude des archéologues au Congrès de 
la Société française , réunie àAutun, en I8Z16. L'auteur, 
qui reconnaît, avec modestie, que le lecteur peut n'être pas 
d'accord avec lui sur la thèse qu'il a soutenue dans son 
ouvrage, a fait, sur les lieux mêmes, l'examen de tous les 
postes fortifiés auxquels il a attribué quelque importance, 
et ne s'est déterminé qu'après avoir accumulé de nom- 
breuses preuves. C'est aux personnes qui eront à même 



I 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 363 

de les vérifier , à juger le travail consciencieux et érudit 
de Tauteur. 

M. le comte d'Esterno vous a fait hommage de son 
rapport lu, en 1856, au Conseil général de Saône-et- 
Loire sur un projet de modifications à apporter à la 
législation sur le cheptel. 

Seine. 

M. le vicomte de Cussy vous a dit que V Académie na- 
tionale agricole, manufacturière et commerciale, dont 
l'administration est toujours rue Louis-le-Grand^ ï\'\ 21 
(Paris) , est entrée dans la vingt-septième année de son 
existence. Cette Société est du nombre de celles qui 
travaillent sans relâche au progrès de notre agriculture 
et au développement de toutes les branches de l'in- 
dustrie nationale. Une promesse avait été faite, il y a 
deux ans, à tous ceux de ses membres qui ont pris 
part à l'exposition universelle de 1855 et à l'exposition 
universelle agricole de 1856. Cette promesse a été lar- 
gement tenue , le 29 janvier 1857 , dans la salle St- 
Jean de l'Hôtel-de-Ville de Paris. Ce jour-là, l'Académie 
nationale, en présence de plus de quinze cents per- 
sonnes , a décerné près de sept cents récompenses aux 
plus méritants: ces récompenses ont représenté une 
valeur de 2Zi,000 fr. 

Les titres des lauréats sont reproduits dans le procès- 
verbal de cette Assemblée générale qui a offert, jusqu'à 
la fin , le plus vif intérêt. 

M. Aymar-Bression , directeur-général , a pu termi- 
ner , en 1856 , le double travail qu'il avait promis de 
faire, et sur l'exposition universelle de 1855, et sur 
celle de 1856. 



364 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

Les annales de l'Académie nationale, pour 1856, ren- 
ferment des questions de la plus haute importance et 
accusent , au sein des Comités de celte institution , une 
activité et une intelligence qui doivent servir d'exemple. 

J'ajouterai , ce que n'a pas dit le délégué de l'Aca- 
démie , que le nom de M. le vicomte de Cussy brille 
toujours à la tête de cette Société dont la carrière a 
été , jusqu'à ce jour , si laborieuse et si utile. 

M. Carlier , en vous parlant de la Société de Sptira- 
gistique de Paris , vous a dit : 

(( Permettez-moi, en ma qualité de membre délégué 
de la Société de Sphragistique de Paris, de vous de- 
mander quelques instants , pour appeler votre attention 
sur cette Société qui poursuit, modestement et sans 
bruit , des travaux extrêmement intéressants pour l'his- 
toire et pour l'archéologie. Vous êtes tous à même de 
juger combien la science sigillographique peut apporter 
de lumière dans les questions obscures et épineuses 
de l'histoire , combien elle peut rectifier d'appréciations 
hasardées, de faits erronés. Celte science fait mainte- 
nant partie de l'enseignement de l'École des chartes. 
Développée dans les Essais de Paléographie de M. de 
Wailly , on n'en trouvait précédemment de notions que 
dans le livre de Vredius sur les sceaux des comtes 
de Flandre , et dans quelques ouvrages allemands et 
italiens du dernier siècle. Il lui manquait un organe 
spécial , une revue , un journal , qui en propageât la 
connaissance et le goût. Un artiste plein de dévou'e- 
ment, M. Forgeais, a eu la pensée de réunir les ma- 
tériaux de la science sigillographique dans un recueil, 
qui, dès son apparition, a obtenu le suffrage et le 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 365 

patronage de tous les érudits. Les sommités de TÉglise 
et de la science s'y sont associées, et la liste des 
membres de la Société de Sphragistique est réellement 
resplendissante. On y voit figurer plusieurs membres 
de l'Institut des provinces et du Congrès des Sociétés 
savantes: MM. le comte de Soullrait; le comte de Mon- 
talembert ; Raymond Bordeaux , notre spirituel secré- 
taire ; l-e comte d'Héricourt , qui , dans une récente 
réunion, s'est si bien rendu l'interprète de nos sentiments 
pour l'émineiit fondateur de l'institution des Congrès. 

« Les publications de la Société de Sphragistique n'ont 
pas tout le retentissement qu'elles devraient avoir. Vous 
approuverez , je pense , Messieurs , que je vous de- 
mande la mention , dans votre Annuaire , des travaux , 
aussi utiles qu'intéressants , renfermés dans le recueil 
de cette Société. Ce recueil, qui paraît en livraisons men- 
suelles, en est maintenant à son cinquième volume. 

« Je regrette d'avoir été pris un peu à l'improviste , 
pour vous parler de cette Société savante , et de n'avoir 
à vous présenter, comme spécimen de ses travaux, que 
quelques faibles essais , tentés par moi-même , dans ce 
genre d'études. » 

Parmi les ouvrages qui vous ont été offerts , et qui 
ont été publiés à Paris, je dois citer : 

1**. Le Catéchisme cf agriculture , accompagné de 
cent figures , par M. JouMier ; excellent recueil qui 
devrait être entre les mains de tous les agriculteurs ; 

T, La publication , par M. Duplès-Agier , d'une 
curieuse ordonnance de Philippe-le-Long contre les lé- 
preux , sous la date du 21 juin 1321; 

3^ I^ sceau du couvent des Frères-Prêcheurs de 



366 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Bergères-St.-Winoc , par M. Carlier, délégué de la 
Société de Sphragistique; 

û". V Astronomie du jeune âge , par M. Taunay ; 

5^ Un mémoire sur les ponts suspendus, et les 
machines pour travailler et polir les verres d'optique , 
par M. William Stewart , ingénieur civil , à Bordeaux ; 

6**. Un mémoire sur la construction et l'exploitation 
des canaux des landes de Gascogne , par le même ; 

7". La Descriplîon des médailles et antiquités du 
Cabinet du baron Behr , par M. François Lenormant ; 

8". La Culture du lupin à fleurs jaunes, par M, le 
comte de Gourcy ; 

9". Quatre brochures, de M. J.-A. Pichot, contenant 
V exposé d'une institution financière ; 

10°. Cinq brochures contenant le compte-rendu des 
importants travaux de V Académie nationale agricole, 
manufacturière et commerciale* 

Seine-Inférieure. 

En vous rendant compte des travaux de la Société 
libre d'Èymdation , du Commerce et de Cindustrie 
de la Seine-Inférieure, M. le comte d'Estaintot , son 
délégué , a cru devoir vous entretenir avant tout d'une 
œuvre capitale , due à trois membres de cette Société : 
je veux parler d'un rapport sur l'Exposition universelle de 
1855 , rédigé par MM. J. Girardin, membre de l'Institut 
des provinces et correspondant de l'Institut de France ; 
Cordier, manufacturier, et E. Burel , ingénieur civil. 

Après avoir fait l'intéressant historique des diverses 
expositions qui se sont succédé depuis l'an VI, époque 
à laquelle le ministre François de Neufchâteau eut la 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 36^ 

pensée d'organiser la première fête nationale en faveur 
de l'industrie, M. Burel, arrivant à la grande exhibition 
universelle de 1855 , s'est occupé spécialement de ces 
milliers de machines que nous y avons admirées, et 
les a appréciées dans leurs principes comme dans leurs 
détails: « Un temps viendra, dit-il, où les écrivains 
« ne suffiront plus à enregistrer le triomphe de la mé- 
' « canique , de la physique et des autres sciences appli- 
« quées aux arts industriels. » 

M. Girardin , avec le talent que vous lui connaissez , 
a entretenu ensuite la Société de la partie la plus variée 
et la plus intéressante peut-être de l'exposition , c'est-à- 
dire , des arts chimiques , ou de l'industrie scientifique 
proprement dite. 

L'industrie textile , celle des fils et des tissus de 
laine, de soie, de chanvre, de lin et de coton, a été 
l'objet spécial de l'examen de M. Cordier. 

Votre rapporteur voudrait , Messieurs , qu'il lui fût 
possible de suivre M. le comte d'Estaintot dans la bril- 
lante analyse qu'il vous a présentée du travail dû h 
MM. Burel , Girardin et Cordier ; mais l'espace qui lui 
est réservé le met dans la nécessité de vous renvoyer 
à ce travail lui-même dont la lecture vous fera con- 
naître toute l'importance des produits exposés par le 
département de la Seine-Inférieure; il me suffira de vous 
dire que , sur 365 exposants , 270 ont mérité les ré- 
compenses suivantes , savoir : une décoration , deux 
grandes médailles d'honneur , quatre médailles d'hon- 
neur , cinquante médailles de 1'*. classe, cent vingt- 
quatre de 2™^ , et quatre-vingt-neuf mentions hono- 
rables. 
Le compte-rendu de M. d'Estaintot se poursuit ainsi : 



368 liXSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« Les deux bulletins des travaux de la Société libre 
d'émulation , du commerce et de l'industrie (avril 1856), 
accusent toute son activité. 

« Dans son discours à la séance publique, M. A. Lévy, 
président, membre de l'Académie de Rouen, a fait res- 
sortir la nécessité , « pour l'homme de science et le 
« commerçant , de ne plus désormais rester étrangers 
« aux fortes études littéraires. L'écrivain, à son tour, 
« ne doit pas ignorer les merveilles de la science et de 
« l'industrie. » Est-il possible, en effet, de fermer les 
yeux en présence de ces vastes horizons qui s'ouvrent 
devant nous , et dont la science recule incessamment les 
limites ? 

« M. E. Burel , ingénieur civil , dans des notes sur la 
construction des cheminées d'usine , a fait connaître qu'il 
n'est pas rare en Angleterre de rencontrer des chemi- 
nées qui dépassent 125 mètres d'élévation à partir du 
sol , parfaitement solides et verticales , oscillant majes- 
tueusement au gré des vents, sans que leur équiUbre 
soit en danger. Comment se fait-il qu'en France , leurs 
timides rivales soient considérées comme des tours de 
force , lorsqu'elles atteignent à peine la moitié de cette 
hauteur, et ne sont môme souvent achevées que pour 
menacer ruine et nécessiter des travaux considérables 
sans lesquels on ne pourrait les maintenir debout ? 

H IVl. E. Ducastel , membre résidant, a fait une commu- 
nication sur le résidu de défécation du jus de betterave 
et la potasse de mélasse de betterave. 

« La Société fait professer annuellement un cours de 
Droit commercial , de comptabilité commerciale , de mé- 
canique pratique , de chaleur appliquée aux arts , et un 
cours de mécanique et de chaleur. 



f 

TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 369 

t( Dix prix et quatorze accessits ont été décernés , en 
séance publique , aux jeunes élèves les plus studieux. 

« Cette solennité a eu son cachet de surprise. Lorsque 
les lauréats ont été couronnés , M. le Préfet s'est levé et a 
prié M. le Président d'inviter MM. Rigault, E. Burel et 
Lefort à s'approcher de lui. Ce magistrat , dans une vive 
et sympathique allocution, a fait savoir que, sur sa pro- 
position , S. Exe. le Ministre de l'Agriculture et du Com- 
merce avait accordé, à chacun d'eux, une médaille 
d'argent , pour les récompenser des services qu'ils ren- 
dent au commerce en professant , avec tant de désinté- 
ressement, les cours de la Société. La Compagnie et 
l'auditoire ont prouvé leur satisfaction par de chaleureux 
applaudissements. 

« Au moment où le spectacle des magnificences de 
l'Exposition universelle était encore présent à tous les 
yeux , ne devait-il pas paraître téméraire d'oser faire 
appel aux industriels d'un département qui avait reçu si 
largement sa part des récompenses accordées par l'État? 
A ces craintes, la Compagnie a répondu qu'en France 
l'intelligence ne se lasse point de produire et que la vue 
d'un progrès accompli en suggère un autre. La Société 
libre d'émulation , du commerce et de l'industrie a donc 
décidé qu'une exposition départementale aurait lieu; 
et , pour arriver à ce but , elle n'a reculé devant aucune 
peine , devant aucun sacrifice. 13/i industriels ont ré- 
pondu à son appel. 

« Plusieurs des récompenses qui ont été décernées sont 
dues tant à la munificence de S. M. l'Empereur qu'au 
. Conseil municipal de la ville de Rouen. 

« Les machines, les tissus, la filature, la teinture, la 
fabrication d'horlogerie, les cuirs, l'ivoire, ont rempli et 



370 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

orné la salle de rexposition ; 88 industriels ont été 
féiicitds y récompensés ou cités. On a distribué, à cette 
fête industrielle , six médailles d'or, neuf en vermeil, 
trente-sept médailles d'argent, et trente-six de bronze, 
grand et petit module. 

« Un homme utile, de conscience et d'honneur, qui 
avait voué toute sa vie de médecin au service des mal- 
heureux et des infirmes, M. le docteur Nicolle, d'Elbeuf, 
est venu clore cette série de récompenses , en recevant 
une médaille d'or de 500 francs pour ses appareils des- 
tinés à soulager les souffrances du pauvre. 

« La Société d'émulation étend son activité sur tout ce 
qui peut stimuler le progrès et atteindre l'Intelligence et 
le cœur ; les généreuses sympathies qui l'entourent ne 
sont-elles pas la plus belle récompense qu'à son tour 
elle puisse recevoir de l'opinion publique ? » 

M. Lafond de Lurcy vous a exposé les travaux de \d^ So- 
ciété H avr aise d'études diverses, pendant l'année 1856. 

L'année a été inaugurée par un discours de M. iMarie, 
président. — Le sujet de ce discours était le médecin, 
considéré dans les aptitudes variées qu'il a dû acquérir 
par l'étude presque encyclopédique des connaissances 
humaines, et qui font de lui le membre utile par ex- 
cellence dans les Sociétés académiques de province, en 
le recommandant, plus que tout autre, aux distinctions 
que confèrent ces Académies. 

Pendant la présente année, la Société, fidèle à son 
titre, s'est occupée des questions les plus variées. 

En tittérature , elle a entendu avec plaisir la lecture 
de plusieurs pièces de vers , parmi lesquelles les sui- 
vantes ont été particulièrement goûtées : 



TRAVAUX DES ACADEMIES ïlN l85iô. 3^1 

Les trois premières , intitulées : Hymne de l'Asso- 
viation des Enfants de Marie , — Trilogie à la Vierge , 
— Quelques chiquenaudes ( Recueil de pensées ) , ont 
«lé présentées par M. Millet-Saint-Pierre. 

M. Dousseau a lu : Lé* Mont-Blanc ( Impressions de 
voyage). 

M. le comte Ilippolyte Louêl a offert une pièee sous 
le titre de : Souvenirs et Regrets, 

Les trois dernières : le Romancero de l'Impératrice 
{ Traduction de l'espagnol ) , — Poésies catholiques , — 
Le maréchal Bugeaud , sont dues à M. Chéron de 
Villiers. 

M. Millet-Saint-Pierre a fait connaître une comédie du 
temps de Louis XIII, et est entré dans quelques considé- 
rcflions sur l'art dramatique avant Corneille et iMolière. 

V Histoire , V Archéologie , la Géographie ont été 
représentées surtout par MM. Borély , Ilerval et Dous- 
seau. 

Le premier a rendu compte à la Société des re- 
cherches faites par lui , sur l'invitation de M. le Ministre 
de rinstruclion publique, dans la partie des archives 
du Havre qui se rapporte au règne de Louis XIII et à 
la minorité de Louis XIV. Sons les quatre chefs prin- 
cipaux de la classification nouvelle des archives du 
Havre , tous les documents ont disparu dans l'époque 
qui correspond à celle qu'embrassaient les recherches 
de M. Borély. Là , par conséquent , des titres d'une 
haute importance historique ont été soustraits par une 
main infidèle et restée inconnue. Mais M. Borely a été 
assez heureux pour trouver néanmoins quelques pièces, 
d'une certaine importance, qui rentrent dans le cadre 
tracé par la circulaire ministérielle. Il s'agit de docu^ 



372 INSTITUT DES PROVINCES DE TRANCE. 

meiits relatifs à la nomination et à l'installation du 
gouverneur Armand-Jean du Plessis de Richelieu : lettres- 
patentes de Louis Xlll , du 28 décembre i6Zi2 ;— instal- 
lation solennelle du Duc , en mai de Tannée suivante ; 
— lettres de Louis XIV et d'Anne d'Autriche, écrites 
trois jours après la mort de Louis XIIL 

M. Herval , dans un mémoire plein d'érudition , a 
traité , d'une manière générale, la question des mé- 
, dailles et a fait connaître à la Société l'état de la collection 
que possède le Musée-Bibliothèque de la ville du Havre. 

M. Dousseau a rassemblé dans un album gigantesque 
cinq cents esquisses où sont reproduits, avec une fidé- 
lité scrupuleuse , les sites les plus remarquables de la 
France, en accompagnant chacune d'elles d'une notice 
explicative. Une description sommaire de la topographie 
et des singularités les plus frappantes de notre pays sert 
d'introduction à cet album. Ce travail , digne de l'album 
lui-même , est plein d'aperçus nouveaux et ingénieux , de 
rapprochements curieux à propos des divisions terri- 
toriales factices ou naturelles , de la position des villes , 
des chaînes de montagnes , etc. 

M. Chéron de Villiers a lu deux notices, la première sur 
un poète aveugle, Joseph Lafon-Labatut ; la seconde, sur 
Benvenuto Cellini. Cette dernière est remarquable par 
des faits nouveaux et par des appréciations assez ori- 
ginales sur l'art à l'époque où vivait le grand statuaire- 
ciseleur. 

Une pierre tombale appartenant au XIIP. siècle, a 
été trouvée aw Havre (section de Leure). Le savant 
archéologue , M. l'abbé Cochet , en a fait l'objet d'une 
notice remarquable. 

Les sciences philosophiques ont tenu une assez large 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 373 

place dans les travaux de la Société, bien qu'elles n'y 
aient eu qu'un représentant , M. le docteur Maire. Son 
grand travail intitulé : Psychologie physiologique, est 
Tessai d'une nouvelle classification de nos passions, 
londée sur leur origine et sur leurs dépendances véri- 
tables. 

V Economie publique, appliquée plus spécialement à 
ce qui touche à une cité marchande, a fourni d'assez 
nombreuses communications. 

M. Leudet a présenté plusieurs études de farines amé- 
ricaines, de pains simples ou mixtes fabriqués dans un 
but économique, et plusieurs notices sur des productions 
nouvelles , récemment importées , entre autres le dica , 
matière de laquelle on extrait facilement une graisse 
précieuse. 

M. Borély a lu une notice sur un vin récolté à la côte 
d'Ingouville. L'auteur entrevoit la possibilité de livrer à 
la culture de la vigne des étendues considérables de 
terrains impropres à tout autre genre d'exploitation. 
Suivant lui , la nature de ces terrains , leur exposition , 
feraient entrevoir une chance de récolte, bonne en qualité 
et en quantité. Le vin d'Ingouville, dégusté au sein de la 
Société, a été accueilli avec faveur. 

En chimie, M. Michaud a lu un mémoire sur les 
propriétés de quelques métaux , qui seraient obtenus à 
l'état de pureté parfaite , et sur leurs préparations. Il 
s'est proposé surtout la rectification de quelques-uns de 
leurs équivalents. 

En physique , M. Bénard a donné un travail sur la 
vision , et en particulier sur le défaut de la vue appelé 
strabisme. 
Enfin, en médecine. M, Lecadre a produit un mémoire 



37ll INSTITUT DES PROVINCES DE FBANGE. 

intitulé : De raffinité qui existe entre les différenls 
exanthèmes, 

M. Maire a présenté à la Société des observations 
curieuses sur le produit de la conception chez la femme , 
transformé en hydatides ou vers vésiadaires, 

Deux-Sèvres. 

« Depuis Tannée dernière, \^ Société de statistique des 
Deux-Sèvres (1) a continué ses utiles travaux. On doit 
à M. Beaulieu un précieux mémoire sur ce qui nous 
reste de la musique des Grecs dans les plus anciens 
chants de l'Église ; à IVl. Bodin,un travail sur le commerce 
dans Tarrondissement de Niort ; à M. Tonnet , des re- 
cherches sur les établissements insalubres ; à M. Fiasse, 
des études sur la saumure ; à M. Lescœur , la statistique 
de nos écoles. Il faut citer surtout l'étude géologique des 
tranchées du chemin de fer de Poitiers à la Piochelle , sur 
le territoire des Deux-Sèvres , faite par MM. Baugier et 
Sauzé. Cette étude a constaté les faits suivants : 

1*". De la limite du département de la Vienne à la 
vallée de la Sèvre , près St.-Maixent, en marchant du 
Nord-Est au Sud-Est, on rencontre les terrains juras- 
siques , dans leur ordre chronologique de superposition 
depuis l'étage oxfordien jusqu'à l'étage liasien. 

T, Les mêmes terrains se rencontrent en sens inverse, 
de la vallée de la Sèvre à la limite du département de 
la Charente-Inférieure. 

3% La ville de St.-Maixent se trouve placée entre 
deux axes parallèles de soulèvement des granités qui ont 

(1) Note déposée par M, Ferdinand David , délégué. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 375 

relevé à droite et à gauche les couches jurassiques ; ces 
axes courent du Sud-Est au Nord-Ouest; entre eux, les ter- 
rains se sont brisés , et ont formé un bassin assez consi- 
dérable, au fond duquel on rencontre des terrains d'eau 
douce presque horizontaux et en discordance complète de 
stratification avec les couches jurassiques qui leur servent 
de support. 

[i\ De ce que les couches jurassiques sont relevées de 
chaque côté des lignes de soulèvement ; de ce que les 
couches d'eau douce reposent sur elles à peu près hori- 
zontalement , on peut conclure que le soulèvement des 
granités a eu lieu entre la période oxfordienne et la pé- 
riode falussienne à laquelle semblent appartenir les dépôts 
lacustres. 

« La Société ne s'est pas contentée de produire d'utiles 
mémoires. Ses collections géologiques ont été disposées et 
classées avec le plus grand soin. Les catalogues sur cartes 
sont achevés ; ils démontrent que le nombre des roches 
et fossiles étrangers au département s'élève à 2,089, et 
que la collection paléontologique départementale possède 
et comprend un nombre d'échantillons qui s'élève à 882. 
La Société a fait ensuite exécuter, à Bessac, commune de 
Périgné , arrondissement de Melle , des fouilles qui ont 
produit des résultats intéressants ; elles ont fait découvrir 
de curieuses mosaïques et une belle inscription qui 
remonte probablement au deuxième siècle de l'époque 
romaine. Elle a ensuite contribué à la restauration d'une 
crypte découverte sous l'église de St. -Florent, près 
IN'iort. Cette crypte est un type véritablement précieux ; 
nulle part les dispositions qu'on y remarque ne se sont 
aussi bien conservées. » 



376 institut des provinces de france. 
Tarn. 

La Société scientifique et littéraire de la ville de 
Castres (Tarn) vient, pour la première fois , vous a dit 
M. Maurice de Barrau, vice-président et délégué de cette 
société , vous demander de l'admettre à prendre part à 
vos travaux ; toute jeune encore , puisque sa fondation 
ne remonte qu'au 26 novembre 1856, anniversaire de la 
fondation de l'Académie de Castres par Paul Pélisson , 
elle a l'espoir de profiter des lumières d'une assemblée 
composée d'hommes si éminents, et le désir de pouvoir 
par la suite vous apporter un concours plus efficace. 

Jusqu'ici, dans ce beau pays Castrais, où l'agriculture 
et l'industrie tiennent la première place , tous les travaux 
de lettres , de sciences , d'histoire locale, d'archéologie et 
de beaux-arts avaient été isolés. Les auteurs ont écrit ou 
travaillé avec la conscience de cet isolement qu'ils déplo- 
raient. Le but des fondateurs de la Société scientifique et 
littéraire a été de rapprocher ces hommes qui, à des 
degrés divers et avec des aptitudes différentes, aiment le 
travail intellectuel et s'occupent d'études sérieuses , de 
leur fournir un point de réunion , de leur donner l'appui 
qui résulte d'une communauté d'efforts , de les encou- 
rager ainsi à persévérer et par cela même de leur assurer 
de la sympathie et de leur préparer des succès. 

Faire aimer l'étude, propager les découvertes utiles, 
vulgariser les procédés que la science met à la portée de . 
tous, faire connaître les monuments antiques, recon- 
stituer l'histoire locale si riche et si peu connue , recher- 
cher les origines et constater les phases diverses de la 
langue languedocienne qui s'affaiblit tous les jours: voilà 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 377 

les buts principaux vers lesquels tendent les efforts des 
membres de la Société. 

En travaillant elle-même , en provoquant des recher- 
ches , en encourageant des essais , en récompensant des 
résultats utiles , la Société espère exercer autour d'elle 
cette influence, acquise d'avance à tout ce qui est sincère 
et laborieux. La publication réguHère de ses procès- 
verbaux dans les journaux de la localité, l'impression de 
quelques-uns de ses travaux, et, par-dessus tout cette 
autorité qui résulte d'une concentration d'efforts et d'une 
persévérance à toute épreuve, lui permettront, elle 
Tespère , d'imprimer une impulsion vigoureuse aux es- 
prits, et, en les détournant des préoccupations frivoles ou 
des tendances exclusivement industrielles, de les pousser 
dans cette voie où les intelligences s'agrandissent et se 
fécondent au contact de ce qui est beau , bon et utile. 

Les premières lectures ont été presque exclusivement 
littéraires, mais plusieurs études archéologiques ou 
géologiques sont annoncées. Voici la liste des principales 
lectures déjà faites : 

Travail, par M. l'abbé Maffre , sur le Rôle de la raison 
dans les études philosophiques. 

Etude sur les Académies en France, jusqu'en 1632, 
par M. V. Canet. 

Etude sur les éléments constitutifs de la langue 
française, par M. Aug. Guibal. 

Examen de la théorie de Cabbé Paramelle, par 
M. Tabbé Boyer ; — Application de ses principes aux 
coteaux qui avoisinent Castres. 

Note, par M. Maurice de Barrau , sur les deux plus 
anciennes grammaii^es françaises. 

Étude sur le Prœdium rusticum et sur les écri- 



378 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

vains agronomes qui ont servi au P. Vanière, par 
i\1. A. Combes. • 

ISote sur L'importance des observations météoroio^ 
giques et sur la création d'un observatoire à Castres , 
par M. Tillol. 

Communication de deux eltipsograplies, et démons- 
tration des principes sur lesquels ils reposent, par 
M. Valette. Le premier de ces ellipsographes est destiné 
aux ouvriers; le second, aux travaux graphiques. 

Étude sur les langues méridionales et leurs transfor- 
mations, par M. A. Combes. 

Étude sur les œuvres mêlées de prose et de vers, 
par M. Nayral. 

Étude sur Horace et ses traducteurs, par M. V. 
Canet: — Compte-rendu d'une traduction de ses œuvres 
lyriques , par M. le comte G. de Nattes. 

Vaucluse. 

MM. le marquis de Balincourt, J. Olivier, et R. Lançon, 
délégués de la Société d'agriculture de Vaucluse, vous 
ont présenté le rapport ci-après , sur les travaux de cette 
Société : 

« La Société d'agriculture de Vaucluse publie avec 
succès un bulletin mensuel, destiné à faire connaître et à 
vulgariser , non-seulement ses propres travaux , mais 
aussi les découvertes , les améliorations réalisées par 
d'autres que par elle. Ce bulletin s'adresse surtout aux 
cultivateurs de Vaucluse, qui y trouvent de bons conseils, 
et des idées pratiques dans d'excellents articles de M. 
Fabre, directeur de la ferme-école de Vaucluse. 

« La garance et la soie, qui sont les principales richesses 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 379 

du département de Vaucluse , ont occupé une grande 
place dans les discussions de la Société. M. Picard , Tun de 
ses membres, a présenté des considérations très-élevées 
et très-complètes sur la culture, la fabrication, et le 
commerce de la garance ; il a surtout appelé Taltention 
sur les avantages précieux du cabestan à double fonction 
de M. Garcin (de Tlsle) qui en est l'inventeur, faisant 
mouvoir simultanément , à l'aide de quatre chevaux, 
deux charrues défonceuses , qui agissent en sens con- 
traire. Cet appareil serait susceptible de réduire le prix de 
revient de la garance, dans la plupart des cas, si ce 
n'est dans tous, de 6 fr* à 10 fr. par quintal mé- 
trique. 

« L'éducation des vers à soie a été , et devait être éga- 
lement l'objet des préoccupations et des études de la 
Société. Plusieurs de ses membres , entre autres M. de 
Gasparin, ont publié, dans le bulletin , des articles très- 
remarquables sur ce sujet. Aujourd'hui cette question 
préoccupe les agriculteurs de la France et ceux de 
tous les autres pays producteurs de soie. L'épidémie 
de la gattîne est venue apporter la perturbation dans 
ces contrées , et , comme l'a dit avec raison M. Guérin- 
Méneville, elle est arrivée à un tel degré d'intensité 
qu'elle a produit , chez les habitants de ces localités , 
une gêne analogue à celles dont souffrent les popu- 
lations des bords inondés du Rhône et de la Loire. 

« Depuis long-temps, les hommes qui s'occupent de la 
sériciculture, au point de vue de la science et de la grande 
' pratique, ont compris que le meilleur moyen de régénérer 
les races de vers à soie, de les rendre plus aptes à résister 
aux influences qui peuvent déterminer des épidémies, 
serait de ne pas se borner à prendre les cocons destinés à 



380 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la graine dans le résultai des éducations faites en vue 
seule du produit. Des éducations spéciales pour la graine 
ont été conseillées et demandées de tout temps , et les 
publications des magnaniers en progrès, notamment 
celles qui émanent de la magnanerie expérimentale de 
Ste.-Tulle, en font foi; car, outre qu'elles n'ont cessé 
de propager cette idée , leurs auteurs l'ont , de plus , 
mise en pratique depuis plus de dix ans, avec le plus 
grand succès. Cette pensée et beaucoup d'autres, non 
moins anciennes et non moins justes, forment tout le 
fond d'un remarquable rapport que le célèbre chimiste 
M. Dumas a fait récemment à l'Institut sur cette grave 
question , à l'occasion des cocons blancs , prônés depuis 
long-temps , au nom de M. Brouski , et enfin sous celui 
de race André Jean (1). 

Pour ne pas discuter ici le fond du procédé , dit André 
Jean, nous croyons devoir renvoyer au bulletin de la 
Société de Vaucluse , 1857 , page 13 , où l'on trouve 
des observations à ce sujet. Nous terminerons , comme 
M, Dumas, en disant « que des épreuves prolongées, 
« variées, et sur une grande échelle, sont les seuls 
« moyens de fixer l'opinion sur son emploi par un juge- 
« ment certain. » 

<i: Quant aux causes de la maladie, elles ont été diver- 



(1) Les personnes qui voudront étudier franchement ces ques- 
tions si graves en ce moment , doivent lire en même temps le 
rapport fait à Plnstilutpar M. Dumas, e^ une brochure publiée 
quelques jours avant ce rapport, et qui a pour titre: Produclion 
de La soie. Situation, Maladie et amélioration des races de 
vers à soie , par M, Guérin-Méneville; in-S**. Paris, librairie 
Huzard. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 381 

sèment appréciées. En définitive, elles semblent être 
les mêmes que celles qui ont amené la maladie des 
végétaux, et surtout de la vigne, comme M. Guérin-Mé- 
neville l'a démontré dans une notice lue à l'académie 
des Sciences , le 29 décembre 1856 , et reproduite dans 
beaucoup de journaux. 

« Dans ce moment, les agriculteurs du midi de la 
France, de l'Italie, de l'Espagne, etc. , sont dans une 
grande inquiétude relativement à l'éducation des vers à 
soie de cette année ; car ils ne peuvent savoir si les 
graines, qu'ils se sont procurées par le commerce, ne 
sont pas infectées de la maladie régnante. 

« Malheureusement nous nous sommes aperçu depuis 
plusieurs années, que la spéculation avait introduit des 
graines fraudées ; il serait donc à désirer que des per- 
sonnes dignes de la confiance des agrioulteurs se li- 
vrassent à des éducations de graines, et que le produit en 
fût livré avec des garanties suffisantes. 

« Le sorgho à sucre , sans avoir été cultivé encore sur 
une grande échelle dans le département de Vaucluse , a 
donné cependant déjà d'utiles résultats. Plusieurs mem- 
bres ont rendu compte à la Société de leurs efforts et de 
leur expérience. M. d'Mbignac, surtout, a écrit dans le 
bulletin , sur la culture du sorgho , divers articles pleins 
de science et d'intérêt. M. Olivier s'est également occupé, 
à différents points de vue , de cette plante remarquable, 
qui a un grand avenir pour les agriculteurs du Midi. 

« Les truffes sont devenues l'objet d'un commerce 
important dans certaines parties du département , et 
particulièrement à Carpentras. Dans un seul marché , il 
s'en est vendu jusqu'à 1,500 kilogrammes. Cette inté- 
ressante production a souvent occupé les instants de la 



382 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Société ; devant elle , s'est agitée la question de savoir 
si la truffe était ou n'était pas , comme la noix de galle , 
le produit de la piqûre d'un insecte aux radicules d'un 
chêne ou d'un autre arbre ; cette question est restée sans 
solution. La culture de la truffe a fait l'objet d'études 
très-instructives , publiées dans le bulletin par MM. de 
Gasparin et Picard. 

L'inondation du Rhône , dont le département de Vau- 
cluse a si cruellement souffert, a donné lieu à de savants 
mémoires des deux mêmes membres. 

La Société s'est encore particulièrement occupée du 
drainage, des engrais, de l'amélioration des races ovines. 

En résumé, la Société d'agriculture de Vaucluse 
atteint le but qu'elle s'est proposé, celui de répandre 
l'instruction parmi les populations rurales du département, 
et de leur faire comprendre la nécessité des réformes 
agricoles. 

Vienne. 

Voici , d'après les renseignements fournis par M. 
Trichet aîné , secrétaire de la Société d'agriculture , 
belles-lettres, sciences et arts de Poitiers , le résumé des 
travaux de cette Société : 

Mémoire sur les Sociétés alimentaires, par M. Garran 
de Balzon, conseiller honoraire à la Cour impériale de 
Poitiers. 

Examen, par la Société, de plusieurs machines à battre, 
de moulins portatifs à moudre les grains , construits par 
des fabricants d'instruments aratoires. 

Examen, par la Société, d'un appareil fumifuge, inventé 
par M. A. Pichot ; rapport de M. Oudin, 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 383 

Mémoire, par M. de Curson, sur les divers modes d'ex- 
ploitation des terres, soit par la culture directe du pro- 
priétaire , soit par la régie , soit par le bail à colonage 
partiaire , soit par le bail à prix certain. 

Mémoire , par M. Jolly, docteur-médecin, sur le bail à 
prix certain. 

Mémoire, par M. Savattier de Beaupré, sur le colonage 
partiaire. 

Mémoire par M. Jules Savattier, sur le colonage 
partiaire. Enquête ouverte par la Société sur ces ques- 
tions. Discussion approfondie. 

Concours , ouvert par la Société , pour rhorticulture 
maraîchère et florale, et pour l'arboriculture. Inspection 
des jardins et pépinières par une Commission. Rapport 
de M. David de Thiais. Prix décernés en séance publique. 

Essais de culture, par la Société, de l'igname, du sorgho 
sucré , de la rhubarbe du Thibet , de diverses espèces de 
courges , provenant d'Angleterre et du Canada. — Sirop 
de sorgho, présenté par M, xMauduyt. 

Culture , par la Société , de diverses espèces de blés 
étrangers, provenant de l'exposition universelle de Paris. 
Mémoire de M. Bonnet , conseiller , sur le rendement 
obtenu. 

Drainage exécuté avec succès sur des terrains tourbeux, 
par MM. Gaillard , président , et Lafond , membre cor- 
respondant de la Société. 

Note, par M. Mauduyt, sur le rendement en viande 
nette d'un bœuf Durham abattu. 

Coup-d'œil sur le domaine de l'homme ; esquisse géolo- 
gique , par M. de Longuemar , vice-président de la 
Société. 

De l'introduction des races étrangères dans le dépar- 



384 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

tement de la Vienne , et de Tamélioralion des races 
indigènes par le croisement ; par M. Th. Gaillard. 

Visite , par une commission , des bestiaux étrangers 
importés dans le déparlement ; rapport de M. de 
Longuemar. 

Renseignements sur l'état des récoltes , fournis par la 
Société à M. le Sous - Intendant militaire, pour être 
adressés au Ministre. 

Note, par M. de Lamarsonnière, docteur-médecin, sur 
les moyens de prévenir les inondations. 

Examen, dans l'intérêt de l'agriculture locale , du 
projet d'un chemin de fer de Nantes à Montluçon par 
Bressuire, Parthenay, Poitiers, Montmorillon etGuéret, et 
se reliant à celui de Lyon. Examen d'un autre projet de 
chemin de fer , de Limoges à Tours et à Paris , et passant 
par Vendôme ; pétition adressée au Ministre par la 
Société. 

Rapport, par M. de Longuemar , sur une laiterie étabhe 
à Ghaumont près Poitiers, et sur un nouveau mode d'ob- 
tenir le beurre. 

Note, par M. de Curson , sur divers systèmes usités 
pour obtenir le beurre. 

Examen du système de panification inventé par M. 
Rolland. Enquête ouverte à ce sujet. 

La Société des Antiquaires de L'Ouest (1) a publié 
le tome XII% de ^^^ Mémoires (un vol. in-8^ de 530 
pages, avec ilx planches dont 9 doubles). Il contient le 
discours du président, M. de Longuemar, sur de curieux 
souterrains-refuges; le rapport du secrétaire, M. Ménard, 

(1) Ce résumé a été fourni par M. Ménard, secrétaire. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 385 

sur les travaux de la Société pendant Tannée 1855; — une 
notice de M. de Longuemar, sur quelques poteries antiques 
découvertes à Poitiers ;— une autre de M. Faye, sur la ville 
de Mauzé, en Aunis;— une autre, de M. d'Argenson, sur 
l'ancienne châtellenie des Ormes-St. -Martin, -—une autre 
encore, de M. de Rochebrune, sur Tabbaye et l'église de 
Nieuil-sur-Autize;— une enfin, de M. Pilotelle, sur M. de 
Blossac , ancien intendant du Poitou, et sur la promenade 
qui porte son nom à Poitiers. Un essai , de M. Ouvré , sur 
l'histoire de Poitiers, depuis la fin de la Ligue jusqu'au 
ministère de Richelieu , complète ce volume. 

Les quatre bulletins trimestriels , publiés en sus 
du volume de Mémoires^ renferment les travaux sui- 
vants: note, par M. Bonsergent, sur Pierre Mamoris , 
curé de St. -Opportune de Poitiers au XV*. siècle ;— note, 
par M. Duret , sur l'orthographe de divers noms de per- 
sonnes et de lieux ; — note sur divers objets de poterie 
gallo-romaine , par M. de Rochebrune ; — notice , par 
M. Touchard , sur deux abbayes fondées en Angleterre , 
en l'honneur de sainte Radégonde ; — dissertation , par 
M.Rainguet, sur l'ancienne maison princière de Pons; 
— notice, par M. l'abbé Auber, sur les fresques de St.- 
Pierre-les-Eghses; — notice, par M. Bourgnon de Layre, 
sur la famille Drouauld des Brétignières; — bibliographie 
archéologique, par M. Ménard ; — liste officielle des mo- 
numents historiques du Poitou ; — bref de S. S. Pie IX , 
à M. l'abbé Auber, au sujet de son Histoire de la cathé- 
drale de Poitiers ; — notice , par M. l'abbé Auber, sur 
saint Maximin de Trêves , et sur saint Maximin de 
Poitiers;— notice, par M. l'abbé Barbier de Montault, sur 
des élégies poitevines relatives à la mort de saint Bruno ; 
—rapport, par M. Rédet, sur les Mémoires de la Société 

17 



386 INSTITUT DES PROVINCES DE rRANCE. 

historique de Slyrie ; — note , par M. Meillet, sur son 
procédé métalloplastique de reproduction, sur papier, des 
médailles ou monnaies ; — comptes-rendus trimestriels, 
par M. Ménard. 

Divers membres de la Société lui ont, en outre, pré- 
senté d'autres travaux dont voici le détail : 

Etudes historiques , par M. Chemioux , sur Jean 
Chandos , et sur la lutte entre la France et l'Angleterre au 
XIV*. siècle ; —notice, par M. Bonsergent, sur Gaspard de 
Rochechouart , et Jeanne de Saulx-Tavanne, sa femme; 
— notices, par M. Touchard, sur les communes de Glazay, 
de St.-Porchaire , de Ghampdeniers et sur le château 
Salbard ; — résumé, par M. l'abbé Auber, de la première 
partie de son Histoire du symbolisme; — note, par 
M. Joslé , sur le souterrain-refuge de Seuilly ; — notice , 
par M. d'Argenson , sur le château de la Fontaine , et la 
famille Aubéry du Maurier ; — notice , par M. de Lon- 
guemar, sur l'abbaye , le chapitre et l'église de St.-IIi- 
laire de Poitiers ; — notice , par M. Fabbé Garrière , sur 
l'église St. -Paul de Nîmes. 

Outre ces travaux écrits , la Société a fait de nombreux 
efforts pour la description des anciennes maisons de Poi- 
tiers , pour la conservation des châteaux de Ghauvigny et 
de Loudun, et pour celle des arènes de Poitiers. Elle a vu, 
cette année, appliquer, par l'État , 30,000 fr. à restaurer 
l'église St.-Hilaire ; allouer 13,000 par le Gonseil général 
de la Vienne , 5,000 fr. par le Gonseil municipal de Poi- 
tiers , 10,000 fr. par l'État, pour continuer à démasquer 
l'ancien palais des ducs d'Aquitaine. 

Sa bibliothèque s'est grossie de 2Zi8 volumes ou bro- 
chures, d'une masse considérable de pièces, notes et 
documents manuscrits, de 209 gravures ou dessins*. -Son 



i 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 387 

cabinet s'esl enriclii de 96 médailles, de 7 sceaux ou em- 
preintes de sceaux , de 67 meubles , armes , ustensiles , 
objets divers ; ii autres objets antiques sont entrés dans le 
musée de la ville joint à celui des Antiquaires de l'Ouest. 

Parmi les travaux littéraires et scientifiques qui ont 
été publiés dans le département de la Vienne , je dois 
mentionner ici ceux qui vous ont été offerts par leurs 
auteurs et dont les titres suivent : 

1°. Histoire des congrégations retigieuses W origine 
poitevine , par Gh. de Chergé , membre de la Commission 
archéologique diocésaine de Poitiers (1856, 260 pages). 

2". Histoire de sainte Badégonde , reine de Finance y 
et patronne de Poitiers, par le même. 

3°. Les vies des saints du Poitou et des personnages, 
d'une éminente piété , qui sont nés ou qui ont vécu 
dans cette province. 

Le produit de ces trois ouvrages, dédiés à Mg". l'Évêque 
de Poitiers , est affecté à une fondation religieuse qui doit 
assurer aux enfants et aux malades d'une pauvre paroisse 
de campagne les soins dont ils ont besoin. 

h''* Les souterrains-refuges découverts dans i'uncien 
Poitou ; discours prononcé à la séance publique de la 
Société des Antiquaires de l'Ouest, par M. de Longuemar, 
président. 

5". Un discours, sur ta modestie, prononcé à l'audience 
de rentrée de la Cour Impériale de Poitiers , par M. Jules 
de La Marsonnière, substitut du procureur-général. 

6**. Etudes sur la circulation naturelle des eaux su- 
perficielles et souterraines dans le département de la 
Vienne , par M. de Longuemar. Ces études comprennent 
des considérations sur le drainage et expliquent : l^ l'ori- 



388 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

gine des sources naturelles ; T, la théorie du gisement des 
sources cachées ; 3^ la théorie des puits artésiens ; elles 
sont accompagnées d'une carte géologique et de coupes. 

Yonne. 

Un compte-rendu Irès-détaillé , par M. Edmond Challe, 
des travaux de la Société des sciences historiques et na- 
titre lies de l'Yonne, dont il est le secrétaire , n'a pu, à mon 
regret, trouver ici sa place que sous forme d'analyse. 

Cette Société se fait toujours remarquer par l'activité 
de ses travaux. Elle vient d'achever la publication du 
X*. volume de son Bulletin , qui contient des mémoires 
d'une remarquable importance. 

Voici l'analyse des principales pièces de ce recueil : 

M. Gotteau a continué son travail sur les échinides 
fossiles, qui est en si haute estime auprès des hommes de 
la science. Il a terminé la partie qui concerne les terrains 
de formation jurassique, où il a décrit UO espèces jusqu'à 
présent inédites. 

Une assez vive polémique s'est engagée entre les 
Sociétés historiques de la Bourgogne et M. Delacroix , 
président de la Société d'émulation du Doubs, qui a voulu 
transporter au sein des âpres montagnes qui séparent 
Salins de Besançon , et dans un village appelé Alaise , la 
\\\\ed.''Alesia, si célèbre par son long siège, décrit dans 
le septième livre des Commentaires de César, et que 
jusqu'alors tous les savants s'étaient accordés à placer à 
Ahse ou Ste.-Reine, dans le département de la Côte-d'Or. 
M. Déy a pris part à ce débat , par un mémoire , où la 
question se trouve discutée de la manière la plus appro- 
fondie. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 389 

Le même auteur a continué son histoire de la ville et 
tlu comté de St.-Fargeau, 

M. Camille Dormois a donné une notice historique, 
très-complète , sur la commune de Villiers-Vineux. 

M. Barrière avait publié, en 182^, les Mémoires du 
comte de Brienne, qui, après avoir été secrétaire d'État, 
sous la minorité de Louis XIV, et ambassadeur en Suède, 
fut, en 1660 , emprisonné à St. -Lazare , pour des causes 
assez obscures , mais , à ce qu'il parait , peu honorables. 
Le savant éditeur avait regretté la perte d'une relation , 
qu'avait écrite l'auteur , de ses voyages dans le nord de 
l'Europe. Le manuscrit original de cette relation a été 
retrouvé ^ à la bibliothèque d'Auxerre , par M, Cherest , 
qui lui a consacré une notice fort intéressante , où l'on 
trouve de curieux et nouveaux détails sur l'existence 
intime de la reine Christine de Suède. 

La biographie des hommes éminents de la contrée tient 
une assez grande place dans le bulletin de la Société. 

On doit à M. Duché une notice biographique sur un 
diplomate auxerrois , Joseph Villetard , qui fut l'in- 
strument principal de l'anéantissement de la république 
vénitienne , en 1797. Ce grand fait historique y est 
éclairé par des documents jusqu'à présent inédits. 

M. Salomon a donné l'histoire de son grand-oncle , 
Claude Salomon, curé de St.-Regnobert, à Auxerre, dont 
le rôle a été assez actif , vers le milieu du siècle dernier, 
dans la polémique janséniste qui, après avoir été éteinte 
dans tout le reste de la France , avait trouvé un dernier 
refuge dans le diocèse de cette ville. 

M. A. Challe , membre de l'Institut des provinces , a 
exhumé , d'après des manuscrits de la Bibliothèque 
impériale et du Vatican , la figure d'un moine , appelé 



390 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Odoraiine, qui vivait à Sens, au commencement du XI*. 
siècle. Par une rare exception aux mœurs de cette époque 
d'ignorance et de barbarie, cet homme remarquable avait 
retrouvé et pratiquait avec grand succès les procédés ou- 
bliés de la sculpture, et, en même temps qu'il émerveillait 
des œuvres de son génie le roi Robert et sa Cour, écrivait 
une chronique des événements de son siècle et des 
deux siècles précédents , des traités sur la musique, sur 
la théologie, la scolastique, la science du Droit, et com- 
posait des œuvres musicales que M. de Goussemaker va 
bientôt publier. M. Challe a merveilleusement mis en 
relief la vie de cet artiste oublié , de ce savant uni- 
versel, qui ne fut pas exempte d'agitation et de per- 
sécutions, et qui se môle à l'histoire de la ville de Sens , 
soumise , à cette époque , à de graves et douloureuses 
vicissitudes. 

La petite ville d'Avallon n'avait pas d'histoire; M. 
Quantin en a recomposé une d'après des comptes de rece- 
veurs, et autres documents originaux. Déjà précédem- 
ment, il avait fait un travail sur le XV% siècle; il l'a 
continué dans ce volume, pour le siècle suivant. 

M. Edmond Challe a expliqué , dans une savante 
notice , un bas-rehef antique qui vient d'être trouvé dans 
le mur romain de la vieille enceinte auxerroise. Le même 
auteur a fourni un travail sur des sépultures gauloises 
découvertes près de la même ville. 

Des membres de la Société ont publié, en dehors du 
bulletin, d'importants travaux. M. l'abbé Henry a donné, en 
deux volumes in-8"., une histoire de la ville de Seignelay; 
et M. l'abbé Baudiau, une histoire duMorvan, cette contrée 
âpre , montagneuse et encore si remarquable par les 
mœurs excentriques de seshabitanls,qui se trouve enclavée 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 391 

entre la Bourgogne, le Nivernais et T Auxerrois. Le bulletin 
contient des comptes-rendus détaillés, par MM. Quantin 
et A. Challe , de ces deux compositions historiques. 

La publication du Cartulaire historique et de la Bi- 
bliothèque histoiHque, compilés sur les chartes et les 
chroniques des contrées comprises dans le département 
de l'Yonne, par M. Quantin et par M. l'abbé Duru, pour- 
suit son cours. 

La Société des sciences historiques et naturelles de 
l'Yonne est active et prospère. Elle compte plus de cent 
cinquante membres. Son président a fondé un prix bisan- 
nuel de statistique qui va être , cette année , décerné pour 
la première fois. Une table décennale de son Bulletin sera 
très-prochainement publiée, avec une Histoire de Cimpri- 
merie dans le département de l'Yonne, par M. Ribière. 
La Société a récemment fait opérer, sur l'emplacement 
(lu vieil Auxerre gallo-romain , des fouilles qui ont 
produit des résultats précieux dans l'intérêt de l'histoire 
locale, et dont il sera rendu compte dans le prochain 
bulletin. 

L'existence de la Société départementale d^ agricul- 
ture du départeînent de r Yonne ne date que de la fin 
de 1856; elle est donc trop jeune encore pour avoir des 
travaux à présenter au Congrès. En la créant, M. A. Challe, 
qui la préside , a voulu combler une lacune regrettable. 
Le département de l'Yonne avait bien plusieurs comices 
cantonaux, et même des Sociétés d'arrondissement ; mais, 
faute d'un lien commun, ces sociétés ignoraient respective- 
ment les travaux et même l'existence de leurs émules 
dans la même circonscription départementale. La Société 
nouvelle sera un foyer central destiné à les éclairer 



392 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

et à réchauffer leur zèle. Dès son début, elle a compté 350 
membres. Suivant ses statuts, elle doit tenir une séance 
générale par trimestre, et ouvrir, chaque année, un con- 
cours dont le siège sera transporté successivement dans 
chaque arrondissement, où une enquête publique sera faite 
sur Tétat de Tagriculture dans la localité. La distribution 
des primes et des récompenses, qui aura lieu le lendemain, 
terminera celte réunion annuelle. Le premier volume du 
bulletin de la Société paraîtra en novembre prochain. 

L'œuvre principale de la Société archéologique de 
Sens (i) est d'arracher aux démolisseurs les débris de 
sculpture gallo-romaine enfouis dans les murailles qui 
forment l'enceinte de la ville et que, malgré ses efforts , 
elle voit détruire chaque jour. 

Cette année encore , elle a ajouté de nombreux frag- 
ments à ceux qu'elle a déjà recueiUis , et l'emplacement 
que la ville lui a concédé suffit maintenant à peine pour 
les contenir. 

Plusieurs de ces pierres portent des inscriptions; d'au- 
tres, des personnages sculptés en relief. Trois membres 
de la Société , MM. Maurice , L. Prou et Boudin ont déjà 
dessiné quelques-unes de ces pierres avec la plus scru- 
puleuse exactitude , et leurs dessins accompagneront le 
savant travail que M. Lallier , président de la Société , 
achève en ce moment. Si la Société, après avoir donné une 
description des premiers monuments de son musée , a 
tardé à publier ses nouvelles richesses , c'est qu'elle avait 
épuisé toutes ses ressources pour l'achat des pierres; 
c'est aussi qu'elle manquait de dessinateurs assez habiles 

(1) Rapport de M. G, JuUiot, délégué de la Société, 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 393 

pour reproduire fidèlement ces précieux monuments des 
temps passés , et qu'elle ne voulait pas donner des à peu 
près, ou publier des dessins que serait venue embellir 
l'imagination de l'artiste. 

D'autres inscriptions plus modernes se trouvaient dis- 
séminées à Sens et dans les environs ; la Société , pour 
répondre au vœu de S. Exe. le Ministre de l'Instruction 
publique, a nommé une commission chargée de les re- 
cueillir, et, par les soins de cette commission, S. Exe. a 
déjà reçu deux envois de fac-similé et d'estampages. 

Une autre commission , chargée par la Société de 
réunir les noms des finages et lieux dits de chaque 
canton de l'arrondissement, avec les traditions et les 
légendes qui s'y rattachent , a déjà produit le commen- 
cement d'un travail qui sera d'un haut intérêt historique 
et arcliéologique pour la locaUté. 

La Société a entendu , pendant ses séances ordinaires, 
de nombreuses lectures. 

M. Al. Hédiard a donné la Traduction cTun obituaire du 
Popctln, raaiadrerie située à 2 kilomètresau nord de Sens ; 
ce manuscrit, qui renferme des détails très-intéressants 
pour l'histoire des établissements de ce genre en général 
et pour celui-ci en particulier , remonte au XIII*. siècle. 

Le même membre a réuni, dans un travail conscien- 
cieux, les noms des bienfaiteurs des hospices de Sens et 
les services qu'ils ont rendus, 

Une Notice sur M, Mégrct d'Étigny, descendant d'une 
ancienne famille des environs de Sens , est due à la 
plume spirituelle et élégante de M. Déligand. 

M. Giguet a lu un rapport sur la traduction des Odes 
d'ilorace , par M. l'abbé Lallier , vicaire-général de Sens, 

L'ancienne Agcndicum a fourni aussi son champion 



394 INSTÏTtJf DÈS PROVINCES DE FRANCE. 

dans la discussion engagée au sujet de remplacement 
de VAlesia des Commentaires de César, M. Giguet , 
connu déjà par ses ouvrages historiques et littéraires , a 
donné une courte notice à ce sujet , au mois de janvier 
dernier. 

M. Tabbé Prunier, membre correspondant et tra- 
vailleur infatigable , a donné de nombreux travaux : 
sur les diverses significations et les divers rôles de la 
lettre Y dans la langue française ; sur les tapisseries 
conservées au trésor de la cathédrale de Sens , et 
remontant à 1/1/46 ; sur Guillaume-aux-Blanches- Mains , 
archevêque de Sens, et sur la constitution de Beaumont- 
en-Argonne , donnée par lui ; sur sept proses tirées du 
Bréviaire de Sens , texte, traduction , notation ancienne 
et exécution ancienne et moderne; sur la fondation d'une 
messe d'enfants, en l/i95 ; enfin, sur les exactions 
commises par les gens du roi envers les habitants de 
Montachet , en 1651. 

La Société doit encore à M. Déy, membre correspon- 
dant, une notice sur le père Laire, bibliothécaire à Sens ; 
à M. Lallier, un travail sur le produit annuel des terres à 
diverses époques ; à M. G. Julliot , un armoriai des ar- 
chevêques de Sens, dont quelques planches seulement 
ont paru. 

A la fin de juin J856, la Société archéologique a tenu 
à Sens, avec le concours de la Société d'Auxerre, sa 
séance publique ; et , pour rendre cette fête scientifique , 
artistique et littéraire , plus brillante et plus intéressante 
à la fois, elle a réuni dans les salons de rtlôtel-de-Ville 
tous les chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture qu'elle 
a pu trouver dans la ville, ainsi que les œuvres dues à 
des artistes Sénonais. 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856, 395 

Une commission avait été chargée de faire exécuter , 
après la séance, divers morceaux de ciiants religieux, 
choisis parmi les chefs-d'œuvre de diverses époques. 

Ces morceaux , parfaitement sentis des exécutants et 
rendus avec âme et talent , ont excité l'admiration de 
l'Assemblée. 

A cette séance , plusieurs travaux ont été lus : 

M. l'abbé Carlier, chanoine de Sens, a engagé une 
savante discussion sur l'auteur présumé du missel, appelé 
missel des Fous. 

M, Mondo de Layorse a, par des considérations ingé- 
nieuses tirées du calcul des probabilités , étabU le degré 
de parenté de deux personnes prises au hasard , et traité 
cette question piquante : Est-on de la famille de sa 
mère ? 

M. Giguet a extrait d'un travail auquel il donne la 
dernière main , intitulé : Des hôtes illustres dont ta 
ville de Sens a reçu la visite , une notice sur le passage 
du pape Alexandre III, à Sens. 

M. Quantin, archiviste du département, a fait l'histoire 
de l'établissement de la commune dans la même ville. 

Enfin, M. Tisserand a terminé la séance par cette 
lecture : Sur les beaux-arts aux réunions archéolo- 
giques^ lecture qui n'était qu'une transition pour arriver 
à l'exécution de la musique religieuse confiée à sa di- 
rection. 

Pendant le courant de cette année , comme pendant 
les années précédentes , la Société a acheté , ou reçu à 
titre de don , nombre de médailles , d'objets trouvés 
dans les fouilles, et d'autres objets modernes d'une 
importance assez grande , parmi lesquels un manuscrit 
duKoran, annoté par l'émir Abd-el-Kader;— une lettre du 



396 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Sultan àLouisXïV, et divers objets ayant appartenu à 
Pempereur Napoléon I*".: entre autres, un de ses uni- 
formes , et plusieurs ouvrages annotés par lui , légués à 
la ville par M. Saint-Denis, ancien valet de chambre de 
l'Empereur. 

La Société archéologique de Sens a perdu, cette 
année, un de ses membres les plus dévoués , M. G. 
Dubois, petit-fils de M. Leys, ancien membre honoraire 
de la Société. A ses derniers moments , M. Dubois a prié 
son père de remettre, en son nom, à la Société ar- 
chéologique la riche collection de médailles romaines 
et byzantines commencée par son aïeul et continuée 
par lui. Cette belle collection figure actuellement dans 
la grande salle de la bibliothèque de Sens. 

Sociétés étrangères. 

Deux sociétés étrangères , la Société d'archéologie de 
Belgique et la Société d'histoire et d'archéologie de 
Genève se sont fait représenter au Congrès. Vous avez 
à regretter que cette dernière société ne vous ait pas 
fourni le résultat de ses travaux en 1856; elle ne 
vous a fait remettre, en effet, que le tome IIP. 
(année iSUk) des mémoires et documents publiés par 
elle. 

La date de ce volume ne me permet pas de rendre 
compte des précieux documents qu'il renferme , notam- 
ment : r. de la relation, par M, Uilliet de Candolle , 
du procès criminel intenté à Genève , en 1553 , contre 
Michel Servet qui, réfugié à Genève pour se soustraire 
à la peine du feu prononcée contre lui par des juges 
catholiques, devait, trois mois après, subir la même 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 397 

peine à laquelle le même crime d'hérésie Tavait fait 
condamner par des magistrats prolestants; 2^ d'un 
mémoire sur les hôpitaux de Genève avant la réfor- 
mation , par MM. Chaponnière , docteur-médecin , et 
Sordet, archiviste. 

La Société d'archéologie de Belgique vous a remis 
la l'^ livraison du tome XIV*. de ses annales. Cette 
brochure contient le compte-rendu de la séance géné- 
rale de cette Société du 22 décembre 1856, et, en tête 
de ce compte-rendu, le discours prononcé, à cette 
séance, par l'homme distingué qui la préside, M. le 
vicomte de Kerckove-Varent. Le but de ce discours est de 
venger l'antiquité et le moyen-âge des dédains de ces 
hommes qui, en trop grand nombre aujourd'hui, sont 
voués aux intérêts matériels. L'archéologie , depuis quel- 
ques années , a fait cependant de rapides progrès ; son 
domaine s'élargit et s'étend chaque jour, et l'orateur, 
comme la Société à laquelle il s'adresse, en s'attachant 
aux traditions du sol belge , trouve , dans le culte de ces 
traditions et dans les souvenirs de famille , une sainte 
pensée qui élève et fortifie l'âme des nations comme 
celle des individus. 

Vient ensuite le brillant rapport du secrétaire, M. Van 
der Heyden, sur les travaux annuels de l'Académie, 
dont les relations sont aujourd'hui très-étendues. De 
nombreux membres effectifs et correspondants , d'un 
mérite reconnu, et même d'une grande illustration, 
ont tenu à honneur d'appartenir à la Compagnie, et 
l'appui de l'autorité ne lui a pas manqué. D'intéres- 
santes publications faites par elle, depuis sa séance 
générale de 1855 , sont dues à MM. Diegerick, le baron 



398 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de Fierlant , Le Grand de Reulandt , Wleeschouwer , 
Casterman , Adolphe Siret , Léopold de Villers , Tabbé 
Van den Nest , Schayes , Tabbé Stroobant, Ed. Van der 
Slraeten , Ed. Van Gauwenberghe , Garolus , le docteur 
Broeckx et Van der Velde. Plusieurs membres de l'Aca- 
démie ont reçu d'honorables distinctions du Gouver- 
nement belge et des Gouvernements étrangers. Le 
compte-rendu se termine par de justes regrets donnés 
à la mémoire de plusieurs membres honoraires ou corres- 
pondants, entre lesquels je citerai , parce qu'ils sont 
français , les noms de MM. le vicomte d'Arlincourt , 
Fortoul , ministre de l'Instruction publique , et Félix 
Dupuis , président de la Société des Antiquaires de 
Poitiers. Une notice biographique plus étendue est 
enfin consacrée , par le secrétaire de l'Académie , au 
célèbre baron de Hammer , le plus savant orientaliste 
de notre époque , et à M. Jules Ketele , l'un des archéo- 
logues les plus distingués de Belgique. 

La même livraison contient : 1^ un rapport, de M. le 
docteur Broeckx, bibliothécaire-archiviste de l'Académie, 
sur les échanges faites par elle avec les Sociétés savantes, 
tant nationales qu'étrangères ; 2\ une notice sur les 
ruines de l'abbaye de Villers , par M. Oswald Van den 
Berghe ; 3°. une autre notice sur l'ancien prieuré de 
Sinnigh, du tiers-ordre de St. -Augustin, dans la province 
de Liège , par M. Arnaud Schaepkens , correspondant ; 
li°, la suite des analectes archéologiques , historiques , 
géographiques , de M. Schayes ; 5°. la suite d'une notice 
historique sur le chapitre collégial de Ste.-Dympne, à 
Gheel , par M. l'abbé G. Stroobant ; 6\ un mémoire sur 
l'ancienne ville de Ghystelles, par M. Legrand; T. un 
extrait des procès-verbaux et de la correspondance de 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. 399 

l'Académie, où je remarque l'éloge mérité de M. le comle 
Félix de Mérode, enlevé, le 7 février dernier, à l'Académie 
dont il était l'un des plus anciens membres honoraires , 
et c^lui d'un membre correspondant , M. Jacques Azaïs , 
président et principal fondateur de la Société archéolo- 
gique de Béziers. 

L'Athénée royal grand-ducal de Luxembourg vous a fait 
parvenir le catalogue de sa bibliothèque, ne comprenant 
pas moins de 835 pages, précédé d'une notice historique 
sur cet établissement , par le professeur A. Namur , 
docteur en philosophie, et son bibliothécaire. 

Vous avez reçu aussi : 

1^ Les Publications de la Société pour la recherche 
et la conservation des monuments historiques dans le 
gî^and-duché de Luxembourg^ constituée sous le patro- 
nage de S. M. le Roi grand-duc, par arrêté, daté de Wal- 
ferdange, du 2 septembre 18/i5. 

T, Le prince de Ligne , ou un écrivain grand- 
seigneur à la fin du XVIir, siècle, par M. Peeter- 
mans (Liège). 

Ce volume est une notice complète et attachante sur 
l'auteur des Mélanges militaires , littéraires et senti- 
mentaires, et d'autres nombreux écrits, qui disait que 
« de toutes les illusions, la plus agréable c'est d'occuper, 
« après qu'on n'existe plus. Cette fumée de gloire , 
« ajoutait-il , n'est pas déraisonnable et peut faire faire 
« de grandes choses. » 

3^ Jean4e-Victorieux ; étude historique, par M. 
Osv^ald Van den Berghe, membre de l'Académie d'archéo- 
logie de Belgique ( Louvain ; 104 pages ) ; œuvre inté- 
ressante, consacrée au vainqueur de Woeringen , au 



/jOO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

chevaleresque duc de Brabant, favori constant de la 
Victoire , béni par son peuple , qui a inscrit son nom 
parmi ceux des plus généreux bienfaiteurs de Thu- 
manité. 

lx\ Réflexions sur les idées philosophiques de 
Lamartine, à propos du Cours familier de littérature, 
suivies d'une Ode à Lamartine^ par Ferd. Loise, docteur 
en philosophie et lettres, professeur de poésie au collège 
de Tongres ( Liège ). 

M. Loise félicite Tauteur des Méditations et des Har- 
monies , à Toccasion de son troisième entî^eticn, d'avoir 
fait un complet divorce avec les utopies du rationa- 
lisme moderne , et un véritable retour à celle philoso- 
phie chrétienne et catholique, que le poète semblait avoir 
un instant méconnue , pour suivre le courant du siècle , 
bien qu'il soit toujours resté profondément religieux , 
mais d'une manière trop poétique et trop peu positive. 
5". Explications sur l'attribution , à Charlemagne, de 
quelques types monétaires, par L. deCoster (Bruxelles). 
Extrait de la Revue numismatique belge ; savante disser- 
tation , dont l'analyse ne peut trouver place ici. 

ô'^. Trois brochures, de M. Alb. d'Otreppede Bouvette, 
récemment nommé membre étranger de l'Institut des 
provinces, intitulées: Abnégation et dévouement; hom- 
mage au Conseil d'administration, et aux membres de 
la Société libre d'émulation de Liège ; — Évocation , 
promesse d'avenir à la même Société ; — Impressions 
d'un touriste dans le monde moral, ou course à 
travers les sentiments et les idées. Ces deux dernières 
publications sont la continuation de celles que vous 
avez déjà reçues , sous le titre d'Essai de Tablettes lié- 
geoises. Vous retrouverez , dans ces divers écrits , toutes 



i 



TRAVAUX DES ACADÉMIES EN 1856. Z^Oi 

les qualités du cœur et de l'esprit qui distinguent leur 
auteur. 

J'ai terminé ma tâche, Messieurs. Si mon rapport a 
pris, cette année , des proportions plus étendues que par 
le passé , c'est qu'ayant à vous entretenir de vastes tra- 
vaux et de nombreuses publications , il m'était difficile 
d'être court. Je devais aussi donner une juste satisfaction 
aux Sociétés qui ont concouru à nos travaux, en vous faisant 
connaître d'une manière complète , quoique succincte , 
la part qu'elles ont prise aux progrès qui se révèlent 
tous les jours dans les sciences, les lettres, les arts et 
l'industrie. Peut-être était-ce aussi le moyen d'attirer à 
vous celles des Sociétés savantes dont nous attendons 
encore la coopération ; j'aime à croire qu'elles voudront , 
à leur tour, joindre leurs lumières aux vôtres , et aug- 
menter ainsi le faisceau des découvertes et des connais- 
sances profitables au pays. 



ASSISES SCIENTIFIQUES TENDES EN 1857 

PAR LUNSTITUT DES PROVINCES. 

ASSISES SCIENTIFIQUES TENUES EN POITOU 

Les 93, HA^ 9S et 2G llars 1857. 



(Présidence de M. de Longuemar, membre de l'Jnstitut des 
provinces. ) 

Les Assises scientifiques du Poitou se sont ouvertes 
le 23 mars, et, après cinq séances, ont été closes le 26. 
Le bureau s'est composé de MxM. de Longuemar , prési- 
dent ; DE Caumont , directeur-général de Tlnstitut des 
provinces ; Ouvré, président de la Société des Antiquaires 
de rouest; Tabbé Auber et Redet, membres de l'Institut 
des provinces; Foucart, doyen de la Faculté de Droit; 
Chekou, doyen de la Faculté des sciences; Ménard, 
secrétaire de la Société des Antiquaires de l'Ouest; l'avo- 
cat-général de La Marsonnière , vice-président de 
la Société des Antiquaires de l'Ouest et secrétaire-gé- 
néral des Assises scientifiques du Poitou ; Trichet , 
secrétaire de la Société d'agriculture de Poitiers, et 
Arnaud-Ménardière, vice-secrétaire de la Société des 
Antiquaires de l'Ouest; ces deux derniers secrétaires 
sectionnaires des Assises. 

Un nombreux et intelligent auditoire n'a cessé de 
manifester, par son assiduité à se rendre aux séances, 



I 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Zl03 

rintérêt pris par la population de Poitiers aux travaux 
de l'Assemblée. On y remarquait : MM. de Sèze , premier 
président de la Cour impériale . de Poitiers ; Paulze- 
d'Yvoy, préfet de la Vienne; Damay, procureur-géné- 
ral ; Tabbé Juste , recteur de l'Académie ; Grellaud , 
maire de la ville et professeur à la Faculté de Droit de 
Poitiers ; Arnaudeau et Merveilleux , présidents de 
Chambre; Darnis, premier avocat-général; Baussant, 
président du Tribunal civil ; Bardy et Jules de La 
Marsonnière , avocats -généraux ; Brochain , Legentil , 
Pilotelle, Mauflastre, Duverger, baron Chemineau, Sous- 
selier, Vincent, Molinière, Duclaud, Arnauld de Gué- 
niveau , Bonnet , Perdriex , Gaillard , Trolley , conseillers 
à la Cour impériale; Babinet et de Gennes, substituts 
du procureur-général ; baron Laurenceau , ancien dé- 
puté ; Lhuillier et de Vanteaux, colonel et lieutenant- 
colonel du 2% Hussards ; Audinet , inspecteur de l'Aca- 
démie; Foucart, Ragon, Martial, Pervinquière et Minier, 
professeurs à la Faculté de Droit de Poitiers ; Trouessart 
et Chenou, professeurs à la Faculté des sciences; Levieil 
de La Marsonnière , président de la Société de médecine 
•de Poitiers ; Malapert , professeur de chimie à l'École de 
médecine; Raynal, professeur de physique au Lycée de 
Poitiers; Redet, archiviste du département de la Vienne; 
Mauduyt, conservateur du musée de la ville de Poitiers; 
Ségretain , architecte du département des Deux-Sèvres , 
et Jolly Le Terme, architecte du Comité des monuments 
historiques, membres de la Société française d'archéo- 
logie pour la conservation des monuments; Delastre et 
Fabbé de Lacroix, botanistes distingués ; Dupré , Oudin, 
l'abbé Lalanne, l'abbé Barbier, Chemioux , de Bois- 
morand, de La Brosse, de La Tousche, Lecointre, 



liOU INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Dupont , Meillet , Touchard , membres de la Société des 
Antiquaires de TOuest et de la Société d'agriculture, 
et plusieurs ecclésiastiques au nombre desquels le R. P. 
Guillermy, de la Société de Jésus. 

Mg^ FÉvèque de Poitiers n'a pu, à raison d'un 
voyage, assister aux séances. Il en a exprimé ses regrets 
par une lettre adressée à M. de Longuemar. 

Les Assises scientifiques avaient à opérer sur vingt- 
deux questions, posées par l'Institut des provinces. Vingt- 
deux mémoires ou notices ont répondu à l'appel fait , 
aux hommes d'étude du Poitou , par M. de Gaumont* La 
session en est redevable à MM. de Longuemar , Ménard , 
l'abbé Lalanne , l'abbé Barbier , Raynal , Brouillet , Bardy, 
de Vézien, Mauduyt, Meillet, de Rochebrune, Trouessart , 
Pingault , l'abbé de Lacroix , Redet et Pilotelle. 

La session a été ouverte par un discours de M. de Lon- 
guemar. L'orateur, après avoir insisté sur l'utilité pra- 
tique des assises scientifiques, qui offrent aux savants 
des provinces un lien pour s'unir et une tribune pour 
se produire , remercie M. de Caumont à double titre : 
et pour l'œuvre qu'il a fondée , et pour sa présence qui 
la féconde. M. le Président trace ensuite le plan général 
des études qui vont occuper le Congrès, signale les 
mémoires qui doivent répondre aux questions du pro- 
gramme, et cite, comme devant fixer particulièrement 
l'attention, les travaux préparés par MM. Raynal , Brouil- 
let, de Vézien, Malapert, Meillet et Pilotelle, sur la 
géologie pure ou envisagée au point de vue agricole ou 
industriel; Delastre et de Lacroix, sur la botanique; 
Trouessart, sur la météorologie; Ménard et l'abbé 
Barbier , sur l'archéologie locale ; Bardy , Redet et l'abbé 
Lalanne, sur l'histoire de l'organisation féodale. 



I 



I 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. 405 

A la suite de ce discours , M. de Caumont se lève et 
prononce l'allocution suivante : 

« Messieurs, 

« Je tiens à remercier M. de Longuemar des soins 
empressés qu'il a pris , de concert avec M. l'abbé Auber, 
pour rendre cette session intéressante et fructueuse. 
Nous pouvons déjà pressentir qu'elle sera féconde, à 
n'en juger que par l'indication qui vient de nous être 
donnée des mémoires préparés en vue de notre réunion. 

a L'utilité des assises scientifiques , Messieurs , n'est 
plus hypothétique. C'est un fait désormais acquis. Les 
Sociétés savantes des provinces travaillent chacune dans 
leur circonscription, conquièrent chaque jour des faits 
nouveaux , produisent des œuvres souvent excellentes ; 
mais il leur manque un lien commun qui leur permette 
de se compléter mutuellement par un échange facile de 
leurs conquêtes scientifiques. D'un autre côté , parmi 
les hommes qui travaillent isolément dans les provinces, 
plusieurs renferment modestement dans leurs cartons des 
productions dignes de publicité. L'œuvre de l'Institut 
des provinces vient en aide à tous ces besoins. Relier 
entre elles, et à un point central, toutes les Sociétés 
savantes de France, interpeller chacune d'elles, dans des 
assises solennelles, sur ses travaux et sur les lacunes 
qui , lui restant à combler , peuvent être remplies grâce 
à l'indication des œuvres qu'une autre a déjà produites ; 
ouvrir à Paris, une fois par année, aux députations de 
chaque académie des provinces , une tribune offerte par 
la Société d'encouragement; prêter soit aux Sociétés 
savantes, soit aux travaux individuels de la province. 



h06 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la publicité de nos annales, telle est l'œuvre de notre 
Institut. Cette œuvre a déjà conquis de la popularité. La 
publication de nos annales s'est considérablement accrue. 
Après avoir commencé par tirer à ZiOO exemplaires , il 
nous a fallu , par suite des nombreuses demandes qui 
nous sont adressées d'Allemagne, porter à 1,000 exem- 
plaires notre tirage. Espérons, Messieurs , que nos as - 
sises seront de plus en plus fructueuses pour la science. 
Ajoutons que nous comptons particulièrement sur Poi- 
tiers, celte cité essentiellement parlementaire et aca- 
démique , d'où sont déjà sortis tant de travaux dont la 
science peut, à bon droit, se féliciter. » 

Cette improvisation est accueillie par un sentiment de 
vive sympathie, que M. de Longuemar exprime à M. de 
Caumont , au nom des Sociétés savantes de Poitiers. 

L'ordre du jour appelle la discussion des questions qui 
se rattachent à la composition géologique du sol du 
département de la Vienne. Avant de poser les diverses 
questions du programme , M, de Longuemar présente , 
dans un mémoire succinct , des considérations générales 
sur la position géologique du département de la Vienne , 
qui lui paraît offrir un sujet d'études particulièrement 
intéressant. Il qualifie volontiers d'exceptionnelle la po- 
sition géologique de notre sol, qui occupe une espèce 
de détroit entre les deux grands bassins oolithiques du 
nord et du sud-ouest de la France, détroit resserré d'une 
part par le massif granitique du Limousin , et d'autre 
part par les granités de la Vendée. Étagées par les mers 
primitives , puis remaniées par des cataclysmes posté- 
rieurs , les couches diverses qui composent le sol offrent, 
dans un espace resserré , une assez grande variété géo- 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. 607 

logique. Ce département présente donc un sujet d'études 
d'autant plus intéressant, qu'il peut être considéré 
comme offrant un caractère exceptionnel. 

Dans la moitié sud du département , dit M. de Lon- 
guemar , la masse du sol appartient à l'oolithe infé- 
rieure et à la grande oolithe. Du côté du Nord , et à peu 
près à la hauteur de Poitiers , leurs assises disparaissent 
sous l'oolithe moyenne qui paraît recouverte , sans in- 
termédiaire, par les terrains crétacés inférieurs. Les 
parties les plus élevées de cet ensemble, et notamment 
les plateaux compris dans l'est et le sud du dépar- 
tement , sont revêtus par un manteau interrompu et dé- 
chiré d'argiles, de sables, de marnes appartenant au 
terrain tertiaire moyen. A l'est et à l'ouest du dépar- 
tement, et sur quelques points des vallées intérieures, 
à Ligugé notamment , se montrent ou affleurent des 
masses granitiques. Entre ces masses et l'oolithe infé- 
rieure, s'interposent les marnes et les calcaires du lias 
supérieur. On les voit, en effet, poindre dans presque 
toutes les vallées au sud de Poitiers, et se montrer à 
découvert sur la lisière de granité , aux abords du Li- 
mousin et de la Vendée. 

M. de Longuemar admet volontiers que ces couches 
de lias supérieur n'occupent pas leur situation primitive, 
et ne se rencontrent où on les trouve que par suite de 
dislocations éprouvées depuis leur dépôt. Cette opinion 
repose : 1°. sur la ^constatation faite par MM. de Lon- 
guemar et Meillet, près de Mézeaux, d'un contourne- 
ment bien prononcé de couches marneuses qui atteste le 
soulèvement d'un noyau inférieur; 2^ sur le voisinage 
des dolomies qui, fréquemment rencontrées dans l'oolithe 
inférieure, témoigïient d'une ancienne perturbation du sol 



Ù08 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Au-dessus de la grande oolilhe, M. de Longuemar 
constate la présence de couches oxfordiennes jusqu'aux 
portes de Poitiers. Les couches supérieures de Toolithe 
paraissent manquer , malgré quelques exceptions obser- 
vées près de Maillé, sur les bords de la Gartempe et aux 
environs de Châtellerault ; mais il n'affirme rien. Tout 
est à étudier sur ce point. 

Aucune trace de dépôts néocomiens , dit M. de Lon- 
guemar ; mais on rencontre des grès et sables verts , 
des craies tuffeau et des craies marneuses dans presque 
toute la partie du département sise au Nord de Mire- 
beau , Beaumont et la Rocheposay. 

Le terrain tertiaire recouvre tantôt les assises crayeuses, 
tantôt les assises de l'oolilhe. Il est représenté sur ces 
plateaux par une série de sables et d'argiles panachés , 
de marnes d'eau douce et de meulières. Les exceptions 
à la disposition générale des couches superficielles , ré- 
sultat de l'inégalité de son épaisseur, jettent dans l'appré- 
ciation géologique de ce pays une incertitude qui fait 
regretter à M. de Longuemar que la carte géologique du 
pays ne soit pas encore faite. L'absence d'un tel guide 
rend fort difficile l'étude de notre géologie locale et ne 
permettra de répondre qu'incomplètement aux diverses 
questions du programme. 

Après avoir esquissé , à grands traits, la physionomie 
géologique du département, M. le Président pose les 
trois premières questions du programme , ainsi conçues : 

« La classification adoptée par les géologues s'applique- 
nt t-elle parfaitement aux formations de ce département ? » 

« En quoi consistent ces formations ? » 

« We pensez-vous pas, relativement à ces terrains, qu'il 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Z|09 

«< y ail des modifications à apporter à la classification ad- 
« mise, et quelles sont, à cet égard, vos observations? » 

M. Raynal , professeur de physique au Lycée de Poi- 
tiers, signale, dans un intéressant mémoire, les obser- 
vations qu'il a faites dans la partie du déparlement de la 
Vienne comprise entre Vendeuvre et Pamproux. Son 
travail a particulièrement pour objet de répondre à la 
T. question du programme par une description des 
formations géologiques, constatées par lui dans la partie 
du département soumise à ses explorations. 

M. Raynal prend , pour centre de ses observations sur 
la carte géologique de France, un point un peu au Sud 
de Poitiers , où se manifeste l'afileurement des couches 
déposées par les mers dans le bassin parisien et le I)assin 
pyrénéen. Ce point est un petit îlot de granité à gros 
grains, tantôt rouge, tantôt vert, tantôt gris, traversé 
en quelques points par des filons de quartz, et situé à 
Port-Séguin. A partir de ce point, M. Raynal nous fait 
explorer, vers le Nord, St. -Benoît, Smarves, Mauroy , 
Poitiers, le Porteau, Bonnillet, Vendeuvre, Fruissenay; 
et, vers le Sud-Ouest, Mézeaux, Virolet, Ligugé, Lusi- 
gnan, Pamproux, jusqu'aux hmites du département. 

Immédiatement au-dessus du granité, M. Raynal trouve 
le lias. Ce terrain qui a commencé à combler les premiers 
mégalites du sol , présente trois parties principales : un 
calcaire très-dur reposant directement sur le granit, une 
couche d'argile bleue au milieu , et à la partie supérieure 
des bancs d'un calcaire argileux s'émiettant facilement. 

Au-dessus de lias , M. Raynal a reconnu , mais sur 
quelques points seulement , l'oolithe inférieure ; à Port- 
Séguin , à Mézeaux , elle n'existe pas , ou est méconnais- 
sable , mais elle apparaît à Virolet , à Coulombiers. 

18 



/llO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

La grande oolilhe existe partout, tantôt appuyée sur 
Toolithe inférieure, tantôt imposant directement sur le lias. 

Au-dessus des plateaux formés par roolilhe , M. Raynal 
a reconnu l'oxford-clay kellovien, dans la direction Noid, 
à Poitiers, — à Bonnillet, où Toxford-clay proprement 
dit est superposé au kellovien ; et à Fraissenay , le kim- 
meridge-clay ; puis , un peu plus loin , des sables et des 
grès verts et les premières buttes de craies. 

Les terrains tertiaires, dans les points observés par 
M. Raynal, n'offrent qu'une première couche formée de 
diverses variétés de quartz roulés , souvent agglutinés en 
poudingiies par du peroxyde de fer et une couche 
d'argile plus ou moins calcaire^ avec des rognons de 
silex. On y trouve aussi quelquefois des blocs énormes de 
matières siliceuses, paraissant jaunies par de l'hydrate 
de peroxyde de fer ,. et des pierres poreuses , analogues 
aux pierres ponceuses, 

M. Raynal signale , comme pouvant se rapporter à des 
dépôts diluviens, des masses d'argile rouge, rencontrées 
par lui sur plusieurs points. 

Quelques particularités observées dans les couches de 
l'oolithe sont, de la part de l'auteur du mémoire , l'objet 
d'une description intéressante , en même temps que de 
déductions ingénieuses : il signale, en effet, dans l'oolithe 
inférieure un grand nombre de perforations , en forme 
de canaux, irrégulières dans leur diamètre et dans leur 
direction, quoique descendant habituellement. Ces cavités, 
quelquefois vides , sont le plus habituellement remplies 
par un dépôt calcaire peu différent de la roche primitive, 
malgré quelques dissemblances dans les teintes ; l'axe de 
ces remplissages est occupé souvent, surtout vers la 
partie supérieure , par du silex bleu. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. &ii 

M. Raynal attribue ces formations à l'action d'une eau 
marine , agissant comme dissolvant sur des roches pré* 
existantes , détruisant certains points attaquables , et 
respectant certains autres. Le pouvoir dissolvant lui pa- 
raît, en outre, le résultat d'émanations acides de volcans 
sous-marins dont l'action discontinue aurait fini par 
s'anéantir , et laisser les dépôts se faire de nouveau dans 
des circonstances normales. Ces phénomènes de dépôts 
se rattacheraient donc à la formation des dolomies si fré- 
quentes dans le département. 

M. Raynal signale aussi, sur les flancs à pic des rochers 
de Mauroy, St. -Benoît , le Porteau, etc. , etc. , des 
cavernes dont la cause lui paraît devoir être attribuée aux 
dislocations qui ont accompagné la formation des vallées, 
et à l'entraînement des déblais par les eaux qui se pré- 
cipitaient par les fentes du fond. 

Enfin l'auteur, dépassant les limites du département de 
la Vienne et explorant la partie orientale du département 
des Deux-Sèvres, constate, dans la disposition et dans la 
nature des couches, des changements qui lui suggèrent 
de hautes considérations sur l'idée que nous devons nous 
faire de la géographie du sol , à l'époque des formations 
oolithiques. 

Les mêmes questions sont traitées dans un mémoire de 
M. Brouillet, dont M. de Longuemar donne lecture. Ce 
mémoire complète, pour ce département, les observations 
du précédent , en ce qu'il décrit les formations géologi- 
ques de l'arrondissement de Civray, inexploré par 
M. Raynal. 

Les observations consignées dans ce mémoire se res- 
treignent dans le cercle assez étroit du canton de Char- 
roux. Toutefois^ elles présentent des faits nouveaux et 



Ili2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

inobservés dans la partie du déparlement explorée par 
M. Raynal. 

Abordant les formations liasiques, M. Brouillet déclare 
n'avoir aucun renseignement à fournir sur leur couche 
intérieure; mais il indique des marnes bleues et bitumi- 
neuses, alternant avec des calcaires bleuâtres, comme 
formant la couche moyenne , des marnes schisteuses , 
variant du bleu-jaunâtre au gris-bleuâtre, formant la 
couche supérieure. 

Les fossiles de cette formation sont des conchifères, 
des mollusques , deszoophytes, deux espèces de poissons 
sauroïdes et des reptiles du genre crocodilien. 

Ses minéraux et ses métaux sont des ovoïdes ferru- 
gineux, barytines, calcaires magnésiens noirs contenant 
de la galène , et enfin des calcaires coquilliers très-durs. 

M. Brouillet passe ensuite à la formation oolithique^ 
La couche inférieure est une oolithe ferrugineuse com- 
prenant des calcaires à entroques, reposant sur une 
masse de sable marneux , souvent dolomitique. Puis , 
au-dessus de ces couches d'oolithes ferrugineuses , 
M. Brouillet constate la présence d'argiles marneuses ou 
terres à foulon , jaunes , bleues ou alternant fréquemment 
avec des couches d'un calcaire compacte, dur et bleuâtre , 
que recouvre un autre calcaire blanc-grisâtre, souvent 
grenu , caverneux et dolomitique. 

Les fossiles de celte formation sont des conchifères , 
des zoophytes et des mollusques; les minéraux, des cal- 
caires à enlroques, barytines, calcédoine, silex, sulfure 
de fer, marnes, fer en grains et en rognons , manganèse, 
et calcaire lithographique. 

Les terrains tertiaires sent composés d'argiles et de 
sables gras, bigarrés de rouge, de jaune et de blanc; 



I 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. ZllS 

de marnes calcaires plus ou moins dures , de silex meu- 
liers , de cailloux roulés. 

Des dépôts considérables de cailloux roulés , de sables , 
de graviers, de fer en grains et souvent concrétionnés, 
forment le terrain diluvien. 

Le fait , observé par M. Brouillet , de l'existence de 
l'oolithe ferrugineuse reposant sur des masses de sables 
marneux, et surmontés parfois par des argiles mar- 
neuses , donne lieu à une interpellation adressée à M. le 
Pi'ésident par M. Raynal. Ce fait n'existe sur aucun des 
points où M. Raynal a promené ses investigations. Mais 
M. Raynal explique cette différence par cette raison qu'il 
a observé une partie du département , et M. Brouillet une 
autre. Dans les lieux observés par M. Raynal, l'oolithe 
a déjà deux faciès ; rien n'empêche qu'elle puisse ailleurs 
en avoir un autre, et, de la sorte, tout est concihé 
sans démenti pour personne. 

Des observations ci-dessus rapportées, et des sin- 
gularités géologiques constatées dans ce département , il 
résulte, pour l'Assemblée, et particulièrement pour MM. 
de Longuemar et Raynal, qu'il pourrait y avoir, ainsi 
que l'indique la 3^ question du programme , des modi- 
fications à apporter, dans ce département, à la classi- 
fication admise pour la généralité de la France. Mais on 
ne peut rien préciser à cet égard, quant à présent, 
l'étude géologique détaillée de ce déparlement n'étant 
pas encore assez avancée. 

Après cette discussion , l'attention de l'Assemblée est 
appelée sur la Z^^ question du programme , ainsi conçue : 

« Les terrains de votre département contiennent-ils 
« beaucoup de débris organiques ? Les a-t-on recueillis 



Hk INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« avec soin ? Ces débris appartiennent-ils à des espèces 
« connues et bien déterminées? » 

MM. de Longuemar, Raynal et Brouillet ont déjà ré- 
pondu en partie à cette question ; mais elle est traitée d'une 
manière plus spéciale par MM. de Vézien et Mauduyt. 

M. de Vézien , possesseur d'une riche collection géolo- 
gique conquise par de longues et intelligentes pérégri- 
nations à travers le département de la Vienne, pouvait, 
mieux que personne, répondre à cette question. Un 
mémoire adressé par lui au Congrès est lu par M. Raynal. 

Dans ce mémoire , M. de Vézien énumère les fossiles , 
aussi nombreux que variés , découverts et recueillis par 
lui dans toutes les localités de ce département. Il si- 
gnale, comme offrant une mine féconde aux géologues, 
les gisements de Celle-rEvêcault , Vivône , Mézeaux , 
Maillé , la Grimaudière, Rouillé, Salles et le Moulin- 
Pochard , près Mirebeau. 

Dans le lias , M. de Vézien a trouvé , à Celle-FEvô- 
cault , Vivône , Mézeaux , Maillé et la Grimaudière , des 
bélemnites variées , des ammonites et des madrépores 
assez curieux ; à Mézeaux, des bivalves nombreux, variés 
et bien conservés , dont une modiole parfaitement intacte ; 
à Vivône , une énorme Vénus ; à Tlsle-Jourdain , une 
ammonite ayant son test ; à Vivône et Celle-rÉvêcault , 
des nautiles. 

Dans les couches oolilhiques , les trouvailles de M. de 
Vézien ont été beaucoup plus nombreuses. Aussi ne 
cite-t-il que les plus remarquables. A Maillé-sur-Gar- 
tempe , dans une couche de grès vert , il a recueilli la 
gryphée colombe , et l'ammonite monile ; au môme lieu , 
dans une couche puissante appartenant à l'étage corallien, 
il a trouvé , en abondance , les dicérates, les nérinées, 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. /ll5 

les polypiers , des encrinites et d'autres fossiles qu'il n'a 
pu encore déterminer. A Rouillé, dans Toolithe moyenne, 
il a rencontré de belles térébratules , des ammonites , 
des nautilites; à Salles, des ancylocératites, et des toxo- 
cératites, de roolîtlie moyenne, espèces fort rares; à 
Vouillé, à la Grimaudière, à Migne, à Ghasseneuil , à 
Bonnillet,il a trouvé, dans les mêmes couches, les mêmes 
fossiles, ainsi que des oursins et de jolis bivalves bien 
conservés, 

A St.-Julîen-rArs , dans des marnes paraissant appar- 
tenir à la dernière limite du groupe oxfordien, M. de 
Vézien a trouvé des gervilîes , des myes , des gastéro- 
podes turbines et des ammonites dont un bullatus par- 
faitement conservé , avec sa bouche entière et intacte. 

M. de Vézien ajoute que, dans sa collection, il possède 
/lO espèces d'ammonites , appartenant aux terrains ooli- 
thiques de ce département. 

Le grès vert exploré par M. de Vézien , à Vendeuvre et 
Lencloître seulement, ne lui a fourni rien de remarquable. 
Mais , non loin de Mirebeau , au Moulin-Pochard , il a 
trouvé, dans des carrières de sable, des arches, des 
cythérées, des pétoncles, des tellines, des ongulines'^ 
des crassînes, des chaînes, des corbules, des peignes, des 
lurrîtelles , quelques cerithes , un troche fort rare , de 
beaux oursins , beaucoup de madrépores, des balanes, 
et des huîtres à foison. 

Dans la craie tuffeau , à Beaumont et aux environs de 
Châtellerault, à Loudun, à Mirebeau et aux Ormes, 
M. de Vézien a recueilli des spongiaires et un ancylo- 
céras de la craie , des oursins, d'énormes pétoncles , des 
cônes , des pyrules , des volutes , des porcelaines , des 
polypiers. Mirebeau a fourni à M. de Vézien sa plus belle 



/ll6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

conquête: c'est un petit crustacé qui, à ses yeux , est la 
pièce capitale de sa collection. 

M. I^Iauduyt prend, à son tour, la parole et fournit, 
dans une courte notice, la description d'un certain nombre 
de fossiles trouvés dans les cavernes à ossements de 
Lhommaizé, en septembre i83Zi. 

Ce sont : l'os inter-maxillaire d'un cheval ; — trois 
morceaux des maxillaires de la mâchoire inférieure d'un 
bœuf; — une canine inférieure, plusieurs molaires et 
un morceau de brèche d'un sanglier ; — l'astragale et les 
molaires supérieures d'un grand cerf; — le tibia, le cal- 
caneum et les molaires d'un cerf de moyenne taille ; — 
l'os maxillaire et la mâchoire inférieure d'un cerf de 
moyenne taille ; — deux morceaux d'os maxillaires, les 
canines et les molaires d'une hyène. 

M. Mauduyt signale aussi d'autres fossiles , découverts 
depuis septembre 183Zi : plusieurs bois de cerf de taille et 
de forme diverses , une tête de daim avec ses bois , et 
des bois de chevreuil trouvés dans les alluvions du Glain 
et de la Vône ; — un fémur, une défense et des molaires 
d'éléphant, dans les sables de la Folie, près Poitiers ; — 
des ossements d'hippopotame, dans les sables de Ligugé ; 
— des têtes, mâchoires, dents et vertèbres de sauriens, 
découvertes près de Poitiers, dans l'oolithe moyenne ; au 
même lieu, dans le même gisement, une belle empreinte 
de poisson , et des restes appartenant à des animaux du 
même genre, et particulièrement au Lcpidotus FiiUoni 
( Agassis ). 

Tous ces fossiles font partie de la collection du musée 
de Poitiers. 

M. Raynal cite des sauriens fossiles trouvés dans le 
pays et faisant partie de sa collection. Il exprime , en 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Zli7 

même temps , le regret que l'imperfection des vertèbres 
recueillies par lui ne lui permette pas de déterminer cer- 
tains animaux. M. de Caumont lui signale les progrès 
immenses faits, sur cette partie de la science, en Alle- 
magne et surtout en Angleterre , et il cite l'excellent ou- 
vrage de l'anglais Owen. Il indique , en môme temps , à 
M. Raynal , M. Deslongchamps , doyen de la Faculté des 
sciences, à Caen , qui possède pour la détermination des 
fossiles, des documents excellents que son obligeance 
met volontiers à la disposition des hommes d'étude par 
lesquels il est consulté. 

L'ordre du jour appelle la 5^ question du programme, 
ainsi conçue : 

« Dans quelles proportions numériques les espèces 
« nouvelles ou non décrites sont-elles dans les différents 
« terrains ? » 

Cette question ne peut être résolue, à défaut d'études 
suffisantes ; la discussion en est remise à une autre session. 

M. le Président appelle la discussion sur les 6*. et 7*. 
questions, ainsi conçues : 

« Combien y a-t-il d'espèces principales de terrains 
« meubles dans le pays ? — Quelles sont les qualités 
« relatives de ces terrains, eu égard aux productions agri- 
« cotes? n 

M. de Longuemar traite cette question dans un mé- 
moire intitulé Géologie agricole, La variété des terrains 
meubles du sol de ce département, et la difficulté d'en 
fournir une nomenclature exacte, sont indiquées par la va- 
riété même dont la physionomie géologique du pays porte 
l'empreinte, par l'irrégularité des distributions des couches 
remaniées par les cataclysmes et par les alfieurements 



/il 8 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

divers , sur un espace resserré , du granile , du lias , des 
oolithes , des grès verts, des craies tufTeau, des argiles, 
des sables et des marnes, des terrains tertiaires. Aussi 
M. deLonguemar pose-t-il en fait qu'il ne sera pas possible 
de répondre pertinemment à la question du programme 
tant que la carte géologique du département ne sera pas 
faite. Toutefois, il indique, sur les plateaux et au sud-est 
d'une ligne qui courrait de la Guerche à Châtellerault, 
Poitiers et Parthenay, les sables et les argiles du terrain 
tertiaire moyen , accompagnés parfois de marnes d'eau 
douce et de meulières. Ce sont des terrains froids, des 
sols de brandes qui toutefois , par un mélange de marnes 
d'eau douce, ou de marnes détritiques, appartenant à 
Toolithe , deviennent productifs en blé et en trèfle. Par- 
tout où l'oolithe cesse d'être masquée par ces couches , 
le sol devient plus particulièrement calcaire. Quelques- 
unes de ces couches sont profondes et fertiles en fro- 
ment, orge , luzerne et plantes sarclées. D'une plus 
faible puissance sur les flancs des vallées, ces couches 
prennent , à raison de leur mélange avec des dé- 
bris siliceux , le nom de groges et produisent , à l'aide 
d'une culture intelligente l'orge, la vigne, le sainfoin et 
même le froment et la luzerne. Enfin , M. de Longuemar 
signale certaines parties privilégiées de ce département , 
où se rencontrent des terrains d'alluvion profonds et 
puisant en eux-mêmes leur fécondité. Ces sols se com- 
posent d'éléments calcaires , argileux et sablonneux qui 
leur donnent à la fois toute la perméabilité désirable , et 
tous les aliments nécessaires à la végétation variée qui les 
couvre. C'est au milieu de ces terrains que fleurissent les 
cultures maraîchères. Les environs de Lencloître en 
olfrent un remarquable spécimen. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. hi9 

Tout en fournissant ces intéressants documents sur 
ïes terrains meubles du pays et sur leurs qualités rela- 
tives, M. de Longuemar ne se dissimule pas que les 
études faites sont insuffisantes pour résoudre complète- 
ment les 6^ et 7^ questions du programmée. Il insiste , 
de nouveau, sur ce fait regrettable que le département 
ne possède pas de carte géologique , disant que , sans 
ce guide , il est impossible de procéder méthodiquement 
et avec ensemble à Fétude des terrains meubles. 

M. de Caumont invite les géologues du pays à doter 
le département de cet utile et important travail. Il faut 
arriver à faire pour les terrains meubles ce qui est déjà 
fait pour les roches, c'est-à-dire indiquer leurs gise- 
ments, et les classer dans un ordre méthodique. Tel 
est le but que s'est proposé l'Institut des provinces en 
formulant ainsi la question. 

L'ordre du jour appelle la discussion d'une question 
posée par IV1. de Caumont , depuis la rédaction du pro- 
gramme. Elle est ainsi conçue : A-t-il été fait des études 
et des coupes des tranchées des chemins de fer ouverts 
dans le Poitou? 

M. Ségretain fait connaître que ce travail a été fait 
pour le chemin de fer de Niort à Poitiers, par MM, 
Baugier et Sauzet , et qu'un mémoire communiqué par 
eux à la Société de statistique des Deux-Sèvres va être 
incessamment publié. M. Ségrélain , qui a lu ce travail, 
le considère comme très-fidèle et très-utile. Les argiles, 
entre la Motte et Saint-Maixent y ont été étudiées avec 
beaucoup de soin. 

Il s'engage , au sujet de l'étage auquel appartiennent 
ces argiles , un échange d'explications entre MM. Raynal , 
Mauduyt et Ségretain, qui répond, sans toutefois l'affir- 



U'20 .INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

iTier, que ces argilesse rapportent à des étages d'eau douce. 

L'attention de l'Assemblée est ensuite appelée sur les 
questions 7 bis et 8 du programme , ainsi conçues : 

« Quelles sont les terres et les roches utilisées par Tin- 
te dustrie locale dans le département de la Vienne? A 
« quelles formations géologiques appartiennent-elles? 
« Dans quelles localités les rencontre-t-on plus particu- 
« lièrement? L'analyse en a-t-elle été faite, et quelle est 
« leur composition ? » 

M. de Longuemar ouvre la discussion de cette question 
par la communication d'une note où sont indiquées toutes 
les terres et roches utilisées par l'industrie locale. — Il 
signale d'abord les argiles à tuiles et à poteries du terrain 
primitif (kaolin) , — du lias supérieur, — de l'oolithe , 

— du grès vert , — du teiTain tertiaire. Il indique des 
dolomies , près Gharroux, el à la Châtre, près Genouillé ; 
de l'argile smectique ou terre à foulon , appartenant à 
l'oolithe inférieure, à Gharroux et Gelle-l'Evêcault ; — des 
pierres à bâtir , granité et gneiss , dans les communes 
d'Availles et de Ligugé ; — des calcaires , du lias et de 
l'oolithe utiles à divers degrés ; des meulières appar- 
tenant au système de marné argileuse du tertiaire moyen , 
à Plumartin, dans la forêt de Meulière, à Availles et à 
Genouillé ; — des marbres lumachelles à la base du ter- 
rain oolithique inférieur , à Joussé , à Asnois et Ghatain ; 

— des marbres gris, jaune et rouge, et des brèches 
jaunes et rouges , à la Bonardilière , près Givray ; — des 
pierres à chaux, dans toutes les assises calcaires, et des 
pierres propres à la fabrication de la chaux hydraulique , 
dans l'oolithe inférieure et surtout dans le lias, à Gharroux, 
Ligugé et Croutelle; — des îignites dans le lias, à Joussé^ 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. 421 

à Groutelle et à Queaux; — un filon d'ampélite graphique 
ou charbonneuse de 50 centimètres d'épaisseur , trouvé 
à 16 mètres de profondeur dans un puits creusé à la Ger- 
monière , commune de Buxerolles ; — des minerais de 
fer en grains et en rognons, à Charroux, Mauprevoir, 
dans Toolithe inférieure, à Verrières et Charroux dans des 
terrains diluviens ; — des galènes, dans les calcaires du 
lias et Toolithe ferrugineuse, à Charroux ; — et du man- 
ganèse , à Charroux et à Mézeaux. 

Après avoir donné ces indications, M. le Président prie 
M. Malapert, professeur de chimie à l'école de méde- 
cine , de vouloir bien faire connaître à l'Assemblée l'em- 
ploi qu'il a fait, pour l'industrie locale, des terres ou 
roches de ce département. 

M. Malapert fait connaître qu'au hameau de la Châtre, 
commune de Genouillé, il a découvert sur un terrain 
appartenant à son frère, un gisement de dolomies d'où il 
est parvenu à extraire du sulfate de magnésie dans la 
proportion de Ixli à /i5 pour 100. Cette découverte a été 
utiHsée, par lui, pour la préparation des eaux gazeuses. Le 
sulfate de magnésie ainsi obtenu a , en outre , été employé 
par lui avec succès pour des empreintes de médaillons. 
La modestie de M, Malapert lui fait garder le silence sur 
un incident qui l'honore ; mais M. de Longuemar s'em- 
presse de le faire connaître , et lit un rapport de M. Che- 
valier à la Société d'encouragement , où l'on signale 
M. Malapert comme ayant rendu un service réel au pays , 
en lui donnant, à un état de pureté remarquable, un 
produit pour lequel la France avait été jusque-là tribu- 
taire de l'Angleterre et de l'Allemagne. 

La parole est ensuite donnée à M. Meillet sur les mêmes 
questions 7 bis et 8. 



Û22 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. Meillet cite les terres à foulon très-pures, près de 
Celle-l'Evêcault , sur le bord de la route ; quelques li- 
gnites à Tétat d'accident à Queaux et Croutelle ; des 
minerais de fer oolithique dans beaucoup de localités , et 
en particulier à la Maison-Blanche, à Buxerolles; et 
enfin du manganèse oxydé à Tétat pulvérulent, mais 
pur , trouvé à Ligugé , dans les dolomies du lias. 

M. Meillet signale, en outre, une substance toute nou- 
velle , trouvée par lui sur les terrains du chemin de fer 
à Lîgngé , encaissée dans des argiles que les fossiles lui 
désignent comme appartenant à Toxford-clay. Cette sub- 
stance grasse , facile à couper , bigarrée de nuances di- 
verses, a reçu de lui, par analogie de consistance d'une 
part , et à raison de son élément principal de l'autre , le 
nom de stéargilite (suif-argile). Cette substance n'est 
comparable à aucune de celles ayant avec elle des res- 
semblances. Elle diffère de la nontronite par l'aspect et 
les propriétés physiques; de l'halloysite et des allophanes, 
à raison de son insolubilité dans l'acide hydrochlorique 
bouillant. Sa composition, dont M. Meillet s'est rendu 
compte par une simple analyse qualitative , n'ayant pas 
eu le temps d'en faire une quantitative , consiste en 
silice , alumine , eau , oxyde de manganèse et traces de 
potasse. Elle se trouve engagée dans l'argile sous forme 
de rognons blancs , jaunes , roses et vert pistache , de 
nuances très-pures. Elle se coupe au couteau comme la 
bougie stéarique , se fendille dans l'eau , et offre des 
caractères assez tranchés pour qu'on doive la considérer 
comme une espèce nouvelle. 

M. de Caumont remercie M. Meillet de cette commu- 
nication , et lui demande quelques échantillons de cette 
substance pour être soumis à l'Institut des provinces , 
dans sa réunion générale, à Paris. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Zl23 

A ce moment , les regards de l'Assemblée se fixent sur 
un fouillis de jolis objets qui doivent leur création à Tin- 
fatigable et intelligente industrie de MM. Meillet et Auge, 
et qui révèlent dans notre sol des ressources encore 
inconnues. Ce sont de charmantes poteries , aux couleurs 
diverses, blanches, grises, jaunes, roses, violettes et 
brunes, fabriquées avec des terres du département, 
modelées sur l'antique , et à qui les malheurs d'un acci- 
dent donnent une ressemblance de plus avec les précieux 
débris que, malgré les railleurs, recherche avec tant 
d'amour l'antiquaire. On dirait du romain, et, convena- 
blement placés par le vieil Edie Occhiltrée près du camp 
de Kimprune, ils auraient infailliblement trompé le 
vénérable M. Oldbuck lui-même, 

M. Meillet donne des explications sur ces produits de 
son industrie et sur les matériaux qu'il emploie à leur 
fabrication. Les argiles de la plus grande finesse, dit-il , 
sont extrêmement communes dans le département de la 
Vienne. On en trouve de toutes les nuances. La blanche 
se rencontre à la Maison-Blanche , à la Douardière , dans 
Toxford-clay , à la Roche-de-Bran , en quantité presque 
inépuisable , dans l'oolithe supérieure ; la noire , dans 
les cavernes des dolomies liasiques de Ligugé ; la rouge , 
qui peut rivaliser de finesse avec ce que les Romains nous 
ont laissé de plus parfait, vient de Château -Fromage , et 
semble provenir de l'oolithe supérieure ; la bleue , qui 
donne un grès d'une extrême blancheur et d'une grande 
finesse, a été trouvée à Montamisé ; la violette et la jaune 
ont été recueillies près du tunnel de la voie de fer qui 
conduit à Bordeaux , et sur le point où , il y a trois ans , 
M. Meillet a déjà découvert l'allophane. 

A ces communications , M. Meillet ajoute la révélation 



U^ti INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

d'un fait intéressant. Il a trouvé le gypse en assez grande 
abondance à Mézeaux , dans une propriété de M. Paulze- 
d'Ivoy, préfet de la Vienne. Cette découverte, faite 
dans une dislocation du lias à sa jonction avec l'oolithe , 
le porte à penser que la présence du gypse sur ce point 
est due à la décomposition du sulfure de fer , si abondant 
dans ces sortes de terrains, et que, par conséquent, on 
doit trouver là l'indice de couches sous-jacentes plus 
puissantes encore. Ce fait lui parait d'autant plus inté- 
ressant pour l'agriculture , que le gisement qu'il signale 
se trouve entre des mains guidées par un amour intel- 
ligent des sciences agricoles et du bien public. 

M. le Président termine la discussion relative aux 
questions 7 bis et 8 , en donnant lecture d'une lettre de 
M. le docteur Pingault, fournissant, sur le même sujet, 
d'utiles renseignements. 

Dans cettre lettre , M. Pingault fait connaître que les 
forges de Verrières sont alimentées par des minerais de 
fer recueillis à une lieue à la ronde , dans la localité et 
sur la superficie même du terrain. Quelques-uns de ces 
minerais sont à l'état d'agglomération plus ou moins 
grossière , d'autres à l'état de peroxyde de fer plus ou 
moins recouvert de terre glaise ; quelques-uns contien- 
nent de rhématite ou proloxyde de fer. Leur rendement 
en fer , si l'on combine les expériences de M. Pelouse 
avec celles de MM. Beudant et Dorvault, serait d'environ 
55 pour 100. Au milieu même du gisement de ces mi- 
nerais s'écoule une source éminemment ferrugineuse , 
contenant le fer à l'état de dissolution ; ses eaux, à peu 
près inconnues dans notre département , sont utilement 
employées, dans la localité, pour le traitement des femmes 
chlorotiques et des individus anémiques. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Zl25 

L'Assemblée passe à l'examen de la question 9 du pro- 
gramme , ainsi conçue : 

a Quels sont les amendements qui paraissent le mieux 
convenir aux terres arables ? » 

M. de Longuemar donne lecture d'une note où il 
indique, à ce point de vue, les emplois les plus généraux 
des matières rencontrées dans notre sol. Il cite la décou- 
verte du gypse dans la Vienne, en 1823 , et les mémoires 
publiés sur cette matière par M. le docteur Ganolle (t. I". 
des BiiUetins de la Société d'Agriculture ) , et par 
M. Babault de Chaumont (t. III du môme recueil). — 11 
signale, en outre, sur les emplois de la chaux un mémoire 
très-complet de M. de Fayolle (t. II), et un travail de 
M. Duval (t. X de ces mêmes Bulletins). Enfin, il fait 
connaître que le département possède trois espèces de 
marnes utilisées pour l'agriculture : 1". celle du lias, 
excellente marne , dont les gisements se rencontrent à 
Lathus, Queaux et Charroux; 2^ celle de l'oolithe infé- 
rieure , à Charroux ; 3". celle du terrain tertiaire moyen , 
que l'on trouve dans le reste du département. 

Après ces explications, M. le Président donne la parole 
à M. Meillet pour la lecture d'un mémoire sur cette inté- 
ressante matière : 

Le mémoire de M. Meillet débute par une protestation 
contre les tentatives faites pour nourrir la plante par les 
engrais raisonnes , les engrais chimiques et restituteurs. 
Tout système absolu , en cette matière, lui paraît puéril 
et dangereux. Il s'autorise des expériences de M. Bous- 
singault pour démontrer que la plante peut germiner , 
fleurir et fructifier sans autres aliments que ceux trouvés 
par elle dans l'air et dans l'eau. Toutefois, M. Meillet ne 
nie pas absolument l'action fertilisante de certains engrais. 



lÛB INSTITUT DES PROVINCES DE FRAl^CE. 

Le fumier, qui réunit à la fois les substances salines et 
les substances azotées, lui paraît le prototype de l'engrais. 
Nul engrais , en dépit des combinaisons des chimistes , 
ne remplacera le fumier soumis à une putréfaction sa- 
gement mesurée , de manière à éviter la volatilisation 
des principes fertilisants. 

Après quelques développements de cette idée, et après 
une comparaison entre les poudrettes de Paris et de Poi- 
tiers , qui , par une singularité remarquable, sont plus ou 
moins fertilisantes en raison inverse de leur plus ou moins 
de richesse en principes assimilables, M. Meillet aborde la 
partie de son mémoire qui répond plus spécialement au 
programme, à savoir les marnes et la méthode suivant 
laquelle on doit les employer. 

M. Meillet s'empare des résultats obtenus par les re- 
cherches de MM. Boussingault et Deville sur Teau des 
puits et des rivières, où ces savants ont découvert des 
quantités d'azotates quelquefois assez fortes, et établit 
sur cette donnée tout une nouvelle théorie de l'action de 
la marne sur le sol. 

Suivant lui, l'action des marnes ne consiste pas pré- 
cisément à être un moyen mécanique d'ameublir un sol 
trop léger ou trop compacte , pauvre de calcaire ou d'ar- 
gile; elle réside surtout dans les minimes débris orga- 
niques qu'elles contiennent, et qui constituent pour 
elles les éléments d'une puissance fécondante. Les débris 
encore organisés qui s'y trouvent sont , suivant M. Meillet, 
un ferment qui , par ses évolutions et ses réactions en 
présence de l'atmosphère , sert à former des azotates à 
base de chaux, de magnésie, d'ammoniaque qui, inces- 
samment lessivés par les pluies, vont porter aux racines 
de nouveaux sucs nourriciers ; d'où il résulte que les 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. liTl 

meilleures marnes sont celles où l'on trouve le plus de 
principes organiques. 

En conséquence , M. Meillet a cherché un procédé pour 
le dosage des matières organiques contenues dans les 
marnes. Ce procédé a été trouvé par lui et est une dé- 
couverte dont il revendique la priorité. M. Meillet réalise 
le dosage de Tazote contenu dans les marnes par le so- 
dium et le sulfate de cuivre. 

A la suite de cette lecture, qui a été écoutée avec 
intérêt , mais dont certaines conclusions mériteraient un 
examen plus approfondi , la discussion s'est engagée sur 
les avantages comparatifs de l'emploi de la marne et de 
l'emploi de la chaux. Après cette discussion , à laquelle 
ont pris part MM. Trouessart, Raynal , Meillet, de 
Caumont , de Longuemar et PiloteHe , on a conclu qu'en 
pareille matière il n'y avait rien d'absolu ; que l'intérêt 
du propriétaire était le seul guide à suivre , et qu'il était 
le seul juge de cet intérêt. 

M. le Président pose les questions 10 et 10 bis , ainsi 
conçues : 

« Quelle est la nature du sous-sol , et à quelle série de 
« couches doit-on le rapporter, d'après les données de la 
(( géologie? — Quels sont les terrains du département 
a de la Vienne auxquels il convient surtout d'appliquer 
« le drainage ? » 

Ensuite il donne lecture d'une note sur cette double 
question : 

Les (1) assises calcaires de l'oolithe qui forment la 

(i) Extrait d'un rapport sur le drainage, fait antérieure- 
ment à la Société d'agriculture de la Vienne, par M. de 
Longuemar, 



428 INSTITCT DES PROVINCES DE FRANCE. 

masse principale du terrain et qui reposent elles-mêmes 
sur le lias, dit M. de Longuemar, sont recouvertes par 
deux grands systèmes d'argiles, de marnes et de sables, 
qui se montrent ensemble ou séparément, sur quelques 
points , mais plus généralement réunis. 

Les argiles supérieures forment seules des couches 
assez uniformément répandues sur le sol ; les marnes 
subordonnées ne se présentent, la plupart du temps, que 
par gisements isolés plus ou moins puissants ; les sables 
et les argiles inférieurs remplissent les dépressions des 
roches calcaires qui les supportent et présentent de nom- 
breuses lacunes dans leur assiette. 

Pour expliquer ces lacunes si fâcheuses pour l'industrie 
des tuiliers ( car cette assise renferme la terre à tuile au 
milieu de ses bancs de sable ) , il suffit de faire observer 
qu'une formation géologique n'a presque jamais succédé 
à la précédente , sans que celle-ci n'eût éprouvé préala- 
blement les ravages qui sont la conséquence naturelle du 
déplacement violent d'une grande masse d'eaux. 

Il est donc résulté de cette loi , à peu près générale , 
que certaines assises ont pu se déposer immédiatement 
sur une formation très-ancienne , la formation intermé- 
diaire ayant disparu en grande partie par suite du ravage 
des eaux ; ou bien se concentrer dans une forte dépres- 
sion du sol, au lieu de s'étendre d'une manière continue 
et régulière tout alentour. C'est là ce qui explique l'irré- 
gularité du gisement de marnes, sables et argiles infé- 
rieurs aux couches superficielles. 

Les deux systèmes dont il vient d'être parlé se suc- 
cèdent de haut en bas, dans l'ordre que nous allons 
décrire : 

Une couche superficielle de sable argileux, mêlé de 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Zl29 

cailloutis, dépassant rarement 33 centimètres d'épaisseur. 

Une couche d'argile jaune-rougeâtre , assez ferrugi- 
neuse pour que la limonite qu'on y rencontre ait formé 
ces agglomérations de galets quartzeux, qu'on appelle 
poudingues. 

Celle-là atteint souvent 1 mètre de puissance ; elle est 
liée à une autre assise argileuse passant à la marne d'eau 
douce et à la meulière , presque toujours déposées dans 
les dépressions des terrains inférieurs. 

Ce groupe appartient essentiellement au terrain ter- 
tiaire moyen , et sa présence constitue le sol habituel des 
brandes du haut Poitou et du Berri. 

Parallèlement aux marnes blanches , se présentent les 
argiles et les sables panachés par la présence plus ou 
moins abondante du fer limoneux ou peroxyde , en pla- 
quettes ou de forme pisolithique, souvent exploité comme 
minerai de fer. 

Cette assise fort irrégulière , qui atteint souvent une 
puissance de plusieurs mètres, et qui est remarquable 
par la présence du mica en paillettes répandu dans la 
masse , et la nature presque kaolinique de ses argiles , 
appartient sans doute à la même formation. 

Nous avons déjà dit que les tuiliers y trouvaient les 
argiles propres à alimenter leur industrie. 

Tel est l'ensemble des dépôts sédimentaires ou de 
précipitation dont les affleurements, plus ou moins irré- 
guliers , constituent la surface de quelques-uns de nos 
plateaux. 

On sent que la détermination régulière de leurs con- 
tours pourra seule permettre d'en évaluer l'étendue , et 
de préciser dans quelle proportion les terrains à drainer 
se rencontrent dans la contrée. 



Zl30 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

La question du drainage ne pouvant, eu égard à l'in- 
suffisance des études faites, être traitée avec la précision 
commandée par le programme, M. Pilotelle demande 
la parole pour préconiser l'emploi du colmatage , pro- 
cédé peu connu chez nous, mais populaire en Italie, 
où Ton réussit, à Taide de travaux peu coûteux, à diriger 
les eaux malfaisantes , à les discipliner , et à les rendre 
non-seulement inoffensives, mais encore auxiliaires de 
Tagriculture. 

MM. Trouessart et de Caumont partagent la bonne 
opinion exprimée par M. Pilotelle sur ce procédé , et ci- 
tent , à l'appui , des exemples faits pour le populariser 
dans ce département. 

A la suite de cette discussion , la parole est donnée à 
M. l'abbé de Lacroix , curé de St. -Romain, pour traiter 
des 11'. et 12^ questions du programme, ainsi conçues : 

u Quels sont les nouveaux faits constatés relativement à 
« la distribution géographique des plantes dans le pays ?» 

« Quelle influence paraît exercer la nature géologique 
« du sol sur la végétation en général, et sur le dévê- 
te loppement de certains végétaux en particulier ? » 

Dans un savant mémoire qui résume de longues années 
d'étude , de laborieuses recherches et d'utiles explora- 
tions , M. l'abbé de Lacroix énumère les conquêtes nou- 
velles faites par la science au profit de la flore poitevine. 
Son travail est divisé en quatre parties principales , se 
rapportant à quatre groupes d'espèces , classés suivant 
les zones auxquelles ils appartiennent. Il traite donc suc- 
cessivement des plantes nouvellement découvertes ; l^ 
sur les coteaux secs; 2°. dans les bois et les landes; 
3". dans les plaines et les cultures ; 4^ dans les marais 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. /jSi 

et sur les bords des eaux. Dans ces diverses catégories , 
M. de Lacroix signale certaines plantes manquant, non- 
seulement à la flore française , mais encore à la flore 
européenne. 

Grâce à ses laborieuses recherches, combinées avec 
les savants travaux de M. Delastre , autrefois son maître 
dans la science et aujourd'hui son collaborateur, M. Tabbé 
de Lacroix est en mesure de signaler plus de 130 espèces 
phanérogamiques tout-à-fait nouvelles pour la flore de 
la Vienne , et dont quelques-unes sont encore introuvées 
en France. Nous avons remarqué particulièrement, au 
nombre de ces conquêtes : la Viola pratensis, Mert. et 
Koch,, qu'on n'avait trouvée jusqu'ici que dans le dépar- 
tement des Deux-Sèvres ; le Fiimana Spachii, Gren. et 
Godr., plante tout-à-fait méditerranéenne; le Cytisus 
prostratus , Scop., espèce d'Istrie et de Carniole; l'/Z/e- 
racium onosmoïdes , épervière à peu près nouvelle 
pour la flore de France, QiVEiiphorbia angulata, Jacq., 
plante fort rare et que , dans tout le bassin de la Loire , 
on n'avait trouvée jusqu'ici qu'à Châteauroux. 

Abordant ensuite la section des cryptogames vascu- 
laires , M. l'abbé de Lacroix a fait passer sous nos yeux 
les plus rares espèces de fougères , au premier rang des- 
quelles il a placé le Blechnum spicant, L., dont on n'a 
pu encore trouver dans ce département qu'une localité. 
Il a également cité Ylsoetes tenuissima, Bor., plante 
nouvellement introduite dans la science par M. l'abbé 
Chaboisseau. 

Les agames ont ofl'ert à M. l'abbé de Lacroix un vaste 
champ d'observations et de découvertes importantes. Il 
qualifie lui-même d'effrayante la nomenclature des 
espèces nouvelles acquises à la flore poitevine, et s'est 



Zi32 INSTITUT DES PROVINCFS DE FRAx\CF. 

VU obligé de se restreindre, dans son mémoire, aux choses 
loiit-à-fait nouvelles ou curieuses, non-seulement pour 
le département, mais encore pour la science. Citons en 
particulier les Jungermannia oppositifolia , de Lacroix, 
espèce entièrement nouvelle; nigrella , de Not., nou- 
velle pour la France; la Lecidea saubineti ^ Montagn., 
espèce extrêmement rare; la Scutula Vairothii , Tul., 
dont la découverte en Poitou appartient à M. de Lacroix , 
VHypoci^ea iatcricîa^ Fr., sphériacée très-rare en Eu- 
rope, qui se développe sur le Lactarius deliciosiis ; 
enfin , le Glœosporium salicinum , et le GUeosporhim 
Delastri^ espèces découvertes par M. Tabbé de Lacroix 
et dont la dernière a été dédiée par lui à son savant 
maître. 

La famille des gasléromycètos, qui a fourni à M. Tabbé 
de Lacroix un autre sujet de fructueuses observations, 
a été pour lui Toccasion^ d'un hommage rendu aux sa- 
vants travaux de MM. Tulasne, nos compatriotes et les 
condisciples de quelques-uns d'entre nous ; c'est à leurs 
excellents ouvrages qu'il faut se reporter pour com- 
pléter le travail de M. de Lacroix sur cette partie de la 
science. Bornons-nous à revendiquer comme une décou- 
verte toute poitevine le Mycélium ou blanc de la truffe. 

Enfin, Messieurs, après avoir cité quelques espèces 
rares de Lycoperdom , M. l'abbé de Lacroix termine son 
mémoire par une invocation aussi pieuse qu'éloauente 
au Créateur de toutes choses, dont la puissance et la 
fécondité se manifestent dans les plus petites comme 
dans les plus grandes, dans les plus mystérieuses comme 
dans les plus éclatantes de ses œuvres. 

Après cette lecture , M. l'abbé de Lccroix entre dans 
quelques explications sur les conséquences à tirer de ses 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Zl33 

éludes au point de vue de rinfluence que peut exercer 
la nature géologique du sol sur la végétation. Il ne con- 
sidère pas que la formation géologique du sol doive 
nécessairement et invariablement influer sur les produc- 
tions végétales. Son influence directe est souvent modiflée 
et même annihilée par Tinterposilion de terrains qui leur 
sont accidentellement superposés. Ainsi Ton voit , sur des 
terrains calcaires , des plantes appartenant par leur ori- 
gine aux terres siliceuses, anomalies qui n'en sont pas 
en réalité , car elles s'expliquent presque toujours par des 
poussières siliceuses apportées par les hasards du vent , 
et accumulées , à la faveur des inégalités ou des fissures 
du sol. Il cite, à ce sujet, l'exemple des digitales et pro- 
voque, sur les habitudes de cette plante, une discussion 
à laquelle prennent part MM. de Caumont, Meillet, 
Mauduyt et de Longuemar. M. de Longuemar termine la 
discussion par la lecture d'une note publiée par lui, en 
18Zi3, sur ses observations dans le département de 
l'Yonne (1) , et confirme , par des exemples , l'opinion 
émise par M. l'abbé de Lacroix. 

Après cette discussion, M. Carmignac- Descombes 
appelle l'attention de l'Assemblée sur les terrains tour- 
beux de ce département, qu'il considère comme pouvant 
être utilisés pour les engrais. Il propose à l'Institut des 
provinces de mettre à l'étude cette question importante. 

L'existence de terrains tourbeux dans le département 
est, dit M. de Longuemar, un objet d'étude et d'essais 
d'amélioration pour plusieurs agriculteurs. Il cite l'exem- 
ple de M. de Gurzon qui, en sillonnant de fossés des 

(1 ) Etudes géologiques sur les terrains de la rive gauche de 
V Yonne. Auxerre, 1843. 

19 



434 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

terrains de cette nature, et en exhaussant les terres avec 
les déblais des fossés , a complètement assaini ses marais, 
et les a rendus productifs. Les mottes, c'est le nom que 
portent en Vendée les planches ainsi formées , lui donnent 
d'excellentes récoltes en productions maraîchères. 

M. Meillet propose l'emploi de la chaux comme un 
excellent moyen pour rendre les terrains tourbeux pro- 
pres à la culture. L'acide humique , dit-il , s'oppose à la 
nitrifîcation du sol , essentielle pour la fertilité. Décom- 
posez l'acide humique avec de la chaux vive , et le sol , 
désormais susceptible de nitrifîcation, pourra être uti- 
lement soumis à la culture. 

L'Assemblée remercie M, Carmignac-Descombes de sa 
communication, et la recommande à l'attention des agri- 
culteurs. Elle passe ensuite à l'examen de la 13^ question 
du programme : 

« A-t-on fait, dans le pays, des observations météoro- 
« logiques suivies? Quels résultats en a-t-on obtenus? » 

La parole est donnée à M. Trouessart , professeur de 
physique à la Faculté des sciences de Poitiers. 

Le travail de M. Trouessart sur la météorologie de 
Poitiers n'est pas seulement une œuvre de science , c'est 
encore une bonne action : c'est de la piété scientifique. 
Signaler au respect de notre génération la mémoire d'un 
savant modeste, sauver de la poussière des archives et 
des ténèbres de l'oubli l'œuvre consciencieuse de qua- 
rante années de sa vie, donner à celle œuvre un corps 
par la méthode, une vie par la pensée , un coloris par le 
style, c'est faire deux bonnes choses à la fois : une 
bonne action et un bon ouvrage. 

M. Trouessart a, en effet, entrepris de faire connaître 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POlTOtJ. ^35 

fes observations météorologiques de M. le docteur de La 
Mazière, œuvre de patience accomplie jour par jour, à 
trois heures marquées , sans interruption , pendant qua- 
rante années consécutives , de 1778 à 1819 ; — œuvre 
rare dans l'histoire de la météorologie (1) ; — œuvre de 
persévérance accomplie au milieu de tous les genres 
d'orages, sous les foudres mômes de 1793, avec le calme 
de rhomme de paix , avec Timpassibilité du vrai savant 
qui, rœil fixé sur une idée, ne s'en distrait pas et ne 
s'émeut de rien. 

M. Trouessart ordonne en six parties son travail sur 
les observations de M. de La Mazière, Il traite succes- 
sivement de la température, des vents, des hauteurs du 
baromètre, dti la pluie, des tonnerre, grêle et brouil- 
lard, et enfin des particularités météorologiques rela- 
tives à quelques années. 

La température moyenne de Poitiers, prise sur les 
quarante années d'observations météorologiques de M. de 
La xMazière, serait de 12" 03 centigrades, M. Trouessart, 
tenant compte des variations diurnes de la température, 
fait descendre celte moyenne à 11" 33, température 
habituelle des mois d'avril et octobre. 

Les vents sont répartis par M. Trouessart entre quatre 
régions, qui forment l'horizon de Poitiers. L'une, sise au 
Sud-Ouest, celle de la pluie , nous menace pendant la 

(1) Un autre travail de ce genre (quarante -trois années 
d'observations météorologiques) a été fait, dans un dépar- 
tement voisin, à Limoges, par M. Juge de Saint-Martin, con- 
seiller au présidial de Limoges. Averti de l'existence de ce 
travail par M. Bardy, petit-fils de Pauteur, M. Trouessart 
se propose d'en faire Tobjet d'une nouvelle étude^, 



^36 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

majeure partie de Tannée. C'est ce que nous devons 
conclure des observations de M. de La Mazière, puisqu'il 
n'est que deux mois, juillet et mars, où elles nous 
donnent un espoir fondé d'en être exemptés. L'autre 
région , celle du Nord-Est , nous envoie l'extrême froid 
en mars et l'extrême chaleur en juillet. La troisième, qui 
règne au Nord-Ouest , souffle, en août , les bourrasques 
et la quatrième , sise au Sud , donne issue aux vents pré- 
curseurs des averses. Au milieu de ces vents pleins de 
menaces il reste, et c'est une expérience que nous faisons 
tous les jours , fort peu de place pour le beau temps. 

M. Trouessart nous entretient ensuite des pluies et fait 
connaître qu'il a pu , d'après M. de La Mazière , fixer en 
moyenne le maximum des pluies en octobre , et le mini- 
mum en août. Mais il a, dans l'infaillibilité des moyennes, 
un manque de foi qui va jusqu'à l'incrédulité. Il a trop 
vu les démentis qui leur sont donnés , chaque jour , par 
celui qui tient dans sa main le beau temps , les vents 
et l'orage ! Sur ce point, M, Trouessart est désespérant 
pour ceux qui font de la statistique toute leur science , 
et il leur porte un coup mortel lorsque lui, si savant, avoue 
humblement, comme conclusion, que, malgré les moyen- 
nes , il ne peut nous prédire le temps qu'il fera demain. 

Il nous apprend aussi qu'à Poitiers la moyenne du 
tonnerre est de 16 jours par année , celle des éclairs de 
8 jours ; celle de la grêle , 5 jours ; celle du brouillard , 
55 jours. Nous entendons gronder la foudre en juillet 
juin et septembre ; la grêle nous menace en avril , mars 
et février, et nous vivons dans les brouillards en décem- 
bre, novembre et janvier. Telles sont les données fournies 
par quarante-une années d'expérience. 

Le mémoire de M. Trouessart se termine par u» 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. 1x31 

-exposé des particularités météorologiques relatives à 
certaines années. Les grands hivers 1788-89 , 177/i-75 , 
1798-99 , — les hivers doux 1790-91 , 1797-98, — les 
hivers tardifs 1785 et 1696, — les étés les plus chauds 
1778 , 1793 , 1803 , — les étés les moins chauds 1816,— 
les années de grande sécheresse 1803, 1793, 1807 et 
1818,— les années de pluie 1788, 1811, 1816 et 1781, 
— les années fécondes en phénomènes exceptionnels, 
tels qu'orages, tremblements de terre, invasion d'insectes 
malfaisants, neiges tardives , dévastations de récoltes , 
sont signalés , par M. Trouessart avec un soin minutieux 
dont la valeur est encore rehaussée par des réflexions 
aussi ingénieuses que savantes. 

Cette lecture est écoutée avec l'attention que notre 
savant professeur de physique est habitué à rencontrer 
au milieu de tous ses auditoires. 

L'ordre du jour appelle la discussion sur les questions 
du programme relatives à l'archéologie. Avant d'aborder 
cette matière , M. de Longuemar présente quelques ob- 
servations pouvant servir de transition de la géologie à 
l'archéologie, et prouve, par certains faits mal appréciés 
par plusieurs , que ces deux sciences ont des points de 
contact et peuvent quelquefois se servir mutuellement 
d'auxiliaire. Ces observations portent sur les puits ou 
excavations affectant la forme cylindrique, si communs 
dans nos rochers , et attribués à tort , par l'opinion vul- 
gaire , à des travaux de main d'homme. Suivant les uns, 
ces excavations ont été creusées pour servir de silos ; 
suivant d'autres, elles sont dues au culte qui s'y cachait 
pour rendre des oracles. Ces excavations, dit M. de 
Longuemar, ont pu être employées à ces divers usages , 
mais elles ne doivent pas leur origine à la main de . 



438 liNSTITUT DES PROVINCES DE FRANGIT^ 

rhomme ; ce sont les eaux lorrenlielles qui, aux époques 
antérieures aux terrains tertiaires , ont attaqué les 
parties les plus tendres des rochers, fait tarière en 
tourbillonnant, et perforé le sol. L'espèce de ciment 
incrusté de galets siliceux , qui tapisse sur certains points 
les parois de ces puits, est le produit des dépôts laissés 
par les eaux , et non l'œuvre de la main humaine. Il 
faut donc restituer à l'action de la nature ce qu'on 
avait, à tort, attribué à l'industrie des anciennes géné^ 
rations. 

La géologie est également utile , dit M. de Longuemar, 
pour expliquer sur certains terrains la présence de dol- 
mens qui , formés de blocs étrangers au sol sur lequel 
ils s'élèvent , font supposer un transport lointain par les 
Gaulois, érecteurs de ces monuments. Plusieurs per- 
sonnes font, en conséquence, à nos ancêtres les honneurs 
de connaissances pratiques très-étendues en dynamique ; 
c'est une exagération. Ces pierres n'ont pas été trans- 
portées. La géologie vient en aide à l'archéologie pour 
faire la lumière sur ce point. Quelques-unes de ces 
pierres sont des blocs erratiques apportés par les eaux 
diluviennes sur un sol auquel ils sont étrangers ; d'autres 
sont des blocs de grès ferrugineux formés dans le sable. 
Les eaux ont enlevé le sable , et laissé le grès dans un 
état qui fait contraste avec l'aspect général du sol. M. de 
Longuemar cite plusieurs de nos pierres levées à l'appui de 
cette thèse qui est la vraie, et démontre, par conséquent, 
qu'en échange des services qu'elle peut en attendre , 
l'archéologie fera bien de vivre en paix avec la géologie. 

Après cette intéressante communication , M. le Prési- 
dent donne la parole à M. Ménard , secrétaire de la Société 
des Antiquaires de l'Ouest, qui , répondant à la question 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. 4^9 

îZitiu programme par un rapport où il a eu l'art de con- 
denser beaucoup de choses dans un étroit espace , rend 
compte des travaux de statistique monumentale accom- 
plis , de iSdli à 1857 , par les Sociétés savantes du 
département. 

Il nous est impossible d'énumérer, après M. Ménard , 
les travaux accomplis par les antiquaires de l'Ouest, 
pour rechercher, conserver, restaurer, décrire les mo- 
numents de toutes les espèces et de tous les âges , épars 
sur ce département et sur les régions circonvoisines. 
Disons que, si tout n'est pas décrit, la description n'a 
cependant manqué à aucune matière. Monuments cel- 
tiques, voies romaines, établissements, monuments, 
tombeaux romains et gallo-romains, édifices religieux, 
châteaux du moyen-âge et de la renaissance, tout est re- 
p résenté dans \qs Mémoires de la Société des Antiquaires 
de rouest , par des descriptions formant un total de plus 
de 170 mémoires , dont quelques-uns s'occupent de plu- 
sieurs monuments à la fois. 

M. de Caumont félicite la Société des Antiquaires de 
l'Ouest des travaux accomplis par ses membres , pour la 
description des monuments ; mais il fait remarquer que 
ces travaux isolés ne constituent pas une statistique du 
département , œuvre indiquée par la question du pro- 
gramme. Il importe , dans l'intérêt des monuments d'un 
département , qu'ils soient tous indiqués et décrits par 
canton, de manière à former un classement raisonné et 
méthodique. Le savant Directeur-général de l'Institut des 
provinces recommande, avec des instances toutes par- 
ticulières, la direction de cette œuvre à la Société des 
Antiquaires de l'Ouest. M. l'abbé Lalanne, curé d'Oiré , 
annonce qu'il se propose de faire la statistique monu- 



MO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

mentale de Tarrondissement de Châtellerault. L'Assem- 
blée applaudit à ce projet. 

Après ces observations , TAsseniblée est appelée à dis- 
cuter la 15*. question du programme , ainsi conçue : 

a Quelles sont les déductions résultant des études déjà 
« laites, soit sous le rapport des établissements romains 
« qui ont existé, soit sous le rapport de l'art au moyen- 
« âge dans le pays ? » 

Interpellé par M. le Président sur les catastrophes qui , 
suivant lui, ont fait disparaîlre du sol poitevin les con- 
structions romaines dont on retrouve tant de vestiges, 
M. Bonsergent déduit les conséquences auxquelles con- 
duisent les observations qu'il a faites : ce sont les torches 
incendiaires des barbares qui ont fait disparaître les belles 
constructions dont les Romains avaient doté notre sol. 
Il croit pouvoir conclure ainsi, de ce fait, que presque 
toutes les ruines découvertes à Poitiers, et particulière- 
ment sur les terrains de la rue de l'Industrie, sont 
recouvertes d'une couche de charbon et de cendre , indi- 
quant visiblement les causes de tant de ruines. M. Bon- 
sergent cite , en outre, les divers lieux de la cité où des 
fouilles ont fait découvrir les traces laissées par l'art 
romain dans nos contrées. 

De ces faits et de l'existence des innombrables villas des 
environs, des arènes pouvant contenir 52,000 specta- 
teurs , des aqueducs amenant à Poitiers l'eau de toutes 
les vallées supérieures , des nombreux débris d'architec- 
ture romaine que l'on retrouve employés comme maté- 
riaux dans la construction de l'enceinte visigolhe, M. de 
Longuemar conclut que l'antique Limonum a dû jouer 
un rôle important parmi les stations romaines. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DtJ POITOU. ZlZll 

Ces observations sont, pour M. de Caumont , Tocca- 
sion d'un appel à l'érudition des juristes poitevins : le 
savant Directeur-général de Tlnstilut des provinces se 
demande si la destruction de certains édifices romains , 
dont on retrouve les débris dans nos anciens murs d'en- 
ceinte , ne pourrait pas avoir coïncidé avec quelque dis- 
position législative des derniers empereurs d'Occident, 
ordonnant la reconstruction des fortifications. M. Foucart 
s'empresse de répondre à cet appel : il se livre , de 
concert avec M. Ragon , professeur de Droit romain , à 
des recherches qui lui font retrouver , au Code Théo- 
dosien , des lettres des empereurs Arcadius et Honorius , 
répondant à l'idée de M. de Caumont. Édicté pour l'Orient, 
en 396 et rendu obligatoire pour l'Occident en ^38 , cet 
ordre impérial prescrivait aux cités la reconstruction de 
leurs murs. Il est conçu en ces termes : 

« Omnes provinciarum rectores litteris moneantur, ut 
« sciant, ordinesatque incolas urbium singularium muros 
« vel novos debere facere , vel veteres firmiùs renovare : 
« scilicet hoc pacto impendiis ordinandis, ut adscriptio 
« currat pro viribus singulorum, deinde adscribantur 
« pro sestimatione futuri operis territoria civium : ne 
« plus poscatur aliquid quam nécessitas impetraverit , 
« neve minus : ne instans impediatur effectus. Oportet 
« namque per singula ( non sterilia) juga certa quoque 
« distribui, ut par cunctis praebendorum sumptuum ne- 
« cessilas imponatur , nemini excusatione vel alia prœ- 
« sumplione ab hujusmodi immunitate prsebenda. Dat. 
« IX kalend. apriU Arcad. IV, Honor. III, AA coss. 
« (396). » 

En communiquant ce texte, M. Foucart présente les 
observations historiques que voici : 



ilU2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Lorsque la domination des Romains, dil-il, fut défi- 
nitivement établie dans les Gaules, une paix profonde, 
assurée par la constante présence des légions , régna 
dans nos contrées. Dans Tétat de calme où se trouvait 
alors le pays, les fortifications étaient inutiles, et, en 
Tabsence du stimulant du danger, les municipalités, 
dont l'esprit est le même dans tous les temps, se sou- 
ciaient fort peu de faire les frais nécessaires pour la 
construction ou Tentretien de murs d'enceinte. Les cités 
gauloises se trouvaient donc dépourvues de murs , lors- 
que après /i06, année si fameuse dans les fastes de la 
décadence romaine, le péril inspira aux habitants de nos 
cités la résolution de se mettre en état de défense. 

Stilicon, préoccupé de ses ambitieux projets, était 
venu sur les bords du Rhin , où les légions romaines 
étaient cantonnées, et les avait emmenées à Rome. 
C'était une imprudence. Dégarnir la frontière des Gaules, 
c'était la livrer aux barbares. Toutefois, avant de s'éloi- 
gner, Stilicon prit la précaution de s'entendre avec les 
Francs qui , parvenus à se former un petit établissement 
vers Cologne , entre le Rhin et la Meuse , promirent de 
défendre la frontière. Puis il partit. 

Alors , comme si elle n'eût attendu que ce signal , une 
formidable horde de barbares fit irruption dans les 
Gaules. Gotlis, Gépides, Vandales, Hérules, Suèves , 
Bourguignons, Saxons, Angles et Juthes se précipitèrent 
sur ce malheureux pays , pour la protection duquel les 
Francs ne furent qu'une faible barrière. Leur défaite 
désastreuse les découragea , et , comme le chien de la 
fable, qui voit ne pouvoir défendre le dîner de son 
maître, ils se résignèrent à prendre une part du festin. 

Ce ne fut alors qu'un vaste embrasement dans la 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. [\ko 

Belgique et dans le nord des Gaules. Tout fut mis à feu 
et à sang , et une immense terreur s'empara de toutes 
les populations du Centre et de FOuest. Ne pouvant plus 
attendre de secours d'un empire expirant , réduits 
à leurs propres forces, stimulés par l'imminence du 
péril , les habitants de nos villes se décidèrent à res- 
serrer Fenceinte de leurs cités pour présenter moins de 
prise à l'ennemi , à abattre les magnifiques édifices qui , 
situés en dehors de l'enceinte, auraient pu couvrir l'as- 
saillant, et des débris de ces nobles ruines firent des 
matériaux pour leurs murs. C'est alors que les lettres 
d'Arcadius et d'Honorius dont nous venons de donner 
le texte reçurent en Occident leur exécution ; c'est alors 
que tombèrent nos arènes , et les somptueux édifices 
dont notre sol révèle chaque jour tant de vestiges ; c'est 
alors que s'entassèrent, pour former des murs d'en- 
ceinte , les matériaux arrachés à nos belles arènes. 

M. de Caumont applaudit à la justesse des obser- 
vations de M. Foucart , et cite , à l'appui de sa conclu- 
sion , divers exemples analogues , constatés par lui dans 
des cités de l'ouest et du midi des Gaules (1). 

(1) Un autre texte , communiqué par M. Ragon , permet 
d'assigner une autre cause à la destruction des édifices païens 
dans les Gaules, et à ce fait que leurs débris ont servi de 
matériaux pour la construction des murs d'enceinte. C'est celui 
de la loi 15 au Code, titre \1, De operibus publicis. Ce texte 
est ainsi conçu : Si aliquando horaines emergant, qui a nostra 
clementia opus publicum sibi praeberi poslulaverint : non nisi 
diruta penitùsque destructa , et quae parùm sunt in usu 
civitatum percipiant. Dat. id. decembr, , Honor. à et Euthy- 
choo coss. (398). » 

Cette loi , en date de 398 , constate deux choses : 1°. qu'un 



liliU INSTITUT DES PROVIACeS DE FRANCE. 

Après cet incident, la parole est donnée à M. l'abbé 
Barbier, pour la lecture de son intéressant mémoire sur 
les signes lapidaires relevés par lui dans nos édifices 
religieux, civils et militaires. 

M. l'abbé Barbier , pour rendre ses explications plus 
faciles à saisir, a figuré au crayon blanc , sur un grand 
tableau , tous les signes lapidaires qu'il a recueillis à 
Poitiers. Il initie ensuite son auditoire à la langue des 
pierres: Lapides clainabimt, dit-il; et il fait ressortir tout 
l'intérêt que présente l'étude des signes dont se forme 
cette langue universelle, parlée au moyen-âge et dans 
tous les pays, par les associations ouvrières. Chaque signe 
est la marque d'un ouvrier qui fait acte de possession sur 
son œuvre, afin que les blocs équarris par lui ne soient 
pas confondus avec d'autres, et qu'au jour fixé il touche 
son salaire. La variété des signes constatés sur les murs 
de la cathédrale porte M. l'abbé Barbier à penser que 

certain nombre d'édifices publics tombaient en ruines , diruta 
penitùsque destrucla ; 2'». que les édifices qui n'avaient p!us 
de destination, quae parùm sunt in usu civilatum , étaient 
condamnés à mort ou livrés au premier occupant. 

Quels étaient ces édifices condamnés à mort? Ceux qui se 
rattachaient aux usages et au culte païen, proscrits depuis 
Constantin, et livrés aux représailles des chrétiens qui se 
vengeaient des outrages reçus par leur foi sur les arènes en- 
core fumantes du sang de leurs frères. C'est une cause de 
plus de rindifférence avec laquelle les habitants des cités, à la 
fin du IV*. siècle, jetaient pêle-mêle , dans leurs murs d'en- 
ceinte, des débris sculptés provenant des arènes, des temples, 
des pierres funéraires païennes , telles que celles de Sabinus , 
et tout ce qui pouvait rappeler une époque, un culte et des 
noms délestés. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Iili5 

plus de /lOO ouvriers ont tpavaillé simultanément à l'érec- 
tion de ce gigantesque édifice. 

Ces signes ont été relevés par M. Barbier dans les 
églises de St.-Hilaire , Montierneuf , Ste.-Radégonde , 
le cloître de Notre-Dame-la-Grande, St. -Pierre, St.-Cybard, 
les Augustins, St. -Germain, le Puy-Garreau ; sur les restes 
de Tancien évêché , sur les murs de l'enceinte fortifiée , 
sur la tour du Pont-Guillon et sur des édifices modernes. 
Ils sont empruntés soit à la nature, soit à la géométrie, 
soit à la guerre, soit au culte, soit à l'alphabet. Quelques- 
uns paraissent devoir être considérés comme présentant , 
avec le nom de chaque ouvrier, l'analogie qu'on rencontre 
dans les armes parlantes ; les autres sont vraisembla- 
blement des initiales ; d'autres , enfin , des signes de 
pure fantaisie. La cathédrale est , de tous les édifices de 
Poitiers, celui qui présente la plus grande variété de 
signes lapidaires : on en compte 220. C'est là qu'ils 
offrent le plus de précision et de netteté. M. Barbier 
remarque, du reste, que la perfection des signes lapidaires 
est toujours en raison directe des progrès mêmes de l'art, 
et il nous amène à celte conclusion , aussi ingénieuse 
que poétique, qu'au beau temps du moyen -âge tout maçon 
était artiste. 

L'étude des signes lapidaires n'est pas seulement, pour 
M. Barbier, un objet de curiosité, il y trouve un élément 
précieux pour l'histoire monumentale du pays. L'origi- 
nalité si saillante de l'école poitevine pendant toute la 
période romane , signalée par M. de Caumont, trouve son 
explication dans les signes lapidaires ; car la présence des 
mêmes signes dans les divers monuments du Poitou , 
concordant avec l'analogie de leur style , prouve l'emploi 
des mêmes ouvriers travaillant, par corporations, sous 



htxQ INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la même inspiration , et se transmettant leur manière 
aussi bien que leur esprit. 

M. Tabbé Barbier trouve encore , dans les signes lapi- 
daires tracés par Touvrier en vue de son salaire, un 
moyen de discerner dans les édifices claustraux les mo- 
numents dus aux travaux monastiques , de ceux érigés 
par les corporations ouvrières. Les signes lapidaires 
pourront vider , dit-il , Timportante question de savoir 
où finit le travail monastique, où commence le travail 
laïque. 

Il nous est impossible de citer tout ce que le mémoire 
de M. l'abbé Barbier contient de faits intéressants et 
d'aperçus ingénieux. Le vif intérêt avec lequel il a été 
écouté par l'Assemblée témoigne du mérite des travaux 
dont il lui a communiqué le résultat. 

M. de Longuemar prend, à son tour, la parole pour 
communiquer à l'Assemblée des réflexions que lui sug- 
gère un fait observé par lui dans un certain nombre 
d'églises romanes, telles que St. -Nicolas de Civray, St.- 
Jean de la Ville-Dieu , St.-Jouin de Marne, Notre-Dame 
de Poitiers, St.-Médard de Thouars, St.-Hilaire de 
Foussay , etc. ; voici quel est ce fait : 

M. de Longuemar a remarqué dans l'ornementation de 
ces églises, des figures en bas-relief, paraissant calquées 
sur des modèles byzantins , appliquées en placage sur les 
murs, et souvent mutilées pour être plus aisément enca- 
drées dans la place qui leur avait été réservée. 

L'orateur conclut de ce fait que ces bas-reliefs, exé- 
cutés sur des dalles portatives, sortaient d'un atelier 
fabriquant les bas-reliefs sur une grande échelle et expé- 
diant de tous côtés ses produits. On s'expliquerait ainsi 
très-aisément l'analogie entre les décorations d'églises 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. likJ 

placées à une grande distance Tune de l'autre. M. de 
Longuemar émet cette opinion qu'il existait dans ces 
temps anciens : l^ des corporations ambulantes , exécu- 
tant sur place une partie de Tornementation , telles que 
les chapiteaux , modillons , frises , entablements ; T. des 
corporations à demeure fixe, exécutant les personnages 
des scènes le plus fréquemment adoptées pour Porne- 
raentation. 

La parole est ensuite donnée à M. l'abbé Barbier , pour 
la lecture d'une notice consacrée à la peinture sur vélin 
et à l'application de l'or sur relief. 

M. l'abbé Barbier aime le moyen-âge comme l'aime 
un savant, mais surtout comme un prêtre et un artiste 
doivent l'aimer. Cette époque , en effet , est la seule où 
la religion fut véritablement dans l'art , et où l'art fut 
entièrement à la religion. Aussi l'art atteignit-il alors, 
dans son application aux choses du culte , un degré de 
perfection que nul siècle depuis n'a retrouvée. 

C'est à cette pieuse recherche que se livre M. l'abbé 
Barbier; il passe sa vie à consulter les chefs-d'œuvre de 
l'art et s'ingénie à leur dérober le secret des naïfs, mais 
ingénieux artistes du moyen-âge. Le mémoire dont il 
donne lecture a pour objet de nous faire connaître que le 
secret des charmantes miniatures sur vélin du moyen- 
âge est enfin retrouvé : « Rien ne manque désormais , 
nous dit-il , aux malins laborieuses et patientes qui , soit 
dans les salons, soit dans les monastères, voudront al- 
terner les travaux délicats de l'aiguille et du pinceau. » 

Nos lectrices, s'il se trouve des lectrices pour un 
compte-rendu scientifique, nous sauront gré de leur faire 
connaître le procédé indiqué par M. l'abbé Barbier. 

Le papier-carton ou papier Bristol est rejeté par 



UhS INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. Barbier , comme indigne d'une telle destination ; il 
n'admet que le vélin, et encore le vélin lisse et non poli, 
raat et non luisant. Nos fabriques françaises , et en par- 
ticulier celles d'Issoudun, n'offrent pas de produits qui le 
satisfassent pleinement. Le vélin de Londres seul ne 
laisse rien à désirer. 

Une fois en possession d'un vélin parfait, on doit 
monter la feuille sur un châssis, auquel on prend soin 
de la coudre par des fils nombreux permettant de la 
tendre à volonté : c'est , suivant M. l'abbé Barbier , la 
meilleure méthode. Si l'on préfère coller la feuille, on 
mouille légèrement le vélin au moyen de gomme dé- 
layée, on applique au pourtour du châssis, et quand le 
tout est parfaitement sec et tendu sans pli ni ride, on 
dessine et on peint. 

Mais il y a peindre et peindre , et la grande difficulté 
est de donner à la couleur, et surtout à l'or qu'on 
emploie, le merveilleux relief que présentent les mi- 
niatures du moyen-âge ; c'est là qu'est la nouveauté du 
procédé signalé par M. l'abbé Barbier. 

« Ayez, dit-il, une forte feuille de papier roulée en 
« cône et collée au point de jonction des deux extré- 
« mités; tronquez le sommet du cône comme un abat- 
« jour de lampe de la dimension que vous y placerez , et 
« pratiquez , le long de ses flancs , de longues et étroites 
« ouvertures pour donner de l'air à la petite bougie ou 
« veilleuse qui brûlera au centre; prenez un vase de 
« porcelaine résistant au feu, délayez-y avec de l'eau 
« une certaine quantité de la poudre qui se vend à 
« Londres , FuUer's-Ralisbonne Place , 3/i , sous le nom 
« de Miss Robert's Uaising-Pouders ; suspendez le vase 
« au sommet du cône, et chauffez jusqu'à ce que la 



ASSISES SCIEiMIFIQUES DU POITOU. Uk^ 

« poudre soit parfaitement fondue; pour y aider, remuez 
« avec un bâton ou un pinceau. 

« Quand la fusion est complète, prenez avec un pin- 
ce ceau la poudre devenue liquide , étendez-la aux parties 
« où vous désirez obtenir un relief. Cette première 
(( couche une fois sèche , appliquez-en une seconde ; 
« laissez sécher, et mettez autant de couches que votre 
« relief l'exige; puis, avec un grattoir bien affilé, net- 
ce toyez de manière que la surface soit unie; cependant, 
« disposez, vers le milieu du relief, pour le jeu de la 
V lumière, une ligne continue un peu plus saillante, et 
« faites fuir les deux côtés en pente légère et presque 
(( insensible. 

« Prenez ensuite de Tor en coquille; délayez-le et 
« appliquez-le au pinceau. Il faut passer et repasser 
(( souvent, afin que la couche soit uniforme et d'une 
« épaisseur convenable. Pour lui ôter sa teinte mate et 
« terne, servez-vous, en le polissant, de l'agate re- 
û courbée qu'emploient les doreurs, ayant soin, avant 
« de commencer votre opération, d'opposer à la pression 
« que vous exercez sur le vélin une palette de porce- 
« laine ou un morceau de verre épais que vous ap- 
u puierez contre le vélin sur le châssis. 

(( Il faut ensuite procéder au poinlillage. Vous ferez 
« le pointillé avec un poinçon d'agate dont la pointe ne 
« sera ni trop aiguë ni trop émoussée. N'oubliez pas la 
« palette, qui vous empêchera de transpercer le vélin. 

a Le gaufrage exigerait une variété de fers que je 
« n'ai pas encore rencontrés. Vous les remplacerez par 
« le poinçon d'agate qui, sous la direction d'une main 
« sûre , tracera des lignes courbes , ou suivra les lignes 
« droites de la règle. 



/l50 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

« Je termine par ces deux conseils : n'appliquez la 
« couleur qu'après votre préparation du relief achevée , 
« et ornez toujours, d'un filet coloré, l'or qui, à ce 
« contact, brillera du plus vif éclat. » 

Cette intéressante et utile communication est accueillie 
par les remercîments de l'Assemblée , qui s'empressera 
de lui donner,par l'organe de son secrétaire, une prompte 
publicité. 

L'ordre du jour appelle l'examen des questions 16 et 
17 du programme : 

« Quelle était la hiérarchie féodale des châteaux du 
« département? » 

« Combien y avait-il de fiefs et d'arrière-fîefs dépen- 
« dant de chaque château ? » 

La parole est donnée à M. Rédet, qui lit, sur cette 
importante matière, un mémoire où sont condensées de 
savantes et laborieuses recherches,. dignes en tout point 
de celles auxquelles nous a habitués l'infatigable archi- 
viste de la Vienne. 

Le centre du ressort féodal du Poitou, dit M. Rédet, 
était la ville de Poitiers, siège des comtes souverains 
qui , du haut de leur tour Maubergeon , commandaient à 
de nombreux vassaux. 

Le pays soumis à leur domination ne comprenait pas 
la totalité du territoire du département de la Vienne ; 
mais il y avait compensation , en ce qu'il s'étendait sur 
une portion de ce qui forme aujourd'hui les départements 
des Deux-Sèvres, de la Charente, de l'Indre et de la 
Haute-Vienne. 

Sept centres féodaux de ce département étaient en 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. /l51 

dehors de Thommage des comtes du Poitou. C'étaient les 
baronniesde Monconlour (IZiO fiefs), Mirebeau {kO fiefs), 
et la châtellenie de Loudun (70 fiefs), détachées du 
Poitou, au X*. siècle, au profit des comtes d'Anjou. 
C'étaient aussi les châtellenies de Lussac-les-Châteaux 
(/i6 fiefs), l'Ile-Jourdain (8 paroisses), et Charroux (11 
paroisses), qui dépendaient du comté de la Basse-Marche. 
C'était, enfin, la baronnie de Couhé ( 60 fiefs), qui 
relevait de l'abbé de St.-Maixent. 

D'un autre côté, iU paroisses, qui font actuellement 
partie du département de la Vienne, étaient étrangères 
auPoitou et dépendaient de la vicomte de la Guerche,des 
baronnies de la Haye et de Preuilly (Touraine) , et de la 
châtellenie de Faye-la-Vineuse ( Anjou ). 

Distraction faite de notre territoire, il restait, dans 
ce département, aux comtes de Poitou les centres féodaux 
que voici : — la vicomte de Châtellerault ( 120 fiefs ) , les 
baronnies de Gençay ( 25 fiefs ) , Morlhemer ( 28 fiefs ) , 
Dienné ( 17 fiefs) , Montmorillon (70 fiefs), Celle-l'Évê- 
cault ( 16 fiefs) , Chauvigny et Angles ( 12 paroisses ) ; — 
les châtellenies de Poitiers (52 fiefs), de Montreuil-Bonin 
( 9 fiefs), Château-Larcher ( 19 fiefs ), St.-Savin ( 21 fiefs ), 
Lusignan (61 fiefs), Civray (UO fiefs ), et Champagné- 
St.-ïJilaire. 

M. Rédet divise en trois catégories les fiefs de second 
ordre, se groupant autour de chacun de ces centres féo- 
daux, La première est celle des fiefs relevant immédia- 
tement des comtes du Poitou ; la seconde , celle des fiefs 
n'en relevant qu'indirectement à titre d'arrière-fiefs ; la 
troisième, enfin, se compose des fiefs qui, possédés par 
l'Église , étaient affranchis de l'hommage et des autres 
devoirs féodaux. 



452 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Les fiefs relevant directement des comtes de Poitou 
étaient ceux dépendant des baronnies de Gençay et de 
Morthemer , et des cliàtellenies de Poitiers , de Dienné , 
Montreuil-Bonin , Chàteau-Larcher et St.-Savin. M. Rédet 
fait connaître d'intéressants détails sur les redevances et 
charges féodales imposées aux possesseurs de ces diffé- 
rents fiefs. Il cite , entre autres , et donne m extenso un 
aveu du seigneur de Bren ( la Roche-de-Bran ) , fait pour 
piquer la curiosité. Le seigneur de Bren était tenu, lorsque 
le comte de Poitou faisait sa première entrée à Poitiers, 
de lui préparer un bain , et , avant l'immersion du comte, 
d'en goûter l'eau : charge singulière , mais revendiquée 
sans doute , dans les temps féodaux , avec l'ardeur dont 
Walter Scott s'égaie , aux dépens de l'excellent baron 
Bradv^ardine de Bradwardine et de Tully-Véolan. 

La seconde catégorie , celle des fiefs à mouvance 
intermédiaire , se composait de ceux dépendant de la 
vicomte de Châtellerault , de la baronnie de Montmo- 
rillon et des châtellenies de Civray et Lusignan. Ces 
fiefs formaient un nombre total de 391. 

Enfin, la troisième catégorie, celle des fiefs déchargés 
de l'hommage et des devoirs féodaux , par respect pour 
l'Église, se composait des fiefs des baronnies de Celle- 
l'Évêcault , Chauvigny et Angles , appartenant à l'évêque 
de Poitiers , et de la châtellenie de Champagné-St- 
Hilaire qui, donnée par Clovis, après sa victoire, au 
chapitre de St.-Hilaire , a appartenu à cette abbaye pen- 
dant treize siècles. 

Ces quelques détails , où nous nous bornons à tracer 
les grandes divisions , suffiront pour faire apprécier le 
soin et la méthode qui ont présidé à l'excellent travail 
de M. Rédet. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. llSS 

Après cette lecture , la parole est donnée à M. Tabbé 
Lalanne , curé d'Oiré , pour lire un mémoire en réponse 
aux 15^ et 16^ questions du programme, déjà traitées 
par M. Rédet. 

M. Lalanne n'aborde pas la question sur un plan 
aussi général que M. Rédet; il s'attache à Tarrondis- 
sement qui, depuis plusieurs années, est de sa part 
Tobjet de persévérantes et fructueuses études, et cir- 
conscrit son sujet dans la reconstitution historique de 
la hiérarchie féodale à Châtellerault. 

M. l'abbé Lalanne fixe au IX*. siècle l'origine de la 
vicomte de Châtellerault. A cette époque , un comte de 
Poitou la donna en apanage au puîné de ses enfants , 
et ce titre lui fut conservé jusqu'en 151/i , époque à 
laquelle Châtellerault fut érigé en duché en faveur de 
François de Bourbon par le roi François P^ 

A l'origine , la vicomte de Châtellerault fut divisée 
en quatre châtellenies principales : Monthoiron , Gironde 
(aujourd'hui Lencloître), Puyraelriou et St.-Rémy. 

Ces châtellenies étaient divisées en baronnies , châ- 
tellenies et simples seigneuries , formant un total de 
123 fiefs. Ces 123 fiefs eux-mêmes se décomposaient 
en une quantité considérable d'arrière-fiefs ; M. l'abbé 
Lalanne a suivi la filiation jusqu'au septième degré , en 
prenant pour point de départ le vasselage envers le 
comte de Poitou d'abord , et le roi ensuite , après la 
réunion du Poitou à la couronne. 

Le démembrement des châtellenies a empêché M. La- 
lanne de déterminer la hiérarchie féodale pour Gironde, 
Puymelriou et St.-Rémy; mais il a pu le faire d'une 
manière complète pour la grande division féodale de 
Monthoiron. M. Lalanne présente ce travail sous la forme 



hbli INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

la plus mélhodique et la pins facile pour le lecteur , 
par le moyen d'un classement alphabétique. 

Ce simple aperçu donne une idée de Tintérêi scien- 
tifique que présente le consciencieux travail de M. l'abbé 
Lalanne. Ajoutons qu'il l'accompagne de documents pré- 
sentant tous de l'intérêt , soit comme donnée historique, 
soit au point de vue de la singularité. Nous ne laisse- 
rons pas sans mention un droit fort extraordinaire , 
quoiqu'il n'eût rien d'étrange à une époque où les ter- 
ritoires , les juridictions et les droits étaient enchevêtrés. 
Je veux parler des droits de péage perçus, aux portes 
de la ville de Poitiers , par une seigneurie qui n'appar- 
tenait pas même à la châtellenie de la capitale , et 
dépendait, au contraire , de la circonscription féodale 
de Châtellerault. C'était la vîguerie de l'ancien Puygar- 
reau, sise dans la banlieue de cette dernière ville. Elle 
retirait de ce péage son principal revenu. 

La communication de M. Lalanne est accueillie par 
les remercîments du Congrès. La science et la méthode 
qui président aux travaux de M. Lalanne nous font favo- 
rablement augurer de son Histoire du C hâte lier audais, 
qu'il va prochainement publier , et pour laquelle une 
souscription est ouverte chez les libraires de Châtelle- 
rault et de Poitiers. 

La parole est donnée à M. Tavocat général Bardy, pour 
répondre à la 18^ question du programme, ainsi conçue: 

« Comment se rendait la justice dans la circonscription 
« hiérarchique des châteaux ? » 

Cette question, la dernière à discuter, a été pour 
M. l'avocat général Bardy l'occasion d'un véritable suc- 
cès; ce qu'il a fait est un tour de forc^. Il a improvisé 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. /i55 

un livre. Admettons qu'un sténographe eût été là, 
rimprovisation était fixée , et le livre était fait. 

M. Bardy annonce , en commençant , qu'il étendra 
l'horizon du programme , et comprendra , dans la géné- 
ralité de son plan, toute l'organisation judiciaire du 
comté du Poitou. Après avoir ainsi marqué la voie qu'il 
doit suivre, il remonte aux temps les plus reculés, et 
prend à son berceau notre justice féodale. 

Il commence par une savante dissertation sur l'éten- 
due qu'il faut attribuer au territoire formant la circon- 
scription judiciaire des comtes du Poitou. Après avoir 
vidé cette question et appuyé ses solutions sur des cartes 
dressées par lui à l'aide de documents dignes de foi , 
il procède à la division judiciaire de ce territoire. Il 
détermine les centres de population qui servaient de 
siège aux viguiers, vicaires institués successivement par 
le suzerain sur tous les points où les besoins des popu- 
lations nécessitaient leur création. 

Il énumère 67 vigueries qui formaient la division ju- 
diciaire du ressort du comte, et les répartit entre 17 
pagi , ou circonscriptions secondaires , de la manière 
suivante: Poitiers, 22 vigueries; Brion , 13; Thouars, 
2; Ilerbauge, 1; Talmondais, 3, Châtellerault , U; 
Gâtine, 5; Melle, 2; Rais, 1 ; INiort , 2; Aulnis, 2; 
Saintonge , 2 ; Angoumois , 1 ; Tiffauges , 1 ; Mauzé , 1 ; 
Loudunais , 2 ; Mirebalais , 1. 

Après avoir ainsi déterminé les sièges des. vigueries 
et attesté leur existence par une série de titres, s'éche- 
lonnant de 775 à 10/i7 , M. Bardy aborde l'intéressant 
sujet de l'organisation judiciaire elle-niême. 

Au sommet de la hiérarchie judiciaire féodale il 
place le comte du Poitou , siégeant dans son mallum. 



Zl56 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Son ressort judiciaire est divisé on vigueries occupées 
par des titulaires qui y rendent la justice , et en vi- 
gueries faisant partie de son domaine personnel où les 
fonctions judiciaires sont remplies par des centeni et 
des (lecani. 

Les viguiers jugent, assistés de scabinî ou scabinei, 
assesseurs choisis parmi les notables. Ils jugent aussi 
par des délégués, prévôts ou châtelains, qui tiennent 
d'eux leur autorité. 

Les viguiers ne jugent que les causes ordinaires , le 
comte suzerain se réservant les plus graves. A cet effet, 
il tient périodiquement des assises où le viguier vient 
S'inspirer de l'exemple du suzerain. 

Peu à peu cette puissante organisation s'affaiblit. Le 
morcellement de la souveraineté qu'implique l'idée féo- 
dale , s'opère dans la justice comme dans tout le reste. 
Les liens se relâchent, les justices se décentralisent. 
Les seigneurs du deuxième rang se substituent à ceux 
du premier pour le fait de la justice, et se passent de 
l'assentiment du suzerain pour la nomination ou la révo- 
cation des juges chargés de rendre la justice en son 
nom. C'est le signal de la chute des viguiers , qui tom- 
bent au XP. siècle. 

A partir de ce moment commence la justice seigneuriale, 
rendue, au nom du seigneur, par le prévôt ou par le 
bailli. Le prévôt, juge des roturiers; le bailli, juge de 
tous , juge respecté , dont le nom équivaut à l'idée de 
protection et de garantie , non-seulement juge local , 
mais encore juge d'appel. 

Ces justices seigneuriales, ainsi constituées, variaient 
à l'infini, au gré des coutumes, au point de vue de 
la compétence. Cependant elles se divisaient en trois 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. ^57 

catégories principales : haute , moyenne et basse- 
justice. 

La haute-justice comprenait tout ; elle avait pléni- 
tude de juridiction jusqu'à la mort. Le gibet , le carcan , 
la prison sûre étaient ses signes, ses charges, ses pri- 
vilèges. M. Bardy évalue à 300 le nombre des hautes- 
justices dans le Poitou. 

La moyenne-justice avait pleine compétence au civil, 
restreinte au criminel Elle ne jugeait le fait délictueux 
que jusqu'à l'effusion de sang , jusqu'à l'amende de 60 
sols. 

La basse-justice avait une très-grande limitation. Sa ju- 
ridiction ne s'étendait que jusqu'à 60 sols au civil , 7 sols 
au criminel. 

Ces justices n'étaient pas seulement un honneur pour 
les seigneurs , c'était une charge souvent lourde. Ils 
devaient pourvoir, sur leurs propres revenus, aux frais de 
justice. 

Ici M. l'avocat-général Bardy présente à l'Assemblée 
le tableau de ce qu'était alors la justice : un seigneur 
pouvant tout sur les juges institués par lui et révocables 
par lui ; des juges sans autorité, parce qu'ils étaient sans 
garantie pour la résistance; des abus et des injustices, 
qui eussent été irréparables sans l'appel à tous les degrés. 

Nos tendances actuelles sur l'appel , dit l'orateur , sont 
toutes différentes de celle qui prédominait dans les temps 
féodaux. Nous marchons à Iti restriction de l'appel ; les 
temps féodaux tendaient à son extension pour deux 
causes : la première, c'est que l'appel à tous les degrés, 
forme impliquée par la féodalité même , était la seule 
garantie du justiciable contre des juges qui n'étaient pas 
les maîtres de leurs sentences; la seconde , c'est que la 

20 



458 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

politique royale était intéressée à favoriser l'appeî. 
L'appel , qui remontait à la royauté comme à la source 
même de la justice, était en effet Tunique prestige par 
lequel Tidée monarchique pût se manifester aux turbu- 
lents vassaux de la couronne. C'est de là que naquit la 
grande pensée d'où sortit, en 1302, l'institution du 
parlement. 

« C'est à cette date que fut institué le parlement de 
Paris. Ce parlement , Messieurs , c'est le vôtre. Il fut le 
vôtre, à deux titres : il a siégé parmi vous , et il a , chez 
vous , sauvé la patrie. Au milieu du plus grand danger 
de la France, aux mauvais jours de l'invasion étrangère, 
vous reçûtes cet honneur insigne de le voir se réfugier 
dans vos murs.— Pendant quinze ans, vivant parmi vous, 
il s'est inspiré du même cœur, du même patriotisme. 
Charles VII vint , et vous lui avez donné Jeanne 
d'Arc. » 

Nous ne rendons qu'imparfaitement l'appel fait à ces 
grands souvenirs par M. Bardy. Les applaudissements 
qui l'interrompent attestent l'éloquence de sa parole, en 
même temps que l'enthousiasme qu'éveille toujours, à 
Poitiers, un sentiment patriotique noblement exprimé. 

M. Bardy, reprenant son discours interrompu si hono- 
rablement pour lui , fait l'histoire du parlement , de sa 
double autorité judiciaire et pohtique , et de l'action qu'il 
exerce désormais sur les justices de son ressort. Après 
s'être reporté aux mm i dommiVî, inspecteurs austères 
chargés par les rois de surveiller la justice des comtes , 
il raconte les Grands-Jours , solennelles députations des 
parlements , contrôle des justiciers et sauve-garde des 
faibles , contre les égaiements ou les excès du pouvoir ; 
^ les chevauchers des maîtres des requêtes , membres 



ASSISES SCIENTIFIQUES BU POITQU» Ù59 

d'honneur du parlement , téaux chevaliers redresseurs 
des torts envers la justice; — les commissaires-députés 
envoyés , à partir de 1635 , dans les provinces , avec 
mission d'y connaître de certaines affaires délicates ; — 
en un mot, toutes les hautes juridictions exceptionnelles 
dont le mandat témoigne de l'amour de nos rois et de 
nos parlements pour la sainte cause de la justice. 

M. Bardy termine en énumérant les sièges royaux : 
présidia] , sénéchaussées , bailliages et prévôtés royales ; 
il fait connaître leur juridiction , leur compétence , leur 
personnel , leur importance relative ; il s'occupe aussi des 
juridictions administratives , de la constitution du conseil 
supérieur , du grand bailliage ; il jette un coup-d'œil 
rapide sur notre coutume qui lui permet de rappeler 
deux noms chers à la science , ceux de l'abbé Gibaplt et 
de M. Nicias Gaillard ; enfin, il ne cesse d'intéresser son 
auditoire , qui s'aperçoit à ce moment seulement que deux 
heures se sont écoulées aussi rapides que cinq mi- 
nutes. 

Une dernière question est proposée à l'Assemblée, c'est 
la question 19 , ainsi conçue : 

« Quelles sont les collections les plus remarquables 
« du pays , en histoire naturelle, en peinture , en sculp- 
« ture et objets anciens ? Indiquer quelques-unes des 
« raretés qui s'y trouvent. » 

Dès la première séance de la session , M. de Longuemar, 
devançant l'appel de la question, a voulu initier le 
Congrès et l'auditoire à la connaissance des merveilles 
scientifiques et artistiques que contiennent les collections 
publiques et privées de ce département. C'est un avant- 
goût des plaisirs qui seront offerts aux membres du Con- 



llSO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

grès au sein des collections, où l'obligeance et les soîw» 
de M. de Longuemar leur donneront accès. 

M. de Longuemar signale , pour les livres et les ma- 
nuscrits, la bibliothèque publique de la ville , celle du 
séminaire, les collections de M™*, de la Sayette et de 
MM. de Boiè^morand et de Baudus , les archives de la com- 
mune de Poitiers, celles de la Préfecture. 

L'histoire naturelle offre aussi dans ce département des 
collections faites pour intéresser. M. de Longuemar cite , 
à ce point de vue, le cabinet d'histoire naturelle de la 
ville, celui de la Faculté des sciences, la collection de 
M. Garnier , celles de W\ de La Sayette, de M"**. Des- 
courtis de La Valette, de M""®. Le Breton, de MM. deCourcy, 
du Fontenioux, Servant, Pingault, de Vézien , Raynal 
et Constantin ; enfin les collections de MM. Martin , à 
Châtellerault ; de La Tourette , à Loudun ; et Brouillet, 
à Charroux. 

La peinture est, pour M. de Longuemar, l'occasion de 
révéler à son auditoire beaucoup de richesses ignorées : 
il signale de belles toiles et de curieuses gravures dans 
le musée de la ville, dans les salons ou dans la collection 
de M"**, la comtesse de Montchal , de M'°^ de La Sayette , 
de M. le président Leydet , de M. Lecointe , de M. de 
Boismorand , de M. Joslé , de M. Moître , de M. Trichet , 
de M. l'abbé Barbier , de M. l'abbé Auber , de M. le comte 
de Malartic Saint-Jal , de M. Tavocat-général Bardy, de 
M. Bonsergent , de M. le conseiller Chemineau. 

Les objets d'art précieux , soit par leur antiquité, soit 
par leur style, soit par les mains qui les ont illustrés en les 
touchant , sont , à Poitiers , l'objet d'un culte aussi intel- 
ligent que passionné. M. de Longuemar cite, au premier 
wng, la collection de M°*. de La Sayette , précieux éerin 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Û6i 

de richesses artistiques dont la réputation a dépassé le 
département pour s'étendre au loin, puis il signale la 
collection de M, de Boismorand , si riche en objets cel- 
tiques ; celle de M. de La Tourette, à Loudun; de 
M. Moître, de M. du Puis-Vaillant, de M. le colonel de 
Vanteaux , de M. Servant , adjoint au maire ; de M. le 
comte de Malartic, de M. Tabbé Auber, de M. Brouillet , 
à Charroux ; de M. l'abbé Barbier , et de M. le conseiller 
Pilotelle , aussi habile à créer avec le ciseau du sculpteur 
qu'intelligent à conserver les objets du culte de l'anti- 
quaire. 

M. de Longuemar cite ensuite notre cabinet des 
antiques, riche de précieux débris de l'époque gallo- 
romaine ; puis les médailliers si complets de MM. 
Lecointre-Dupont, Eugène Lecointre, de MM. Bonsergent, 
du Fontenioux, Pichaut, Deniau et deCourcy. 

Cette énumération, dont la sécheresse disparaît sous le 
charme du coloris que M. de Longuemar sait donner à ses 
descriptions, est accueillie par l'auditoire comme une 
révélation. L'Assemblée remercie M. de Longuemar des 
laborieuses et patientes recherches auxquelles il doit 
d'avoir pu lui révéler tant de richesses ignorées, et arrête 
une visite aux collections pour le mercredi 25 mars. 

Le 25 mars, plusieurs membres des Sociétés savantes 
de Poitiers accompagnent , dans leur promenade scien- 
tifique et artistique, MM. de Longuemar et de Gaumont. 
M. Pilotelle est chargé de faire, en séance publique, un 
rapport sur l'état des collections publiques et privées. 

Le 26 mars , à la dernière séance , la parole est donnée 
à M. Pilotelle , pour faire son rapport. 

Le temps a manqué pour tout voir , dit M. Pilotelle , 
et c'est l'éloge de nos richesses. Les cabinets de MM. de 



Zl62 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Boismorand, du Puis-Vaillant, Bonsergent, Tabbé Auber; 
les tableaux de M. le président Leydet et de M"*. d'Ansay, 
n'ont pu être visités soit par ce motif , soit à raison de 
l'absence de leurs propriétaires. D'un autre côté, les 
visiteurs ont été contraints, par le défaut de temps , de 
s'imposer une dure privation. Ils n'ont pas vu le cabinet 
de M'"*, de La Sayelte. M. Pilotelle en a donné à quelqu'un 
une raison qui est tout un hommage rendu à cette riche 
collection : « Vous deviez commencer par là , disait le 
censeur. » — « Si nous avions commencé par là, a répondu 
spirituellement M. Pilotelle , nous n'aurions pas fini. » 
Nos promeneurs artistiques, guidés par MM. de 
Longuemar et de Gaumont, ont visité le cabinet de 
M. Garnier , contenant 2ZiO espèces d'oiseaux du dépar- 
tement ; — l'hôtel de M. de La Brosse , gracieux édifice 
du style de la renaissance, dont la construction est due aux 
plans de M. Godineau et au goût éclairé du propriétaire ; 
—les curieuses tapisseries du XVP. siècle, représentant 
l'histoire de St. -Etienne et appartenant à M. Bruneteau , 
rue de la Psalette-St.-Hilaire ; — les restaurations de 
l'église St.-Hilaire; — la riche collection de guipures des 
XVI". et XVll*. siècles , et d'application sur velours pour 
ornements d'église, de M. l'abbé Barbier, précieux échan- 
tillons d'un art que M*"'. Véïse, habile artiste de cette ville, 
fait révivre; — la belle collection d'armes de M. le colonel 
de Vanteaux; — la salle à manger de M. Pilotelle, entière- 
ment meublée de sculptures dues à son ciseau, et d'objets 
d'art appropriés au style du meuble ; — un magasin d'objets 
d'art et de curiosité s'élevant rue des Halles,sous la direction 
d'un sculpteur habile , M. Chalignier, et d'un doreur fort 
adroit, M. Pelletier; — une collection de serrurerie antique, 
présentée par M. Guyon, contre-maitre de M. Morillon;— 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. /l63 

les verrières du Palais, dues à la fabrication de M. Hivon- 
nait ; — enfin , le cabinet et l'atelier de M. Génin , pré- 
parateur naturaliste. 

En terminant, le rapporteur signale les travaux de 
plusieurs sculpteurs : MM. Lucas, Cartier, Lecuyer, 
Marais, Brix, et particulièrement M. Frottier, qui vient 
de terminer quatre confessionnaux du XIII*. siècle , et 
qui sculpte en ce moment douze tabourets dans le 
style de la même époque , pour une chapelle de Paris. 
Enfin, il fait connaître à l'Assemblée, comme un fait 
intéressant pour Fart, la restauration du château de 
Ci'emeau , par M. le comte de Croï ; la construction , à la 
terre de Mariville , d'un château de l'époque gothique , 
dite Tudor, confiée à l'habileté de M. Lubac, par M. Lau- 
rence , beau-père de M. le conseiller Legentil ; et le 
château gothique de Cromacre , que vient de bâtir , pour 
M. de Lussac, M. Châteignier. 

Nous devons , pour donner une idée plus exacte des 
collections poitevines, reproduire in extenso le mémoire 
de M. de Longuemar, analysé plus haut : 

RAPPORT DE M. DE LONGUEMAR. 

Les collections publiques de la ville de Poitiers com- 
prennent : 

1". Une bibliothèque, riche de 2/i,000 volumes de tous 
formats ; 8,000 brochures et Zil7 manuscrits, au nombre 
desquels se trouve la précieuse collection de chartes 
originales ou de copies authentiques que le bénédictin 
dom Fonleneau fit extraire des chartriers des abbayes, 
des églises et des monastères de l'ancien Poitou. Au 
nombre des manuscrits à vignettes , il faut citer un ma- 



Il6[l INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

gnifique psautier historié, du XV*. siècle, attribué au roi 
René , et deux livres d'Heures du XVP. siècle , enrichis 
de vignettes. N'oublions pas un évangéliaire latin , écrit 
en onciales du VIII'. siècle , et un missel du XIP. , l'un 
et l'autre à vignettes , et surtout une copie de la vie de 
sainte Uadégonde , reine de France , également du XII*. 
siècle , dont les nombreuses vignettes ont la plus grande 
analogie avec les fresques de la crypte de St.-Savin. — 
Disons tout de suite que le grand séminaire , M"**, de La 
Sayetle , MM. de Boismorand , de Baudus et de La Tou- 
rette possèdent également de très-précieux spécimens de 
calligraphie et de l'imagerie du moyen-âge. 

L'ancienne abbaye de St.-Maixent a fourni à la bibho- 
thèque de Poitiers une suite de chartes très-anciennes , 
et notamment une copie (de 1359) de ce fameux traité de 
Bretigny que les États refusèrent d'accepter. 

Les cinquante articles qui le composent n'occupent pas 
moins de cinq longues feuilles de parchemin, ajustées 
bout à bout, sur une longueur de plus de 3 mètres. 

21Zi incunables complètent cette belle collection. 

2°. Les archives de la commune de Poitiers présentent 
une série de titres fort importants qui remplissent tout 
l'intervalle de temps qui sépare le XIP. siècle du XIX*. 

3". Celles de la Préfecture ne comptent pas moins de 
3,500 liasses et un millier de registres, renfermant les 
précieux rudiments de l'histoire civile et ecclésiastique 
de notre ancienne province pendant tout le cours du 
moyen-âge. 

4**. Le musée d'histoire naturelle qui comprend une 
collection remarquable de mammifères, d'oiseaux, de 
poissons, de reptiles, d'insectes, appartenant pour la 
plupart au département de la Vienne; une série déco- 



ASSISES SCIENTIFIQUES DD POITOU. Zl65 

quilles vivantes et fossiles, des herbiers généraux ou par- 
ticuliers au pays. — La plupart de ces richesses sont dues 
à la générosité de M. Servant, ancien ingénieur aux 
colonies ; de M. Mongrand , fils , chirurgien de marine , 
et de M. Delastre, botaniste de Poitiers , à qui Ton doit 
la publication de la Flore de la Vienne. 

Les collections particulières d'histoire naturelle sont 
fort goûtées à Poitiers, et quelques-unes peuvent rivaliser 
avec la précédente. Citons au premier rang M. Garnier , 
préparateur habile , qui a monté une suite de 800 oi- 
seaux pris dans le pays. — Puis viennent les collections 
d'ornithologie, de conchyliologie, de minéralogie, de 
M"***, de La Sayetle, Descourtils et de Gourcy ; de MM. de 
Malartic, du Fontenioux, Servant; des docteurs Pingault, 
de La Tourette , et Decoux ; de M. Génin , naturaliste ; 
les suites de fossiles de MM. de Vézien, Martin, de Châtel- 
lerault; Brouillet, de Gharroux; Kaynal, Constantin, de 
Longuemar , etc. 

5'. La salle des antiques contient une série d'inscrip- 
tions funéraires ou commémoratives , de l'époque romaine 
et du moyen-âge, formant une chaîne épigraphique 
presque continue jusqu'à nos jours, et de fragments de 
statues et de bas-reliefs de toutes les époques, au nombre 
desquels il faut citer les belles inscriptions romaines de 
Sabinus et de Gl. Varenilla, des autels gallo-romains, 
des tombes chrétiennes appartenant aux premiers siècles; 
la cheminée du château de Ghitré, œuvre historiée de la 
Renaissance , et les statues en marbre blanc, d'un fini 
précieux , de Jeanne de Vivonne et de Louis XÏIT. 

6**. Le cabinet d'objets d'art anciens , renfermant une 
bonne suite de monnaies et de médailles historiques , de 
cachets et de sceaux d'abbayes, de meubles d'ébène ma- 



Ii66 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

gnifiquemenl incrustés, des vases, des plaques, des 
crosses , des reliquaires émaillés , de tous les siècles , et 
un petit assortiment d'armes offensives et défensives, de 
diverses époques. 

T. La galerie de tableaux parmi lesquels on remarque 
quelques pages du raoyen-âge , reconnaissables à leur 
lond d'or, et à la sévérité ou à la naïveté de leurs figures; 
une perspective cavalière de Poitiers pendant le siège de 
la ville par Goligny ; de bons portraits et des œuvres 
estimées d'artistes modernes , au nombre desquels il faut 
nommer M, de Curson, un des enfants de notre Poitou. 

Puisque nous venons de terminer la rapide nomen- 
clature des objets contenus dans nos collections publiques 
par la galerie des tableaux , disons tout de suite que, si 
toutes les richesses que le Poitou renferme en ce genre 
étaient réunies dans un même lieu , on pourrait jouir du 
beau spectacle, d'une suite considérable d'œuvres d'élite, 
représentant toutes les écoles et tous les siècles où l'art 
brilla de quelque éclat. 

M""*', de Montchal et Descourtils présenteraient de 
magnifiques portraits de famille, peints par les Lar- 
guillièreet lesVanloo;--un Van-Dick peint par lui-même, 
de bonnes toiles et des cartons de l'école flamande ; 
— M""*, de La Sayette , des natures mortes d'une grande 
vérité ; un Christ mort de l'école flamande ; une madone 
du temps du Pérugin ; un portrait du Christ décoré par 
les byzantins. M. le président Leydet possède une belle 
série d'originaux des peintres en renom de l'école fran- 
çaise moderne , les Greuze , les Boilly, les Fragonard , les 
Demarne, les Taunay, les Duval , et les Bertin ; —M. Le 
Cointe, deux magnifiques toiles ; le Christ descendu de la 
Croix, et le Sacrifice d'Abraham , dues à l'école italienne et 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Zl67 

à Técole espagnole; — M. de Boismorand, un G. Poussin, un 
Wouvermans ; — M. Joslé , une sainte Famille debout, de 
l'école florentine ; — M. Moître, des tableaux de piété, de 
l'école des Francks , des vues de Rome de JNiewlard, des 
scènes hollandaises ;— M. Lefranc , un portrait , par Ph. 
de Champaigne ; — M. Trichet , une Naissance de Jésus- 
Christ, effet de nuit saisissant de vérité ; — l'abbé Barbier, 
des Vierges sur bois, du XIIP. au XV'. siècle ; — M. Au- 
tellet , des toiles flamandes , une esquisse authentique 
du Poussin et de bons tableaux de M. Bruyère , artiste 
mort à Poitiers;— M. le comte d'Orfeuille, deux petits ta- 
bleaux espagnols,un Sébastien Bourdon, un christ au jardin 
desOliviers; — l'abbé Auber, quelques spécimens de pein- 
tures byzantines rapportées de Bomarsund, des originaux 
de l'école française et de bonnes copies anciennes de la 
Vierge-à-la-Chaise et du Sommeil de l'Enfant- Jésus ; — 
MM. le comte de Malartic et le baron Laurenceau , une 
suite de sépias et d'aquarelles originales, dues au pinceau 
des meilleurs artistes contemporains, et provenant du cé- 
lèbre album de M'"^ Hyde de Neuville , leur belle-mère ; 
— M. Eugène Lecointre, une Tentation de saint Antoine , 
de Brauv^er ; — M. Deschamps , une Balayeuse de Duval, 
et de bonnes copies d'anciens maîtres ; — M. le comte de 
Chabot , une suite de portraits historiques , appartenant 
pour la plupart à sa famille, peints par des artistes 
anciens et modernes ; — M. Marganne, des tableaux de 
différentes écoles ; — M. Martin , de Châtellerault , une 
galerie de 80 tableaux , parmi lesquels bon nombre d'ori- 
ginaux des maîtres flamands et hollandais, tels que 
ïéniers, Van-Goyen , Huysmans, etc., un Paul Véronèse, 
un Lantara , un de Marne, etc. ; ■— M. deLonguemar, de 
petits Téniers , un Ostade , un Pinaker, un J. Wan-Velde, 



Z|68 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

un S. Bourdon. Une foule d'autres noms nous échappent 
sans doute , et nous pourrions ajouter à ces œuvres de 
peintres morts en possession de la renommée, des œuvres 
sans doute plus modestes , mais non sans mérite , des 
artistes du Poitou : le regrettable M. Bruyère, M. Viguier, 
MM. Hyvonnait frères , Deschamps , M°**. Voisin, M. Pi- 
chaut, qui débute dans la peinture religieuse. — Même, 
si nous n'avions peur d'être taxé d'indiscrétion, nous 
citerions une foule de noms d'hommes de goût et de 
talent qui cultivent la peinture parmi nous, pour y trouver 
un agréable délassement des préoccupations ordinaires de 
la vie; mais ce serait blesser leur modestie. A la suite 
de nos tableaux , ou parallèlement à eux, viendraient les 
collections de gravures, eaux -fortes , aquarelles, Htho- 
graphies , études au crayon, dignes de fixer l'attention. 
M. Bardy possède , dans ce genre , une série de des- 
sins originaux , coloriés , de tous les types de la popu- 
lation algérienne ; une suite de portraits historiques , 
variés ; des eaux-fortes de Lucas de Leyde , d'Albert 
Durer, de Gallot, d'Ostade, de Rembrandt; des gra- 
vures de Ville, d'un fini précieux. M. Bonsergent a, 
dans sa collection de dessins, de belles gravures de 
Nanteuil, d'Avède, de Dollé, de Nevet , de Masson, de 
Berwick; une riche série de portraits et un certain 
nombre de gravures portant l'empreinte de la verve 
satirique du XV1^ siècle. M. Ghemineau a recueilli de 
bonnes épreuves de gravures espagnoles, reproduisant 
les magnifiques toiles de Kibeira , de Murillo , de Vélas- 
quez, de Raphaël Minghs. M'"', veuve Bruyères conserve 
bon nombre d'œuvres de choix , qui ornent encore ses 
cartons. M™*, de La Sayette possède un précieux carton 
de gravures du plus grand mérite , reproduisant les 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. A69 

œuvres des grands peintres. En outre de sa collection 
de gravures , de tous les temps et de tous les maîtres , 
M. Bonsergent , conservateur de la bibliothèque de 
Poitiers, a réuni une foule d'objets d'art anciens, tels 
que haches, couteaux, pointes de flèches en silex et 
en bronze , appartenant aux temps gaulois ou gallo- 
romains; styles, fibules, anneaux, pierres gravées, 
cachets , sceaux d'abbayes , poteries sigillées , etc. Mais 
ce qui rend surtout sa collection remarquable, c'est 
une suite , fort importante , de médailles formant une 
chaîne continue depuis les époques historiques les plus 
reculées de Rome et de la Gaule jusqu'à nos jours, dans 
laquelle on remarque une foule de pièces rares et cu- 
rieuses , notamment dans les monnaies royales et dans 
les monnaies baronniales. 

La numismatique compte, au surplus, à Poitiers et 
dans le Poitou, un grand nombre de prosélytes. A leur 
tête, il faut certainement placer le savant M. Lecointre- 
Dupont , dont le médaillier est aussi précieux par le 
nombre que par le choix des pièces qu'il renferme; 
M. Eugène Lecointre, son neveu ; M. du Fontenioux, qui 
se borne à réunir les monnaies frappées dans nos an- 
ciennes provinces ; M. Pinchaut, les monnaies baronniales; 
M. Leniau , les pièces remarquables par leur belle con- 
servation; M""", des Gourtils, de La Sayette et d'autres 
encore, dont les noms viendront à propos de collections 
variées. 

Quand on prononce dans le pays le mot de collections, 
il faut, de toute nécessité, débuter par celle de M°*. de La 
Sayette, dont le musée particulier a eu les honneurs 
d'une mention toute spéciale, au Congrès de 183^, et 
qui depuis lors n'a cessé de s'accroître. 



Zl70 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Là , outre les objets d'histoire naturelle , les tableaux , 
les médailles , déjà mentionnés précédemment , on ren- 
contre à profusion des plaques, des vases, des bijoux 
émaillés , de tous les temps , et notamment des belles 
époques des maîtres limousins; des encensoirs, des 
custodes , des crosses , des tryptiques , des reliquaires 
byzantins ou de la renaissance ; des coffrets en ivoire , 
en ébène incrusté de nacre ou de cuivre; des sièges, 
des chiffonnières , des glaces , des pendules précieuses , 
des Saxe , des Bohême , des grès de toutes formes , de 
toutes couleurs et de toutes dimensions; des statuettes, 
des bas-rehefs en métal , en marbre , en albâtre , en 
bois; et, au milieu de tant de raretés, des objets his- 
toriques , tels que des flambeaux de Diane de Poitiers , 
et de Louis XIV, un livre d'Heures d'Anne de Bretagne , 
et la montre de Jeanne d'Albret. 

Après l'immense galerie de ]\r^ de La Sayette, il 
faut jeter un coup-d'œil sur la précieuse et coquette 
collection de M. de Boismorand. Là, c'est encore une 
foule de plaques émaillées des Laudin , des Nouaither ; 
des émaux byzantins , des statuettes d'ivoire , des vases 
et des bijoux gallo-romains ; mais surtout et comme 
trait saillant , la plus belle et la plus complète réunion 
de haches, de couteaux , de pointes, de flèches et de 
javelots en silex , en porphyre , en bronze de l'époque 
gauloise , rencontrés dans les Umiulus des bords de 
la Oartempe. 

M. le comte de Tusseau a réuni un ensemble remar- 
quable de vases de Palissy ; des émaux des Laudin , des 
Courtois, des Nouaither, des Petitot, avec une pro- 
fusion de menus objets du moyen-âge. M. de La Brosse 
possède également des émaux de premier choix , des 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. /l71 

porcelaines , des coffrets, des statuettes. Plus loin , nous 
ferons mention de ses meubles du moyen-âge. M. Mar- 
ganne peut montrer des plaques et des coupes émail- 
lées ; le docteur Gaillard , deux lampes , des premiers 
temps chrétiens , sur Tune desquelles se lit cette in- 
scription , rencontrée fréquemment aux Catacombes : 
Éyw etiit «và(TTa(7«ç (1), écrite en vieux caractères grecs. 
M. de Malartic possède un double médaillon d'ivoire , 
formant une coquille par leur réunion , et dans chacun 
desquels ont été sculptées , par un artiste d'Italie , 
l'Adoration des Mages et la Circoncision , avec une 
foule de figures renfermées dans quelques centimètres. 

M. Moître, à force de patience et de sagacité, est par- 
venu à réunir 180 plaques émaillées, portant le nom de 
tous les artistes Limousins , œuvres parmi lesquelles on 
distingue : une Cène et un Ecce-Homo, de Noël Laudin; 
une sainte Famille, de Léonard Limousin ; un Moïse 
frappant sur le rocher, de Pierre Raymond. 

M. le chevalier du Puis-Vaillant est un de ceux qui 
ont commencé, dans Poitiers, à réunir des objets d'art, 
et c'est chez lui qu'a pris naissance la Société des Anti- 
quaires de l'Ouest. Il possède une foule d'objets intéres- 
sants de toutes les époques ; quelques-uns même pré- 
sentent un véritable intérêt historique. — On voit dans 
sa collection une balance romaine complète, de nom- 
breux fragments de vases sigillés , des creusets et coins 
avec lesquels on fabriquait jadis des monnaies royales , 
dans son château de Montreuil-Bonnin ; un couteau à 
manche historié de Louis XI ; la panoplie d'un cavalier 
englouti, en 1557, dans les marais de St. -Quentin, lors 

(1) Je suis la résurrection ou la vie. 



/j72 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

de la bataille livrée sous les murs de cette ville entre 
les Français et l'armée de Philippe H. 

Mais, quand on parle de panoplies remarquables, il 
faut se hâter d'arriver au magniflque musée d'armes de 
tous les temps et de tous les pays qu'a su réunir M. le 
colonel de Vanteaux : 'cottes de mailles , casques , ar- 
mures damasquinées, haches d'armes, arbalètes, épées 
et poignards de toutes formes appartenant au moyen- 
âge, en compagnie de claymores écossaises, d'épées de 
Tolède , de fissahs kabyles, de sabres mexicains , chinois, 
japonais, de poignards circassiens, indous et malais. 
Quelques-unes de ces armes ont un intérêt historique. 
— Une des masses d'armes fut abandonnée sous les murs 
de Joigny, par un chevalier anglais, après un assaut in- 
fructueux livré, en lZi29, à cette ville défendue par ses 
seuls habitants ; un large braquemart est l'épée à deux 
mains du bourreau de Colmar , arme héréditaire de sa 
famille ; une des hallebardes est celle de la corporation 
des drapiers de Schelestadt. 

Un nombre considérable de coffrets de bois incrustés , 
de cuir gaufré , de reliquaires, de custodes émaillés , de 
terres de Palissy, de grès coloriés, de porcelaines de 
Chine , de Saxe et de Sèvres , un médailler gallo- 
romain, des bijoux précieux de plusieurs époques, ac- 
compagnent la belle collection d'armes de M. de Van- 
teaux, qui n'est pas seulement un amateur éclairé des 
arts, mais un peintre habile, comme le prouvent les johes 
toiles qui ornent ses appartements. 

M. Servant , ancien ingénieur , long-temps attaché aux 
colonies de l'Afrique occidentale , en a rapporté un 
assortiment complet d'objets usuels et d'armes des peu- 
plades du pays , et notamment des arcs de bambou , des 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. 1x73 

flèches , des zaguaies , des carquois , des gibecières , des 
ceintures en cuir habilement travaillées , des calumets à 
quadruple tuyau , des coiffures , des mocassins en écorce 
d'arbre , un siège sculpté en bois de baobab léger comme 
du liège, un fétiche hideux, des objets de toilette à 
Tusage des Dames du pays , des tambourins et des bam- 
boulas, instruments de leur musique discordante. 

M. le comte de Malartic a recueilli, dans ses pérégri- 
nations en Algérie, une panoplie arabe complète dans 
ses moindres détails : le long fusil de l'Atlas, aux capu- 
cines d'argent estampé, à la crosse incrustée de corail; 
le yatagan au riche fourreau , à la poignée étincelante ; 
la ceinture , le turban , la cartouchière , les pistolets , 
les longs éperons, les larges étriers de l'Arabe. Un spé- 
cimen fort rare de pendule turque, rapportée des Échelles 
du Levant, indiquant, outre les heures, les phases et 
le cours de la lune. A côté , il faudrait placer le délicieux 
service à café , tissé en filigrane d'argent avec l'art des 
Orientaux, que possède M. le comte de Malartic, et la 
lampe kabyle à trois becs en grès, rehaussée de vives 
couleurs , qui appartient à M. Eugène Lecointre , et l'on 
aurait dans un appartement de Poitiers tout un ameuble- 
ment oriental. 

M. l'abbé Auber a réuni , depuis longues années, un 
grand nombre d'objets d'art correspondant à ses pro- 
fondes études archéologiques : émaux, cuivres, reli- 
quaires, statuettes antiques, vases funéraires, monnaies 
anciennes , manuscrits curieux , incunables sortis des 
presses de iNuremberg; meubles richement sculptés de la 
Renaissance. 

MM. de La Tourette père et fils, de Loudun, pos- 
sèdent un véritable musée d'objets d'art anciens et 



UJU INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

d'histoire naturelle , qui a le mérite d'offrir un ensemble 
bien complet de toutes les raretés du pays. Parmi les 
objets d'histoire naturelle , notons un riche herbier , des 
ossements de grands sauriens et des icthyosarcolithes du 
Loudunais. Parmi les objets d'art, citons un précieux 
tombeau des premiers temps chrétiens, couvert de bas- 
reliefs emblématiques , des panoplies , des émaux , des 
bijoux gallo-romains, des faïences de Palissy, des mé- 
dailles; les portraits des Guise, des Richelieu, des 
Lavallière, des Montespan, œuvres d'artistes contem- 
porains de ces célébrités historiques; les Heures de 
Jeanne de Bourbon , de sainte Radégonde; des manus- 
crits contenant des documents relatifs au Loudunais. 

Puisque nous avons franchi les murs de Poitiers, 
donnons , d'après une note communiquée par un de nos 
confrères de la Société des Antiquaires de l'Ouest (1), 
une idée des richesses artistiques répandues, çà et là, en 
Vendée. Les églises de Fontenay renferment des tableaux 
de Robert Lefebvre , un beau christ en bronze , des ca- 
lices historiés du XVP. siècle. Les habitants possèdent : 
M. Béchard , un beau dyptique en ivoire du XV^ siècle ; 
M. Fillon , numismatiste bien connu du monde savant , 
des bijoux et bustes gallo-romains, tout l'attirail d'un 
peintre romain trouvé dans un tombeau, près de Fon- 
tenay , une vierge processionnelle du temps de Philippe- 
Auguste, des dessins de maîtres itahens, et vingt mille 
documents manuscrits, du Xr. siècle à nos jours, sur les 
chroniques de la Vendée; M"^ Poey-d' Avant, de beaux 
émaux limousins. M. Oct. de Rochebrune a réuni dans 
l'ancienne habitation de W^\ Rapin , aujourd'hui restaurée 

(i) M. Oct, de Rochebrune. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. U7S 

par ses soins , un plafond formé de caissons ornementés 
provenant du château de Coulonges; une porte de la 
belle époque de la Renaissance; une cheminée pro- 
venant du château des Gouverneurs de Fontenay , ornée 
de nombreuses caryatides ; divers portraits historiques , 
notamment celui de Nicolas de La Reynie , et de Colîar- 
deau, et des objets d'art du moyen-âge. 

Les habitants de Poitiers et des environs sont fort riches 
en vieux meubles sculptés , malgré les tentatives conti- 
nuelles faites par les brocanteurs pour les enlever. 

Dans Poitiers, ce sont M. Pabbé Auber, que nous avons 
nommé déjà; M. de La Brosse, possesseur de magni- 
fiques bahuts, buffets, fauteuils, cadres d'une grande 
richesse, du XVP.au XVIIl*. siècle, ornant une habi- 
tation reconstruite à neuf dans le style de la Renais- 
sance; le docteur de La Mardière, chez lequel on voit une 
cheminée sculptée sur bois, provenant du château de 
Bonnivet, une magnifique porte composée de douze pan- 
neaux du style ogival flamboyant; M. l'abbé de l'Arnay, 
M. de Boismorand, qui possèdent des panneaux historiés 
du meilleur goût , analogues à ceux qui ornent les buffets 
d'ébène de nos collections publiques ; M. du Puis-Vaillant, 
un trône sculpté à jour et qui provient de sainte Ra- 
dégonde. 

Au-dehors, M. le Curé de Bouresse, M. Bouillet, de 
Charroux, M. de La Tourette, de Loudun, peuvent 
montrer les spécimens les plus riches et les plus variés 
des ameublements du moyen-âge. 

M. Pilotelle ne s'est pas contenté d'en recueillir pour 
son appartement, à Poitiers; il a fait un tour de force 
que l'on ne peut guère oser, sans être doué d'un goût 
exquis et d'une habileté de main exceptionnelle. 



476 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Sur sa cheminée, une pendule en style de Boule orne 
un trumeau de sa façon ; sur les tablettes d'un dressoir et 
d'un buffet, dont il a fouillé tous les détails avec la sûreté 
d'un maître, il a réuni un nombre incroyable de verres et de 
faïences des XV*. et XVI*. siècles; des tables, des chaises 
à dossier, les mille fantaisies du même temps y four- 
millent, imitées à confondre les connaisseurs. 

Terminons, en citant les curieuses tapisseries du 
XVr. siècle de M. Bruneteau , un tableau à l'aiguille 
de M"**, de La Sayette et de M. Moître, les innombrables 
guipures du moyen-âge, si élégantes et si variées, trou- 
vées dans leLoudunais, par M. l'abbé Barbier, et qu'une 
dame habile de Poitiers, W\ Waïsse, a trouvé le secret 
d'imiter avec tant de perfection qu'il serait peut-être 
utile de communiquer son talent aux communautés 
religieuses , pour créer de riches ornements destinés à la 
célébration du culte. 

Avons-nous dit tout? —Non, certes, il aurait fallu 
pour cela une enquête de plus longue haleine. — Il aurait 
fallu parler de nos monuments religieux qui tous recè- 
lent quelque merveille de l'art , quelque rareté qu'on ne 
trouverait pas ailleurs. ■ — Nous avons préféré laisser bon 
nombre de choses à explorer et à décrire, ne fût-ce que 
pour engager les amis des arts et de la science à nous 
visiter. Disons-leur à l'avance que, si nous possédons bon 
nombre de modèles dans plus d'un genre , nous avons 
aussi bon nombre d'estimables artistes qui savent, au 
besoin, les imiter et les reproduire. Dans la sculpture, 
nous avons cité M. Pilotelle et M. de La Brosse, de Poi- 
tiers; M. Brouillet, de Charroux, qui modèle, dessine et 
grave; MM. lïivonnait frères et Pichault, qui se livrent 
à la peinture religieuse; INI. Yvonnait, qui compose des 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU POITOU. Ull 

vitraux d'église; le père Bény, de la Société de Jésus, qui 
sculpte admirablement les autels , les chapiteaux , les 
tympans de chapelles; d'autres sculpteurs encore, qui 
décorent chaque jour les édifices de Poitiers ; des serru- 
riers, des ouvriers en bois, des doreurs, des ornema- 
nistes, capables de créer des œuvres d'un véritable 
mérite, guidés qu'ils sont par l'étude intelligente des 
modèles du moyen-âge. 

Les questions du programme étant épuisées, M. de 
Caumont prend congé de l'assistance et exprime aux 
hommes d'étude de Poitiers sa gratitude , pour Tempres- 
sement avec lequel ils ont répondu à son appel. En même 
temps, M. de Caumont invite les Sociétés savantes de 
Poitiers à envoyer des délégués à la session de l'Institut 
des provinces qui doit s'ouvrir le 13 avril, à Paris, dans les 
locaux qui lui sont prêtés par la Société d'encourage- 
ment. L'Institut des provinces, dit M. de Caumont , a eu 
en vue de créer un mouvement de flux et de reflux 
intellectuel. Si l'Institut va chercher en province les 
hommes d'étude , il faut aussi provoquer un mouvement 
en sens inverse vers Paris. M. de Caumont insiste donc 
pour que les Sociétés savantes de Poitiers se consultent 
et désignent des délégués. 

M. le Président des Assises se lève à son tour, remeroie 
l'assistance des sympathies qu'elle a bien voulu mani- 
fester aux travaux du Congrès par son assiduité à suivre 
ses séances , et proclame la clôture des Assises scienti'- 
fiques du Poitou. 

Le Secrétaire-général, 
Jules DE La Marsonnière* 



klB INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

ASSISES SCIENTIFIQUES TENUES A AMIENS, 

Les 9 et 3 juillet 1 $57. 



( Présidence de M. le comte de Yigneral. ) 

La quatrième session des Assises scientifiques de Pi- 
cardie, dirigées par l'Institut des provinces, s'est tenue à 
Amiensles jeudi et vendredi 2 et 3 juillet 1857,à 8 heures du 
soir, sous la présidence de M. le comte de Vigneral, membre 
de l'Institut, de l'Académie d'Amiens et de la Société des 
Antiquaires de Picardie. De même qu'elle l'avait fait les 
années précédentes , l'Administration municipale avait 
gracieusement mis à la disposition de M. le Président, la 
grande salie de l'Hôtel-de-Ville. Un nombreux concours 
de personnes avait répondu à l'invitation qui leur avait 
été adressée, au nom de l'Institut des provinces; et leur 
présence a prouvé une fois de plus combien , dans cette 
cité, étaient justement appréciés les avantages qu'offrent, 
dans l'intérêt de la science de semblables réunions dans 
lesquelles, suivant une heureuse expression de M. de 
Vigneral , chacun s'enrichît de ce qu'il reçoit , sans 
s'appauvrir de ce qu'il donne. 

Parmi l'auditoire qui a assisté aux séances , on remar- 
quait : MM. Breuil , membre de l'Académie d'Amiens , 
président de la Société des Antiquaires de Picardie; 
Garnier, conservateur de la Bibliothèque communale, 
secrétaire perpétuel de la Société des Antiquaires ; de 
Pouques d'Herbinghem, vice-président; Barot, trésorier; 
Janvier, secrétaire annuel; Dutilleux, Salmon, Forceville, 
Dusevel , inspecteur des monuments historiques du dé- 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. Zl79 

parlement; Vion, Corblet, Billoré, secrétaire-général de 
la Mairie d'Amiens, tous membres de la Société des 
Antiquaires de Picardie; Eugène Yver, rédacteur en 
chef de VAmi de l'oindre, président de l'Académie 
d'Amiens ; Anselin , conseiller de préfecture , secrétaire 
perpétuel de l'Académie ; le docteur Andrieu , professeur 
à l'Ecole préparatoire de Médecine ; Descharmes , profes- 
seur de physique au Lycée impérial; Edouard Gand , 
dessinateur industriel; Bor, pharmacien, membres de 
l'Académie d'Amiens ; Joseph Ferrand , sous-préfet , 
secrétaire-général de la préfecture de la Somme; le 
comte de Renneville, agronome ; Thuillier, professeur 
d'agriculture; Despréaux, propriétaire; Dufetel, horti- 
culteur ; les docteurs Goze et James , membres de la 
Société médicale d'Amiens; l'abbé Lardé, de St. -Paul 
d'Abbeville ; Macque , chef de division à la Préfecture ; 
E. Paris, vérificateur des poids et mesures; Scribe y 
homme de lettres ; Feragu , artiste ; etc. 

SÉANCE DU 2 JUILLET. 

M. le comte de Vigneral , après avoir appelé au bureau 
les présidents et officiers des Sociétés savantes du dépar- 
tement et les personnes les plus considérables qui se 
trouvent dans la salle , déclare ouvertes les Assises scien- 
tifiques de Picardie et prononce l'allocution suivante : 

« Messieurs , 

« M. le marquis de Chennevières , inspecteur des 
musées de province, avait été désigné par M. de Caumont, 
pour présider les Assises scientifiques de Picardie , en 
1856 ; mais les occupations imposées par de» fonctions 



Zl80 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

que M. de Chennevières comprend avec le dévouement 
qu'il puise dans Tamour de la science et la connaissance 
parfaite des beaux-arts, ne lui ont pas permis de venir 
se reposer quelques instants parmi vous. 

« Bientôt le musée Napoléon, que vous élevez avec une 
si prodigieuse munificence, sera terminé , et alors nous 
pourrons , je Tespère , profiter du séjour de M. de Chen- 
nevières au milieu de nous , pour tenir , sous sa prési- 
dence , les assises scientifiques. 

« Depuis notre dernière réunion, grâce à de bien- 
veillantes initiatives , j'ai été honoré du titre de membre 
titulaire non-résidant de la Société des Antiquaires de 
Picardie , et d'associé correspondant de l'Académie des 
Sciences et Arts du département de la Somme. Je saisis 
avec empressement la commune présence des membres 
des deux Sociétés, pour témoigner à mes nouveaux col- 
lègues ma vive reconnaissance. 

« Je ne pouvais obtenir une distinction plus flatteuse 
pour moi, en même temps qu'elle est un témoignage de 
l'intérêt que vous inspirent les réunions provoquées par la 
direction de l'Institut des provinces. J'avais reçu la mis- 
sion de faire connaître , accepter et aimer cette nouvelle 
institution; en m'admettant dans vos Sociétés, vous 
m'autorisez à penser que j'ai réussi, et je ne crois pas 
avoir eu d'autres titres à vos suffrages. 

« Depuis long-temps, on se plaignait de l'étendue des 
programmes et de l'impossibilité de donner aux questions 
difficiles le temps nécessaire pour qu'elles puissent être 
convenablement élucidées. Le programme de cette année 
est plus restreint et le temps nous manquerait encore 
pour l'étudier suffisamment ; mais les personnes dont 
l'active coopération a rendu les réunions précédentes 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. Zl81 

utiles et brillantes , ont bien voulu préparer à l'avance 
des réponses aux principales questions, 

a Au reste. Messieurs, comme vous le savez déjà, 
parmi les questions qui vous sont proposées , quelques- 
unes ne peuvent pas être résolues immédiatement, elles 
vous sont soumises pour obtenir votre opinion sur leur 
importance , sur leur opportunité ; pour connaître quels 
sont les travaux commencés ou ceux qu'elles peuvent 
susciter, et surtout pour amener, faciliter même les 
relations entre les hommes qui s'occupent des mêmes 
sciences. 

« Cette pensée, bien comprise, agrandit notre horizon, 
elle assure pour l'avenir des études d'autant plus pré- 
cieuses que la publicité de l'Institut sert tout à la fois 
à établir des rapports utiles entre les hommes d'étude 
et à faire connaître et ressortir des travaux qui, sou- 
vent, auraient de la peine à être connus et appréciés. 

« Je remercie , et j'en suis sûr , vous remercierez avec 
moi, M. Dutilleux d'avoir bien voulu, pendant deux 
sessions, se charger de remplir les fonctions de secrétaire; 
la rédaction si lumineuse de ses procès-verbaux a été 
récompensée par son entière et intacte reproduction 
dans V Annuaire de l'Institut des provinces; nous regret- 
tons que ses fonctions aujourd'hui ne lui permettent pas 
un surcroît de travail. 

(( M. Janvier, qui consacre ses loisirs à des études dont 
il a bien voulu nous faire connaître et aimer les fruits, 
a accepté les fonctions de secrétaire ; commencez donc , 
Messieurs , vos travaux : la plume de notre habile secré- 
taire va recueillir vos pensées , elle adoucira , par les 
formes gracieuses du style , les sévérités d'une discussion 
sérieuse. » 

21 



682 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 

De nombreux applaudissements accueillent ces pa- 
roles de M. de Vigneral, 

La première question inscrite en tête du programme 
est celle-ci : 

« Quels ont été, en 1856, les progrès de la géologie 
« dans la circonscription ? » 

M. le Président rappelle qu'aux précédentes, sessions 
des assises scientifiques , la réunion avait eu le bonheur 
de compter dans son sein un des membres les plus dis- 
tingués de la Société géologique de France , M. Buteux 
de Fransart, auteur de V Esquisse géologique sur le 
département de la Somme, Peut-être reste-t-il peu de 
chose à glaner après les lumineux développements donnés 
par ce savant lors de la session de 1853 ; mais chaque 
jour amène des vues nouvelles dans rhorizon d€S connais- 
sances humaines et, depuis cette époque , cette branche 
de la science a pu s'enrichir de nouvelles découvertes. 

M. de Renneville voudrait voir déterminer , d'une ma- 
nière précise, la valeur qu'on doit assigner à l'expression 
de cbxonscription. Ce terme désigne-t-il l'étendue du dé- 
partement de la Somme, ou doit-il s'entendre d'un espace 
plus considérable , comme de la Picardie tout entière , 
par exemple 2 S'il pose celte question , c'est relativement 
aux phosphates de chaux , si importants au point de vue 
de l'agriculture. Des couches considérables de celte sub- 
stance existent , dit-on, sur les côtes de Picardie, jus- 
qu'à Boulogne. 

Après les explications données par M. le Président , en 
réponse à l'observation de M. de Renneville , et desquelles 
il résulte que, par suite de la création récente des assises 
scientifiques du Nord , on doit appliquer le terme de la 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. /l83 

circonscription au département de la Somme et à une 
partie des départements limitrophes , de TAisne et de 
roise, M. Vion signale, à Bouquemdson, dans l'arrondis- 
sement de Doullens , la reprise des fouilles autrefois 
commencées dans cette localité pour reconnaître les 
gisements d'une mine de charbon de terre. A cette 
occasion , il émet le vœu de voir les agents-voyers , lors 
de l'exécution de travaux similaires , recueillir et trans- 
mettre à l'Autorité des observations qui deviendraient 
précieuses pour constater la nature des couches du sol. 
11 rappelle, en passant^ les découvertes de MM. Boucher- 
de-Perthes et Rigollot , dans le diluvium de l'arrondis- 
sement d'Abbeville et de St.-Acheul, découvertes qui 
ont soulevé tant de discussions au sein du monde savant. 
Il annonce que M. Boucher-de-Perthes prépare , en ce 
moment , une deuxième édition de son travail 

On passe à la question suivante : 

« Quels ont été les progrès de la botanique, en 
« 1856, dans la circonscription? » 

M. Garnier, en réponse à cette question , a le regret de 
porter à la connaissance de l'auditoire qu'on s'occupe fort 
peu de botanique dans le département ; il y existait autre- 
fois une Société Linnéenne qui, depuis long-temps, est dis- 
soute. Il a été fait dans cette science peu de progrès, et la 
seule personne qui la cultive encore assez activement, at- 
testait que, depuis la publication de la flore du département 
par M. Pauquy, les découvertes nouvelles atteignaient un 
chiffre fort restreint. En revanche, l'horticulture a beau- 
coup gagné et l'on doit attribuer sa marche féconde à 
l'heureuse influence exercée par la Société d'horticulture 
fondée, depuis une douzaine d'années, à Amiens. Cette 



Zi8/l INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Société excite Témulation des pépiniéristes et des jar- 
diniers par des expositions périodiques qui ont puissam- 
ment contribué à l'importation, dans le pays, des 
meilleures espèces de fruits et de légumes , et développé 
le goût pour les plus belles fleurs. Elle distribue gratui- 
tement des greffes d'une bonne nature. Un cours théorique 
et pratique de taille a lieu à l'école normale. 11 a été pro- 
fessé d'abord par M. Thuillier-Alloux, un des pépiniéristes 
distingués de la ville; il l'est aujourd'hui par M. Douchin, 
élève de Lepère. Mais, pour que ce cours puisse produire 
d'excellents effets, M. Garnier voudrait voir chaque 
instituteur posséder auprès de l'école communale , con- 
tigu même à ce bâtiment , s'il se pouvait , un terrain 
convenable où il pourrait démontrer , d'une manière irré- 
cusable, la supériorité de cette méthode. On tirerait ainsi, 
pour l'instruction des campagnes , un parti avantageux 
de l'enseignement qui leur a été donné à l'école normale. 

M. d'IIerbinghem signale, malgré les progrès obtenus, 
l'état d'infériorité relative dans lequel se trouve placé 
l'art de l'arboriculture dans le département , quand on le 
compare à la Belgique et au département du Nord ; il 
indique le système de taille qui, pratiqué dans ces régions, 
donne d'excellents résultats pour la croissance des arbres, 
notamment de ceux qui avoisinent les bords de la mer. 

M. de Renneville a expérimenté , avec succès , le mode 
prescrit par M. d'Herbinghem, 

M. Dufetelle donne lecture d'une note sur un charme 
commun , Carpinus Betidus, situé dans une propriété , au 
Caudas, près DouUens. Au point de vue de la botanique, 
dit-il, cet arbre est très-remarquable, surtout si l'on 
examine sa forme. C'est un vieux têtard plus que cente- 
naire: son tronc penche vers le Nord, sur une inclinaison 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. liSS 

d'à peu près /i5 degrés; son corps est vide, c'est-à-dire 
creux , et ouvert au tiers de sa circonférence. Sa végé- 
tation est luxuriante, ce qui fait voir qu'à défaut du 
canal médullaire un végétal ne meurt pas; il est démontré 
par les physiologistes que l'ascension de la sève n'a point 
lieu par la moelle de l'arbre , mais bien par les couches 
ligneuses les plus rapprochées du «entre.', sans pour cela 
vouloir dire qu'en s'éloigant du centre vers la circonfé- 
rence on ne trouve point de sève. Assurément, dans toutes 
les parties d'une plante existe le suc nourricier , mais en 
moindre quantité qu'au centre : on peut s'en convaincre 
en examinant avec attention la cavité du charme dont 
il s'agit, cavité formée par l'absence des couches internes ; 
la couleur livide du bois, résultat de l'exudation du liquide 
nourricier , fait bien supposer que la plus forte quantité 
de sève est toujours vers le centre. Sur la partie opposée 
à la direction de l'inclinaison de cet arbre , ont été ména- 
gées, à hauteur d'homme, quelques branches formant 
ombrelle, sur le têtard même, qui n'a pas moins de 2 
mètres de diamètre ; on a eu soin de laisser toutes les 
branches de la circonférence en les dirigeant avec soin 
pour former une salle de verdure d'une élévation de 
2 mètres et pouvant facilement contenir douze personnes. 
Du milieu du têtard part un axe perpendiculaire, terminé 
également par une nouvelle salle de verdure d'une dimen- 
sion moitié moindre que la première. 

M. le Président remercie M. Dufe telle de son intéres- 
sante communication , à propos de laquelle M. Goze rap- 
pelle l'exemple des saules qui vivent peu d'années , il est 
vrai, mais qui vivent bien qu'étant généralement vides ; 
et de l'arbre d'Hébecourt , dans la cavité duquel a été 
élevée une chapelle. M. Formeville cite aussi, à l'appui 



/j[86 INSTITUT DES PROVINCES DE FRAxNCE. 

de Texistence d'arbres sans moelle, des ormes centenaires 
qu'il possède dans ses propriétés, et des pommiers qui , 
dans les mêmes conditions , ne se couvrent pas moins 
d'une magnifique végétation et produisent une fort bpnne 
récolte» 

On pose la 3^ question du programme , ainsi conçue : 

« Quels ont été les progrès de l'agriculture dans la 
« circonscription, en 1856? » 

M. Salmon , pour répondre à cette question , regrette 
que des occupations imprévues et indispensables ne lui 
aient pas permis de retracer les progrès agricoles , sinon 
dans toute la Picardie ou même dans le département de la 
Somme, du moins dans l'arrondissement d'Amiens. Il est 
malaisé de dire quels ont été tous les progrès agricoles 
accomplis en un an dans un pays. En agriculture, on ne 
marche pas aussi vite qu'en industrie , ce n'est pas en un 
seul jour que se font les améliorations ; il est vrai qu'une 
fois accomplies, elles y sont plus durables. Aussi, M. Sal- 
mon croit-il devoir faire remonter le progrès de l'agri- 
culture, en Picardie, à la dernière réunion des assises 
scientifiques , c'est-à-dire à 1855. Il appelle l'attention 
sur la culture des champs et l'élève du bétail dans 
l'arrondissement d'Amiens. 

Si , au XV^ siècle, on disait proverbialement : 

Labours de Picard ^ 
Humilité de Normand , 
Patiencfie d'Allemand , 
Ces coses,,, ne valent pas un bouc lion. 

il y a toutefois déjà long-temps que les Picards ont 
appris à mieux conduire la charrue : leurs moissons 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 487 

vïctuelles en font foi. Mais , sans s'arrêter à signaler leur 
état général , M. Salmon s'empresse d'aborder les cultures 
nouvellement introduites dans le département : celle de 
la betterave sur une vaste échelle doit être citée tout 
d'abord ; le département possédait déjà un certain nombre 
de sucreries , mais toutes à peu près situées sur le même 
point. Depuis 1855 , de nouvelles sucreries se sont encore 
établies , un assez grand nombre de distilleries de bette- 
raves ont été montées, plusieurs notamment aux environs 
du chef-lieu. Elles ont nécessité la plantation d'une très- 
grande quantité de betteraves qui ont généralement été 
fort bonnes ; encore quelques progrès, et bientôt la 
Somme n'aura rien à envier au Nord sous le rapport de la 
perfection de cette culture. La distillation de la carotte 
a été tentée avec succès ; celle du topinambour a donné 
également un fort bon résultat. Les céréales partagent la 
même prospérité : il est telle ferme de l'arrondissement 
de Péronne qui obtient 1,600 gerbes de froment par hec- 
tare , et la première médaille accordée cette année , au 
concours régional de Melun , pour les produits agricoles 
du sol picard , est une preuve de la bonté de ses cultures. 

M. Salmon cite , en passant , l'introduction du sorgho 
dont on n'a pas encore obtenu assez de résultats pour pou- 
voir asseoir un jugement à cet égard. 11 en est de même , 
h son avis, de l'extraction de l'opium d'œillette qui réussit 
en petit , mais qui a besoin d'être expérimentée sur une 
plus grande échelle, pour être définitivement classée parmi 
les produits qu'on peut obtenir de la grande culture. 

L'opération du drainage a été tenté pour la première 
fois, en 1855, à St.-Fuscien , près Amiens, et couronné 
d'un entier succès. Depuis , d'autres travaux de ce genre 
ont été exécutés sur différents autres points; mais il 



/i88 INSTITUT DES PROVIINCES DE FRANCK. 

reste encore bien des terres susceptibles d'être drainées , 
et, sous ce rapport, le département est loin d'être aussi 
avancé que celui de FOise. 

De la perfection des instruments doit résulter la per- 
fection de la culture. De grands progrès ont été réalisés 
de ce côté. Déjà, depuis plus de vingt ans, la vieille 
charrue avait été supplantée par la charrue Wasse , in- 
ventée en 1836. Elle a trouvé, à son tour, des concur- 
rents redoutables dans le brabant double et dans la 
charrue anglaise d'IIow^ard , qui menacent de la reléguer 
au second rang des bonnes charrues. Une commission , 
déléguée par le Préfet pour visiter l'Exposition universelle 
au profit des intérêts du département , y a fait l'acqui- 
sition d'une charrue Howard. Essayée , l'année suivante, 
au concours du Comice d'Amiens, sa supériorité fut 
tellement visible , qu'elle est maintenant employée dans 
des cultures de l'arrondissement; dans l'arrondissement 
d'Abbeville , des moissonneuses système Mac- Cormick 
eut été introduites avec succès; mais on a essayé, au 
concours d'Amiens, sans résultat bien satisfaisant, les 
machines à faucher de William Dray. Dans cette même 
réunion , des prix et des mentions honorables ont été 
accordés à des semoirs exposés par des constructeurs 
du département de la Somme ; et nous pourrions , à la 
rigueur, dit M. Salmon , nous passer maintenant de nos 
voisins et avoir cependant, dans notre pays, la plupart 
des instruments que nécessite une culture perfectionnée. 
Le bétail du déparlement, surtout dans l'arrondis- 
sement d'Amiens, est loin d'être satisfaisant. Quelles races 
amélioratrices doivent être préférées ? Pour l'espèce bo- 
vine, les uns préconisent le Durham, l'Ayr ; d'autres le 
hollandais. Pour l'espèce bovine , le Dishley jouit d'une 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 489 

grande faveur auprès de certains éleveurs; d'autres 
aiment mieux le South-Down. Quant à l'espèce porcine, 
les races anglaises , notamment le Leicester et le Hamps- 
hire, n'ont plus que des partisans et des admirateurs. Il 
est aussi des agriculteurs qui élèvent des races indigènes 
et déclarent s'en bien trouver. Sans rechercher ceux qui 
ont tort et ceux qui ont raison , M. Salmon montre le 
Comice agricole d'Amiens favorisant , depuis une dizaine 
d'années, pour l'importation de l'espèce bovine, des 
reproducteurs hollandais ; celui de Péronne ne prime que 
des animaux de race flamande ou de race du pays , pure 
ou croisée avec le flamand ; celui d'Abbeville introduit 
aussi dans son arrondissement la race flamande pour 
améliorer celle du pays. Les particuliers , de leur côté , 
ne restent pas en retard. Dans l'arrondissement de 
Montdidier, il a été vendu depuis un an plusieurs cen- 
taines de jeunes animaux hollandais. Cette race commence 
à s'y répandre surtout dans le canton d'Ailly-sur -Noyé. 
D'autres propriétaires emploient avec grand succès la 
race de Durham ; M. Cannet, propriétaire de la ferme du 
Paraclet , aux environs d'Amiens , a commencé , il y a 
deux ans , à introduire dans ses étables , le type écossais 
d'Air; il se déclare jusqu'à présent satisfait des résultats, 
mais son expérimentation n'a pas encore été suivie pen- 
dant un temps assez long pour être complètement décisive. 
En 1856, un prix a été obtenu pour la première fois 
au concours régional d'animaux de boucherie, à Lille, 
concours qui rivalise parfois avec celui de Poissy, pour 
une vache flamande appartenant à M. Douville de Fran- 
sec. Plusieurs récompenses, pour animaux appartenant 
aux espèces bovine et ovine, ont encore été décernées 
à d'autres éleveurs du département dans le concours 



/l90 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

régional de Valenciennes et dans les concours universels 
de Paris. Enfin, l'orateur se plaît à rappeler les nombreux 
et magnifiques succès conquis, cette année, au concours 
régional de Melun , par l'honorable Président des Assises 
scientifiques qui , en face des habiles cultivateurs de la 
Bauce et de la Brie a tenu à honneur de soutenir dignement 
la réputation agricole naissante de la vieille Picardie. 

Les soins qu'on apporte maintenant à l'enseignement 
agricole contribueront beaucoup , et ont déjà beaucoup 
contribué à l'amélioration de l'agriculture dans nos 
contrées. Une école normale d'agriculture, la première 
qui ait encore porté ce nom , a été fondée en 1855, dans 
une ville Picarde , à Beauvais. Le département possède 
depuis plusieurs années une chaire d'agriculture, occupée 
par un homme aussi modeste que savant , dont les ensei- 
gnements ont fait un bien immense. L'école normale du 
département de la Somme a un cours d'agriculture 
théorique et pratique , des instituteurs communaux 
donnent aussi avec succès des leçons d'agriculture à leurs 
élèves; il y a quelques jours à peine, le Comice de Mont- 
didier récompensait pubhquement, dans son concours , 
l'instituteur qui s'était le plus signalé dans ce genre d'in- 
struction, et ceux des disciples qui avaient le mieux 
profité des leçons agricoles de leurs maîtres. 

M. Vion fait observer que ce n'est point seulement à 
Montdidier que des encouragements sont accordés aux 
instituteurs : depuis dix à douze ans environ, le Comice 
agricole de Doullens leur décerne des primes. 

M. Thuilliez ajoute que M. le Président du Comice 
d'Amiens est entré dans cette voie. Cette année encore , 
un prix sera décerné à un instituteur. 

Pour compléter l'intéressante communication de M. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 491 

Salmon, sur les progrès agricoles de la circonscription, 
M. Thuilliez entre dans quelques détails sur les opérations 
de drainage. Il cite celles exécutées à St.-Fuscien par 
M. Salmon lui-même, et qui ont été couronnées des plus 
éclatants succès ; ses résultats ont été tellement favo- 
rables que des haricots , qui demandent un sol aride , 
poussent maintenant sur un terrain qui auparavant ne 
portait que des joncs maigres. De son côté , l'administra- 
tion préfectorale a, à plusieurs reprises, appelé l'attention 
de MM. les Sous-Préfets, Maires, Ingénieurs, Présidents 
de Comices, Membres des Chambres consultatives d'agri- 
culture , Agents- Voyers Propriétaires et Cultivateurs du 
département, sur les avantages de l'assèchement des 
terres par le drainage. En vue de populariser dans les 
campagnes ce nouveau système, elle a employé divers 
crédits , mis à sa disposition , par le Ministre de l'agri- 
culture et du commerce et par le Conseil général, pour 
créer dans chaque arrondissement , sur des propriétés 
communales convenablement choisies , un type complet 
des travaux à exécuter. Cette opération qui , sans aucun 
doute, aura une influence décisive sur l'esprit des cultiva- 
teurs, par suite des résultats avantageux qu'elle ne pourra 
manquer de produire , se poursuit , en ce moment , sur 
d'assez grandes étendues de terrains humides et froids , 
notamment à Bus, arrondissement de Montdidier, sur un 
terrain communal d'une superficie de 1 hectare 68 ares ; à 
Brouchy, arrondissement dePéronne, sur une superficie de 
6 hectares ; à Milly-les-Doullens, dans la vallée deGrouches 
sur 2 à 3 hectares. Là, les terrains drainés viennent d'être 
loués par la commune elle-même, à raison de 180 fr. 
l'hectare , tandis que des terres non drainées, dans la 
même situation , ne produisent que 90 fr. seulement. Ces 



Zi95 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

faits parlent assez haut. En ce moment, à Airaines, on 
pratique le drainage sur environ 1 hectare et demi de 
terrain , et M. le Préfet vient récemment de donner des 
instructions aux ingénieurs, pour l'étude d'un projet de 
dessèchement, par le drainage, de la vallée de la Cologne, 
arrondissement de Péronne ; opération qui doit se faire 
au moyen d'une association ou sorte de syndicat entre les 
propriétaires intéressés. 

Les drains sont généralement , dans le département , 
posés en suivant les pentes. M. de Vigneral vante le 
système du drainage par perforation , système qui a si 
bien réussi à l'Mande et a transformé ce malheureux 
pays en une riche province ; il désirerait voir ce pro- 
cédé appliqué au déparlement de la Somme. 

M. Salmon fait connaître qu'un agriculteur l'a employé, 
mais que l'on ignore le succès de son expérimentation. 

M. Vion appelle l'attention sur les tourbières qui 
occupent une si grande partie du sol de notre dépar- 
tement, et absorbent ainsi des espaces considérables de 
superficie; ne serait-il pas possible, à la fin de l'ex- 
ploitation, d'arriver au dessèchement de ces tourbières? 

M. de Vigneral pense que ce serait alors le cas d'es- 
sayer le drainage par perforation , puisque les marais 
tourbeux sont exploités généralement jusqu'à une pro- 
fondeur de 18 pieds. 

M. de Renneville ajoute à ces communications l'exemple 
de M. d'Herlincourt qui , propriétaire d'un marais assis 
en contre-bas d'un cours d'eau, et continuellement inondé 
par suite de ce voisinage a , dans l'espace de moins de 
trois mois, desséché complètement sa' propriété, en fai- 
sant, par le moyen du drainage , infiltrer les eaux dans 
les terrains crayeux qui l'avoisinaientr 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. ti9B 

M. Thuilliez signale encore une amélioration capitale , 
produite par des changements de terrains destinés à 
transformer la nature primitive du sol. A Yzeux , des prés 
recouverts d'une terre différente, ont produit des cé- 
réales. Cet exemple a été suivi par plusieurs particuliers, 
et le sol , parfaitement modifié , a donné d'excellents 
résultats. 

La discussion amène la 13^ question du programme : 

« Quels progrès la machinerie agricole a-t-elle faits 
« dans la circonscription en 1856 ? » 

Aux renseignements déjà fournis par M. Salmon , 
M. de Vigneral ajoute l'introduction, dans Tarrondissement 
de Montdidier, de la moissonneuse Mac-Gormick. 

M. Thuilliez constate à son tour, par des chiffres élo- 
quents , l'accroissement rapide qu'a subi la mécanique 
rurale. Il y à dix ans, la culture du département comptait à 
peine 70 à 80 machines à battre, leur nombre aujaurd'hui 
est de près de 200; parmi elles doit figurer dimanche, 
au concours d'Amiens , la machine de Varloy-Delos , de 
Lille , introduite par M. de Gilles , et qui bat jusqu'à 16 
hectolitres par jour. Cette machine est du prix de 250 fr. 

On donne lecture dela6^ question ainsi conçue : 

« Quels ont été, en 1856, les progrès pour la chimie et 
« les sciences physiques ? » 

M. de Renneville indique l'extraction de l'acool des 
tiges du topinambour et l'extraction de l'opium indigène. 

M. Decharmes regrette que M. Salmon n'ait pas cru 
devoir accorder une mention plus favorable à la culture 
de l'opium indigène. Des expériences convaincantes out 
été faites par M. Bénard, c'est aujourd'hui aux cultivateurs 



Ii9ll INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

à les faire sur une plus grande échelle; mais il ne faut pas 
se dissimuler que , si les opérations de l'extraction ne 
semblent pas encore réussir, c'est que ces opérations 
fort délicates ont été généralement mal conduites, et 
qu'elles demandent un apprentissage. Il n'en est pas moins 
vrai que cette culture est appelée à donner d'excellents 
résultats, puisque M. Renard de Puchevillers y a obtenu 
un bénéfice de cent pour cent. A cette occasion , M. De- 
charmes rappelle les propriétés de Topium indigène qui 
contient le double , le triple et même le quadruple de mor- 
phine de l'opium exotique. Des essais ont été faits pour 
connaître la qualité de cette morphine, si, jusqu'à présent : 
l'on n'est point encore arrivé à préciser exactement le 
degré exact de richesse de cette substance , il a toujours 
été constaté qu'elle produisait les mêmes effets que 
l'opium étranger. 

Suivant M. de Renneville , la plus grande difficulté qui 
s'opposera à l'extension de la culture de l'opium indigène, 
c'est que l'époque de sa récolte vient coïncider avec elle 
des céréales , et qu'on trouvera difficilement des moyens 
de la recueillir, tous les bras étant alors occupés à la 
moisson. 

M. Thuilliez annonce que M. Renard de Puchevillers 
est dans l'intention formelle de continuer , celte année 
encore , des expériences de cette culture. 

MM. Decharmes et Gand entretiennent la réunion 
des observations météorologiques qui ont eu lieu à 
Amiens , sous la direction d'une commission prise dans 
le sein de l'Académie. Depuis quelques mois, elles ont 
été complètement abandonnées ; l'assujettissement qui 
en résultait pour les personnes qui avaient bien voulu se 
charger de recueillir ces observations et peut-être le peu 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. /l95 

d'importance attachée à leurs résultats par l'Observatoire 
de Paris , auquel elles étaient transmises ( sans doute à 
cause des différences peu sensibles quelles présentaient, 
avec celles faites dans cet établissement), paraissent être 
les causes principales qui ont contribué à leur cessation. 

La sixième question était ainsi conçue : 

« Quels sont les moyens les plus efficaces pour au- 
« gmenter en agriculture le capital intellectuel. A.-t-on 
« employé jusqu'ici tous les moyens qui peuvent produire 
« cet accroissement si désirable ? » 

Suivant M. de Renneville, il n'est qu'un seul moyen , 
c'est celui de l'instruction dans les écoles. M. Vion signale 
l'excellence des cours d'agriculture professé par M. Thuil- 
liez, comme propageant les meilleures doctrines. Il saisit 
cette occasion pour reproduire les arguments qu'il a déjà 
fait valoir dans la précédente session sur l'utilité des 
cours publics préparatoires à l'enseignement des Facultés. 
Le grand défaut qui nuit au développement et à la fré* 
quentalion des cours communaux actuellement existantes 
est principalement leur éloignement du centre de la 
ville et les heures fâcheuses auxquelles ils se tiennent. 
Tel qui voudrait suivre les enseignements de plusieurs 
professeurs s'en trouverait empêché par la coïncidence 
de leurs leçons , la coordination des heures de ces leçons 
serait surtout la principale réforme à désirer. 

L'Assemblée approuve ces considérations et M. le Pré- 
sident annonce qn'un extrait du procès-verbal sera remis 
entre les mains de M. le Maire d'Amiens, qui se montrera 
certainement heureux de pouvoir donner une solution 
favorable aux vœux légitimes que vient de faire entendre 
M. Vion. 



496 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

On donne lecture de la 7*. question : 

« Quels sont, dans la circonscription, les établisse- 
« ments agricoles dans lesquels on a expérimenté les 
« engrais liquides ? » 

M. Thuilliez fait connaître les études auxquelles M. de 
Gilles se livre, dans sa propriété du Saulchoy, sur un 
engrais de M. Salles de la Magdelaine , mais il ignore 
encore si ces essais ont produit de bons résultats, 
M. Salles n'ayant jamais voulu , au surplus , donner com- 
munication de ses procédés. Quant à M. Salmon , il n'a 
obtenu aucun succès de l'emploi des blés préparés par ce 
mode de pralinage. 

MM. Dutilleux , Thuilliez, de Vigneral , de Renneville, 
Despréaux , prennent successivement la parole sur les 
8^, 9% et 10**. questions, qui ont pour but de recher- 
cher quels sont les moyens pratiques d'obvier à la 
déperdition des matières fécales et des purins; s'il 
n'y aurait pas lieu d'établir une amende municipale 
dont seraient passibles tous ceux qui laisseraient s'écouler 
sur la voie publique comme cela a lieu , en temps de pluie, 
dans toutes nos campagnes , et quel parti l'on pourrait 
tirer d'une foule d'immondices qui se perdent dans les 
égouts pour aller ensuite salir , infecter et encombrer les 
cours des rivières dans leur trajet au centre des villes. 11 
résulte, des diverses communications faites, par ces cinq 
membres, qu'il existe des dispositions législatives qui 
permettent de réprimer la négligence coupable de la 
plupart des campagnes. En effet, en vertu de l'art. 3 
du titre XI de la loi des 16 et 2Zi août 1790, les maires 
peuvent prendre arrêté, portant défense de laisser 
s'écouler les purins sur la voie pubUque. Il y a deux ans, 
l'Administration a invité les officiers municipaux à user 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. Zi97 

du droit que leur accorde celte loi ; des arrêtés ont dû 
être pris, sont-ils scrupuleusement exécutés? Mais 
mieux que les mesures de police , Tinlérêt du campagnard 
amènera les résultats que Ton désire : lorsqu'il aura été 
instruit de Tutilité des purins, loin de les laisser perdre , 
il les recueillera avec soin. Il y aurait donc lieu de l'édi- 
fier sur les avantages qu'il en peut retirer avant que de 
recourir à des voies coêrcitives. 

M. Thuilliez indique une mesure qui a produit , à cet 
égard, de bons effets : c'est la récompense accordée par 
le Comice agricole d'Amiens à ceux des cultivateurs qui 
mettent des gouttières à leur toit pour empêcher, durant 
les grandes pluies , les eaux d'inonder leurs cours , et 
d'entraîner à leur suite les détritus qui viennent ensuite 
salir la voie publique. 

Au point de vue delà salubrité, M. Thuilliez recom- 
mande l'emploi du plâtre : 1,000 kilog. de plâtre suffisent, 
en effet, pour saturer les vapeurs ammoniacales de 
100 mètres cubes de fumier; ce procédé est peu coûteux, 
puisqu'il n'exige qu'une dépense de 18 fr. On obtient 
encore des résultats plus efficaces en usant du sulfate de 
fer. 

On passe à la 12% question du programme : 
« Quels emprunts l'architecture rurale a-t-elle faits , 
« en 1856 , à l'architecture des chemins de fer pour la 
« construction des hangars; quels emprunts peut-elle 
« faire encore utilement ? » 

M. Thuilliez , en réponse à cette question, indique des 
constructions élevées par un cultivateur de Gavillon et la 
ferme que vient de faire édifier M. de Chépilly, comme 
présentant quelques caractères d'imitation de ce genre 
d'architecture. 



Zj98 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. le Président appelle ratlention de l'auditoire sur les 
trois propositions suivantes : 

<i L'histoire de l'agriculture au moyen-âge n'est-elle 
« pas une des études auxquelles doivent se livrer les So- 
« ciétés savantes de la circonscription ? 

« Quelles sont les recherches déjà faites ; quelle direc- 
« tion ultérieure doit-on donner à ce genre d'étude ? 

« Les Sociétés d'agriculture de la circonscription ne 
« doivent-elles pas recueillir toutes les traditions relatives 
« aux anciens procédés de culture ; les pratiques qui vont 
« cesser ; les meubles qui vont disparaître ne méritent-ils 
« pas qu'on en conserve le souvenir? Ne sont-ce pas là des 
« éléments précieux pour l'histoire de l'agriculture ? » 

MM. Dutilleux, Thuilliez, Dusevel et Corblet, prennent 
la parole sur ces questions. L'histoire de l'agriculture est, 
sans contredit , une étude des plus curieuses , mais elle 
n'a point encore été faite : il existe cependant certains 
travaux particuliers, concernant quelques-unes de ses 
parties. Pour n'en citer que quelques-unes, M. l'abbé 
Cochet a traité l'histoire de la vigne en Normandie; 
M. Dusevel a traité le même sujet pour la Picardie, dans 
les bulletins du Comice ; la Commission des usages lo- 
caux, instituée par le Gouvernement , a , dans le départe- 
ment de la Somme, terminé son travail qui pourra 
bientôt être livré à l'impression : sept ou huit usages 
seulement présentent le caractère de l'universaHté. C'est 
donc là un champ encore vierge à défricher pour les Sociétés 
savantes. On pourrait trouver de précieux documents 
pour l'écrire. Ces documents , M. Dusevel les rencontre 
dans les anciens baux , et les anciens contrats conservés 
dans les études des notaires. M. Corblet en trouve 
d'autres, non moins intéressants, dans les règles de plu- 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. Z|99 

Sieurs saints, notamment dans celle de saint Benoît; elles 
renferment des détails curieux sur Tagriculture monas- 
tique qui est la mère de l'agriculture de la France et a 
réhabilité et sauvé cette science-mère , abandonnée , 
depuis la conquête des barbares, aux mains de colons et 
de serfs avilis, 
La séance est levée à 10 heures et demie. 

SÉANCE DU 3 JUILLET. 

A Touverture de la séance , M. le Président accorde la 
parole à M. Gand qui la demande. 

M. Gand fait l'analyse d'une méthode de classification 
ou notation caractéristique des tissus , proposée par 
M. Alcan , professeur de tissage au Conservatoire des 
arts et métiers de Paris. 

Jusqu'à ce jour , personne n'avait eu l'idée de réunir , 
en un petit nombre de formules simples et faciles à 
retenir, les énoncés de divers éléments qui entrent dans 
la composition des étoffes, et cependant elle était 
de la plus haute importance. En effet , chaque centre de 
fabrique non-seulement s'est créé un vocabulaire parti- 
culier et arbitraire pour définir ses procédés de fabrication, 
mais encore chaque fabricant a donné un nom de fantaisie 
à toute étoffe, nouvelle ou simplement modifiée; il en 
résulte , tout à la fois , une confusion regrettable dans les 
termes employés par les fabricants et les artistes de 
localités différentes, et une incertitude continuelle, pour 
ne pas dire une ignorance complète, sur la nature d'étoffes 
dont les noms bizarres, empruntés à l'arbitraire du 
caprice, n'ont aucune signification technique. 

En conséquence , il arrive fort souvent que deux indus- 



500 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

triels, n'habitant pas la même ville, ont toutes les peines 
du monde à se comprendre lorsqu'ils veulent se commu- 
niquer mutuellement la série d'opérations à laquelle ils 
ont recours pour la composition d'un tissu donné. Ou bien 
qu'un fabricant ne reçoive de l'acheteur qu'une déno- 
mination n'indiquant pas le moins du monde la combi- 
naison de l'étoffe, ni l'espèce de matières employées 
suivant tels ou tels croisements , ce fabricant , dit-il , se 
trouve tout d'abord dans l'impossibilité de mettre en 
œuvre l'article demandé. 

M. Gand prouve que la méthode de M. Alcan remédie 
à ces inconvénients ; il entre dans plusieurs détails sur le 
mécanisme des formules inventées par le savant profes- 
seur et il applique ces formules aux principaux articles 
fabriqués à Amiens et dans le département de la Somme, 
tels que velours de coton , velours d'Utrecht , alépines , 
satins américains, barpoors, mousselines festonnées, 
gilets-cachemire , cache- nez , tapis , châles , etc. 

Quand toutes les villes manufacturières de France 
auront adopté le système de classification ou notation 
caractéristique de M. Alcan , les relations seront comme 
il vient d'être dit , singulièrement simplifiées. Le pra- 
ticien saisira mieux la variété de faits qui constitue 
l'industrie des étoffes ; l'artiste pourra, sans difficulté, se 
pénétrer des conditions d'exécution de son œuvre ; le 
savant enfin, comme le dit fort bien M. Alcan, aura 
pour point de départ une série de principes justes et 
nettement définis. 

M. le Président remercie M. Gand de l'intéressante 
communication qu'il vient de faire. Jusqu'à présent , les 
industriels avaient cru devoir se tenir éloignés des assises 
scientifiques : dans une cité aussi commerçante que la 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 501 

ville d'Amiens, une telle abstention était regrettable. 
Comme Tagriculture, les sciences ou les arts, l'industrie 
doit avoir sa place marquée sur les programmes de 
l'Institut des provinces, et la lecture de la note de 
M. Gand est d'un favorable augure pour la réalisation 
de ce désir ; elle fait naître l'espérance que les prochaines 
assises verront l'industrie locale prendre une part plus 
active à leurs travaux. 

L'ordre du jour appelle la discussion de la 13*. question : 

« Quels ont été en 1856 , les tendances économiques 

« dans la circonscription ? Y a-t-il eu progrès dans la 

« moralité des entreprises et la bonne foi des tran- 

« sactions? » 

MM. d'Herbinghem , Asselin et Despréaux, prennent la ' 
parole successivement. Il est difficile de répondre d'une 
manière excessivement précise sur ce sujet. Il résulte 
toutefois, des détails qu'ils fournissent , que si le rôle des 
décisions judiciaires doit être regardé comme le ther- 
momètre exact de la bonne foi des transactions civiles ou 
commerciales , les tribunaux n'ont pas eu à s'occuper 
d'un nombre d'affaires supérieur à celui des années 
précédentes. 

L'on passe ensuite à la question suivante ; 

« Quelles sont les études encore à faire pour préciser 
(( mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici les principes de classi- 
« fication chronologique des sépultures et des tom- 
« beaux ? » 

Dans une brillante improvisation où la pureté et 
l'élégance du style le disputent à la solidité du raison- 
nement, M. l'abbé Corblet retrace les caractères généraux 
qui permettent d'assigner aux sépultures leurs dates et 



602 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

leurs origines. Au dernier siècle, les études sur celte 
branche de l'archéologie , si Ton en excepte les travaux 
de Lebœuf, de Legrand d'Aussy, de Chifïlet, l'auteur de 
VAnastasis Childerici, étaient plus spécialement portées 
vers les antiquités romaines que vers les aiitiquités 
nationales. C'est en ce siècle qu'on a surtout cherché à 
établir les principes de la classification des tombeaux : 
de grandes recherches ont été faites principalement par 
M. l'abbé Cochet , qui le premier a posé les règles les plus 
exactes pour déterminer cette classification. M. Arthur 
Mercier a tracé l'histoire de la sépulture chrétienne en 
France , d'après les monuments du Xr, au XVP, 
siècle ; enfin , il faut signaler les travaux particuhers de 
MM. Danjou, Mathon et Rigollot. La science a-t-elle dit 
son dernier mot? M. l'abbé Corblet ne le croit pas. Des 
jalons ont été posés, la route a été éclairée, mais peut- 
être reste-t-il encore à apprendre ; demeure-t-il encore 
bien des doutes à éclaircir. 

La première époque des sépultures est l'époque cel- 
tique. M. de Caumont a présenté, en 1832, la classifi- 
cation de ces sépultures. On reconnaissait alors trois 
périodes distinctes dans l'époque celtique : l'inhumation , 
l'incinération des cadavres , puis le retour à l'inhumation. 

Lorsque la domination romaine eut conquis la Gaule , 
elle dut imposer avec ses lois ses usages religieux, et la 
crémation remplaça alors l'ensevelissement du corps ; 
plus tard , quand les Francs eurent à leur tour expulsé 
les vainqueurs , ils imposèrent également leurs coutumes 
particulières, et l'on revint à l'ensevelissement. Le chris- 
tianisme aida vraisemblablement beaucoup à ce retour , 
et peut-être faut-il reconnaître son influence pour faire 
admettre celte coutume antérieurement même à l'invasion 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 503 

franque. M. Corblet se demande si rincinéralion chez les 
Celtes avait lieu partout , on n'en trouve pas trace dans 
certaines parties de la Bretagne qui surent échapper à la 
domination romaine. 

M. Corblet entre ensuite dans Texamen des éléments 
qui permettent d'assigner aux sépultures l'âge auquel 
elles appartiennent. Les vases qui les entourent d'or- 
dinaire constituent un argument d'un grand poids. Il est 
facile de distinguer les poteries gauloises des poteries 
romaines. On rencontre aussi dans les médailles qui les 
accompagnent des lumières sur ce sujet. 

Dans les sépultures gallo-romaines les cendres du 
défunt sont renfermées dans une urne de plomb, de verre 
ou de terre de Samos ; on trouve à côté divers instruments 
comme des épingles, des fibules, des styles, des bracelets , 
des médailles, et surtout les vases qui servaient à contenir 
les provisions que l'on y déposait pour les besoins du 
voyage qu'entreprenait le mort , et l'obole sans laquelle le 
nautonnier de l'Achéron eût refusé au défunt le passage 
du sombre bord. 

Dans les tombeaux francs, le cadavre est renfermé dans 
un cercueil , couché sur le dos , quelquefois assis. 
M. Corblet n'a point exphqué quels pouvaient être les 
motifs de cette position. La tête est placée à l'Orient ; 
à partir du VHP. siècle , les chrétiens la placèrent vers 
l'Occident pour qu'au jour du jugement dernier les 
défunts en sortant du sépulcre puissent apercevoir le 
visage du juge suprême. Les tombes franques renferment 
encore les armes du guerrier, l'épée, le sabre ou scrama- 
raxe, les boucles ou agrafes à plaques du ceinturon , qui 
servait à les suspendre au côté des vases grossiers en 
terre noire , affectant presque tous la même forme. Enfin 



1 



bOlx INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

SOUS les Mérovingiens, apparaissent quelques signes, 
emblèmes du christianisme, tels que la croix, les poissons, 
symboles du Christ ; les lions. 

Les cimetières mérovingiens sont à étudier. Ils ne l'ont 
été par Tabbé Cochet que dans là Normandie, et surtout 
dans la vallée de PEaulne. Faut-il appliquer les caractères 
découverts par ce savant archéologue à la race franque 
tout entière ou seulement aux Francs , habitant la Nor- 
mandie? 

En indiquant les différences qui existent entre les sé- 
pultures gallo-romaines des trois premiers siècles , et les 
sépultures franques des temps mérovingiens , on trouve 
naturellement la manière de les distinguer les unes des 
autres. Mais il se présente cependant, au IV*. et au 
V*. siècles de notre ère , une époque de transition où la 
société est en proie à un travail de dissolution et de 
rénovation : le Romain vit en présence du barbare qui 
bientôt l'expulsera définitivement du sol. Le christia- 
nisme ébranle déjà les vieilles superstitions païennes. Les 
sépultures de cette époque de transition présentent donc 
un caractère de fusion , de mélange entre les traditions 
et les usages des deux races. Dans ces tombeaux , on 
trouve quelquefois, à côté du corps , les vases servant , 
contenant le miel et le vin : que déduire de ces éléments 
contradictoires? Est-ce là une sépulture païenne ou celle 
d'un chrétien? Il ne faudrait pas cependant assigner trop 
exactement à ces derniers signes une idée de pag na- 
nisme. On conserve encore les habitudes des ancêtres, 
et bien des usages se pratiquent , encore que la croyance 
qu'on y attachait aft disparu depuis long-temps. L'inci- 
nération a été pratiquée aussi plus tard dans les villages 
que dans les villes , car le christianisme a pris d'abord 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 505 

racine dans les centres populeux, avant de pénétrer au 
sein des campagnes. Une remarque assez bonne à con- 
stater pour les tombeaux du IV*. au V*. siècle, c'est que 
les cercueils présentent la forme d'un rectangle régulier , 
tandis que , postérieurement , ils offrent un rectangle 
retiré vers les pieds» 

On n'a pas toujours mis dans les tombeaux , fait ob- 
server M. Tabbé Corblet, la médaille de l'empereur 
qui régnait au moment de la mort du défunt. On a , 
en effet, rencontré , dans des sépultures du X*. siècle , 
des médailles du Haut-Empire, 

Les inscriptions , les sépultures , les vases contenant 
l'encens et Teau bénite, indiquent assez l'époque des 
tombes chrétiennes du moyen-âge , et M. l'abbé Corblet 
a classé ces dernières poteries; mais celte classification 
présente des nuances fort délicates. 

Résumant en quelques mots les intéressants détails 
dans lesquels il vient d'entrer, M. Corblet pense qu'il y 
a lieu de diriger les recherches dans le but d'arriver à 
connaître , d'une manière positive , si l'inhumation a 
persévéré plus ou moins long-temps dans certains pays 
qui surent échapper à la conquête romaine , et quelle a 
été la part respective de l'influence chrétienne et de 
l'influence franque. La comparaison de tous les objets 
trouvés dans les tombeaux barbares de tous pays jette- 
rait une vive lumière sur l'époque mérovingienne. 
Pour le moyen-âge, enfin, les recherches ne devraient pas 
se borner à comprendre la chronologie complète des 
dates des tombeaux, mais embrasser encore l'histoire 
du deuil , la liturgie des morts , les coutumes , les 
usages et les superstitions funèbres de chaque contrée. 

M, Dusevel, tout en appréciant l'importance de la corn- 

22 



506 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

munication faite par M. Tabbé Gorblet, présente cette 
observation qu'il ne faudrait pas, pour les tombeaux du 
moyen-âge, s'en rapporter scrupuleusement à la lettre aux 
inscriptions qu'ils portent. Quelquefois, à cette époque , 
l'on faisait faire sa sépulture de son vivant. 

M. Goze rapporte qu'il y a environ quinze ans , chargé 
de faire, pour le Comité historique des arts et monuments 
près le Ministère de l'Instruction publique , la statistique 
du canton de Picquigny , M. Jourdain de Prouville, pro- 
priétaire du château de l'Etoile , commune qui renferme 
un camp romain assez bien conservé, lui fît voir des objets 
antiques trouvés dans un champ de sépultures, situé sur 
une hauteur, dans la vallée de la INièvre, entre l'Etoile et 
Flixecourt, vis-à-vis l'ancienne abbaye de Morreaucourt. 
On y découvrit des armes en fer, trois tombes en pierre 
à couvercles cintrés, diminuant de la tête aux pieds et 
qui étaient tournées au Levant; à chaque extrémité des 
squelettes étaient cinq têtes renversées, disposées symé- 
triquement. La tête de chaque squelette reposait sur trois 
pierres ; autour étaient des vases en verre ou en poterie 
noire rayés. Dans l'intérieur de ces vases on avait ren- 
contré des charbons et des ossements de petits animaux. 
On trouva aussi une hache en silex, des bijoux en or^ 
un anneau, une espèce d'aigle enrichi de grenats pouvant 
servir d'agrafe à un manteau, une rosace à huit pointes 
décorée d'entrelacs et de pierres opaques rouges et 
bleues, placée à la hauteur du bras d'un des, squelettes ; 
elle faisait sans doute partie d'un bracelet; des débris 
de colliers formés de globes à stries coloriées. Ces tombes 
étaient environnées d'une enceinte de silex superposés 
sans mortier. Dans les environs il en existait d'autres , 
qui, à cette époque, n'avaient point encore été explorées. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE, 507 

La discussion amène la question suivante : 
« Quelles sont les dates absolues et incontestables des 
t( édifices religieux des XIP. et XIÏF. siècles, que Ton 
« a pu étudier dans la circonscription; indiquer le plus 
« exactement et, autant que possible, par des dessins 
« l'état d'avancement de ces monuments ? 

M. Dusevel répond qu'il n'existe dans la circonscrip^ 
tion du département de la Somme , que trois ou quatre 
églises , au plus , ayant des dates exactes. M. Tabbé 
Corblet cite l'église de St.-Germer de Flaix , près 
Beauvais , de style romano-ogival qui appartient incon-^ 
testablement au XIP. Siècle, c'est dans la Picardie et 
î'Ile-de-France , que l'ogive apparaît pour la premièi'e 
fois. Rien d'ailleurs , dans les annales de cette abbaye, 
n'indique une reconstruction postérieure. 

lia 16*. question est ainsi conçue ; 

« Comment réparait-on les chemins , au moyen-âge , 
<( dans la circonscription ? » 

Les seigneurs, dit M. Dusevel , étaient chargés de cet 
entretien. Les routes se réparaient, ou par corvée, ou au 
moyen d'hommes que payaient les seigneurs. 

M. Janvier ignore quels procédés matériels étaient 
pratiqués pour le bon état des voies de communication , 
à cette époque , mais il emprunte à l'excellente publica- 
tion des Coutumes locales du bailliage d'Amiens , par 
M. Bouthors , quelques exemples des ressources ffriatl- 
cières employées à cette destination. Ainsi , à Vys-sur- 
Authie , les voyageurs non privilégiés devaient un droit 
de cauchle de quatre deniers parisis par char , de deux 
deniers par charrette , et d'un denier par une ou plusieurs 
têtes de bétail. Cette perception était appliquée aux 



508 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

dépenses de voirie; dans la prévolé de Bauquesne, à 
Souverain-Bruin et à Riquebourg-St.-Vaast, c'étaient les 
riverains qui étaient chargés de Tentretien des chemins; 
en échange de celte obh'gation , ils avaient Tautorisation 
de planter sur le bord des routes et de jouir des fruits de 
cette plantation. Dans la même prévôté, à Broudain , le 
prévôt pouvait , par cri public, et pour le bien commun, 
taire rappointer les chemins. Les peines prononcées 
contre les défaillants , à son injonction , étaient une 
amende de 60 sols et même le bannissement à temps ou 
à perpétuité. 

M, Goze pense que, malgré les dispositions législatives, 
les chemins étaient très-mal entretenus. Il tire surtout 
celle induction de Thistoire de la construction de la 
cathédrale d'Amiens. Cet édifice , commencé avec des 
pierres des environs de Paris, a été achevé avec des 
matériaux du pays. C'est au mauvais état des voies de 
communication qu'il attribue les causes de la modification 
survenue dans l'appareil. 

On passe à la discussion de la 17*. question, ainsi 
conçue : 

« Quelles ont été, durant le moyen-âge, la forme et la 
« disposition des fontaines publiques dans les villes et les 
M campagnes? » 

M. Dusevel répond à cette interrogation de la manière 
suivante : 11 est probable que cette question ne regarde 
pas les sources consacrées à de pieuses pratiques, mais 
bien des fontaines civiles, destinées à l'usage et aux be- 
soins journaliers du peuple. C'est pourquoi nous répon- 
drons, à cette question, que la forme et la disposition des" 
fontaines publiques, au moyen-âge, sont bien mieux 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 509 

indiquées, que nous ne pourrions le faire par les dessins 
de plusieurs de ces fontaines que l'on voit encore en 
France. 

Comme exemples , nous nous bornerons à citer ici : 

i\ La fontaine de St.-Ferréol de Brioude , qui date de 
l'époque romane et dont la vue se trouve dans la France 
monumentale , t. II , pi. 74 ; 

2^ Une autre fontaine , dont on trouve la planche 
dans le Voyage en Languedoc^ du baron Taylor, t. I, 
p. 159 , fontaine qui remonte aussi à l'époque romane ; 

3^ Celle de la place de Cluny , qui passe pour être du 
XIV*. siècle , et dont M. Du Sommérard père a donné le 
dessin dans son Album des arts au moyen-âge, pi. VI, 
1'*. série ; 

li\ Celle de la Croix-de-Pierre , à Rouen, qui date du 
milieu du XV*. siècle : la vue de cette fontaine est repro- 
duite par la Normandie , t. Il, pi. 168 ; 

S**. Enfin, une autre fontaine de la même époque , ou à 
peu près , dite de St.-Firmin et que l'on voit encore à 
Amiens , dans la cave d'une maison , située sur la place 
St.-Firmin. Dans les derniers temps, cette fontaine ayant 
été regardée comme une source consacrée à de pieuses 
pratiques , plutôt qu'à un service public , on la décora de 
figures représentant le martyre de saint Firmin. 

Nous possédons , dans le département de la Somme , 
plusieurs fontaines consacrées à des pèlerinages ou à des 
exercices de dévotion, telles que celles de St.-Antoine 
de Conty, de St.-Farsy , à Frohen , de St, -Gautier, à Ber- 
taucourt , etc. Il est facile de connaître leur forme et leur 
disposition en les examinant , sur place , avec quelque 
attention. Mais ce n'est probablement pas de la forme et 
de la disposition de ces dernières fontaines que l'on 



éiO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

entend parler dans la 17% question inscrite au programme, 
pas plus que de celles existant autrefois dans les abbayes 
ou monastères et nos cathédrales. Au reste, on peut con- 
ter sur ces dernières fontaines, les excellents ouvrages de 
MM. Albert Lacroix et Jules G ailhabaud. Tout ce que nous 
devons en dire , c'est qu'il paraît résulter des recherches 
faites par ces savants, que les puits ont précédé les fon- 
taines pour le service du public ; la décoration et les dis- 
positions plus ou moins utiles à leur destination. 

M, Dutilleux indique comme pouvant fournir d'utiles 
renseignements sur la forme des fontaines du moyen-âge, 
les miniatures des manuscrits contemporains , entre 
autres, celui de la Bibliothèque impériale renfermant les 
chants de la Confrérie de Notre-Dame-du-Puy d'Amiens. 

M. Janvier croit qu'il serait difficile de répondre à la 
question en ce qui touche la ville d'Amiens , puisque 
cette cité n'eut, à proprement parler, de fontaines méritant 
véritablement le nom de fontaines publiques, qu'à la fin 
du XVII®. siècle. La fontaine Bellissent , la fontaine 
des Frères, la fontaine de Monet ou fontaine d'Amour , 
étaient tout simplement des sources , et cette dernière 
n'a reçu qu'en 1696, le revêtement de grès qui borde 
son bassin. Les édilités du moyen-âge , malgré les soins 
qu'elles apportaient à la gestion de leurs communes , 
avaient trop de soucis en tête sans y joindre celui des 
embellissements publics. L'eau d'ailleurs ne manquait pas 
à Amiens ; la ville-basse, assise sur les bords des nombreux 
bras de la Somme , trouvait dans> l'onde qui coulait à ses 
pieds, plus d'eau que n'en exigeaient ses besoins. La ville- 
haute avait , pour combattre l'incendie , pour le service 
de ses marchés et ses usages domestiques , des puits 
nombreux dont quelques-uns étaient comme ceux de la 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 511 

-rue Haute-Notre-Dame ou du marché au blé, de véritables 
monuments contribuant à rornementation et à la déco- 
ration de la voie publique. 

On donne lecture de la 25*. question du programme 
ainsi conçue : 

« Quelles ont été les publications archéologiques les 
<( plus intéressantes, faites en 1856 dans la circon- 
« scription ? quelles sont celles qui pourraient mériter à 
« leurs auteurs des médailles d'encouragement de la 
« Société française d'archéologie » ? 

M. Janvier, sans se flatter de dresser un catalogue 
exact des publications intéressantes parues depuis un 
an , cite parmi elles : la dernière livraison de V Intro- 
duction à VHistoire générale de Picardie de Don 
Grenier, éditée par les soins de la Société des Antiquaires 
de Picardie ; le tome XIV des Mémoires de cette Société , 
qui renferment, entre autres , un travail de M. Peigne- 
Delacourt, sur remplacement du Noviodiinum des Com- 
mentaires de César, qui a obtenu une mention honorable 
de l'Institut; une notice de M. Ch. Gomart, sur les Ga- 
îîonniers-Arquebusiers de St. -Quentin ; le mémoire de 
M. Rigollot , sur les instruments en silex découverts près 
de St.-Acheul; la suite de la Bibliographie picarde de 
M. Gh. Dufour concernant Abbeville ; la fin de la notice de 
M. Darsy sur Garaacbes et ses seigneurs; un discours 
sur la destruction de l'Empire d'Occident , et une notice 
sur la foire de la St. -Jean-Baptiste à Amiens : tous deux 
dus à la plume de M. l'abbé Gorblet. M. Louis Douchet a 
publié , cette année, le premier volume des manuscrits de 
Jean Pages, marchand d'Amiens, conservés à la biblio- 
thèque communale de cette ville et qui sont une mine des 



5Î2 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

plus fertiles à exploiter pour tous ceux qui veulent s'oc- 
cuper de l'histoire de cette cité. En ce qui concerne 
encore Amiens , il faut mentionner : les notices sur cfuel- 
ques vieilles enseignes et sur les halles ; la continuation 
de V Histoire des rues d'Amiens que M. Goze poursuit 
avec activité et talent , dans les colonnes du journal Le 
commerce de la Somme, Le même auteur a également 
publié la monographie de Vcglise de la commune et des 
seigneurs d^ Harbonnières, 

A Abbeville , M. E. Prarond continue la tâche , qu'il 
s'est imposée , de faire connaître les localités de cet 
arrondissement. Le deuxième volume de ses Notices his- 
toriques y topograptiiques et archéologiques entre dans 
de longs et intéressants développements sur Piue et le 
Crotoy. Il a aussi enrichi les mémoires de la Société 
d'émulation d'Abbeville du texte latin de la Chronique 
de St.-Biquier j de Jean de La Chapelle, M. Louandre 
père , de son côté , a retracé V histoire de l'Hctel-Dieu 
d'Abbeville. M. d'Herbinghem , sous le titre de Projet 
d'élever à Boulogne-sur-Mer, une statue à Godefroy 
de Bouillon , a hautement revendiqué , pour cette ville , 
la gloire d'avoir donné naissance au premier roi de 
Jérusalem. 

Il faut rattacher enfin à la Picardie la publication de 
la Bévue de Cart chrétien , puisque son directeur est 
M. l'abbé Jules Corblet. Cette revue s'adresse principa- 
lement aux membres du clergé, conservateurs naturels 
des monuments religieux, qui se trouvent souvent appelés 
à diriger des travaux de restauration, d'embelUssements, 
même de constructions nouvelles ; aux architectes , aux 
artistes qui ont à cœur d'imprimer à leurs œuvres un 
caractère vraiment chrétien. Elle a surtout pour but , 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE PICARDIE. 513 

Tapplication de Testhélique chrétienne à Tart moderne , 
€t désire encourager Tinlelligente intention du moyen-àge, 
en proscrivant les trop nombreux pastiches où l'ignorance, 
le disputant au mauvais goût , a trop souvent doté nos 
villes et nos villages d'édifices indignes de leur auguste 
destination. Des collaborateurs d'un mérite depuis long- 
temps consacré en matière d'archéologie religieuse , 
des articles d'un intérêt réel , de nombreuses gravures 
sur bois , intercalées dans le texte ou tirées à part , la 
modicité enfin du prix de l'abonnement font , de la Revue 
de l'art chrétien , une œuvre appelée à rendre de grands 
services à l'archéologie chrétienne qu'elle contribuera 
à populariser. 

M. Vion indique , comme complément de la nomen- 
clature qui vient d'être faite , le travail de M. l'abbé 
Decagny sur la famille d'Estourmel , mais il fait observer 
que M. Janvier n'a traité qu'un peu de la question , en 
laissant sans réponse la partie qui concerne les encou- 
ragements à décerner par la Société française d'archéo- 
logie : la Revue de [""art chrétien , lui parait avoir droit à 
ses encouragements, ainsi que les notices de M. Prarond. 

M. Garnier rend pleine justice au mérite de l'art 
chrétien , mais la revue est une œuvre collective et l'on 
ne décerne pas de médaille à une œuvre collective. Les 
travaux de M. Prarond , au contraire , sont le résultat 
de ses recherches individuelles. Les rues d'Amiens , de 
M. Goze, offrent un travail remarquable : ils sont dignes 
tous deux d'être compris dans une liste de médailles. 

M. Gaud revendique , comme devant figurer aussi sur 
cette liste , la notice de M, Janvier sur les corporations 
d'archers. 

i^l.. Garnier répond que, s'il a passé sous silence le 



6ià INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

mémoire en faveur duquel M. Gaud a fait entendre sa 
voix, c'est qu'il s'est renfermé dans les termes de la 
question qui se sert de l'expression de a publications 
archéologiques. » La notice de M. Janvier.est plutôt his- 
torique qu'archéologique. Si la Société récompense aussi 
les travaux historiques , il partage alors l'opinion de 
M. Gaud. 

M, le Président annonce que les œuvres de MiM. Prarond, 
Goze et Janvier , qui viennent d'être signalées dans la 
discussion , seront recommandées à la Société française , 
comme pouvant mériter à leurs auteurs les médailles 
d'encouragement que décerne cette Société. 

Les questions étant épuisées, et personne ne demandant 
plus la parole , M. le comte de Vigneral remercie les 
personnes présentes du concours qu'elles ont bien voulu 
prêter à l'Institut des provinces , et déclare closes les 
Assises scientifiques de 1857. 

L'Assemblée se sépare en exprimant, de son côté , à 
M. le Président combien elle a hautement apprécié l'ex- 
cellente direction qu'il a imprimée à ses travaux , et son 
vif désir de les lui voir encore présider lors des prochaines 
assises. 

Le Secrétaire , 

Comte Janvier. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE NORMANDIE. 515 

ASSISES SCIENTIFIQUES DE NORMANDIE 

TENUES A ALENÇON, 

Le leudi !3S luiUet 1857. 

(Présidence de M. Besnou, membre de Tlnstilut des pro- 
vinces, pharmacien en chef de la Marine, à Cherbourg.) 

Les Assises scientifiques de la Basse-Normandie ont eu 
lieu à Alençon , dans la grande salle de l'Hôtel-de-VilIe 
(V. là figure, p. 516), pendant la session de l'Asso- 
cialion normande. 

La 1'*. question du programme est ainsi conçue : 

« Quels ont été les progrès de la géologie, en 1856 , 
« dans la Basse-Normandie ? » 

Fe7\— -M. de Caumont appelle l'attention de la réunion 
sur les minerais de fer que Ton exploite dans l'arron- 
dissement de Cherbourg , depuis un an surtout , et qui 
existent en grande abondance. 

M. Besnou fait connaître qu'il a eu occasion d'exa- 
miner ces minerais dont la nature varie, ainsi que la 
richesse. Le minerai de Diélette que l'on exploite près des 
Pieux, à basse mer, est un oxyde de fer légèrement magné- 
tique qui contient seulement 20 à 21 pour cent de résidu 
siliceux, de sable très-fin; le reste est de l'oxyde de fer 
pur, sans traces appréciables de soufre, de phosphore ou 
d'arsenic. Aussi a-t-il , il y a plus de deux ans , signalé 
ce minerai à l'attention des métallurgistes , comme devant 
donner un rendement élevé et du fer de première qualité , 
pouvant rivaUser avec les fers de Suède. 

La deuxième espèce est une limon ite fort abondante à 



516 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 




SÉANCE DES ASSIMES SCIENTIFIQUES DE h\ BASSE-NORMANOIR, A ALE>ÇOX. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE NORMANDIE. 517 

Saux-Mesnil et à la Pierre-But tée. Celte espèce présente 
de notables différences dans sa composition. C'est ainsi 
que l'analyse a dénoté dans certains échantillons 2 pour 
cent de sable ou résidu insoluble dans l'acide chlorhy- 
drique , qui dissout avec la plus grande rapidité l'oxyde 
de fer qui y entre pour 90 à 92 pour cent et 6 à 7 pour 
cent d'eau ; d'autres, au contraire, ne donnent que 60 à 
65 pour cent d'oxyde de fer ; cette limonile ne contient 
non plus ni arsenic , ni phosphore , ni soufre en quantités 
appréciables. Comme le minerai de Diélette, cette limo- 
nite est susceptible de donner d'excellents fers. 

Quant à la mine d'Equerdreville , c'est également un 
oxyde de fer hydraté qui a l'aspect d'une hématite schis- 
teuse. Elle contient environ 30 pour cent au moins de 
résidu insoluble siliceux ; la nature de cette roche ne 
semble pas devoir lui permettre d'entrer en concurrence 
avec les deux gisements inépuisables signalés plus haut. 

Plusieurs usines, appropriées à leur traitement et aussi 
à leur emploi à faire des blocs artificiels, sont à la veille de 
s'établir. 

Phosphates des craies, — M. de Caumonl demande 
à M. Besnou s'il a remarqué que , dans les calcaires du 
nord du déparlement de la Manche , il y eût des phos- 
phates en assez grande quantité pour être exploitables , 
comme on le fait en ce moment dans quelques dépar- 
tements de l'intérieur ; ces calcaires, dit-il, sont expédiés 
à Paris où , sans doute , ils reçoivent quelque modification 
avant leur emploi. 

M. Besnou répond que certains calcaires pourraient , 
après un traitement convenable par les acides puissants, 
tels que le sulfurique et le chlorhydrique, être employés 
à faire des phosphates propres à l'agriculture ; il croit 
qu'en ce moment on traite , de cette sorte, en Angleterre 



518 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

des phosphates venant d'Espagne pour en faire des en- 
grais artificiels, peut-être même pour mêler aux guanos ; 
il rapporte une analyse de guano qu'il a faite récemment 
et qui lui suscite cette pensée ; mais il n'a point eu occa- 
sion d'étudier la composition des calcaires coquilliers 
du bassin de Valognes. Cependant il conserve peu d'espoir 
de trouver des quantités de phosphates suffisantes pour 
compenser les frais que nécessiterait une pareille exploi- 
tation. Il rappelle ce qu'il a dit en parlant de l'analyse 
des tests des mollusques en général , qui ne lui ont pas 
donné de phosphates en quantités appréciables (1). 

M. Morière ajoute que, depuis plusieurs années, en An- 
gleterre , on fait subir aux os un traitement analogue. 

M. Besnou fait observer, en effet, qu'il existe une 
formule de guano artificiel fabriqué, en Angleterre , avec 
les os des animaux supérieurs. 

M. de Caumont engage les Sociétés savantes de la cir- 
conscription à rechercher l'existence des phosphates dans 
la craie inférieure des départements de l'Orne , du Cal- 
vados et de la Seine-Inférieure, et il invite M. Besnou 
à vouloir bien examiner quelques échantillons qu'il lui 
adressera. Il désirerait que les naturalistes d'Alençon 
s'occupassent aussi de cette recherche. 

Chaux. — M. de Caumont demande alors si , dans la 
Manche, la consommation de la chaux faite pour l'agri- 
culture est en grand progrès. 

M. Besnou répond que la fabrication a beaucoup aug- 

(1) Les analyses chimiques que M. Besnou a faites depuis 
cette époque ont confirmé complètement l'opinion qui précède. 
Il n'a pu dénoter, d'une façon sensible et nette, la présence des 
phosphates dans les divers calcaires si coquilliers de Valognes, 
quoiqu'il ait eu recours aux sels d'argent et de plomb , etc. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE NORMAxNDIE. 519 

mente dans les environs de Cherbourg , aux Pieux , par 
exemple; et que l'agriculture en consomme infiniment plus 
depuis une dizaine d'années. Toutefois , c'est dans le 
sud du départementjdans les arrondissements d'Avranches, 
Mortain , Coutances et St.-Lo que l'emploi de la chaux a 
pris un développement énorme et que l'on a apprécié les 
bons effets de cet amendement, effets qu'il ne faut pas con- 
fondre avec ceux que procurent les tangues de nos baies. Il 
entre, à cet égard, dans des développements chimiques sur 
ce mode d'action et il fait ressortir combien l'influence 
de la chaux est grande sur la partie organique de la terre 
végétale, et aussi sur la nature chimique de l'élément mi- 
néral du sol proprement dit ; il démontre combien les 
composts à la chaux, sous forme de tombes du Bessin , 
sont favorables ; mais il signale l'inconvénient qui résul- 
terait de son mélange immédiat avec des fumiers faits , et 
avec les gadoues dont elle dissiperait en grande quantité 
l'un des principes excitants et fertilisateurs. 

Soudes, — xM. de Gaumont demande ensuite si l'inci- 
nération des varechs se fait toujours sur une grande échelle 
sur les côtes de la Manche , et si la fabrication de la soude 
et de ses produits continue toujours dans ce département. 

M. Besnou fait connaître que rien n'est changé sous ce 
rapport depuis quelques années , que l'incinération des 
varechs a toujours lieu comme par le passé, et que les deux 
usines de Granville et de Cherbourg sont toujours en 
travail. Toutefois, il fait remarquer que les produits 
iodés ont baissé depuis quelque temps , sans pouvoir ad- 
mettre que ce soit dû à une moindre consommation faite 
par la médecine, qui prescrit aujourd'hui l'iodure de 
potassium à d'assez fortes doses. 

M, le docteur Prévost fait observer que souvent le mé- 



520 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

decin exagère la dose , en se basant sur Tirapureté habi- 
tuelle des iodures de fabriques. 

M. Besnou appelle alors l'attention sur Tiodure de 
potassium opaque, que certains fabricants vantent comme 
un produit de première qualité. Ce chimiste regarde 
Topacité de ce sel comme portant le cachet de l'impureté 
de cet agent si précieux pour la thérapeutique. 

Farines. — Un membre demande à M. Besnou si une 
farine très-blutée est réellement supérieure à une farine 
bise , et si la séparation complète du son est réellement 
un progrès et une économie bien entendue. 

M. Besnou entre dans de longs développements sur la 
composition de la farine brute, dite mouture, sur les 
diverses issues qu'en sépare le blutage , et il fait res- 
sortir les avantages qui résulteraient de l'emploi d'une 
farine blutée à 20 ''/o, farine actuellement destinée au pain 
de troupe. Ce taux d'épuration , quand il est bien fait et 
quand on opère sur de bons blés , donne une farine sus- 
ceptible de fournir un pain assez blanc, fort alibile, qu'il 
considère comme devant servir , à bien dire , de type. 

Il examine ensuite la valeur nutritive des sons et les 
économies que peut donner leur lavage, et , à cet égard , 
il dit que ce lavage a été conseillé et employé à la manu- 
tention de la Marine , à Rochefort, sous la direction de 
M. Rollet, qui le considérait comme avantageux. 

Toutefois, ce procédé qui rentre dans le système de 
M. Mouriez, ne semble pas tellement avantageux qu'il y 
ait lieu de modifier radicalement la fabrication actuelle , 
et il établit le peu d'économie qui en résulte, si l'on lient 
bien compte de la matière des sons qui , après leur 
lavage , reste sans nulle valeur alimentaire pour les 
bestiaux. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DE NORMANDIE. 521 

Cidres, — Un autre membre demande à M. Besnou s'il 
y a un moyen facile et prompt d'obtenir du cidre artificiel 
de qualité convenable , et quels sont les éléments qu'il 
faudrait employer. 

Ce membre entre dans des détails minutieux sur la 
nature des diverses espèces de sucre; sucres cristallisables 
et incristallisables, tels que sucres de canne et betteraves, 
glucoses , miel et mélasse, et après avoir discuté la ques- 
tion du prix de revient et démontré combien Téconomie 
qui résulterait de l'emploi des derniers est peu no- 
table eu égard au prix des sucres de canne (cassonade) , 
et combien le goût et l'odeur qu'ils communiquent à la 
boisson est peu recherché , il donne deux formules de 
cidre économique susceptibles d'être préparées par le pro- 
ducteur, au moment du pressurage. Dans le premier cas , 
il suffit de se servir du moût ou suc de la pomme comme 
ferment , tandis que , dans le second , c'est le vieux cidre 
qui remplit cette fonction. II insiste sur la nature de 
ces boissons artificielles, qui n'ont, dit-il, aucun rap- 
port avec les piquettes, mais bien présentent la plus grande 
analogie avec les cidres naturels allongés d'environ 1;3 
d'eau^ comme cela se pratique dans les années ordinaires. 

Cette boisson , qui n'a aucun goût spécial apporté par 
le sucre de canne , est tonique , agréable ; elle contient 
environ 3 p. 0;o d'alcool ; ce cidre supporte parfaitement 
trois à quatre ans , et le tirage à la clef. 

M. de Viesville fait part des recherches qu'il a faites 
sur les mollusques vivants des environs d'Alençon ; quoi- 
que la région géographique soit assez restreinte , il y a 
constaté cependant des espèces dont quelques-unes lui 
semblent offrir de l'intérêt , en ce qu'elles se trouvent 
bien loin de leur zone habituelle. 



522 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN, 

TENUES A MENDE ( LOZÈRE), 

£.es S^ et 25 août tSS'3. 

SÉA]^^€E DU 24 AOUT. 

(Présidence de M, de CAunoNT, directeur-général de Plntiiut 
des provinces. ) 

Les Assises scientifiques duGévaudan se sont ouvertes, 
le 2/i août , dans la grande salle de révision de Thôtel de 
la Préfecture , sous la présidence de M. de Caumont. 
MM. Tabbé Le Petit et Gaugain, membres de l'Institut des 
provinces ; baron de Chapelain , de Mende ; Théophile 
Roussel , président de la Société d'agriculture , sciences 
et arts de la Lozère ; E. de More, secrétaire de la session, 
et l'abbé Gaillardon , de Mende , siègent au bureau. 

On remarque dans la salle plus de cent personnes, 
parmi lesquelles on distingue bon nombre de membres du 
Conseil général de la Lozère. 

L'ordre du jour appelle la première question du pro- 
gramme, ainsi conçue : 

« Quels sont les caractères distinctifs des terrains pri- 
« mitifs de la Lozère et leur étendue ? » 

M. Théophile Roussel observe que deux roches sont 
particulièrement remarquables dans les terrains cristallins 
de la Lozère. L'une est le granit porpàyroïde , que l'on 
remarque formant soit la roche en place, soit l'immense 
série de blocs isolés dans toute l'étendue du plateau gra- 
nitique , au nord du cours du Lot; ce granit coupe la 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN. ,523 

vallée du Lot entre Nojaret et la plaine de Chadenet, pour 
reparaître , sur divers points , à travers le massif de la 
Lozère et sur les bords du Gardon , près de St.-Jean-du- 
Gard. La seconde roche est celle que M. Lan , ingénieur 
4es mines, a décrite sous le nom de Fraidionite et qui , 
d'après cet ingénieur , formerait un certain nombre de 
filons extrêmement remarquables au milieu des mica- 
schistes de la Lozère. M. Théophile Roussel pense que 
cette roche singulière et peu étudiée joue un rôle plus 
considérable encore que celui qui lui a été assigné par 
M. Lan. Il Ta trouvée, sous forme de pierres roulées, sur 
beaucoup de points de la région granitique et loin des 
micaschistes. Elle abonde particulièrement au Mazel , au 
voisinage du ravin des sources ferrugineuses et gazeuses. 
Quant à retendue relative des terrains qui forment le 
sol de la Lozère , les granits occupent la première place 
et constituent à eux seuls plus du tiers de la surface du 
département de la Lozère : ils forment , presque seuls , 
le sol compris entre les cours de TAllier , du Rès et du 
Lot. Dans cet espace , ils sont traversés , suivant plusieurs 
directions, par les phonolithes et autres roches éruptives; 
il s'y trouve un certain nombre &Hles , pour ainsi dire , 
de calcaires lacustres , de grès et d'anagénites divers, de 
formation récente ; enfin le grès infra-liasique et les cou- 
ches inférieures de l'étage sinémurien y forment, au Sud- 
Est, le territoire si riche en alquifoleux d'Alem et la plaine 
<le Montbel ; et , au Sud-Ouest, le terrain de Feybesse et 
*de Lachan , d'où le pays granitique tire la chaux néces- 
*saire à sa conformation. 

' Cette grande masse granitique est séparée par le cours 
du Lot , du massif granitique beaucoup plus restreint du 
mont Lozère , environné de toutes parts par une zone de 



52Z| INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

micaschistes qui s'étend vers le Sud et forme les avenues 
proprement dites. 

On passe à la question suivante , ainsi conçue : 

« De quelle époque et de quelle nature sont les terrains 
« de sédiment, et quels sont les divers étages du terrain 
« jurassique qui existent dans le déparlement ? » 

M. E. de More rapporte qu'il a observé tous les terrains 
appartenant aux étages sinéniurien et liasien, et en partie 
l'étage thoarcien de M. d'Orbigny. Parmi les fossiles re- 
marquables qu'il a recueillis et dont il présente les 
échantillons principaux, se trouvent V Ammonites Mima- 
tenni et le Plem^otomaria anglica, 

M. de Caumont donne quelques détails sur les marnes 
irisées et la formation des grès bigarrés qui commence 
dans le département de la Lozère et se développe dans les 
départements de l'Aveyron , du Tarn , etc. , où il a eu 
l'occasion de l'étudier en 18/il. Il fait remarquer que sur 
la route de Mende à Langogne, on dislingue très-bien les 
couches calcaires reposant sur le granit , mais qu'au con- 
tact de cette dernière roche, on remarque sur plusieurs 
points , une zone rougeâlre qui lui paraît sinon repré- 
senter, au moins indiquer la place des marnes irisées ; il 
croit même qu'il existe des bancs de sables rougeâtres 
alternant avec les premières couches calcaires ; en tout 
cas, la teinte rougeâtre que prennent sur certains points, 
les calcaires eux-mêmes au-dessus du granit, forme une 
zone qui frappe les yeux quand on examine les coteaux ou 
les montagnes dans lesquelles le phénomène se présente. 

xM. de Caumont demande ensuite quelle est la puis- 
sance totale des terrains de sédiment. M. Théophile 
Roussel répond que, dans la vallée même de Mende , on 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN. 525 

peut admettre qu'entre les micaschistes et la surface du 
plateau des Causses , la puissance totale doit approcher 
de 300 mètres. L'étage le plus considérable en puissance 
est l'étage sinémurien. 

On donne lecture de la question suivante : 
« Examiner quel a été le mode de formation des grottes 
« et cavernes du département et leurs relations avec les, 
« différents terrains, en indiquant les caractères par- 
« ticuliers des fossiles que l'on y rencontre. » 

M. Emile de More pense , d'une manière générale , que 
les grottes et les cavernes , assez nombreuses , que l'on 
trouve dans la zone calcaire de la Lozère, se sont formées 
peu à peu. — M. de Caumont demande si elles appartiennent 
toutes au même étage de terrain.— M. Théophile Roussel 
répond à cette question que trois des grottes les plus 
importantes du pays, celle de Nabrigas sur les bords de 
la Yonte , où M. Auguste Ignon avait trouvé un grand 
nombre d'ossements, entre autres un squelette d'Ursiis 
spœlœus, celle de Rocheblare sur les bords du Tarn, et 
enfin la grotte de Chabries, près de Mende, appartiennent 
chacune à des étages différents du terrain jurassique. 

La discussion amène cette question : 
« Quel est l'âge du calcaire de SL-Alban ? 
Le calcaire de St.-Alban, dont M. Emile de More 
présente un échantillon, est un calcaire lacustre récent, 
déposé au fond d'un ancien lac. L'époque de sa formation 
n'a pas encore été nettement déterminée. 

On passe à la question suivante : 
« Quelles sont les eaux thermales et minérales du 
« département? » 



526 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

M. Dufresse de Chassaigne, médecin-inspecteur de 
rétablissement thermal de Bagnols, demande la parole 
pour faire connaître le résultat de quatre années d'obser- 
vations, desquelles il résulte que les eaux de Bagnols ont 
une efficacité remarquable dans le traitement des maladies 
rhumatismales du cœur, particulièrement de Fhydrocardie 
rhumatismale. Il pense que ces eaux agissent surtout en 
dissolvant les matières calcaires qui sont la cause des 
rétrécissements des orifices du cœur. Quoi qu'il en soit, 
il considère ces eaux comme une grande richesse pour le 
département, mais comme une richesse malatilisée en ce 
moment. Il annonce que plus de 1,200 personnes se sont 
rendues à Bagnols cette année, et ont déjà laissé plus de 
150,000 fr. dans le pays. Il pense que les résultats seraien 
beaucoup plus importants , si rétablissement était placé 
dans de meilleures conditions, 

M. Théophile Roussel ajoute à ce qui a été dit , par 
M. Dufresse de Chassaigne, sur les eaux thermales sul- 
fureuses de Bagnols, qu'il existe dans la Lozère un 
grand nombre de sources minérales qui peuvent se 
diviser en deux classes : 1". eaux thennalcs ; T, eaux 
ferrugineuses et gazeuses. Le premier groupe est formé 
par les eaux de Bagnols , dans le massif de la Lozère , 
et par les eaux de la Chaldette, au voisinage de la chaîne 
volcanique d'Aubrac, à Textrémité du canton deFournels. 
Les eaux de la Chaldette se rapprochent beaucoup, quant 
à leurs propriétés médicinales des eaux thermales de 
Néris. L'avenir decetétablissement n'est limité que parle 
volume de la source, malheureusement peu abondante. 

Les eaux ferrugineuses et gazeuses sont disséminées 
sur des points très-divers du département. Les plus 
importantes sont celles du Mazel des Laubies , du Mazel- 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN. 627 

Chabrier , de Guézac et de Sarrocel , près St.-Chely 
d'Apch^r. Les plus importantes par leurs qualités et 
rafQuence à laquelle elles donnent lieu sont les eaux 
du Mazel des Laubies. Il existe, en ce moment, au Mazel 
cinq sources aménagées et exploitées par les habitants ~ 
du village. Toutes ces sources sont échelonnées, pour 
ainsi dire , le long du même ravin et semblent provenir 
d'une seule et même fissure, à travers la masse du granit 
porphyroïde. Ce ravin est parcouru par un petit cours 
d'eau que les chaleurs excessives et prolongées de la saison 
actuelle avaient mis presqu'à sec. Cette circonstance a 
permis à M. Théophile Roussel , qui s'est rendu tout 
récemment au Mazel , de constater qu'il existe dans le 
ravin un certain nombre de sources d'eaux minérales 
qui sont habituellement inaperçues, parce quelles naissent 
dans le lit même des eaux de surface , qui forment le 
ruisseau et se perdent dans ces eaux. Il suit de là que , 
^il'on reconnaissait aux eaux du Mazel, très-recherchées 
présentement par les habitants du pays , assez de mérite 
et de prix pour motiver des travaux d'une certaine 
importance, on arriverait probablement à en aug- 
menter considérablement le volume, à l'aide d'un travail 
qui aurait pour eiïet de détourner le ruisseau du lit qu'il 
parcourt présentement dans le ravin du Mazel. 

M. de Caumont appelle l'attention de l'Assen/blée sur 
l'utilité des éludes relatives à la topographie tellurique et 
parle des cartes agronomiques. Il présente quelques mo- 
dèles de ce genre de cartes dont la confection, très-difficile, 
si on veut embrasser de grandes étendues de pays, devient 
simple , au contraire , et aisée , si l'on se restreint à de 
petites surfaces, par exemple, à la surface d'un domaine 
ou d'une propriété particulière, ou d'une commune. M. de 



528 INSTITUT DES PtlOVINCES DE FRANCE. 

Caumont a fait hommage à l'Assemblée et aux membres 
du Conseil général de la Lozère, d'une notice imprimée qui 
contient les indications nécessaires pour dresser de 
semblables cartes. 

M. Dufresse de Chassaigne présente quelques obser- 
vations , tendant à établir les avantages que Fagriculture 
peut retirer des études géologiques et de la connaissance 
des sous-sols. C'est à Taide des renseignements fournis 
par cette étude que des améliorations importantes ont pu 
être apportées, dans les environs de Cognac , à la culture 
de la vigne et à la production des eaux-de-vie renommées 
de cette partie de la Charente. 



EXCURSION GEOLOGIQUE DU 26 AOUT. 

Le 26 août , une excursion géologique a été faite , à 
sept lieues de Mende , dans les cantons de St.-Amand et 
de Serverette. La Compagnie n'a pas tardé h quitter les 
terrains de sédiment pour entrer dans la zone granitique, 
et , pendant cinq lieues , elle n'a cessé d'observer les 
variétés de cette roche , les accidents produits par les 
blocs de granit. A Javols, où la Compagnie s'est arrêtée , 
pour examiner les fouilles exécutées récemment par la 
Société française d'archéologie et les nombreux fragments 
découverts précédemment ( Voir, à la page suivante, 
la représentation d'une colonne milliaire et cVtm autel 
votif). Elle a été reçue par M. deRouville, qui lui a 
offert à son château la plus aimable hospitalité. De là , 
la Compagnie est allée à Serverette , où M. de More lui 
a fait voir la remarquable collection géologique et 
paléontologique des terrains de la Lozère. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN. 



529 




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ALBA.N1SE 

NATORIS: 
DOMITIA 
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ADTEL VOTIF , TROUVE A JAVOLS. 



COLOMNB MILLUIRE, TROOVEJG A JAVOLS. 



I 



EXCURSION DU 27. 

Le lendemain 27, plusieurs membres ont fait une 
excursion à Lanuejols , et visité les montagnes calcaires 
situées au Sud de la ville. M. de More a indiqué à quel 
étage des terrains jurassiques il rapporte les différentes 
zones qui se dessinent dans les montagnes. 

Les membres des Assises présents à cette course sont 
ensuite allés visiter le curieux monument de Lanuejols , 
situé sur le bord d'une vallée , derrière les montagnes de 

23 



530 INSTITUT DES PROTINCES DE FRANCEr 

Mende. Celte course a présenté un grand intérêt, au double 
point de vue de la géologie et de l'archéologie. 

Les autres séances des Assises sdentifiques du Gévau- 
dan ont été remarquables par le grand nombre de docu- 
ments fournis par les membres, sur ragriculture et l'in- 
dustrie du pays; l'espace consacré aux comptes-rendus , 
dans V Annuaire, étant très-limité , nous nous bornons à 
publier quelques-unes des notes présentées à la réunion. 

OBSERVATIONS 

Sur la distribution des espèces Tégétales phanérogames dans le plateaa et les 
deoi Tersanrs de laMargéridc (Loïcre), 

Présentées aux Assises scientifiques du 27 août '1857 , à Mende ; 

Par M. Fabbé J.-B, Ranvier, vicaire, à Grandrieu. 

La Margéride , c'est cette chaîne de sommets grani- 
tiques dont l'axe se relie d'un côté à la Lozère , et se diri- 
geant entre le Nord et l'Ouest , traverse les limites de 
notre département pour aller se joindre aux montagne» 
d'Auvergne. Voilà la partie de notre pays à laquelle s'ap- 
pliquent les observations que j'ai l'honneur de présenter 
ici. C'est un espace d'environ 60 kilomètres de longueur 
sur une largeur moyenne d'un peu plus de 26 kilomètres. 

I. SOMMETS PROPREMENT DITS ET INTERVALLES ( 8 kilomètres }, 
Point le plus élevé , i,58o métrés. 

Sur les sommets dominants on ne voit guère que quatre 
espèces, représentées par un nombre un peu considérable 
d'individus. Ce sont ; Erica vidgaris , L. ; Vaccinîum 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN. 531 

myrlîlluSj L. ; Vaccinium vitîs idœa, L. ; et ALchemilla 
alpinuy L., qui croît autour des rochers et s'établit même 
sur leurs flancs quand ils sont recouverts d'une légère 
couche de terre. 

Mais si Ton se promène sur les plateaux qui s'étendent 
autour des mamelons hérissés de roches granitiques , on 
marche sur un gazon serré , composé de brins raides , 
sétacés, du milieu desquels s'élèvent de petites tiges fili- 
formes portant des épis grêles aux écailles violettes : c'est 
le N ardus stricta , L. , qui est ici comme dans sa patrie. 
Le Juncus squari^osus , L, , paraît tenir dans ces lieux 
la seconde place. Ces deux monocolylédones semblent se 
partager, par le nombre , l'empire de ces solitudes déso- 
lées par les longs hivers : et l'on dirait que les autres 
plantes ne peuvent s'y établir qu'avec l'agrément de ces 
vieux possesseurs du désert. 

VErica vidgaris, L. , y occupe aussi une large place 
et , en automne , quand toute trace de végétation va dis- 
paraître, ses grappes roses embellissent encore des 
plaines entières. 

Voilà les plantes qui dominent et qui semblent là véri- 
tablement chez elles. Les autres paraissent exilées de 
leur vrai pays : elles n'y acquièrent qn'un développement 
très-borné, leur floraison et leur fructification sont très- 
tardives et souvent tellement imparfaites qu'on a de la 
peine à reconnaître les caractères qui distinguent l'espèce. 
Citons quelques exemples : 

Le Ranuncidus nemorosus , D. G. , espèce très-vivace, 
qui acquiert ailleurs un beau développement, est ici 
tellement petit , qu'au premier, abord , on ne le recon- 
naît pas , et que plusieurs le confondent avec le Ranuti" 
culus montanus^ Yi'idt, 



I 



532 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

V Anémone nemorosa , L. , s'y montre aussi , el elle 
incline ses blanches corolles sur les bruyères noircies par 
les frimats , mais ses tiges sont frêles et tout-à-fait naines. 
Le Thlaspi alpestre, L. , y est représenté par une va- 
riété dont les grappes blanches et les vertes feuilles 
brisent agréablenient , au mois d'avril, la monotonie des 
gazons encore endormis ; mais ce ne sont toujours que 
des plantes naines , en comparaison des beaux Th'aspi 
qui habitent les flancs de la montagne. 

Il en est de même des Festuca cœrulea , D. C. , qu'on 
rencontre quelquefois dans les endroits humides. Ils y 
sont d'une gracilité surprenante ; leurs épilletsmême n'ont 
jamais qu'une fleur fertile , de sorte qu'on dirait une 
espèce inconnue jusqu'ici aux botanistes. 

Deux plantes pourtant font exception à celte règle qu'on 
peut dire générale; ce sont le Scorzonera plaiitaginea, 
Schil. , et \e Phyteuma nigrum, Sm. J'ai rencontré de 
très-beaux individus de ces deux espèces , au sein même 
de la montagne, notamment entre le rocher de Fenes- 
tres et le pic de Ranclon. 

Je dois faire remarquer aussi que les prairies de Char- 
pal , situées presque aux sources de la Cologne , sont dans 
des conditions exceptionnelles. Là, en effet la culture a 
facihté l'introduction de plantes nouvelles au plateau , et 
donné à celles qui s'y trouvaient déjà établies un déve- 
loppement qu'elles n'acquièrent jamais dans les autres 
quartiers placés à la même hauteur. 

Les douze espèces que je viens de nommer ne sont 
pourtant pas les seules que l'on trouve sur les sommets 
et les plateaux de la Margéride : on y en rencontre un 
grand nombre d'autres : voici celles que j'y ai observées : 
Renonculacees. Ranunculus flammula , L. ; Ranun- 
culus paluslris , L. ; Caltha palustris, L. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN. 533 

Crucifères, Cardamine pratensis , L. ; Draba verna , 
L, ; Teesdalia nudicaulis , U. Br. 

Violacées, Viola paiustris , L. ; Viola canina , L. ; Viola 
tricolor L. ; Viola sudetica, Wild. 

Drosëracées. Drosera rolundifolia , L. ; Parnassia 
paiustris , L. 

Poiy gâtées, Polygala vulgaris, L. (plusieurs variétés) ; 
Polygala aîpestris , Reich. 

Caiijophy liées, Dianthus carthusianorum , L.; Larbrœa 
aquatica , Saint-Hill. ; Gerastiura pumilum , Curt. ( var. 
alsinoïdes )• 

Légumineuses* Genista anglica , L. ; Trifolîum repens, 
L. ; Trifolium pratense , L. ; Lotus corniculalus , L. ( var. 
crassifolius ) ; Lotus uliginosus, Schk. 

Rosacées, Poteutilla Tormentilla , Sibth. ; Comarum 
palustre , L, ; Alchemilla vulgaris, L. ; Polerium sangui- 
sorba, L. 

Onagraires, Epilobium palustre, L. 

Saxifragées. Saxifraga stellaris , L, 

OmbeUifères, Carum verticillatum , L. ; Pimpinella 
saxifraga , Koch. ; Bunium bulbocastanum , Koch. ; An- 
gelica pyrenaïca , Spreng. 

Eubiacées. Galium verum, L. ; Galium palustre, 4; 
Galium pedomontanum^ Ail. (var,). 

Valérianées, Valeriana dioica , L. 

Dipsacées, Scabiosa succisa, L. 

SynanUiérèes, Gnaphalium dioicum , L. ; Achillœa 
millelblium , L. ; Chrysanthemum leucanthemum , L. ; 
Taraxacum officinale , Vill. ; Ilieracium pilosella , L. ; 
Hieracium auricula , L. ; Hypochœris radicata , L. ; Leon- 
todon autumnalis, L. 

Campanulacées, Jasione perennis, L, ( tellement petite 



^3U INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

qu'on peut aisément la confondre avec le J. humilis , 
Persoon) ; Campaniila rolundifolia, L. 

Gcntianccs, Genliana campestris , L. 

Personécs. Rhinanlhus minor , Ehrh. ; Pedicularis 
paluslris , L. 

Labiées, Thymus serpyllum, L. 

Polygonées, Rumex acelosella , L. ; Uumex acelosa, L. ; 
Polygonum bistorla, L. 

Amcntacées, Salix repens , L, 

Orchidées, Orchis divaricata, Dich.; Orchislatifolia, L. 

Joncées. Juncus effusus, L.; Juncus conglomeralus, L.; 
Juncus botnicus, Wahlemb.; Juncus lampocarpus, Ehrh, ; 
Juncus tonagera, L.: Luzula campestris, D. G. 

Cypéracées. Eriophorum vaginaluin,L. ; Eriophorum 
polystachyum, L,; Carex stellulata, Good; Garex leporina, 
I. ; Carex nigra, Ail. ; Carex montana, L. 

Graminées, Agrostis vulgaris , Willi. ( plusieurs va- 
riétés) ; Aira csespitosa, L. ; Airaflexuosa, L. (variété 
montana) ; Poa annua, L.; Poa alpina, L.; Festuca ovina, 
L. variété; Festuca duriuscula, L. ; Festuca rubra , L. ; 
Festuca poœformis , Host. 

De sorte que 27 familles se trouvent représentées dans 
cette étendue accidentée de sommets arides, de vallées her- 
beuses, et de plaines couvertes de bruyère. Ces 27 familles 
donnent environ 90 espèces dont j'ai moi-même récolté 
des échantillons. J'omets, à dessein, quelques plantes que 
Ton peut considérer comme sporadiques , et qui se 
trouvent abondamment dans les zones inférieures de la 
montagne. 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN. 535 

II. PREMIÈRE ZONE ( 9 kilomètres ). 

Point le plus élcré, j,38o mètres. 

Quoique l'espace que nous embrassons dans cette 
étude soit bien restreint , qu'il me soit permis , de 
remarquer qu'un des principes élémentaires de la 
géographie botanique trouve ici son application. Le 
nombre des espèces végétales diminue à mesure qu'on 
s'éloigne de Péquateur , et il augmente à mesure qu'on 
s'en rapproche. De sorte qu'on pourrait dire que le 
maximum des forces vitales se trouve dans la région 
limitée par les tropiques , et qu'elles vont en décroissant 
graduellement jusqu'à ce qu'elles s'annulent tout-à-fait 
sous les glaces éternelles qui couvrent les pôles. Rien ne 
prouve mieux l'influence de la chaleur et de la lumière 
sur les êtres qui jouissent de la vie. Le nombre de 
leurs espèces et la vigueur de leur organisation paraissent 
en général être en raison directe de leur participation à 
ce double bienfait de la Providence. 

Les plantes qui sont peu nombreuses sur les sommets 
des montagnes et qui se développent difficilement, sous 
un ciel presque constamment sombre et nuageux , pré- 
sentent un aspect tout diiférent dans les stations infé- 
rieures , où elles jouissent plus souvent et plus long- 
temps d'une douce chaleur et d'une vive lumière. Nous 
ne serons donc pas supris , si , en descendant sur les 
flancs de notre Margéride , nous voyons nos espèces 
végétales déjà citées , présenter des formes plus riches 
et plus vigoureuses ; si nous les rencontrons en compagnie 
d'une foule d'autres végétaux que nous n'avions pas vus 
dans la partie de la montagne que nous venons de 
parcourir. 



536 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 

Cette zone est la station presque exclusive de cette 
variété de Fagus syLvatica , L., connue sous le nom de 
fuyard de montagne^ dont la croissance est si lente et 
le tissu ligneux si compacte , qui s'étend en forêts ver- 
doyantes quelquefois depuis la cime des monts jusqu'à 
leur base. 

C'est là aussi qu'on rencontre un grand nombre de 
fontaines aux eaux fraîches et limpides qui sont les sources 
d'une foule de ruisseaux et donnent naissance à plusieurs 
de nos principales rivières. Ces forêts , les vallées d'abord 
peu profondes, les collines aux pentes douces, nourrissent 
une variété considérable de plantes remarquables. Voici 
k liste de toutes celles qu'on peut y observer: 

Rcnonculacées. Thalictrum aquilegifolium , L. ( C'est 
une des plus belles plantes de la montagne; elle devient 
plus abondante , à mesure qu'on descend dans les 
vallons); Anémone pulsatilla, L.; Anémone nemorosa L.; 
llanunculus aquatilis, L. (fluitans); Ranunculus aconi- 
tifolius , L. ; Ranunculus platanifoHus , L. 

Ces deux belles espèces apparaissent presque dès 
l'origine des vallées ; elles habitent ensemble, et couvrent 
de leurs touffes luxuriantes les lieux d'où jaillissent des 
eaux fraîches. 

Dans la partie la plus élevée de la zâne , leur taille ne 
s'élève pas à plus de 20 centimètres , tandis que, dans la 
partie la plus basse , elle atteint jusqu'à 80 centimètres. 
Celte zone de la montagne semble, au reste, être tellement 
leur station naturelle , que leurs semences entraînées par 
les eaux sont stériles dans les pays moins froids. Ainsi , 
dans la vallée de la Truyère, on les observe au-dessus de • 
la Villedieu , mais pas au-dessous des Estrets ; dans la 
vallée de l'Ance , depuis Fenestres jusqu'au-dessous du 



ASSISES SCIENTIFIQUES DU GÉVAUDAN, 537 

Chambon; dans les vallées du Chapeauroux et de 
Grandrieu , presque depuis les sources de ces deux 
rivières jusqu'à Entraygues , où elles mêlent leurs eaux ; 
jamais je n'ai pu les rencontrer au-dessous de ces trois 
points. 

Ranunculus auricomus , L. ( var. naine ) ; Ranunculus 
nemorosus, D, G ; Trollius europaeus, L. 
Papavéracées. Papaver dubium, L. 
Corydalées. Fumaria claviculata , L. ; Fumaria offici- 
nalis , L. 

Crucifères, Raphanus raphanistrum , L. ; Brassica 
Gheiranthus , Will. ; Brassica erucastrum , L. ; Barbarea 
vulgaris , R. Br, ; Gardamine jpratensis , L. ; Nasturtium 
officinale , R. Br. ; Draba muralis, L. 
Cistées. Helianthemum vulgare, ( Gœrtn. ). 
Violacées, Viola canina, (var. lucorum, Rchb.); Viola 
palustris, L. ( var. pyrenaica, Ram. ), 

Canjophy liées, Dianthus atrorubens, Lois; Dianthus 
caesius, Smith ; Silène inflata, Smith ; Silène italica,Viv.; 
Stellaria média, Will ; Stellaria holostea , L. ; Cerastium 
arvense , L. 

Hypéricées, Hypericum humifusum , L. ; Hypericum 
perforatum, L. 
Malvacées, Malva rotundifolia, L. 
Géraniées, Géranium pratense , L, ; Géranium sylva- 
ticum, L. ; Erodium cicutarium, Smith. 

Légumineuses, Genista sagittalis, L; Genistatinctoria 
L. (var. umbrosa); Genista pilosa , L. ; Genista purgans, 
D. G; Spartiura scoparium, L. ; Trifolium arvense , L. ; 
Trifolium agrarium, Schreb, ; Trifolium filiforme, L, ; 
Vicia Dumetorum, L. ; Vicia cracca , L, ; Lathyrus pra- 
tensis, L. ; Orobus tuberosus , L. 



538 ÏNSÎITLT DES PftOViNCÊS Ï)E FRANCE. 

Rosacées. Spirœa ulmaria, L.; Geum rivale, L.; Ilubus 
hybridus, Vill. Uubusidœus, L.; Fragaria vesca , L.; Rosa 
alpina, L.; Rosa canina, L. (plusieurs variétés) ; Crataegus 
oxyacanlha, L. (var. apiifolia) ; Sorbus aria, Cranlz ; 
Sorbus aucuparia, L. 

Onagraires. Epilobium monlanum , L. 

Crassuiacces* Sedum annuum , L. ; Sedum acre , L. ; 
Sedum album , L. ; Sedum elegans , Lejeune ; Sedum 
villosum , L. ; Sedum birsulum, AU. 

Grossulariécs, Ribes petrseum, Vulf. 

SaxifrayceSé Saxifraga granulata, L,; Chrysosplenium 
oppositifolium, L ; Chrysosplenium alternifolium , L. 

Ombellifèrcs» Gonium maculatum , L.; Chaîrophyllum 
sylvestre , Vill. ; Chaerophyllum hirsutum , "Vill. ; Meum 
athamanlicum , Jacq. ; Angelîca montana , Schleich. ; 
Ueracleum Lecokii, Godron. 

GapiH foliacées, Lonicera nigra, L. ; Sambucus nigra L, ; 
Sambucus racemosa , L. 

Riibiacées, Asperula odorata , L. ; Asperula cynan- 
chica, L. ; Galium cruciata, Scop. ; Galium mollugo , L. ; 
Galium aparine, L. 

Dipsacées. Scabiosa arvensis , L. { var. hispide ) ; 
Scabosia columbaria , L. 

Synanthérées, Cacalia albifrons, L.; Senecio vulgaris , 
L.; Senecio artemisiœfolius, Pers.; Senecio doronicum, L.; 
Senecio Gerardi, Godron ; Arnica montana, L., Solidago 
virga aurea, L. 

C'est une des plantes les plus remarquables de notre 
montagne. Elle croît souvent entre les rochers, et élève 
ses panicules d'or au milieu des touffes de hêtre. 

Chrysanthemum inodorum, L. ; Chrysanthem. leucan- 
Ihemum , L. ; Centaurea cyanus, L*; Centaurea jacea, k; 



ASSISES SClËNTÎFÎQtJÈS DU GÉVAUMN. 639 

Carduus nutans, L.; Cirsiimi palustre, Scop.; Cirsium 
eriopliorum, Scop.; Lampsana minima,Lani.;Prenanthes 
purpurea , L. 

Encore une autre belle plante de notre montagne : sa 
taille d'un mètre, ses feuilles si vertes, ses fleurs de 
pourpre, se développant en larges corymbes, lui donnent 
Taspect le plus attrayant. 

Hypocliœris maculata, L. ; Hypochaeris pinnatifida, Gyr. 

Gampanulacées. Phyteuma nigrum, Smith. 

Celte plante se montre sous un grand nombre de 
formes. Tantôt elle est robuste, munie de feuilles 
larges et nombreuses; tantôt elle est grêle ; ses épis sont 
petits, ses feuilles étroites et peu nombreuses. Du reste, 
elle est commune sur cette partie de notre montagne où 
Ton ne rencontra jamais le P, spicatunu 

Campanula linifolia , Lam. 

Monotropécs. Monotropa hippopitys , Valr. 

Gentianëes, Menyantlies trifoliata, L. ; Gentiana lutea, 
L. ; Gentiana pneumonanthe, L. 

Borraginées, Myosotis palustris , Vith, ; Myosotis 
versicolor, Persoon;